Ces derniers temps, je me suis beaucoup interrogée sur l’équilibre à trouver entre vie personnelle et vie professionnelle. J’aime mon fils et j’aime passer du temps avec lui, mais je m’épanouis également énormément au travail, et je suis souvent assaillie de sentiments contradictoires  (j’aimerai passer plus de temps avec mon fils – j’aimerai être disponible à 100% pour avancer sur mon boulot – quand est ce que je dors ??)

J’ai donc été  intéressée par l’article du New York Times écrit par l’ancienne directrice financière de Lehman Brother, qui fait un bilan de sa carrière, un peu dans la lignée d’Anne-Marie Slaughter dont j’avais parlé ici.

Pour moi, cet article démontre l’importance de se poser deux questions cruciales pour notre équilibre vie pro / vie perso : « quel est mon ambition professionnelle ? » et « Où en suis-je aujourd’hui ? »

 1/ quelle place donner à ma vie professionnelle ? avec quelle ambition ?

L’auteur montre qu’elle s’est laissé happer dans une sorte de « course à l’excellence », volonté de toujours mieux faire dans son travail qui insidieusement a fait disparaitre toutes les autres priorités de sa vie :  (indulgence pour les traductions!)

I didn’t start out with the goal of devoting all of myself to my job. It crept in over time. Each year that went by, slight modifications became the new normal. First I spent a half-hour on Sunday organizing my e-mail, to-do list and calendar to make Monday morning easier. Then I was working a few hours on Sunday, then all day.

« Je n’ai pas commencé à travailler avec l’objectif de me dévouer entièrement à mon travail. Cela s’est développé avec le temps. Chaque année, de petits changements devenaient la nouvelle normalité. D’abord, j’ai passé une demi-heure le dimanche soir à organiser mes e-mail, ma to-do list et mon calendrier pour que le lundi matin soit plus facile. Puis je me suis mise à travailler quelques heures le dimanche, puis toute la journée ».

Since I resigned (…), I have had ample time to reflect on the decisions I made in balancing (or failing to balance) my job with the rest of my life. The fact that I call it “the rest of my life” gives you an indication where work stood in the pecking order.

“Depuis que j’ai démissionné, j’ai eu largement le temps de réfléchir aux décisions que j’ai prises pour équilibrer (ou ne pas réussir à équilibrer) mon travail avec le reste de ma vie. Le fait que je l’appelle « le reste de ma vie » vous donne une indication de la place que tenait le travail dans ma hiérarchie personnelle ».

Il me semble qu’il y a là une vraie problématique dont on n’a parfois pas assez conscience : dans des postes stimulants, à fortes responsabilités, comment se positionner, ne pas se laisser entrainer par la spirale ascendante, l’émulation maintenue par l’ensemble des membres de l’entreprise ? En gros, comment ne pas se laisser griser par l’ivresse du pouvoir ?

Certains métiers reposent vraiment sur ce principe d’émulation : dans le conseil, on parle du « up or out » : tu montes (en grade) ou tu cherches un autre travail. Le problème, c’est que monter en grade demande généralement un sur-investissement, mais donner plus côté pro, c’est donner moins coté perso et peut être (si cette montée n’est pas consciemment choisie, pas préparée) perdre l’équilibre qu’on avait trouvé jusque là.

Il y a donc une question de base à se poser : quelle est mon ambition ? Jusqu’où est-ce que je souhaite monter (en grade, en salaire, en responsabilités…) ?
Question connexe : combien de mon temps et combien de mon énergie (deux éléments complémentaires) est ce que je souhaite accorder à mon travail, mes amis, mes enfants ?

Cette question de l’énergie me semble intéressante car elle oblige à se donner des objectifs réalistes : il est illusoire de vouloir être excellent partout en ne prévoyant jamais aucun créneau de battement (temps pour ne rien faire, temps pour dormir, etc.) ce que l’auteur montre bien :

AT an office party in 2005, one of my colleagues asked my then husband what I did on weekends. She knew me as someone with great intensity and energy. “Does she kayak, go rock climbing and then run a half marathon?” she joked. No, he answered simply, “she sleeps.” And that was true. When I wasn’t catching up on work, I spent my weekends recharging my batteries for the coming week. Work always came first, before my family, friends and marriage — which ended just a few years later.

« Lors d’une fête au travail en 2005, une de mes collègues a demandé à mon mari de l’époque ce que je faisais le week-end. Elle savait que j’étais quelqu’un qui a beaucoup d’énergie. « Est-ce qu’elle fait du kayak, de l’escalade et enchaine avec un semi marathon ?  » a-t-elle plaisanté. Non, a-t-il répondu, « elle dort ». Et c’était vrai. Quand je ne m’escrimais pas sur mon travail, je passais mes week-end à recharger mes batteries pour la semaine suivante. Le travail venait toujours en premier, avant ma famille, mes amis et mon mariage – qui s’est terminé quelques années plus tard ».

2/ Où est-ce que j’en suis ?

La difficulté de la première question et le problème soulevé par sa réponse, c’est que cela reste toujours très théorique. Concrètement, pour un poste donné, la charge de travail est variable dans le temps : il y a toujours des coups de bourre et des périodes plus calmes. Parallèlement, un enfant demande plus ou moins d’attention semaines après semaines (qu’il soit malade, ou tout simplement en demande …)
Ainsi, notre équilibre global est sans cesse perturbé, dans un sens ou dans l’autre : on peut enchainer des semaines compliquées et des semaines plus faciles et ce sont des fluctuations qu’il faut accepter il me semble. Mais reste qu’il y a quand même un moment ou il faut se poser et prendre du recul : est ce que globalement, j’accorde bien le temps que je souhaitais accorder à chacun ?

L’article est intéressant à ce point de vue car l’auteur explique qu’elle n’a jamais réussi à se poser honnêtement cette question.

 In 2007, I did start to have my doubts about the way I was living my life. Or not really living it. But I felt locked in to my career. I had just been asked to be C.F.O. I had a responsibility. Without the crisis, I may never have been strong enough to step away..
« En 2007, j’ai commencé à avoir des doutes sur la manière dont je vivais ma vie – ou dont je ne la vivais pas. Mais je me sentais enfermée dans ma carrière. On venait de me proposer d’être directrice financière. J’avais des responsabilités. Sans la crise, je n’aurais jamais été assez forte pour arrêter ».

De mon côté, je trouve ce temps à l’occasion des vacances, voire d’un congé mat qui permet de se couper entièrement du rythme de travail… mais je crois qu’il est aussi sage de demander régulièrement le retour de nos proches.
Je pense qu’un ami, un conjoint, un collègue proche, peuvent servir de garde fou : « je te trouve fatigué, stressé, tu rentres tard le soir en ce moment… est ce qu’il ne faudrait pas un peu lever le pied ? Est-ce que cette mission / présentation / échéance est si importante ? Comment la simplifier ?  »

Tout l’enjeu finalement est de réussir à garder du recul au quotidien, rester capable de se dire « mon ambition, ce n’est pas de faire la copie parfaite (qui m’occuperait jusqu’à 2h du matin), mon ambition, c’est de faire une excellente copie dans le temps qui m’est imparti (départ à 19h!) »

Paloma

Si cela vous dit, vous pouvez me retrouver sur mon blog . Je l’ai créé il y a quelques mois avec déjà cette problématique d’équilibre en tête, d’où son nom bizarre ;) : les jongleries de Paloma, à la recherche de l’équilibre entre mon bébé, mon mari, mes amis, et mon boss !