L’information manquante… ou l’information opportune et de qualité ? [mini débrief]

Cette semaine, deux contributeurs, sensibles à la problématique du manque d’information autour de certaines questions liées à la maternité, nous ont proposé des éléments de réponses :

  • pour favoriser le soutien à l’allaitement maternel, avec l’initiative d’un groupe de parents dont ResearchDad se fait le porte-parole ici ;
  • pour favoriser l’information autour de la grossesse mais aussi la communication soignant / patiente : Docnmama nous présente ses bibles de la grossesse puis poursuit son cheminement en proposant des conseils (basés sur sa double perception de soignant et future mère) pour trouver l’information dont beaucoup de jeunes mamans disent avoir manqué à des moments cruciaux (grossesse, accouchement, allaitement, suites de couches…).

Ce qui est difficile dans ces thématiques, le nombre et la véhémence des commentaires suite à l’article de Docnmama en témoignent, c’est qu’on ne peut y répondre de façon unique et définitive.

En matière d’allaitement, il est clair qu’un socle commun de connaissances physiologiques est nécessaire mais les personnes en charge d’accompagner les mères allaitantes doivent avant tout avoir du temps à leur accorder pour établir le diagnostic propre à ce couple maman-bébé, entendre ce qui sera parfois seulement des appréhensions et non des problèmes médicaux, rassurer, donner confiance selon le vécu de chaque femme reçue. En ce sens, la proposition de mieux former l’ensemble des soignants semble devoir s’accompagner de la nécessité pour ces soignants de connaître et de pouvoir aiguiller vers des consultant-e-s en lactation diplômés et ayant l’expérience adéquate pour apporter le soutien requis.

En ce qui concerne les informations autour de la grossesse et l’accouchement, je dirais qu’avant de plonger dans la grossesse, de se présenter à la maternité pour accoucher ou de devenir mère, toutes les femmes ont eu des vécus différents, se sont informées différemment et ont ainsi des attentes profondément différentes.

Il semble qu’il y ait des poncifs dans les peurs et les « traumatismes » identifiés autour de ces thématiques : infantilisation au cours de la grossesse et même de l’accouchement, manque de consultation de la parturiente pour des décisions qu’elle identifie comme intimes car touchant à son corps (là où le soignant pensera sûrement en priorité à sa santé de manière globale donc à une prise de décision qui ne souffre pas vraiment d’hésitation), refus de certains soignants de communiquer ouvertement envers les patients par crainte de la remise en question, manque de temps et d’écoute, …

Mais pour revenir sur les échanges passionnés qui ont fait suite à l’article de Docnmama, je pense que ce qui ressort dans les vécus d’accouchement, ce n’est pas tant la désillusion par rapport à l’idéal que les femmes se seraient fait de leur accouchement (bien que toutes les futures mères aient des souhaits, plus ou moins fermes, plus ou moins revendiqués mais en tous les cas, c’est plutôt normal et sain de se projeter un minimum, à mon avis), mais plutôt l’impression de ne pas avoir été écoutée ou prise en compte (c’est-à-dire consultée ou juste informée selon les cas).

[Le passage qui suit est un avis éminemment personnel, qui sort du « débrief » officiel]

Je vais reprendre l’exemple de l’épisiotomie, cité par Docnmama et repris par de nombreuses personnes dans les commentaires : en-dehors des études qui tendent aujourd’hui à prouver qu’une déchirure naturelle cicatrisera mieux qu’une découpe au ciseau, je pense qu’il faut plutôt discuter des cas où l’épisiotomie n’est pas faite par « anticipation » (comme c’est encore parfois le cas, selon les croyances du soignant présent) mais bien pour répondre à un problème qui se pose à un instant T. Et si à ce moment-là, tous les professionnels concernés prenaient 2 min pour dire « là Madame, il faut que je vous fasse une épisiotomie, je sais que vous ne l’aviez peut-être pas envisagé, mais je pense que ça s’impose pour telle ou telle raison médicale », on permettrait à davantage de femmes de ne pas ressentir de colère en se remémorant ce « beau jour », à l’idée d’avoir été intimement entaillée sans prévenir (je me permets de lier cet article de Kiki et les commentaires qui illustrent ce que je veux dire en termes de « respect et consultation » de la FEMME qui accouche, car sa vie ne s’arrête pas là, elle sera AUSSI autre chose qu’une mère le reste de sa vie…).

[Désolée pour cette digression sur l’épisiotomie. Je n’en ai jamais « subi »mais le sujet me touche beaucoup et me paraît révélateur du thème et des questionnements abordés]

Tout ceci pour dire que si les femmes (les mères) regrettent le manque d’information autour de certains sujets liés à la maternité, je pense que cela soulève deux points principaux : la sensation d’un abus de faiblesse (dans des moments de leur vie où elles peuvent se sentir fragilisées physiquement car la grossesse et l’accouchement les changent dans leur corps, mais aussi émotionnellement car toutes les décisions à prendre et informations manquantes ne les concernent pas seulement elles mais aussi ce qu’elles savent avoir de plus cher  – leur enfant) et le regret d’un manque d’information au moment opportun (pour le démarrage de l’allaitement ou pour les décisions à prendre en cours d’accouchement).

Bonne lecture et bonne réflexion !

Madame Sioux

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12 réflexions sur “L’information manquante… ou l’information opportune et de qualité ? [mini débrief]

  1. C’est marrant que tu parles de l’épisiotomie comme ça. C’est exactement comme ça que ça s’est passé pour moi: j’avais rédigé un projet de naissance, en avait parlé avec la gynéco et les sages-femmes et toutes étaient ok pour dire que si on pouvait éviter on le ferait. Bel accouchement sans péri, mais sur la fin, périnée trop tonique et bébé qui avait joué au lasso avec son cordon et jouait des épaules. Bref, la gynéco et la sage-femme m’ont posé la question en me disant que de ce qu’elles voyaient, je risquais vilaine déchirure et que bébé n’arrivait pas à passer. Elles m’ont demandé deux fois si elles pouvaient y aller, m’ont laissé le choix (et laissé râler quand j’ai dit que je sentais quand même!) et finalement j’ai eu 1 cm de points. Le fait d’être consultée m’a permis de bien vivre cet acte qui là semblait vraiment nécessaire (et en termes de cicatrisation aucun souci). Donc oui le dialogue et l’écoute, même dans le feu de l’action, c’est souvent possible, et c’est salutaire

    • Je ne suis ni SF ni gynéco mais j’ose croire qu’il y a toujours la possibilité, quand on le veut vraiment, de prendre 2 min pour expliquer à la maman comment se passe SON accouchement et la laisser choisir ou l’aiguiller en conscience.
      Merci pour ton témoignage, c’est encourageant :-)

  2. Pensez aux doulas, nous sommes là pour (re)créer la communication et la confiance, dans le respect du vécu de chaque maman.

    Christine, doula en Belgique

    • Je ne vais pas parler au nom de toutes les françaises mais j’ai l’impression que chez nous, on appréhende encore mal la valeur ajoutée de cette profession. Personnellement, avant mon 1er enfant, j’avais découvert les doulas à la lecture du livre « Attendre bébé autrement » mais je ne voyais pas tellement quel rôle elles avaient à jouer dans la mesure où on avait un conjoint bien présent et où on faisait confiance au personnel de sa maternité (à tort ou à raison, au final).
      Ensuite, pour mon 2e, ayant bénéficié d’un suivi global, j’étais comblée par l’accompagnement de ma SF, elle savait ce que je voulais et je savais qu’il n’y aurait qu’elle le jour J donc…
      Je crois que j’aimerais bien mieux comprendre de quelle façon la doula se place au coeur de la triade (voire plus) soignant / mère / père. Et je ne crois pas avoir vu beaucoup de témoignages à ce sujet sur les VI. Tu ne voudras pas venir nous présenter ton métier, petit écrit à l’appui ? ;-)

      • Je crois que la réponse est un peu dans la question. Après ton premier accouchement, tu as préféré te tourner vers un accompagnement global: je suppose qu’il y avait eu un manque, quelque-chose qui t’as fait chercher un « plus ».
        Tout le monde ne bénéficie pas du suivi d’une sage-femme libérale et nombreux sont les plateaux où elles ne sont pas acceptées. C’est là que peut intervenir une doula, dans cet abîme entre des techniciens trop (pré)occupés et les tonnes de questionnements/doutes des futurs parents.

        Ce serait avec plaisir que je présenterais un peu plus ce métier, dans quelques temps.

    • Et il y a aussi la question de « comment sont reçues les doulas dans le milieu médical français ? ». Je ne sais pas trop comment ça se passe, si on lui fait aimablement une place en salle de naissance ou pas ?!

  3. Super débrief!
    Je n’arrivais pas tellement à mettre de mots là-dessus, mais l’hypothèse de DocMama selon laquelle les femmes seraient déçues parce qu’elles s’attendraient à vivre le plus beau jour de leur vie, me gène profondément.
    « L’abus de faiblesse » est l’expression que je cherchais et me semble beaucoup plus juste!

    (Personnellement, c’était un peu comme dans mes pires cauchemars, quand on m’enferme dans un hôpital psy et que j’ai beau dire que je suis pas folle, on me réponds « mais oui mais oui… » Là. à tout ce que j’exprimais « Ca va pas, j’ai trop mal, je peux plus », pendant 12 heures on m’a répondu « mais oui mais oui, c’est normal, no pain no gain ». Et en disant à mon mari paniqué de « pas s’inquiéter, une femme qui accouche dit toujours n’importe quoi, c’est les hormones qui parlent ». Allôô? Brèfle).

    • Sympa le « no pain no gain », ça résume assez bien l’ambiance parfois :-/
      Ca me révolte ce que tu dis et que tu n’es pas la seule à rapporter ! Quand tu te tapes le combo infantilisation + abus de position dominante, pas besoin d’avoir idéalisé le jour de ton accouchement pour en garder un souvenir amer !!! :-(

  4. Et oui tu soulignes un point : le temps, la disponibilité et l échange !

    J ai é dans le cas de l episio ‘ideal’ que tu décrit s que je l’ai bien vécu car expliqué et envisagé au moment opportun!
    Mais le temps ça coûte cher…dommage !

  5. Merci beaucoup de ce débrief riche et pertinent!! Retrouver un peu de spontanéité et de bon sens dans les relations patients/soignants, voici qui me semble un bon début de programme…

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