Bonjour,
J’écris pour les vendredis intellos pour la première fois.
Mon blog, à la fois de maman, mais aussi de femme et de médecin, est ici, s’il vous intéresse…
Bonne lecture

Il y a quelques semaines, ou peut-être quelques mois, j’ai vu un film à la télévision qui m’a beaucoup touchée. Le film s’appelait « interdits d’enfants » et retraçait l’histoire vraie de la famille Mennesson.
Vous pouvez d’ailleurs le voir en intégralité ICI.
Un couple allé aux USA (en Californie pour être exacte, puisque tous les états-unis n’ont pas les mêmes lois concernant la GPA) pour avoir recours à la gestation pour autrui. La loi française ne reconnaissant pas la GPA, les petites n’ont pas reçu la nationalité française et les parents sont passés par un véritable parcours du combattant.
Le film était très touchant de vérité, et forcément, il a atteint son objectif avec moi, puisqu’il m’a fait réfléchir.

J’ai compris en faisant mes recherches pour écrire cet article qu’il était passé à la télé à ce moment parce qu’une nouvelle circulaire est sortie le 30 janvier pour donner la nationalité française aux enfants dans ce cas.

La circulaire précise que le seul soupçon de recours à une convention de GPA à l’étranger ne peut suffire à opposer un refus de délivrance.

Le principe (de la gestation pour autrui) est assez simple : une donneuse d’ovocytes (parfois il s’agit de la future mère), un père qui recueille son sperme, on mélange le tout et on met quelques embryons formés dans le ventre d’une mère porteuse. À ne pas confondre avec la procréation pour autrui, où la donneuse d’ovocytes EST la mère porteuse (et s’y rajoute un problème, puisqu’elle a à la fois porté l’enfant et l’a conçu, ça se rapporte à l’adoption, avec « préméditation »). Je ne parlerai ici que de gestation pour autrui, même si mon avis est plus ou moins le même pour la procréation pour autrui (en plus virulent).

Avant de se poser des questions, le mieux est d’en poser à l’ami internet, histoire de savoir un peu de quoi on parle. Et j’ai parcouru quelques petits articles qui m’ont suffi.

Parlons d’abord de faits purs et durs. Le principe médical, c’est quoi la GPA, quelles sont les implications physiques ?

Un petit article sur la fécondation in vitro, histoire de comprendre comment ça marche.

En fait on a d’abord un couple qui ne peut pas avoir d’enfants. L‘infertilité est féminine (c’est la femme qui est infertile, sinon trop facile, le recours au don de sperme). Que ce soit par insuffisance ovarienne ou par problème utérin, on n’a pas recours à la GPA si ce n’est pas une infertilité médicale définitive. Ce sont les règles dans beaucoup de pays, même si dans certains états l’infertilité sociale est acceptée (couple gay par exemple).

Ce couple veut quand même en avoir (évidemment, sinon pareil aucun problème).

On a donc recours à une fécondation in vitro, première étape. Ce qui nécessite une stimulation ovarienne (on ne se contentera pas de l’ovule mensuel délivré par l’ovaire, on lui en demande plus. Donc on le bourre d’hormone, il marche en accéléré, et nous fourni plusieurs beaux ovocytes qu’il n’y a plus qu’à prélever.)

Puis, plus facile, un dépôt de sperme, on met tout ce beau monde en contact et ça donne (ou pas, malheureusement), idéalement plusieurs embryons viables.

Deuxième étape, ces embryons sont introduits dans l’utérus d’une « mère porteuse », femme volontaire qui « prête » son corps pendant 9 mois. On espère qu’un embryon s’implantera correctement. Parfois et même souvent, comme on en introduit plusieurs pour qu’un seul s’accroche, finalement on va au-delà de nos espérance et on a une grossesse multiple.

Ce qui m’intéresse ici, c’est cette partie de l’article :

Quand l’AMP ne se passe pas bien

Il peut arriver que le processus soit interrompu pour diverses raisons (non réponse à la stimulation, absence ou problème de qualité ovocytaire ou embryonnaire, échec de la fécondation…).

Les effets indésirables

Des effets indésirables peuvent survenir en cours de traitement.
Ils sont assez fréquents mais transitoires et ne sont pas inquiétants (bouffées de chaleur, douleurs abdominales, prise de poids modérée, saignements…).
En général, on observe un taux légèrement plus élevé de poids de naissance inférieur à la normale et de naissances prématurées.

Les complications
Les complications liées au geste chirurgical de ponction (hémorragie, infection, problème anesthésique…) sont rarissimes. Celles qui sont liées à une réponse excessive à la stimulation ovarienne, appelée hyperstimulation, sont également rares. Elles se traduisent par un gonflement et des douleurs abdominales, une prise de poids brutale, des troubles digestifs et parfois une gêne respiratoire. Ces symptômes justifient une consultation en urgence dans un centre d’assistance médicale à la procréation ou un service gynécologique, car une hospitalisation peut être nécessaire.
Concernant les risques de cancer, aucune donnée ne permet aujourd’hui de mettre en cause les traitements liés à l’assistance médicale à la procréation.

L’article n’est pas alarmiste, ceci dit on peut mourir d’un syndrome d’hyperstimulation ovarienne, pour ne parler que de ça…

Et maintenant je me suis posée la question du point de vue des autres. Pourquoi la question fait-elle débat, quels sont les arguments avancés ?

Un article du monde qui résume le débat.

L’argument central contre la légalisation de la GPA serait la crainte de dérives vers la marchandisation du corps humain. Mais celles-ci n’existent par essence, qu’en l’absence de régulation.

Bon, en gros ça veut dire qu’une femme ne serait pas capable de choisir elle-même si elle veut prêter son corps ou non. Cet argument nie un petit peu la présence d’un cerveau dans ce corps « marchandé »… Ça rappelle douloureusement l’amalgame entre le don d’organes et le trafic d’organes. En effet, si on régule, justement si on légifère sur la question, les dérives sont moindres. Tant qu’on reste dans le flou, c’est la porte ouverte à la dérive…

Ce qui dérange aussi les détracteurs de la GPA est l’impossibilité de l’anonymat du don de gestation, qui contredit celui imposé au don de gamètes, en France. La gestatrice en effet continue, dans l’immense majorité des cas, à avoir des liens avec les parents et avec l’enfant qu’elle a porté.

Là j’aurais tendance à dire « Et alors ? ». Dans le film on voit un lien, en effet, entre la mère porteuse, la famille et les enfants. Et pour autant aucune dérive, aucune souci psychologique. Un passage particulièrement touchant est ce moment où les filles doivent faire un arbre généalogique à l’école et dessinent bien leurs parents, leurs grands-parents… Et quand on leur demande où est Mary (leur mère porteuse), elles expliquent bien qu’elle n’a rien à faire dans l’arbre, c’est une grande amie, leur « bonne fée », un peu, j’imagine, comme on verrait un docteur de PMA qui aurait permis une grossesse… Peut-être en un peu plus personnel, quand même…

Dans un autre article (le Nouvel Observateur), j’ai retrouvé d’autres arguments :

Parmi les arguments qui avaient fait pencher la balance en faveur du non, il y avait notamment le fait que dans les pays où la GPA est autorisée (Belgique, Danemark, Pays-Bas…), les femmes qui portaient les enfants le faisaient majoritairement pour des raisons d’argent.

On retrouve le risque de marchandisation de l’être humain, un peu plus documenté (il s’appuie sur des enquêtes révélant le bas niveau économique des mères porteuses volontaires).

Maintenant, mon avis personnel sur la question :

D’abord je suis assez choquée de voir que les arguments sont tous du style « liberté de l’être humain », « peur de la marchandisation du corps humain »… Alors que je pensais qu’on avait dépassé cette question depuis un moment déjà. Je vous ai fait plus haut la relation que j’y vois avec le don d’organes. Certes ici il y a mouvement d’argent, mais ça parait normal face à l’énormité du « sacrifice ». Il y a nettement plus de risques et de temps donné, si on ne compte que ça.

L’anonymat ? La question existe déjà dans le cas du don d’organes avec donneur vivant. Il est restreint à la famille proche, oui, mais dans ce cas pourquoi ne restreindraient-ils pas la GPA à la famille ou aux amis proches ? (je ne suis pas pour, je reste dans leur logique).

On pourrait aussi avancer l’argument pédopsychologique : l’enfant a besoin de connaître ses racines… Cette question est valable dans le cas de l’adoption, et on l’a déjà vue traitée de nombreuses fois, elle n’est en réalité pas problématique dès lors que rien n’est caché à l’enfant. Par ailleurs, le don de gamètes est parfaitement légal et personne ne s’est posé cette question là.

Je suis choquée, par contre, que mon argument à moi, qui m’éblouit comme un phare de voiture, personne (ou du moins personne que j’aie entendu ou lu) ne l’ait avancé…

Oui parce que je suis quelqu’un de très ouvert. Le mariage pour tous, je suis pour sans aucun argument contre. Je suis pour la parentalité pour tous également. Enfin tous… Tous comme on l’entend dans les débats actuels : famille monoparentale, homoparentale, « classique »… Pas vraiment tous dans le sens où les parents doivent être prêts, que la décision doit être mûrement réfléchie, afin de ne pas se retrouver comme dans le cas des animaux adoptés, avec des enfants « sur le bord des autoroutes ou à la SPA »…

Bref, j’étais persuadée, après avoir vu le film et avant de me poser réellement la question, que j’étais POUR la GPA.

… et en fait NON.

Je suis quand même pour légaliser les enfants issus de GPA jusque là, puis fermer la porte ensuite. Parce que les pauvres, ils n’y sont pour rien.

Mais je suis contre la GPA.

Pour plein de raisons.

Mais une raison principale : il y a déjà, partout dans le monde, des enfants en bonne santé, mais en manque de famille. Des enfants, dans le « meilleur » des cas, ballotés de famille d’accueil en famille d’accueil, avec ce sentiment que personne ne veut d’eux et que donc ils ne doivent pas valoir grand chose. Dans le pire des cas, des enfants abandonnés dans des toilettes publiques, des poubelles, qui s’ils ne meurent pas ou n’en gardent pas de graves séquelles, peuvent aussi bien grandir dans les rues. Des enfants qui ont bien plus de risques que d’autres de se tourner vers la petite délinquance, pour survivre, puis pourquoi pas vers la criminalité. Des enfants malheureux, qui ne vivent pas bien, se mettent en danger voire mettent en danger des autres. Voilà pour un côté de la balance.
Et de l’autre côté de la balance, nous avons des « parents » (car s’ils n’ont pas encore d’enfants, leur désir fait qu’ils sont déjà des parents, quand ils se préoccupent de la santé et du bien d’un petit être qui n’a pas encore de personnalité incarnée) en mal d’enfant. Qui voudraient prendre soin d’un enfant. Voire de plusieurs. Et qu’on voudrait soumettre aux risques d’une grossesse (ok, la grossesse n’est pas une maladie, mais qu’on ne vienne pas me dire que c’est parfaitement sans risque, j’aurais des arguments à vous balancer, en ne parlant que de diabète, d’éclampsie, d’HTA gravidique, de phlébite et d’embolie pulmonaire, voire de risques psychiatriques comme la décompensation d’une maladie psychiatrique non encore connue, ou la psychose puerpérale), d’une FIV, de stimulation ovarienne, une ou plusieurs fois (quand cela ne se passe pas comme on le souhaite), de grossesse multiple, de troubles psychiatriques en ne parlant que de la dépression si ça n’arrive pas comme voulu, et d’anxiété en attendant que ça arrive. On voudrait les y soumettre, oui, mais aussi d’autres : la mère porteuse, surtout (je comprends la prise de risque quand il ne s’agit que de soi, et on n’y pense même pas, je suis enceinte et je ne me suis jamais posé la question des risques avant de faire ce bébé, cela va sans dire), et les enfants. Naître est un risque aussi. Surtout quand on naît après stimulation ovarienne et qu’on grandit à plusieurs dans le ventre de maman (ou de pas-maman, justement). Bref, des « parents » malheureux, qui se mettraient eux et d’autres, en danger.

Et pourquoi ne pas relier les deux groupes par un pont, qu’on appellerait l’adoption ?
Parce que pour moi, tant qu’on peut avoir un enfant « à soi » génétiquement, biologiquement, oui. Mais quitte à en avoir un qui ne soit à soi « que » par le coeur (et c’est bien le lien le plus fort), pourquoi le fabriquer en prenant des risques pour tout le monde, plutôt que rendre tout le monde heureux en retirant des risques ?

Bref, je suis pour une facilité à l’adoption (qui est un vrai parcours du combattant) plutôt que la fabrication de bébés « surnuméraires ». La Terre est surpeuplée, elle va s’écrouler, soyons écolos, « recyclons », même les bébés.
J’espère que ma dernière phrase sera bien lue avec tout l’humour qu’il faut, et ne sera pas retenue contre moi.

Docnmama