Je tiens tout d’abord à remercier Mme Déjantée pour son invitation à participer au blog des Vendredis Intellos. Pour mon premier article, je souhaite partager une initiative qui me tient particulièrement à cœur et qui concerne le soutien à l’allaitement.

Actuellement en France, environ 65 % des bébés sont allaités à la naissance. Sur 830.000 naissances, cela fait donc plus de 500.000 femmes allaitantes qui, chaque année, viennent quelques semaines après l’accouchement consulter un médecin, notamment sur le sujet de l’allaitement maternel…

Il paraîtrait alors évident que, pour répondre à une telle demande, nos soignants, qui sont parfaitement formés à diagnostiquer des pathologies qu’ils ne rencontreront probablement qu’une ou deux fois dans toutes leurs carrières, soient également idéalement formés sur le sujet de l’allaitement maternel. Ceci leur permettrait de guider les femmes en difficultés, de les conseiller pour qu’elles puissent mener à bien leur projet d’allaitement, quel qu’en soit la durée comme explicité dans le livret PNNS établi par le Comité Nutrition de la Société Française de Pédiatrie « Bénéfices Santé de l’allaitement maternel ».1

« La confiance de chaque mère dans sa capacité à nourrir son enfant est essentielle pour assurer un allaitement satisfaisant. D’autre part, les professionnels de santé sont en première ligne pour conseiller les mères, leur fournir une information de qualité, pour les inciter à faire le choix de l’allaitement maternel exclusif et le prolonger. »

Malheureusement, il n’en est rien. La plupart des praticiens ne bénéficient que d’une heure de cours sur l’allaitement maternel en sept années d’études de médecine, les sages-femmes ne reçoivent que quelques heures de formation, quant aux puéricultrices, tout dépend de la région dans laquelle se déroulent leurs études… Aucun professionnel de la santé n’obtient donc les 20 heures de formation nécessaires à l’acquisition des compétences requises pour aider une mère en difficulté avec son allaitement (recommandations de l’Organisation Mondiale pour la Santé). C’est le constat de la Haute Autorité de Santé concernant le soutien à l’allaitement maternel dans notre pays.2

«  Les pratiques professionnelles en France sont très variables… Les professionnels sont peu formés à la physiologie de l’allaitement maternel et à son soutien. Les maternités n’en font pas toujours une priorité ; l’accent est mis sur les soins techniques immédiats à la naissance ; les séances d’information aux futurs parents sont parfois supprimées par manque de moyens. Le souhait d’une reprise rapide du poids de naissance lié au manque de confiance dans l’allaitement maternel conduit à proposer des « compléments » de lait artificiel malgré un désir exprimé des parents d’allaitement maternel. La démarche qualité autour du soutien de l’allaitement maternel concerne tous les professionnels impliqués en périnatalité, en particulier les sages-femmes, les puéricultrices, les auxiliaires de puériculture, les médecins généralistes, les gynécologues-obstétriciens, les pédiatres et les infirmières. »

Le résultat est sans appel : à l’heure actuelle, lorsqu’elles sont assaillies par un doute ou une difficulté, les mères ne reçoivent souvent pour toute réponse que des conseils contradictoires ou inadaptés à leur situation… Au final, elles sont fréquemment poussées vers un sevrage parfois prématuré, non désiré et source d’une grande souffrance. En effet, le taux d’allaitement diminue de moitié au cours du premier mois de vie de l’enfant.

C’est pourtant une situation paradoxale et incompréhensible: les recommandations du Plan National Nutrition-Santé en cours sont très claires et ne laissent aucun doute sur le rôle des soignants en matière d’accompagnement et de soutien à l’allaitement maternel.3

« Alors que la promotion de l’allaitement maternel est l’un des objectifs du Programme national nutrition santé (PNNS), la situation dans notre pays n’est guère satisfaisante : un peu plus de la moitié des femmes seulement choisissent d’allaiter leur enfant à la naissance ; les disparités régionales restent fortes ; la durée de l’allaitement est trop courte, avec une médiane estimée à dix semaines. Pourtant, les recherches scientifiques prouvent l’indéniable supériorité de l’allaitement maternel.

Malgré l’amélioration de la qualité des laits infantiles, la composition nutritionnelle et l’apport en substances biologiques du lait maternel ne peuvent être reproduits. Aucun autre lait que le lait d’une mère ne peut s’adapter de façon permanente aux besoins du nourrisson en croissance. L’effet bénéfique pour la santé du nourrisson, largement reconnu dans les pays où les conditions économiques et d’hygiène demeurent précaires, est également prouvé dans les pays industrialisés.

Chez nos voisins européens, les mères font beaucoup plus souvent et plus longtemps le choix de ce mode d’alimentation pour leur enfant. Les raisons d’une telle situation sont multiples et pour certaines, mal comprises. Mais deux éléments stratégiques clés doivent être soulignés. D’une part, la confiance de chaque mère dans sa capacité à nourrir son enfant est essentielle pour assurer un allaitement satisfaisant. D’autre part, les professionnels de santé sont en première ligne pour conseiller les mères, leur fournir une information complète et de qualité, pour les inciter à faire le choix de l’allaitement maternel exclusif et le prolonger.

L’allaitement maternel présente bien des avantages jusqu’aux 6 mois de bébé. Sans culpabiliser vos patientes – elles sont en droit de ne pas vouloir allaiter -, vous favoriserez sa réussite en les informant dès leur grossesse de ses bénéfices pour l’enfant comme pour elle-même.

Mieux vaut aussi évoquer les modalités pratiques et les éventuels problèmes ainsi que les rassurer sur les contraintes nutritionnelles ! Si elles suivent les recommandations du PNNS, les femmes qui allaitent n’ont pas de régime alimentaire spécifique. »

Cette situation est inacceptable. La souffrance de ces mamans que nous rencontrons trop souvent dans nos associations de soutien à la parentalité est inacceptable et pourrait être évitée.

Un petit groupe de parents bénévoles et directement concernés au quotidien par cette situation s’est réuni via sur un célèbre réseau social et ont décidé d’agir ensemble, à la hauteur de leur moyens pour tenter de faire évoluer les choses.4 Certains pourraient trouver leur démarche utopique ou trop idéaliste mais c’est grâce à ce type d’initiative venant de parents motivés que la situation a une chance d’évoluer. Une lettre ouverte à Mme le Ministre des Affaires sociales et de la Santé a été rédigé pour l’informer de cette situation devenue intolérable à vivre au quotidien pour les mères allaitantes autant que pour les professionnels de la santé qui sont aussi nombreux à déplorer cet état de fait.5

Dans leur lettre, ils demandent à ce que les professionnels de santé soient formés de manière à pouvoir soutenir toutes les mères allaitantes dans leur projet, quel qu’il soit. S’ils ne possèdent pas les compétences, qu’ils orientent les patientes vers des consultants en lactation diplômés (IBCLC par exemple) afin que les femmes ayant choisi d’allaiter puissent réussir leur projet sans difficultés et sans être confrontées à des conseils inadaptés.

Cette initiative reçoit de plus en plus de soutien, le dernier en date et non des moindres et celui de la CoFAM (Coordination Française pour l’Allaitement Maternel) qui a relayé cette démarche sur son site.6

Plus le nombre de signatures et de témoignages de mères et de soignants sur le sujet sera important, plus cette initiative aura une chance de porter ses fruits…

Je vous invite donc pour plus d’informations, pour signer la lettre ouverte ou pour témoigner à consulter le site de cette initiative : https://sites.google.com/site/droitausoutienpourlallaitement/home

Vous pouvez retrouver cet article et ceux qui suivront sur mon blog : ICI 

Research Dad

 

Références :

1 « Bénéfices Santé de l’allaitement maternel », livret PNNS (de 67 pages) établi par le Comité Nutrition de la Société Française de Pédiatrie (SFP).

2 Favoriser l’allaitement maternel, processus-Evaluation  Haute Autorité Santé.

3 Manger, bouger Pro : le Programme National Nutrition Santé – Ressources pour les professionnels de santé. http://www.mangerbouger.fr/pro/sante/se-mobiliser-20/nutrition-aux-differents-ages-de-la-vie/allaitement-maternel.html

4 Droit au soutien à l’allaitement maternel. http://www.facebook.com/pages/Droit-au-Soutien-%C3%A0-lAllaitement-Maternel/337704586329062

5 Lien pour la pétition. http://www.mesopinions.com/petition/sante/droit-soutien-allaitement-maternel/9662

6 Newsletter Lettre Ouverte CoFAM. https://www.coordination-allaitement.org/nos-actions/lettres-ouvertes