Allaités … des années !

Lorsqu’on m’a proposé de lire le livre d’Ann Sinnott, intitulé Allaités … des années ! de l’édition du Hêtre,  j’avoue m’être précipitée sur l’occasion tant il est rare de trouver des ouvrages sur l’allaitement prolongé. Il est rare d’en trouver, comme il est rare de lire la moindre étude sur les tenants et aboutissants psychologiques et scientifiques de la pratique. Et je suis persuadée que cette absence joue dans la façon dont les gens jugent l’allaitement des bambins et ne parlons même pas du cas des enfants de plus de 5 ans qui sont allaités !

allaitéesdesannées

C’est donc la volonté de l’auteur d’Allaités … des années ! de traiter de ce sujet à moitié tabou dans nos sociétés occidentales. Son livre est découpé en 11 parties. Et tout au long de son ouvrage, de nombreux témoignages de mères allaitantes ou ayant allaité leurs enfants viennent étayer ce qu’elle dit. Je ne vous parlerai ici que des 2 premiers chapitres de son livre, et je passerai le flambeau à d’autres neurones.

Dans un premier temps Ann Sinnott traite de l’allaitement en tant que nécessité mondiale. Elle s’intéresse aux recommandations de l’OMS, à savoir un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois et sa poursuite jusqu’à l’âge de 2 ans au moins, accompagné d’une alimentation solide. L’auteur souligne l’importance de cette recommandation pour la santé des enfants et critique la manière dont de nombreux médecins occidentaux rejettent cette recommandation au titre qu’elle ne concernerait que les pays en voie de développement. Elle y voit une condescendance malsaine. Par ailleurs,  elle souligne les taux d’allaitement extrêmement bas en occident, en particulier au delà de 6 mois. Et que sans étude poussée on ne peut savoir quel impact ces taux bas ont sur la santé des petits occidentaux.

Elle explique ces taux bas par plusieurs facteurs. Notamment, par l’impact négatif de certaines interventions après la naissance : la séparation mère/enfant, le manque de compétences du personnel soignant « Un cas plus fréquent, et qui enfreint ouvertement la recommandation de l’OMS selon laquelle les bébés ne devraient rien recevoir d’autre que du lait maternel pendant les six premiers mois de leur vie, est celui des sages-femmes qui continuent de suggérer de donner un biberon et continuent de donner aux nouveaux-nés de l’eau/du glucose/du lait industriel, bien souvent sans la permission de la mère. » Et pour la petite histoire, c’est exactement ce qui m’est arrivé à la naissance de ma puce … mais passons !

Elle souligne également la désinformation, voici un témoignage d’une maman :  » Les autorités médicales m’ont beaucoup remise en question quand j’ai poursuivi l’allaitement de mon fils au-delà de six mois. On m’a dit qu’il ne mangerait pas de solides et deviendrait obsédé par sa mère si je n’y prenais pas garde. Il est tout le contraire de ça aujourd’hui. » Les spécialistes de l’allaitement devenues mères à leur tour déplorent également la désinformation : « Les commentaires de visiteurs de santé et de conseillers en allaitement, qui non seulement ont des services une expérience de première main mais sont quotidiennement témoins de l’expérience des autres, apportent une confirmation accablante des insuffisances de certains professionnels de santé. »

Or Ann Sinnott, rappelle qu’une seule étude (une seule !!!) a été faite en occident sur l’impact nutritionnel de l’allaitement long et elle ne permet pas d’apporter un éclairage scientifique. C’est pourquoi en l’absence de réponse établie, elle ne comprend pas qu’il y ait une forme de rejet de cette pratique, en particulier dans le milieu médical. Transformant bien souvent cette pratique mère/enfant en phénomène caché. Ainsi les mères concernées se méfient de plus en plus du corps médical (tiens ça me rappelle quelqu’un …) qui se montre très défaillant sur la question.

Dans le deuxième chapitre : Grand temps d’arrêter ! Ann Sinnott traite de la question de l’impact psychologique de l’allaitement long de l’enfant. Elle rappelle dans un premier temps l’importance de l’influence de Freud : « Parallèlement aux croyances négatives du corps médical, les psychologues ont tendance à désapprouver violemment l’allaitement long. » … « Sigmund Freud, souvent présenté comme le « père de la psychanalyse, a défini la période 0-18 mois comme le « stade oral » du développement psychosexuel. » Ainsi Ann Sinnott, parle de nombreux psychologues avec qui elle a discuté pour son livre et qui sont totalement défavorables à l’allaitement prolongé. L’auteur voit pourtant dans certains propos tenus des interprétations extrêmement personnelles qui ne reposent sur rien de scientifique, Freud ayant été lui-même souvent remis en question sur certains aspects de ses théories (notamment sur la place du sexe … mais passons).

Par ailleurs, nombreux sont les psychologues qui voient dans l’allaitement prolongé la manifestation d’un vide social. Ces dires étant contredits par quelques témoignages de mamans allaitantes qui disent qu’elles sont entourées par leurs familles et amis. Mais ce qui est le plus critiqué par les psychologues est le potentiel pouvoir que la mère a sur son enfant, et sur les motivations parfois obscures à poursuivre l’allaitement.  D’autres soulignent le fait qu’au contraire cela peut être l’enfant qui prend le pouvoir sur sa mère, que l’allaitement va amener l’enfant à entretenir un fantasme « Maman et moi sommes faits l’un pour l’autre« . Ann Sinnott répond à ces remarques en mettant en avant différents témoignages de mères qui expliquent comment elles sont arrivées à allaiter leur enfant plusieurs années. La grande majorité l’ont fait alors qu’elles ne l’avaient pas du tout prévu et montrent avec quel naturel cela est venu. Toutes témoignent d’une relation saine avec leur enfant et d’un équilibre manifeste de ce dernier.

Enfin, l’auteur souligne le fait que l’arrêt de l’allaitement peut être un véritable traumatisme pour l’enfant. Celui-ci ne comprenant pas pourquoi on l’oblige à arrêter une pratique qui le rassure. Ann Sinnott critique le fait qu’on a tendance, dans nos sociétés occidentales à prôner la séparation pour des raisons économiques, en oubliant le bien-être des enfants, qu’on cherche également à provoquer l’attachement pour l’objet, le biberon plutôt que pour les gens : la mère. « Miller m’a dit que les enfants doivent « apprendre à transférer leurs affection à leurs passions de la personne – la mère- aux objets »; que les « sentiments, profonds et primitifs, peuvent s’attacher à d’autres objets »: que « l’enfant doit apprendre à trouver dans les livres le plaisir qu’il trouvait autrefois dans le sein et « à éprouver des sentiments amicaux pour d’autres gens ». » J’ai trouvé intéressant pour ma part de lire le témoignage de femmes qui ont été allaités pendant des années durant leur enfance. L’une d’entre elle explique comme elle a mal vécu le sevrage et s’en rappelle comme quelque chose qu’elle essaye de réparer à l’âge adulte. Une autre témoigne au contraire de son sevrage naturel à 7 ans, comme quelque chose de simple et qui s’est fait soudainement. J’ai trouvé très intéressant de lire le point de vue des enfants devenus adultes ! 

Enfin, Ann Sinnott rappelle qu’en l’absence d’études précises on ne peut juger de l’état de santé psychologique et de l’état du développement des enfants allaités au long cours. Mais qu’en observant un échantillon de ces enfants, ils semblent tous en bonne santé. Certains psychologues admettent que les cas pathologiques sont très rares.

Je me suis arrêtée dans cette lecture. J’ai trouvé cet ouvrage très intéressant et comme je l’ai souligné au départ je déplore le manque d’informations sur la question. C’est d’ailleurs ce qui me pose problème. L’ouvrage d’Ann Sinnott est intéressant dans la mesure où il met en avant l’ensemble des questions que posent l’allaitement long, il souligne l’absence de réelles libertés des femmes et des enfants qui le vivent, victimes des préjugés de nos sociétés occidentale. Mais en l’absence de réelles études scientifiques, dénuées de relents moraux et détachées de l’influence de nos visions freudiennes, je trouve qu’on ne peut apporter que peu de réponses satisfaisantes. En effet, l’auteur s’appuie beaucoup ses propos sur les témoignages de mères. J’ai eu la sensation en commençant cette lecture que la balle était sans cesse renvoyée entre d’un côté le personnel soignant et les psychologues et de l’autre les mères avec leurs enfants. Un match que je trouve déjà fatiguant à observer et qui je le redis n’a pas tellement lieu d’être sans études plus poussées sur le sujet. Et si tout cela était trop entaché par des préjugés trop profonds ? De l’autre côté, les mères qui vivent l’allaitement au quotidien sont facilement sur la défensive quand on vient les critiquer. Le livre a au moins le mérite de donner un coup de pied aux idées reçues. Mais à quand une discussion totalement ouverte et une absence de tabous sur une pratique qui remonte à la nuit des temps et qui se vit tout naturellement et sereinement dans la plupart des familles allaitantes ? 

 

Home Sweet Môme

24 réflexions sur “Allaités … des années !

  1. Merci pour cet article.
    Personnellement, je me tate un peu sur la question. Je souhaite allaiter mon fils pendant 6 mois, pas forcément exclusivement (diversification vers 4-5 mois, et quelques bib donnés par le papa, avec mon lait si possible, je veux qu’il ait cette joie lui aussi). Pour la suite, avec la reprise du travail, et l’envie de me payer des journées, voire carrément quelques jours de suite, seule avec son papa, lui chez ses parrains ou ses grands-parents, je vais probablement diminuer très fort. S’il le souhaite, on continuera la tétée câlin du soir pour s’endormir, si ça ne pose pas de pb quand je ne serai pas là (je suis médecin, sans même penser à le faire garder, j’ai des gardes de nuit, moi et mes seins ne serons donc pas là tous les soirs, et je ne veux pas de drame et de pleurs et de sensation d’abandon à chaque fois que je suis de garde, je préfère un sevrage en douceur et accompagné. des deux maux, il faut choisir le moindre quand l’environnement n’est pas adaptable).
    Pour l’allaiter plus âgé, et notamment à l’âge où il aurait commencé l’école, je suis plus perplexe. Un point qui n’a pas été trop soulevé, sauf si j’ai raté ce paragraphe, c’est le regard des autres. Il est bien dit que ce regard n’est pas forcément des plus cléments… Quod de ce regard péjoratif et de son impact sur le bébé ? Je pense qu’il le ressent, et que ça peut être violent. Pire encore à l’école, le regard des camarades, parents de camarades, et instituteurs. Il y a probablement un problème de ce côté-là, oui, mais tant que le regard des gens ne changera pas, je ne veux pas exposer mon fils à ce regard, peu importe d’où vient le problème.
    Par ailleurs j’ai vu ma cousine allaiter son fils de nombreuses années, et la période, vers 2 ans, où il se précipitait sur sa chemise pour la déboutonner, peu importe le public, et les énormes caprices qu’il faisait me gênaient. Ca n’a duré qu’une période, mais cette gène, si en plus elle est éprouvée par la mère, par la famille, les amis, tout ça, en rajoute à mon argument ci-dessus…
    Je regrette comme vous qu’il n’y ait pas de réelle étude sur le sujet, récente et d’ampleur suffisante. Pour le moment, il y a beaucoup de pour, beaucoup de contre, et pas vraiment de tendance. Quant à moi, j’ai trop souffert du regard des autres, petites, pour ne pas être sensible à l’argument que je vous ai prononcé. C’est celui qui l’emporte donc sur mon propre bambin.

    • L’auteur parle du regard des autres et de l’impact potentiel sur l’enfant. Justement elle met en avant des témoignages de mères qui disent que les enfants n’étaient pas perturbés outre mesure. Je pense, à titre personnel que ça dépend surtout de ce que ressent la mère et de ce qu’elle explique à l’enfant. C’est finalement assez simple de lui dire que c’est quelque chose que l’on fait à la maison, et qu’on n’en parle pas à tout le monde.
      C’est ce que je fais avec ma fille de 2 ans, la plupart du temps elle l’accepte et remet à plus tard la tétée. Parfois elle s’énerve, mais c’est rare et elle n’a que 2 ans.
      Mais je peux comprendre que ce regard pèse lourd !

      • Qu’un enfant fasse des colères, je sais qu’il n’y a pas besoin d’allaitement long pour ça. (heureusement que je suis au courant, d’ailleurs, parce que sinon je risque gros avec mon bébé qui pointera son nez d’un jour à l’autre) Mais il est capable de comprendre la légitimité de ses parents à dire NON. Et pour ce qui est de le nourrir, de faire un câlin (parce qu’allaiter c’est les deux), où est la légitimité de dire NON ? Ce qui peut, j’imagine, le perturber.
        Faire ça « caché à la maison », déjà c’est un peu tendancieux. Ca se rapporte au sexe. C’est bien, mais faut pas le montrer et pas trop le dire… Bon… Qu’en pense-t-il ?
        Et dire que les enfants ne sont pas perturbés ne me convainc pas : des enfants qu’on laisse pleurer au berceau pour qu’ils se rendorment la nuit sans aller les voir, des enfants qu’on enferme pour les punir… Eux aussi finissent par comprendre et ne pas s’en plaindre. Au prix de grosses difficultés psychologiques des années plus tard, qu’on ne relie pas forcément sauf avec analyse et tout le tintouin. (message « abandon » inscrit en eux)
        Le regard négatif des autres, je ne peux pas croire que ça ne touche pas les enfants, bien plus sensibles que nous et pas encore carapacés. Même s’ils ne le montrent pas immédiatement, j’ai tendance à penser que le message « je suis différent », « on me montre du doigt », « je fais quelque chose qu’on trouve mal mais je ne sais pas quoi » s’inscrit en lui. Et peut-être (je n’en sais rien mais qui peut me dire que non ?) au prix de complexes à l’adolescence ? D’un blessure d’estime de soi difficile à réparer ?

        Je crois que c’est beau de vouloir être soi-même sans se conformer à ce que la société nous demande. Ca s’appelle l’indépendance, c’est nécessaire. Chacun doit être « marginal », à son échelle, sa manière et dans son domaine. En gros à partir de l’adolescence ou la pré-adolescence, quand l’enfant commence à faire ses choix et en comprendre les conséquences en terme d’image et de regard des autres, la construction de l’identité. Avant cela, je ne sais pas si imposer ce genre de « marginalité » à son enfant n’aurait pas des effets néfastes. Tout au conditionnel, vraiment je ne sais pas. Mais ça me fait peur.

        Evidemment, beaucoup me l’ont répondu, ça doit aussi avoir un gros rapport avec le sentiment de sécurité de la mère. Mais d’une je ne sais pas si les mamans allaitantes à long terme sont si zen que ça à ce sujet (je lis quand même partout tellement d’agacement à ce sujet que j’ai du mal à croire que les petites piques, même discrètes, ne les atteignent pas, et que donc le bébé ne le sent pas), et d’autre part de mon côté ça ne m’aiderait pas, je suis assez facilement blessée par le regard des autres.

        • Je vois la légitimité du parent à dire « non » à l’allaitement en public à un bambin dans son respect de son propre corps. Une notion primordiale à transmettre.
          C’est aussi simple à dire et à comprendre (même si frustration il y a) que « je te portais des heures durant bébé, maintenant tu es trop lourd ». « Je t’allaitais partout quand tu ne pouvais pas te nourrir autrement, maintenant tu peux prendre une compote/un fruit/venir me faire un câlin… ». C’est comme la tétine ou le doudou qui reste à la maison voir dans le lit chez d’autres enfants.

          Il y a derrière ce thème la facilité / difficulté à parler de l’intimité, quelque soit le sujet, non ?
          Qui dit intime, secret, partage en famille peut tout aussi bien être véhiculé comme quelque chose de honteux ou au contraire de précieux. C’est plutôt sous la deuxième forme que j’en parle à mon aînée.
          De même, « je suis différent », c’est aussi « je suis exceptionnel » : dis et vécu comme ça, c’est quand même plus valorisant !
          Puisque téter n’est plus indispensable du point de vue nutritionnel, les enfants que ça gêne ne le demanderont plus en public de toute façon. Je ne pense donc pas qu’ils puissent le vivre comme un acte pesant ou imposé.

          Mais effectivement, pour allaiter un bambin en public, il vaut mieux être imperméable au regard des autres. Ou être majoritairement bien entouré. Ou avoir un caractère un peu frondeur, auquel cas les regards en coins sont au contraire plutôt porteur ! :)

        • Je pense que c’est une question d’équilibre à trouver entre ce que l’on désire, ce qu’on est prêt à supporter, ce que ça nous apporte…
          Bien sur que moi par moment j’ai trouvé ça pénible qu’on me fasse des commentaires par rapport à mon allaitement long, et si je ne pense pas que ma fille le vivait mal, en tout cas elle avait compris que je ne souhaitais pas particulièrement l’allaiter en public (sans forcément réserver ça à la maison, mais à l’extérieur soit je privilégiais un coin tranquille, soit je savais que les personnes autour seraient bienveillantes).
          Mais d’un autre coté, sevrer pour préserver son enfant de ça si ça doit se faire à un moment où l’on est soi-même pas prête, ou à un moment où l’enfant n’est pas prêt, ça ne sera pas forcément anodin pour lui non plus. C’est illusoire de penser que parce qu’un sevrage se fait « en douceur » il sera forcément bien accepté par l’enfant.
          C’est tout aussi illusoire de penser que parce qu’il n’y a plus de pression sociale, tout le monde sera forcément bien dans ses pompes (moi j’aurais du sevrer mes bébés à 6 mois, j’aurais surement eu beaucoup moins de remarques, mais je n’aurais pas été confortable avec ce choix).

          Donc à un moment il faut envisager que si la mère poursuit son allaitement, c’est que la pression du regard extérieur sur elle et son enfant, bien que désagréable, ne l’est pas forcément assez pour contrebalancer les bénéfices que tirent cette mère et cet enfant de l’allaitement. Bénéfices qui peuvent être tout à fait incompréhensibles pour le reste du monde, mais qui ne sont pas moins présents.
          On n’a pas tous la même sensibilité au regard des autres, mais pas non plus la même à ce que nous apporte l’allaitement. Et ça c’est quelque chose d’assez compliqué à anticiper avant la naissance je pense (enfin perso je n’envisageais pas du tout pendant ma première grossesse d’allaiter si longtemps, ça c’est construit au fur et à mesure)

          • Il est certain que je ne m’engage en rien sur ce que je ressentirai après la naissance, voire après quelques mois d’allaitement, vous avez parfaitement raison là dessus, c’est un choix qu’on ne peut faire que seule (ou à deux), au vu de tout ce qu’on sait ET tout ce que l’on ressent.

        • mais de toute façon, allaiter tout court est souvent regardé négativement par beaucoup de gens… même au début. Alors pour l’enfant je ne crois pas que ça fasse de différence.

          J’allaite mon fils de 4 ans et il n’y a pas de problème avec le regard des autres… car les autres ne le voient pas. Souvent, même quand c’est devant eux ils croient que mon fils dort. La maitresse n’est pas au courant, ni ses copains. Pourquoi? Eh bien parce qu’il n’a jamais demandé à téter à l’école, il n’y pense même pas, c’est seulement le soir et le matin qu’il tête. Parfois dans la journée si on est ensemble mais c’est rare, et si c’est non pour moi, c’est non pour moi.

          La confiance en soi s’acquière avec le temps de l’allaitement. Au début j’étais peu sure de moi et maintenant ça ne me pose plus trop de problème, je sais pourquoi je le fais et quels bénéfices mon fils en tire.

          Pour la question de l’intimité, je crois justement que dans ce contexte un enfant apprend peu à peu à respecter les limites corporelles de l’autre, et pour moi ça a grand à voir avec la sexualité. Même si dans ce contexte là ça n’a rien de sexuel. Parce qu’avec l’âge la maman refuse quand elle ne veut pas ou ne peut pas. Elle accompagne la frustration ou les émotions autrement, c’est un apprentissage qui se fait en douceur.

          Il y a des choses entre mon fils et moi qui sont intimes autre que l’allaitement, je veux dire parfois quand je lui parle je lui dis que je veux lui parler seul ou à la maison. Ca ne fait pas de différence avec l’allaitement, qui a lieu surtout à la maison. Non pas pour se cacher mais pour protéger mes limites à moi, parce que je veux que ça se fasse de façon détendue. Et je n’ai aucun problème à allaiter en public si je me sens à l’aise parce que ce sont des gens que je connais ou bien parce que le lieu me parait adapté.

          Voilà pour finir je crois que notre point de vue évolue beaucoup avec l’arrivée des enfants puis avec leur age. Je n’aurais jamais imaginé faire tout cela auparavant, je ne réalisais pas bien les besoins affectifs d’un bébé… j’étais fortement influencée par la psychanalyse et l’importance des limites, je croyais moi aussi qu’un bébé ou bambin pouvait comprendre un « non ». J’ai découvert d’autres façons de voir les choses en observant mon fils, et en partageant avec d’autres mamans, en lisant d’autres livres, en venant sur ce site :-). Je croyais moi aussi que j’aurais des week-ends en amoureux, que j’aurais plaisir à retourner bosser… certaines femmes le vivent effectivement. Moi je suis retournée bosser et ça a été l’horreur pour moi, et finalement je n’avais aucune envie de me séparer de mon bébé tant qu’il était petit, jusqu’à 3 ans en fait. L’allaitement allait de soi, aussi. Donc je crois que la première qualité d’une maman c’est de savoir s’écouter au présent (qu’est-ce qui est bon pour moi maintenant?) et d’écouter son enfant, et comme on dit : « avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants ».

  2. déjà que moi j’en ai entendues des vertes et des pas mûres alors que je n’ai allaité mon fils que 19 mois…je comprends qu’au delà de 2 ans les réflexions doivent fuser!
    pour ma part j’ai repris le travail à 7 mois et j’ai continué le matin , au retour du boulot et le soir.
    j’avais des gardes de 24h parfois et là je tirais mon lait ces jours là. (et parfois mon mari me l’amenait au boulot quand j’étais de garde le we…;-)))
    si on a arrêté à 19 mois c’est que mon fils a décidé, il ne voulait plus du sein….moi j’aurais bien continué encore mais je ne sais pas combien de temps en fait (je n’avais rien planifié)
    en revanche quand j’ai repris le travail il n’a eu aucun biberon (il refusait très fermement) et donc mangeait à la cuillère (bouillies, purées) quand j’étais absente….

  3. Le regard des autres sur un enfant de 2 ans n’est pas toujours celui qu’on croit, adulte… Il peut être rassuré par l’action de téter, et regarder dans les yeux l’entourage sur le thème « moquez-vous, moi je suis bien, et toc ! ». A condition que ce soit aussi le sentiment de la mère, évidemment.
    Et allaiter un bambin n’a rien à voir avec allaiter un bébé : ce n’est plus à la demande quand il peut se désaltérer et se nourrir autrement. Donc on peut lui indiquer clairement que ça ne se passera plus que dans l’intimité familiale et continuer très longtemps à partager ce « secret » !
    Vers 2 ans, de toute façon et quelque soit le sujet, un enfant fait des colères (les « caprices » n’existent pas), c’est juste normal. C’est comme les couches pleines et les vomitos, ça fait partie du « pack bébé » ! :)

    Les freins sont effectivement la désinformation (surtout émanant des professions médicales, malheureusement), l’organisation du travail (reprise à 2 mois, ça ne colle pas avec l’allaitement à la demande pendant 6 mois !), et la façon dont la mère est influencée par le regard des autres. Il y a du boulot…

  4. Je viens de sevrer ma 2ème fille à l’âge de 3 ans tout pile, et je dois dire que le regard des autres, même si ça m’a gonflé sur la fin, ce n’était quand même pas un motif d’arrêt…
    D’abord parce que comme cela a été souligné au-dessus, passé un certain âge on n’allaite pas forcément à la demande, l’enfant peut intégrer certaines limites, et puis à l’extérieur téter n’est pas forcément sa première préoccupation.

    Ce qui a été plus compliqué pour moi c’est devoir expliquer, inlassablement, à des gens bien intentionnés, que OUI je l’allaitais encore, et POURQUOI.. Parce que c’est le genre de sujet où les gens attendent que tu te justifies. Et que moi j’en avais marre de me justifier.

    Par contre je ne pense pas du coup que ma fille ait ressenti une pression là-dessus, vu que peu de gens à part des proches savaient qu’elle était allaitée sur la fin. Bon aussi je pense parce que dans notre entourage, il y a beaucoup de familles avec des enfants allaités longtemps…

    Et du coup par rapport à cette question de devoir se justifier, moi je m’en fiche qu’il n’y ait pas d’études sur la question. On a le droit de vivre sans qu’une étude vienne nous en « donner l’autorisation », non ? Pour moi c’est une forme d’infantilisation des parents (vous pouvez pratiquer l’allaitement long à condition qu’on ait des garanties scientifiques que ce n’est pas nocif… la confiance règne lol)

    • Je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’on n’ait pas besoin d’une étude pour pratiquer l’allaitement long. Je parlais davantage des échanges sur le sujet. Je trouve que ces échanges ressassent toujours les mêmes arguments et deviennent plutôt inintéressants à la longue. Pour faire avancer la discussion il faudrait de nouveaux éléments.
      Ça n’empêche pas de pratiquer l’allaitement sereinement et justement, je regrette qu’il n’y ait pas moins de préjugés et qu’on se rende compte du naturel avec lequel cela se vit dans les familles concernées.

      • Mais si les échanges tournent en rond, est-ce que ce n’est pas juste parce qu’il n’y a pas tellement matière à débattre justement ?
        De toute façon lorsqu’on entend les arguments des détracteurs de l’allaitement long, ce qui transparait avant tout, c’est un manque de connaissance de cette pratique (au travers notamment d’une vision de l’allaitement calquée sur celle d’un nourrisson, très éloignée de la réalité de l’allaitement d’un bambin). Et je doute que des études suffisent à faire tomber ce genre d’a priori (je suis peut être un peu défaitiste hein…)

        Il y a un décalage parce que poursuivre l’allaitement se conçoit rarement comme un arbitrage permanent entre avantages / inconvénients de l’allaitement en matière de santé ou de développement de l’enfant, mais plutôt comme une continuité tant que la relation s’équilibre, quel que soit le motif de démarrage de l’allaitement.

        • je suis d’accord avec Prune: y a-t-il besoin d’en débattre, au fond? Mon dernier a 18 mois. Quand on me demande « ah, tu l’allaites encore? » je réponds « oui ». Point. Sur un ton qui n’invite pas à la discussion en général. Si on me questionne ou me sort des commentaire saprès, je réponds, j’informe quand je peux (oui, il y a du lait tant que l’enfant tète, par exemple). Mais je n’ai aps l’impression de devoir me justifier donc je ne le fais pas. Je crois que les mentalités évoluent plus au contact de la réalité qu’avec un argumentaire poussé. Personnellement, je ne me susi même pas posé la question de svaoir si j’allaiterais ou non. Et j’avais été allaité, mes tantes allaitaient, les amies d ema mère souvent aussi.. bref j’ai grandi entouré de mamans allaitantes (très discrètes d’ailleurs, bien plus que moi probablement). Je me dis qu’en allaitant simplement mon bambin, je contribue à faire évoluer les mentalités « ah, ca existe? c’est possible? »

  5. bonjour,
    Il y a aussi le livre ‘les années de lait’ aux Editions l’Instant Présent, mais vous n’y trouverez pas d’étude, simplement un beau témoignage.
    Je suis une maman qui a adoré allaiter. 2 grands ont été sevrés « naturellement », c’est-à-dire jusqu’à ce qu’ils n’en veuillent plus eux. Le premier à 6 mois (je travaillais et étais stressée je crois), le second vers16 mois. Le dernier a 4 ans et a encore parfois droit à une tétée le soir, et/ou le matin. On me dit parfois ‘mais tu as encore du lait?!’ oui-oui ! il me le dit ;-)! Depuis longtemps ce n’est plus une tétée à la demande. Il se nourrit bien par ailleurs, c’est plutôt un câlin, une nourriture affective, bien pratique aussi en cas de gastro par ex!
    Très rares sont les personnes qui savent que je l’allaite encore. Je n’ai pas envie de me justifier.C’est juste en cas d’administration de médicament, que je déteste les mots u médecin « mais ça suffit maintenant l’allaitement ! »

  6. Merci de ce bel article ! Mon Loulou a 17 mois et je l’allaite toujours.
    Je m’étais dit avant sa naissance que je l’allaiterai un an environ, et puis je me suis rendue compte qu’à 1 an et 1 jour ou 1 an et 2 jours bah mon Loulou était toujours le même, qu’un jour poussait l’autre et que rien n’avait changé. Donc on a continué. Et on continue toujours et idéalement j’aimerais que ce soit lui qui arrête.
    Effectivement c’est quand même plus facile à gérer quand ils sont un peu plus grands, parce que je me suis rendue compte que parfois il prend un peu maman pour sa bouteille d’eau portable et qu’il suffit que je lui propose de l’eau pour que son besoin de tété disparaisse.
    Le regard des autres ne me posent pas de problème pour l’instant, faut dire que j’ai une bonne excuse, il est allergique à tous les laits (vache, brebis, chèvre, jument…) donc ça fait une réponse toute trouvée ! :p
    Et au niveau de sa santé, ça vaut ce que ça vaut, parce que ça n’est que mon observation, mais il n’est pas souvent malade, bon pour l’instant il n’est pas en collectivité, on va juste dans des lieux parents-enfants, et quand il est malade il fait un bon pic de fièvre et après il se rétablit assez vite. Là il sort d’une bronchiolite très aiguë (5 jours d’hospi) et si j’ai bien compris le sous-texte des médecins, ils étaient surpris qu’il réagissent aussi bien aux traitements. Bah oui, en même temps on a repris un rythme d’allaitement de nourrisson : toutes les 2/3h pendant 2 jours… va savoir si ça a aidé ou pas… mais moi, j’y crois ! :)

  7. Merci beaucoup de ta contribution!! Et merci d’avoir accepté de commenter cet ouvrage désormais disponible au prêt à la bibli des VI!!!
    En fait, je ne pense pas qu’il y ait réellement besoin d’études pour justifier une pratique multi-millénaire. Je ne dis pas par là que tout ce qui est naturel est bon mais que le recul sur cette pratique me semble suffisant pour dire que ça n’est pas dangereux :-) Après, on peut toujours mener des études sur l’intérêt ou non du point de vue nutritionnel/psychologique de l’allaitement long mais pas sûre qu’on puisse s’affranchir des biais sociaux, etc…
    La théorie psychanalytique a à mon avis jeté l’opprobre sur l’allaitement long pour différents motifs plus ou moins conscient et assumés (misogynie d’abord, et aussi volonté de séparer la dyade mère-enfant dans le but de promouvoir les nouvelles normes en matière de puériculture et d’en finir avec le savoir populaire…c’est un peu (trop!) abrégé ce que je dis là mais on en retrouve des explications dans « L’art d’accommoder les bébés » de Lallemand & Delaisi de Parceval ainsi que dans « Prime éducation et morale de classe » de Boltanski).

    • Comme je l’ai dit à Prune, en fait j’ai du mal m’exprimer parce que je ne trouve pas qu’une étude soit nécessaire en elle-même. Disons que ce qui me dérange c’est de traiter du sujet en mettant en opposition des arguments qui ne reposent que sur des « on dit », des impressions et des vécus. Les témoignages dans le livre sont certainement plein de sincérité et de vécus mais lorsqu’ils sont avancés comme autant d’arguments répondant à des « attaques » contre l’allaitement long, je trouve que ça ressemble à ce que j’appelle l’argument du « je connais quelqu’un qui … » que j’ai beaucoup utilisé par le passé mais qui est finalement peu consistant.

      Bref, tout ça pour dire que pour l’instant, je ne trouve pas de lectures satisfaisantes sur le sujet, peut-être que je suis plus faite pour vivre l’allaitement et c’est tout !

      • as tu lu le livre?
        parce qu’au dela des témoignages, il y a des informations super intéressantes, comme les études de Kathin Dettwyler, des choses sur la sexualisations des seins, sur l’histoire de l’allaitement. C’est très très documenté.
        Et elle a même été jusqu’a faire faire un diagnostic sur plusieurs enfants allaités au long cours par des psys, pour voir si ils trouvaient des effets négatifs. Ce qu’ils n’ont pas trouvé biensûr.

        Vraiment pour moi c’est LE livre de l’allaitement long.

        • Non, je n’ai lu que le début, je le dis explicitement dans mon billet et j’ai précisé dans mes partages qu’il ne s’agit que d’une lecture partielle.
          Donc effectivement, je ne sais pas s’il y a une approche un peu plus scientifique dans la suite du livre.

  8. Pingback: Mille et un sujets autour de l’allaitement #mini débriefing | Les Vendredis Intellos

  9. Je vais immédiatement me procurer votre ouvrage. Mon fils a 6ans, je l’allaite !
    Merci de penser aux allaitements longs sujet trop peu souvent évoqué.

  10. Je pense déjà qu’on devrait arrêter de parler d' »allaitement long » à tort et à travers. Allaitement long pour qui ? La société occidentale ?

    Parce que d’un point de vue strictement physiologique, parler d’allaitement « long » pour un bébé même de 18 mois est un abus de langage. Un allaitement qu’on appelle « long » ici en Occident est juste un allaitement NORMAL.
    Normal pour ce qui est de la physiologie humaine. On a trop tendance à l’oublier.

    D’un point de vue anthropologique, la science s’accorde sur le fait que la durée d’allaitement naturelle prévue pour notre espèce varie entre 2ans et demi et 7 ans. En dessous de l’âge minimal on parle de sevrage induit.

    Autre point, parler de sevrage pour un enfant à qui l’on retire le sein de sa mère pour le remplacer par un lait artificiel n’est pas correct d’un point de vue sémantique.
    C’est une nuance importante car cela entraîne pas mal de confusions. L’on peut dire un enfant « sevré » quand il n’a plus besoin de lait. Que je sache ce n’est pas le cas avant un moment…
    Ça en dit long sur la durée d’allaitement nécessaire en théorie …
    En effet, pourquoi lorsqu’on en a pas envie devrait on priver un enfant d’un lait parfaitement adapté à ses besoins, qui s’adapte en fonction de son âge, qui se concentre en anticorps lorsque les tétées se font moins nombreuses etc? Pour faire plaisir à qui?

    Il y a des endroits sur cette planète ou pour un enfant au biberon on aura plusieurs centaines d’enfants de 5ans allaités. Malheureusement comme souvent ici, notre ethnocentrisme féroce nous empêche de voir les choses avec objectivité. Le non-allaitement est une des pires dérives des sociétés industrialisées et ses conséquences sont désastreuses.

    Concernant les bébés de 6 mois qui ne veulent plus téter, ce n’est pas possible. Soit il s’agissait d’une grève de la tétée transitoire, soit c’est une confusion sein/tétine etc. Mais en aucun cas il n’est mentionné dans le génome du petit être humain qu’un bon biberon de lait bovin l’attendra juste au cas ou. Ça aussi c’est une construction de l’esprit typiquement occidentale.

    Je pense que le jour ou fera l’effort de replacer les choses dans leur contexte, on aura fait un grand pas en avant et l’allaitement redeviendra ce qu’il a toujours été :
    Un acte banal pour les mammifères que nous sommes.

  11. Pingback: Les semaine 98 des VI [EN BREF] | Les Vendredis Intellos

Répondre à Clochette Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.