Carrière et vie personnelle : comment préserver l’équilibre ?

Ces derniers temps, je me suis beaucoup interrogée sur l’équilibre à trouver entre vie personnelle et vie professionnelle. J’aime mon fils et j’aime passer du temps avec lui, mais je m’épanouis également énormément au travail, et je suis souvent assaillie de sentiments contradictoires  (j’aimerai passer plus de temps avec mon fils – j’aimerai être disponible à 100% pour avancer sur mon boulot – quand est ce que je dors ??)

J’ai donc été  intéressée par l’article du New York Times écrit par l’ancienne directrice financière de Lehman Brother, qui fait un bilan de sa carrière, un peu dans la lignée d’Anne-Marie Slaughter dont j’avais parlé ici.

Pour moi, cet article démontre l’importance de se poser deux questions cruciales pour notre équilibre vie pro / vie perso : « quel est mon ambition professionnelle ? » et « Où en suis-je aujourd’hui ? »

 1/ quelle place donner à ma vie professionnelle ? avec quelle ambition ?

L’auteur montre qu’elle s’est laissé happer dans une sorte de « course à l’excellence », volonté de toujours mieux faire dans son travail qui insidieusement a fait disparaitre toutes les autres priorités de sa vie :  (indulgence pour les traductions!)

I didn’t start out with the goal of devoting all of myself to my job. It crept in over time. Each year that went by, slight modifications became the new normal. First I spent a half-hour on Sunday organizing my e-mail, to-do list and calendar to make Monday morning easier. Then I was working a few hours on Sunday, then all day.

« Je n’ai pas commencé à travailler avec l’objectif de me dévouer entièrement à mon travail. Cela s’est développé avec le temps. Chaque année, de petits changements devenaient la nouvelle normalité. D’abord, j’ai passé une demi-heure le dimanche soir à organiser mes e-mail, ma to-do list et mon calendrier pour que le lundi matin soit plus facile. Puis je me suis mise à travailler quelques heures le dimanche, puis toute la journée ».

Since I resigned (…), I have had ample time to reflect on the decisions I made in balancing (or failing to balance) my job with the rest of my life. The fact that I call it “the rest of my life” gives you an indication where work stood in the pecking order.

“Depuis que j’ai démissionné, j’ai eu largement le temps de réfléchir aux décisions que j’ai prises pour équilibrer (ou ne pas réussir à équilibrer) mon travail avec le reste de ma vie. Le fait que je l’appelle « le reste de ma vie » vous donne une indication de la place que tenait le travail dans ma hiérarchie personnelle ».

Il me semble qu’il y a là une vraie problématique dont on n’a parfois pas assez conscience : dans des postes stimulants, à fortes responsabilités, comment se positionner, ne pas se laisser entrainer par la spirale ascendante, l’émulation maintenue par l’ensemble des membres de l’entreprise ? En gros, comment ne pas se laisser griser par l’ivresse du pouvoir ?

Certains métiers reposent vraiment sur ce principe d’émulation : dans le conseil, on parle du « up or out » : tu montes (en grade) ou tu cherches un autre travail. Le problème, c’est que monter en grade demande généralement un sur-investissement, mais donner plus côté pro, c’est donner moins coté perso et peut être (si cette montée n’est pas consciemment choisie, pas préparée) perdre l’équilibre qu’on avait trouvé jusque là.

Il y a donc une question de base à se poser : quelle est mon ambition ? Jusqu’où est-ce que je souhaite monter (en grade, en salaire, en responsabilités…) ?
Question connexe : combien de mon temps et combien de mon énergie (deux éléments complémentaires) est ce que je souhaite accorder à mon travail, mes amis, mes enfants ?

Cette question de l’énergie me semble intéressante car elle oblige à se donner des objectifs réalistes : il est illusoire de vouloir être excellent partout en ne prévoyant jamais aucun créneau de battement (temps pour ne rien faire, temps pour dormir, etc.) ce que l’auteur montre bien :

AT an office party in 2005, one of my colleagues asked my then husband what I did on weekends. She knew me as someone with great intensity and energy. “Does she kayak, go rock climbing and then run a half marathon?” she joked. No, he answered simply, “she sleeps.” And that was true. When I wasn’t catching up on work, I spent my weekends recharging my batteries for the coming week. Work always came first, before my family, friends and marriage — which ended just a few years later.

« Lors d’une fête au travail en 2005, une de mes collègues a demandé à mon mari de l’époque ce que je faisais le week-end. Elle savait que j’étais quelqu’un qui a beaucoup d’énergie. « Est-ce qu’elle fait du kayak, de l’escalade et enchaine avec un semi marathon ?  » a-t-elle plaisanté. Non, a-t-il répondu, « elle dort ». Et c’était vrai. Quand je ne m’escrimais pas sur mon travail, je passais mes week-end à recharger mes batteries pour la semaine suivante. Le travail venait toujours en premier, avant ma famille, mes amis et mon mariage – qui s’est terminé quelques années plus tard ».

2/ Où est-ce que j’en suis ?

La difficulté de la première question et le problème soulevé par sa réponse, c’est que cela reste toujours très théorique. Concrètement, pour un poste donné, la charge de travail est variable dans le temps : il y a toujours des coups de bourre et des périodes plus calmes. Parallèlement, un enfant demande plus ou moins d’attention semaines après semaines (qu’il soit malade, ou tout simplement en demande …)
Ainsi, notre équilibre global est sans cesse perturbé, dans un sens ou dans l’autre : on peut enchainer des semaines compliquées et des semaines plus faciles et ce sont des fluctuations qu’il faut accepter il me semble. Mais reste qu’il y a quand même un moment ou il faut se poser et prendre du recul : est ce que globalement, j’accorde bien le temps que je souhaitais accorder à chacun ?

L’article est intéressant à ce point de vue car l’auteur explique qu’elle n’a jamais réussi à se poser honnêtement cette question.

 In 2007, I did start to have my doubts about the way I was living my life. Or not really living it. But I felt locked in to my career. I had just been asked to be C.F.O. I had a responsibility. Without the crisis, I may never have been strong enough to step away..
« En 2007, j’ai commencé à avoir des doutes sur la manière dont je vivais ma vie – ou dont je ne la vivais pas. Mais je me sentais enfermée dans ma carrière. On venait de me proposer d’être directrice financière. J’avais des responsabilités. Sans la crise, je n’aurais jamais été assez forte pour arrêter ».

De mon côté, je trouve ce temps à l’occasion des vacances, voire d’un congé mat qui permet de se couper entièrement du rythme de travail… mais je crois qu’il est aussi sage de demander régulièrement le retour de nos proches.
Je pense qu’un ami, un conjoint, un collègue proche, peuvent servir de garde fou : « je te trouve fatigué, stressé, tu rentres tard le soir en ce moment… est ce qu’il ne faudrait pas un peu lever le pied ? Est-ce que cette mission / présentation / échéance est si importante ? Comment la simplifier ?  »

Tout l’enjeu finalement est de réussir à garder du recul au quotidien, rester capable de se dire « mon ambition, ce n’est pas de faire la copie parfaite (qui m’occuperait jusqu’à 2h du matin), mon ambition, c’est de faire une excellente copie dans le temps qui m’est imparti (départ à 19h!) »

Paloma

Si cela vous dit, vous pouvez me retrouver sur mon blog . Je l’ai créé il y a quelques mois avec déjà cette problématique d’équilibre en tête, d’où son nom bizarre ;) : les jongleries de Paloma, à la recherche de l’équilibre entre mon bébé, mon mari, mes amis, et mon boss !

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21 réflexions sur “Carrière et vie personnelle : comment préserver l’équilibre ?

  1. Pingback: Carrière et vie personnelle : comment préserver l’équilibre ? (Pour les VI) | Les Jongleries de Paloma

  2. Cette problématique est effectivement des plus intéressantes ! Je crois que chaque mère a eu un jour ou l’autre à se poser la question, une des plus difficiles. Pas de conseil à donner, car c’est bien personnel. En ce qui me concerne, j’ai donné priorité à mes 3 enfants. Merci pour ce post en tous cas.

  3. Il y aurait pleins de petits aménagements dans les entreprises qui faciliteraient la réponse à ce dilemme : aucune réunion tôt le matin, tard l’après-midi et au déjeuner, possibilité de télétravail, et fin du mythe du présentéisme, ce serait déjà un bon début !

    Changer aussi la vision « carrière = épanouissement ». Ce n’est pas forcément lié. Quand je vois le plombier arriver en sifflotant vs la tête d’enterrement du directeur (qui le regarde de haut, évidemment), ça laisse songeur.
    Ça commence dès l’école… et même dès la petite enfance. Quand on élève des enfants « au bâton et à la carotte », on obtient des adultes qui vont chercher la reconnaissance sociale par le poste, le salaire, etc.

    Une modification des congés de parentalité apporterait aussi une bouffée d’air aux mères… et aux pères.

    Et la possibilité de faire « repasser le plat » des promotions. Parce qu’on peut ne pas être dispo pendant la petite enfance de ses enfants, s’investir de nouveau quelques années, reprendre un peu de temps pour recadrer les ados, puis se replonger dans son travail une fois les oiseaux partis du nid. On devrait pouvoir ajuster les curseurs au fur et à mesure, selon sa vie, ses projets (familiaux, mais aussi artistiques, sportifs, humanitaires…).
    Un être humain bien dans sa vie est un travailleur efficace.

    Il n’en reste pas moins qu’on aimerait se télétransporter au boulot quand on est entouré de ses enfants en pleine crise… et qu’on aimerait se télétransporter avec ses enfants quand on vient de se faire remballer par le boss ou un client ! :)

  4. Merci pour ce questionnement, je pense qu’il est au coeur de toutes les nouvelles-futures mamans (et quelques papas).
    Certaines phrases, certains questionnements dans ton cheminement m’interpellent :
    « En gros, comment ne pas se laisser griser par l’ivresse du pouvoir ? » ==> Ca sous-entend qu’il faut le faire, et je pense qu’on peut aussi se poser la question de pourquoi ne pas se laisser griser par l’ivresse du pouvoir ? La réponse est dans la prochaine phrase, dite comme une vérité et que je ne trouve pas si vraie…
    « Le problème, c’est que monter en grade demande généralement un sur-investissement, mais donner plus côté pro, c’est donner moins coté perso… » ==> Je ne suis pas d’accord avec le « donner plus côté pro, c’est donner moins côté perso. Oui, si on ne considère que le temps. Le temps quantitatif. Et mon expérience personnelle m’a appris à considérer plus le temps qualitatif.

    En fait, je suis la troisième de ma fratrie, et quand ma mère a appris qu’elle m’attendait, elle a décidé de s’arrêter de travailler (elle était alors professeur de français en collège), mais pas complètement. Elle a voulu travailler à la maison, pour être plus présente pour mes frères (alors âgés de presque 5 et 7 ans) et moi. Elle n’a pas démissionné, elle a profité de son congé de maternité pour monter une petite association, et a démissionné à la fin du congé.
    La petite association, de création de voyages scolaires, a été rapidement montée, elle avait des contacts, avait débuté une formation, a eu rapidement des collègues. Elle s’est vite mutée en toute petite entreprise, de moins de 10 employés, ma mère était donc directrice générale, un ami était président, une amie secrétaire.
    Le but était de travailler depuis la maison, avec ses horaires, du temps pour ses enfants, son organisation. Et pas de stress.
    Et en fait elle a super bien travaillé. Elle a commencé par monter des circuits qu’elle connaissait, de ses voyages persos, de ses contacts, de son expérience dans l’enseignement. Puis elle en a monté de nouveaux, qu’il a fallu qu’elle teste. Elle a eu rapidement pas mal de succès, parce qu’il n’y avait pas grand monde qui proposait des voyages étudiés pour l’enseignement, bien construits pour intéresser sans ennuyer à la fois les élèves et les professeurs, et ce en fonction de l’âge et du programme scolaire. Elle était qualifiée, à la fois en tant qu’agent de voyage et qu’enseignante (ou ex-enseignante).
    Et de mon enfance, moi je sais que j’ai eu une mère très absente, souvent au travail, très souvent en voyage pendant minimum une semaine, voire un mois, pour construire ses circuits. Au moins deux à trois fois l’année je passais une longue (à cet âge c’est long) période de temps sans ma maman. La mère d’une de mes copines appelait ma mère « maman courant d’air », en riant, et devant moi. Je n’ai pas le souvenir que ça m’ait jamais blessée.
    Et pourtant, de cette enfance, je ne me rappelle pas, aujourd’hui, le manque. Oui, Maman était souvent en voyage, elle était souvent au travail. Mon père étant médecin, il ne rentrait pas spécialement tôt et il arrivait qu’on l’appelle le soir. J’ai connu la garderie jusqu’à la nuit tombée. J’ai connu la baby-sitter. J’ai connu les soirées seules avec mes frères (suffisamment âgés pour qu’on soit seuls tous les trois). D’autant que mes parents avaient aussi des activités « extra-scolaires » et des amis. Ils n’étaient pas seulement professionnels et parents. Ma mère chantait dans une chorale avec deux répétitions par semaine.
    Mais je n’ai pas vécu une enfance sans mes parents.
    Et je suis persuadée que si je ne bénéficias pas du temps quantitatif, je bénéficiais d’une qualité de temps qui compensait tout le reste. Quand ils étaient là, mes parents l’étaient vraiment, pas la tête ailleurs, ils étaient à nous. Suffisamment pour que ça compense tout le reste. Mes anniversaires étaient tous rythmés par les chasses au trésor qu’ils nous organisaient, par exemple. Je n’ai pas vraiment tellement d’exemples précis. Il me reste que mes souvenirs d’enfance ne sont pas aussi solitaires, ne sont pas empreints du manque. Pas comme on voudrait bien le croire en lisant les paragraphes précédents.
    J’en rajouterai même (et ça dépasse un peu la question de cet article) : la fierté sans bornes que je voue aujourd’hui à ma mère (qui, pour son départ à la retraite, vient de vendre la grosse entreprise qu’elle avait au début construite pour être une petite association, avec tellement d’acheteurs qui se bousculaient au portillon qu’elle a pu choisir celui qui garderait l’esprit de sa boite), m’a permis de me construire peut-être mieux que si elle avait passé plus de temps (quantitatif) avec moi. J’ai l’ambition aujourd’hui de faire ce que j’aime, de me battre pour ça, de vivre pleinement ma vie de femme et de professionnelle en même temps que ma vie de maman, pour aussi apprendre à mes enfants à le faire.

    D’où mon scepticisme quant à la vérité « plus d’implication au boulot, c’est moins d’implication à ses enfants… ou au perso ».

    En conclusion, je pense que la vraie question à se poser, ce n’est pas « comment ne pas me laisser emporter par mon boulot ? », mais plutôt savoir reconnaître, sans différencier boulot/perso/famille, ce qui vous épanouit, ce qui vous rend heureuse, ce qui vous fait dire qu’il ne vous manque rien du tout.
    Certaines femmes ont besoin de consacrer tout leur temps à leur famille, parce qu’elles auraient sans cela le manque du moindre petit moment avec eux. Celles-ci ne sont pas faites pour la vie professionnelle.
    Mais ce n’est pas abandonner ses enfants que de poursuivre une carrière, même jusqu’au plus haut niveau, si c’est ce qui vous fait vibrer. Si une fois rentrés à la maison vous ne regrettez rien, que vous vivez pleinement et que du coup, votre bonheur et le fait de ne pas être dans votre tête ailleurs vous fait passer peut-être seulement un peu de temps, mais un temps PLEIN, avec vos enfants.
    En fait, si vous respectez vos envies, sans vous soucier de ce que les bien pensants en pensent, vos enfants vous en seront reconnaissants car ils apprendront à faire de même, à toujours chercher l’occasion de se rendre heureux et de vivre une vie pleine.

    • Je pense que lorsque tu es ton propre patron -c’était le cas pour ta mère, et un peu pour toi qui es médecin- tu as plus de latitude pour organiser ton emploi du temps, et tu n’es pas assujettie aux diktats d’une culture d’entreprise qui confond souvent présence affichée et efficacité.

      • Ben justement, c’est pas si facile.

        D’abord parce qu’être son propre patron signifie que si tu n’es pas là, personne ne fera le boulot à ta place. Et les heures finalement défilent bien plus vite que celles des employés, qui ont parfois justement, comme tu le dis, un quota d’heures à remplir.
        De toutes mes études (parce que je suis médecin, mais pas encore docteur, pas encore sortie de l’internat), je n’ai jamais fait une semaine de 35 heures, sauf quand mes vacances commençaient au milieu de la semaine. La moyenne, c’est 60-70 heures. Pareil de toute mon enfance pour mon père et ma mère.

        J’ai justement choisi, à la sortie de mes études, un travail de médecin salarié, pour avoir de vrais horaires avec ce diktat…

        C’est un travers de pensée qui se voit souvent, comme le médecin bourré de fric, le patron salaud qui marche sur ses employés… Vu de l’autre côté de la lorgnette, on se rend compte que ce n’est pas vrai, pas plus que les employés feignasses qui ne dépasseraient pas d’une seconde le temps de travail qu’ils doivent à l’entreprise ou qui réclament des 1/4 d’heures payés en heures supplémentaires parce que ça ne leur viendrait pas à l’idée qu’ils bossent pour quelque chose et pas pour compter les minutes…
        Tout ça ce ne sont que des caricatures de préjugés. Ca existe, on en voit, mais ce n’est pas la majorité.

        Et pour le cas de mes parents, ils ont fait ces métiers parce qu’ils les aiment, pour accomplir quelque chose. Et ça demande du temps.

        • Je ne parlais pas du temps de travail, mais du choix des activités , des objectifs et des moyens de les atteindre.
          L’un des plus grands facteurs de stress au travail est d’avoir beaucoup de contraintes, et peu de latitude. Et c’est une situation qui s’est énormément amplifiée dans les grosses entreprises.
          Quand on est pris dans ce type d’organisation du travail, je crois qu’il est vraiment très important de prendre du recul, de réfléchir à ce qu’on peut ou pas changer.

          En effet en ce moment, je dois faire autour de 35h, mais c’est parce que je suis à 80% ;-), et que pour le moment, dans la phase de vie dans laquelle je suis, j’ai choisi de privilégier le temps de présence à la maison avec ma famille.

          • Je ne pense pas qu’il faille opposer patron et employés en terme de stress au travail. Le plus grand facteur de stress au travail est la pression au résultat, qu’elle soit mise par un patron ou par la nécessité parce que c’est vous le patron. Mais le plus grand facteur protecteur de stress, c’est d’aimer son boulot, de l’avoir choisi, de s’en passionner. Et là, qu’on soit employé ou patron, ça ne change rien. Je connais des tas d’employés qui gèrent très bien un travail très stressants parce qu’ils se sentent utiles et aiment ce qu’ils font. sinon, c’est que le travail ne convient pas. dans ce cas, un autre choix s’impose. (et des patrons malheureux dans leur boulot. le stress est autrement plus grand, l’arrêt pour surcharge absolument impossible (pas de remplaçant, donc stress plus grand encore dû à l’arrêt, cercle vicieux), si la passion n’est plus là, ils sont foutus !)

            Après, patron ou employé, le choix n’est pas toujours aisé. C’est parfois même un luxe quand on se passionne pour quelque chose dans lequel les débouchés sont maigres par exemple. Et le choix de rester à la maison est parfois dur financièrement, dépendant du contexte.
            Mais je pense qu’on peut aussi, comme certains qui ont tout compris, faire le choix de se dire que son boulot n’est qu’un boulot, s’il ne convient pas et qu’on ne peut en changer, et décider de le faire passer gentiment sans s’en stresser outre mesure, sachant que c’est à la maison qu’on décide d’accorder le plus d’importance (mais c’est un travail sur soi qui demande beaucoup de travail, justement, pour parvenir à une telle zenitude. Pour l’instant je ne m’en sens pas capable, et c’est tant mieux du coup que mon boulot me passionne… ;) ).

            • La pression du résultat peut être très stimulante, et bien vécue , notamment dans un contexte de construction collective.
              A mon avis, c’est vraiment l’organisation du travail qui est en cause aujourd’hui, et qui peut être destructrice aussi bien pour un cadre très supérieur que pour un employé.

              Mais même dans un contexte positif, par exemple lorsque le travail nécessite de nombreux déplacements avec des horaires contraignants (j’ai des collègues qui devaient être un jour dans un pays de l’Est, et le lendemain aux aurores dans une usine en France), il est important d’être lucide sur ses choix de vie.

  5. Je suis tout à fait d’accord avec l’idée qu’il faut savoir prendre du recul par rapport à une activité professionnelle qui peut littéralement nous « bouffer ».
    C’est valable autant pour les hommes que pour les femmes.
    La vraie question est « qu’est-ce que je veux faire de ma vie » ? Et la réponse peut être le fruit d’un long travail.

    En même temps, je suis en partie d’accord avec Docnmama sur le fait que les enfants n’ont pas forcément besoin d’une présence permanente.
    En revanche, je ne suis pas d’accord avec l’argument « ce n’est pas la quantité qui compte, c’est la qualité ». Je ne sais pas très bien ce qu’est la « qualité » de la présence.

    Par ailleurs, les besoins de nos enfants sont évolutifs, les nôtres aussi. On peut aussi imaginer être très présent à la maison à certaines périodes, et moins à d’autres.Etre très investie pendant un temps sur un projet professionnel un temps, puis lever le pied avant de repartir sur autre chose ensuite. Dans la vie professionnelle aussi on peut avoir besoin de parenthèses pour mieux y revenir, l’esprit « régénéré » .

    • Effectivement, c’est un vocabulaire que je me suis construit depuis des années, parce que ce n’est pas la première fois que la question se pose.
      Ce que j’appelle la qualité du temps, je pense (et encore une fois, comme rien ne m’a choqué, je n’ai pas de souvenir précis), c’est que quand Maman était à la maison, ce n’était pas juste son corps qui y était. J’ai vu des copines avec des mères à la maison mais s’occupant d’autre chose. je ne dis pas que ma mère était tout le temps avec moi si elle était là, mais elle l’était dès que j’avais besoin d’elle. Je pouvais jouer des heures seule dans ma chambre avec mes poupées ou mes BD (j’adorais ça), mais si je voulais jouer aux cartes avec elle ou aller à la piscine, c’était ensemble. Par rapport à plus tard (genre maintenant) où elle a le chic de dire « oui oui » sans vraiment entendre ce que je dis :P (mais je suis adulte).
      Je crois que je ne sais pas bien m’expliquer, mais en gros il n’y a pas que la présence physique qui compte, je pense que pour le coup c’est quelque chose d’instinctif sur lequel beaucoup de monde est d’accord. C’est aussi d’être complètement là, pas à moitié ailleurs, pas de faire trois choses en même temps.
      Ce que doivent faire les mamans qui se privent d’un plaisir par principe pour élever leurs enfants. je pense que cette frustration du plaisir privé doit accaparer une partie de leur esprit, et donc de la qualité de leur présence. (je n’ai pas dit les mamans au foyer, je parle de celles qui n’y sont pas bien, qui y sont par principe moral et non par envie).
      J’espère avoir mieux défini ce que j’entendais par là.

      • Oui , dans ce sens , je comprends, je me rends compte d’ailleurs, que j’ai finalement du mal à être 100% présente avec chacun de mes enfants.
        Et c’est clair que cette présence là n’est pas possible à temps complet.

        Je pense aussi qu’il vaut mieux une maman épanouie qu’une maman contrainte de rester à la maison.

        Mais jusqu’où s’épanouit-on au travail ? A partir de quand est-on « droguée de travail » ? A partir de quand est-on contrainte à une présence qui nous pèse, parce qu’elle déséquilibre notre vie?
        La réponse est propre à chaque personne , et dépend du contexte de travail dans lequel on se trouve.

        • Voilà, ça c’est une question sans réponse générale. Chacun sa réponse, et chacun peut y répondre seul. Mais je pense que c’est la seule question essentielle et indispensable avant de faire son choix, quel qu’il soit, qu’il respecte ou non la réponse (au moins on fait le choix en connaissance de cause. Dans le contexte actuel, c’est parfois difficile de respecter cette réponse, mais au moins, en la connaissant, on accorde aux différentes parties de sa vie l’importance qu’elles méritent, pas plus surtout pour les parties moins plaisantes)

          • Merci d’avoir prolongé le débat !
            J’arrive un peu tard, mais je voulais revenir sur cette notion de temps quantitatif / temps qualitatif. Je suis complètement d’accord qu’il existe une différence entre les deux, différence qu’on éprouve tous au quotidien j’imagine (en semaine, je vois mon fils une heure par jour et je me dévoue entièrement à lui. Le week-end, je suis présente également mais je prends aussi le temps de faire d’autres choses).
            Je m’étais beaucoup appuyée sur cette idée au moment de reprendre mon travail (le jour des 3 mois de mon bébé) : il vaut mieux quelques heures de qualité avec lui que de nombreuses heures ou je serai frustrée de ne pas travailler / d’être coincée à la maison.
            Mais malgré tout, je constate aujourd’hui que 3h de qualité un lundi soir ne compensent pas vraiment 3 jours ou je pars trop tôt et rentre trop tard pour le voir.
            Alors je pense qu’il faut vraiment adapter ce « concept » de temps de qualité à l’âge de l’enfant. Pour un petit comme mon fils (15 mois), qui vit dans le temps présent, je trouve ça dur d’être régulièrement absente plusieurs jours. Au contraire, pour un enfant plus grand ou un ado, qui se projette plus facilement dans le temps, il me semble tout à fait possible et positif qu’il soit fier de voir sa mère s’épanouir dans son travail (ou ses autres activités) et s’accommode très bien d’une présence « irrégulière » si elle est « de qualité »

            • Le distingo quantité / qualité de présence, c’est vraiment un truc qui me questionne.

              Ma mère était présente physiquement (elle s’est arrêtée quelques années), mais c’est sûr qu’on trouvait parfois le temps, mon frère ma sœur et moi, quand elle était en train de cuisiner, d’étendre le linge, ou de faire le ménage… Mais il faut bien le faire, qu’on travaille ou pas !
              Et comme pour Paloma, je pense que le nombre d’heures de présence est importante pour les tous-petits, même si cette présence n’est pas toujours qualitative. Quand j’ai ma cadette dans le dos pendant que je passe l’aspi, c’est pas qualitatif… Quand j’emmène mon aînée en courses non plus. Mais je n’ai aucun doute que le temps bercée contre mon corps, ou de partage d’une obligation d’adulte, soit importante et constructive pour elles.

              Quand on a plusieurs enfants d’âges rapprochés, et même en étant majoritairement avec eux, on se pose encore plus la question. Car si l’amour se multiplie, le temps se divise.
              Comment être présente de manière qualitative pour chacune de mes filles, c’est mon défi renouvelé chaque jour ! Quand le planning tourne bien, et que j’arrive à passer du temps seule à seule avec chacune, juste en jouant / « travaillant » (activités Montessori), c’est le top, aussi bien pour elles que pour moi. Elles sont zen, souriantes, épanouies. Mais je n’y arrive pas tous les jours, alors que je travaille seulement 2 jours par semaine (en emmenant la cadette), et la nuit.
              Je n’imagine pas comment je réussirai à avoir ce temps de présence de qualité si j’avais moins de quantité de temps. Car ce n’est qu’une petite partie de la quantité qui est vraiment de qualité (est-ce que je suis claire ? Pas sûre !)

              En outre, les enfants (jusqu’à 7 ans environ) sont des « esprits absorbants », pour citer M. Montessori. Ils se construisent psychiquement en fonction de leur environnement. La quantité de temps qu’ils passent en dehors du foyer les « construit » donc, et pas forcément comme on le souhaiterait… Mon aînée, qui n’avait jamais connu de violence, s’est mise à taper, griffer, mordre, etc avec son arrivée en crèche. Impossible de faire machine arrière, c’est en elle maintenant, c’est réflexe. Du coup, sa petite sœur aura été « battue » quasi dès la naissance.
              On gère comme on peut, nous n’avions pas vraiment le choix, et cette micro-crèche apporte beaucoup de choses positives aussi (l’encadrement est au top, en quantité et en qualité) ; donc je ne culpabilise pas (au sens négatif du terme – en revanche je m’interroge et je me remets en question, chaque jours !).
              Mais ce n’est pas neutre.

              C’est évident que le choix est une variation des curseurs « besoins des parents » / « gestion financières » / « intérêt du travail ».
              Je connais très peu de personnes (homme ou femme) qui s’épanouissent au travail… et assez peu aussi de FAF qui s’épanouissent à la maison ! Celles qui s’éclatent vraiment à s’occuper de leur progéniture sont celles qui le prennent comme un travail : avec ses objectifs (à court, moyen et long terme), ses axes de progression, ses formations. Et qui ont un réel soutien concernant les tâches ménagères… justement pour pouvoir se consacrer aux enfants et passer du temps de qualité avec eux !

  6. Merci beaucoup de ta contribution!! Et merci à vous toutes pour cet échange des plus intéressants!!
    Je suis moi-même en plein questionnement vis à vis de l’équilibre travail-famille donc pas trop pleine de réponses construites et productives!! Mon congé parental a correspondu à un moment donné au besoin d’arrêter de courir après le temps en m’épuisant chaque jour un peu plus, c’était pour moi une prise de conscience nécessaire (même si du coup ma carrière en a pris un sacré coup). J’espère trouver un jour une façon de fonctionner qui m’épanouisse, professionnellement et familialement.

  7. C’est un sujet intéressant. Je pense que quelques lectures sur le sujet (dominique meda, marie agnes barrere maurisson entre autres), des echanges avec mon mari m’ont aidées à clarifier mes souhaits et surtout à oser en faire part à mon employeur sans penser que mes requêtes étaient illégitimes. Je quitte 3 ou 4 soirs sur 5 le bureau à 17h45 pour aller la creche et je peux me reconnecter sans problème après le coucher de mon garçon.
    La vraie flexibilité serait par exemple d’avoir la possibilité de faire 7h-16h ou des journées plus fragmentées, en lieu du 9-18h classique (pour des horaires de bureau).

      • Oui le coeur m’en dit mais le temps m’en manque. Je garde vraiment l’idée de contribuer dès que j’ai un peu plus de temps.

  8. Pingback: Le parent et son rapport au temps [mini débrief] | Les Vendredis Intellos

  9. Pingback: Conciliation vie pro / vie perso, de l’art d’assumer ses choix | Les Vendredis Intellos

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