Un enfant-roi, c’est juste un enfant…

Ma dernière contribution sur le livre de Marlène Schiappa « Éloge de l’enfant-roi » a manifestement titillé un peu.

Je vais donc commenter maintenant la fin du livre, la conclusion de l’auteure sur le sujet. Je ne promets quand même pas que ça sera la dernière contribution que je ferai sur ce livre, parce qu’il y a de quoi faire, mais bon, je vais me tourner vers d’autre sujets pour mes prochaines contributions quand même. ;)

Vous l’aurez compris, vous n’avez pas lu un manuel ni un mode d’emploi d’éducation. […]Pas de vérité universelle, indiscutable. Nous vous avons juste proposé ici un autre pan de vérité. On ne ressentirait pas le besoin de défendre l’enfant-roi jusqu’à chanter ses louanges si l’on n’en faisait pas un tel procès, si on ne le conduisait pas chaque jour à l’échafaud de l’opinion publique.

Voilà, je pense qu’on ne peut pas nier que, dans l’opinion publique, l’enfant-roi porte tous les tords. Ses parents sont jugés, qualifiés d’irresponsables, de fou, par de parfaits inconnus, ou par des proches. (j’exagère peut être un peu… juste un peu… mais pas tellement…) Quand on veut éduquer notre enfant selon un autre précepte que l’autorité, voire l’autoritarisme, on est jugé. On s’en prend plein la tête… et on nous promet que notre enfant finira voyou… (c’est mon ressenti en tout cas, peut être que je me trompe…)(Bon, en fait, quand on est parent, on trouve TOUJOURS quelqu’un pour nous juger, quoi qu’on fasse…)

Mais depuis quand la façon dont chacun élève ses enfants est devenue une affaire publique[…]? « Toi aussi, note les enfants des autres » semble être le dernier jeu à la mode.

Alors, ça, je pense que ça parlera à tout le monde. ^^ Chacun a tendance à comparer, souvent à juger (mais pas chez les neuroneuses et neuroneurs. ;) ). Je me demande si ce n’est pas une façon de se rassurer, sur sa façon de faire à soi.

Parents, reprenons confiance en nous, croyons en nos capacités. […] Finissons en avec les réponses automatiques de garagistes et élevons nos enfants comme nous le sentons, nous.

C’est beau non? C’est bien sûr plus facile à dire qu’à faire mais de nombreux parents que je connais « avouent » ne pas être sûr d’eux, ne pas être sûr de faire « comme il faut ». Je n’y échappe pas moi-même. Être parent, c’est aussi une constante remise en question de soi, de ses principes, de sa façon de faire. Pour moi en tout cas.

Cet Éloge de l’enfant roi vous aura démontré, peut être, que l’on peut dire tout et son contraire sur l’éducation. Qu’il n’y a pas de mauvaise éducation comme il n’y a pas réellement de mauvais parents, il n’y a que des contextes, des situations. Ce qui est difficile, à mon sens, ce n’est pas tant d’éduquer ses enfants que de les éduquer dans la « norme ». […]
Dans Spoiled Child Syndrome (1989), […] l’enfant roi était caractérisé par un « égocentrisme exacerbé » et un « comportement immature ». Immature, l’enfant? Ça alors!
[…]
L’enfant roi n’est finalement qu’un concept projeté, une façon négative de désigner la part enfantine de tout être humain. […] On reproche à l’enfant roi d’être capricieux, râleur, jamais content, insatisfait, pleurnichard, bruyant, sans surmoi… Bref, on lui reproche d’être un enfant.

Au risque de me faire à nouveau qualifié de Bisounours (étiquette que j’assume très bien, c’est mignon un Bisounours… enfin bref..) je suis plutôt d’accord avec ce constat. A la lecture de certains blogs, y compris de mères bien plus autoritaire que moi manifestement, elles le disent également. Quand on se fait fusiller du regard par toute une assemblée parce que Bébé (3 semaines) pleure pour avoir son repas, ou parce que Petibou (2ans et demi) rit à gorge déployé dans le restaurant, quand on reproche aux poussettes d’être gênantes, alors, je pense qu’il y a un problème de société…

A contratio, notre « éloge de l’enfant roi » n’est rien de moins que l’éloge de l’enfant. Près de trente ans après son apparition, débarrassons enfin les enfants de ce qualificatif, soulevons cette bâche estampillée « enfant roi » et voyons qui sont vraiment les enfants qui se cachent dessous… L’enfant roi est mort, vive l’enfant!

L’enfant roi n’est jamais qu’une étiquette, une case dans laquelle on veut faire rentrer les enfants (des autres le plus souvent. ;) ). Et comme toutes les étiquettes, elle limite l’enfant et la vision que nous avons de lui.
Je ne sais pas ce que Marlène Schiappa a écrit d’autre, mais j’ai vraiment apprécié la conclusion de son « Éloge de l’enfant roi ».
Et je n’aime toujours pas les étiquettes. ;)

Si tu veux me retrouver dans ma tanière, c’est par ici.

La Farfa

 

 

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11 réflexions sur “Un enfant-roi, c’est juste un enfant…

  1. Quand on ne peut pas rentrer avec une poussette dans un bus, c’est clairement que la société marche sur la tête… A quand un livre sur les « king-seniors » ?!!

  2. Plus je te lis, et plus j’ai l’impression que le sujet, c’est la place de l’enfant dans notre société.

    D’un côté , les couples sans enfant sont regardés de travers, il est admis que les parents « doivent » en faire le centre de leur vie, et de l’autre, il n’y a pas vraiment de place pour eux dans l’espace public ou dans la vie professionnelle des parents, sans compter l’école faite pour des enfants normés qui n’existent pas.
    Est-ce que le malaise ne vient pas aussi de cette incohérence permanente ?

    En même temps, je suis sûre que je te regarderais aussi d’un sale oeil si tu laissais hurler ton bébé près de moi au restau ;+)) !
    Il y a tout simplement des moments où je n’ai pas envie d’entendre du bruit.
    Et je regarderais d’un oeil encore plus torve l’adulte vociférant dans son téléphone portable.

    Je crois aussi qu’on n’a pas tous les mêmes limites, et pas sur les mêmes choses.
    Est-ce que c’est très grave ?
    L’essentiel est de parvenir à trouver un terrain de tolérance mutuelle avec les gens qui nous sont chers. Avec les autres, ça n’a aucune importance.

    • je pense que tu a mis le doigt sur le problème. On ne donne que très peu de place aux enfants dans les endroits publics, et on leur demande de se comporter en mini-adultes (de mon point de vue et de mon ressenti. Après, ça dépend des endroits aussi. On trouve encore des administrations bienveillantes envers les enfants.)

      Après, c’est clair que le trajet en train avec le gamin de 3 ans intenable, c’est usant, que le resto en amoureux avec la table d’à coté où ça chouine et pleure, c’est râlant et que le ciné avec le gosse derrière qui balance ses pieds dans ton dossier, c’est vraiment chiant. ;)

      Perso, je suis beaucoup plus patiente si je vois que les parents essaient de canaliser (comme ils peuvent… D’ailleurs en général je compatis très fort dans ces moments là. ^^’) et quand je dis canaliser, c’est plutôt en restant calme (même si ce n’est pas toujours facile), parce que le parent qui tente de calmer un enfant en lui disant « ah ça suffit hein! je vais t’en coller une, au moins tu sauras pourquoi tu pleures » ben j’ai du mal…

      Le pb aussi, c’est qu’on râle mais qu’on n’ose pas forcément faire une remarque au gamin. (perso, rien que lui dire « tu peux arrêter stp, c’est très désagréable », même avec un sourire et sur un ton doux j’ai du mal. Toujours l’impression d’outrepasser une limite. c’est très con en fait. Faut vraiment que j’ose plus. ^^’)

      Et bien sûr, les limites de la patience sont élastiques (fatigue, stress, etc…)

      Et comme toi, quelqu’un qui laisse hurler son bébé sans réagir, je vais pas aimer. Par contre un petit qui rigole, ça me fait toujours sourire. :)

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!!! Je rebondirai juste sur la deuxième citation de l’ouvrage « Mais depuis quand la façon dont chacun élève ses enfants est devenue une affaire publique? ». Car la réponse existe: c’est arrivé à peu près à la fin du XIXème siècle en même temps que l’avènement de l’école gratuite et obligatoire… à un moment où l’état a décidé qu’il serait plus rentable, plus efficace de se mêler de l’éducation des enfants plutôt que de la laisser à la responsabilité du seul chef de famille. Cette évolution a sûrement été porteuse de bénéfices sociétaux mais pas que…

    • Ah bah merci pour cet éclaircissement. En effet, ça a eu des effets extrêmement bénéfiques, mais maintenant, y a manifestement une dérive non? Et à l’époque, l’école était donc le lieu d’éducation, maintenant, on le considère + comme un lieu d’instruction non? (ou alors je suis encore un bisounours là? ^^’)

      • Non c’est juste que je te l’ai faite en raccourci! ;) En fait, l’école faisait partie d’un dispositif plus vaste (avec l’avènement de la puériculture par exemple…) et d’une volonté plus globale de l’état de s’immiscer dans le soin à l’enfant. Je pourrais te retrouver les références exactes de tout ça (de mémoire, on peut lire Prime éducation et morale de classe de Boltanski que j’avais en partie commenté dans un de mes trop rares débriefs; je pense aussi qu’on peut trouver des références dans Durkheim et dans Foucault mais je suis un peu molle des neurones ce soir…) :P

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