Allaitement maternel, antidépresseurs et information

Mon titre est un peu pompeux, compte-tenu de mon billet plutôt personnel mais il n’en reste pas moins que c’est le sujet central. Soyez indulgents, c’est la première fois que je parle de tout ça sur la toile. Je n’en parle pas beaucoup ailleurs non plus, maintenant que j’y pense.

J’arrête là le suspense : j’ai deux enfants et je ne les ai pas allaités pour cause de traitement antidépresseur. J’en entends déjà qui hurlent à l’ineptie. Qu’ils se rassurent, c’est justement là le sujet de mon billet.

Je vous fais un rapide historique.

Première grossesse (2008-2009) : mon psychiatre est un peu désemparé, il va donc consulter le site du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) et décide de changer ma molécule pour une autre, compatible avec la grossesse. Arrive la consultation (conseillée) avec la psychiatre de la maternité : elle m’apprend que je ne pourrai pas allaiter. Je ne m’étais pas posée la question, je pensais que compatible avec la grossesse, ça voulait dire compatible avec l’allaitement aussi. Mais apparemment, ce n’est pas le cas. Je ne me sens pas d’arrêter les antidépresseurs, je renonce donc à l’allaitement.

Deuxième grossesse (2010-2011) : mon psychiatre (différent du premier) me fait arrêter le traitement. Je vis un calvaire pendant deux semaines (ajoutez à cela les maux fréquents de début de grossesse et vous comprendrez que je ne garde pas un très bon souvenir de ces mois-là), il décide alors de me donner un autre médicament compatible avec la grossesse. Suite à ma première expérience, je sais donc que je dois de fait renoncer à l’allaitement.

Depuis, j’ai lu beaucoup de blogs et j’ai fait des recherches et je sais maintenant que j’ai été mal renseignée. Vous me direz que j’aurais pu faire ces recherches au moment opportun, je vous répondrais que je ne doutais pas de la parole des « experts » (ceux qui me suivaient) à ce moment-là. Je me sens quelque peu honteuse maintenant de n’avoir pas cherché plus loin. Mais la peur qui me tenaillait était celle de devoir arrêter les médicaments et de renoncer à mon fragile équilibre.

En réalité, le discours ambiant est ultra-préventif. On ne sait pas exactement quels sont les effets ? On interdit ! C’est ce qu’on peut lire sur le site d’EurekaSanté, qui se veut un guide médical grand public de référence pour un antidépresseur comme l’Anafranil® :

Ce médicament est susceptible de passer faiblement dans le lait maternel : l’allaitement est déconseillé sans avis médical.

Tout dépend, bien entendu, de l’avis médical que l’on reçoit ensuite… Certes, ce n’est pas là qu’il faut chercher l’information scientifique prouvée, c’est vrai mais je montre par là quel est l’avis le plus répandu.

Je crois maintenant que le CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) est une source fiable et voici ce qui est expliqué à ce sujet :

On préférera les antidépresseurs suivants en cours d’allaitement, en effet, leur passage dans le lait est faible et les concentrations sanguines chez les enfants allaités sont faibles ou indétectables :

– Inhibiteur de recapture de la sérotonine (IRS) : paroxétine (Deroxat) et la sertraline (Zoloft®).

– Tricycliques : clomipramine (Anafranil®), amitriptyline (Laroxyl®) et imipramine (Tofranil®).

Vous remarquerez que le traitement de l’Anafranil® n’est pas le même que plus haut. Je suis perplexe…

A force de chercher, j’ai quand même constaté que quand des études sont citées, les antidépresseurs sont dits compatibles avec l’allaitement. Quand le contraire est affirmé, je ne retrouve pas le même genre de citations scientifiques. Cela dit, je ne peux pas être certaine que les études sont toujours bien résumées et comprises.

Du côté de la Leche League, on conseille d’allaiter (ou de continuer à allaiter en cas de dépression post-partum) :

Si l’on en croit le Vidal®, l’immense majorité des médicaments seraient incompatibles avec l’allaitement. L’examen de la littérature scientifique sur le sujet montre qu’il n’en est rien : il existe en fait très peu de médicaments vraiment incompatibles avec l’allaitement, et il est exceptionnel de ne pas pouvoir en trouver un qui soit sans risque pour l’enfant dans toute la panoplie existante.

La plupart des médicaments se retrouvent dans le lait, mais en quantités minimes. Bien que quelques rares médicaments puissent, même en très petites doses, causer des problèmes chez le nourrisson, ce n’est pas le cas de la grande majorité d’entre eux. (…)

Pourquoi la plupart des médicaments se retrouvent-ils dans le lait en si faibles quantités ? Parce que l’excrétion dans le lait dépend de la concentration dans le sang de la mère et que cette concentration plasmatique se mesure souvent en microgrammes ou même en nanogrammes par millilitre (des millionièmes ou des milliardièmes de gramme), alors que la mère en ingère des milligrammes (millièmes de gramme) ou des grammes. De plus, ce n’est pas toute la concentration plasmatique qui est excrétée dans le lait, mais plutôt seulement celle qui n’est pas liée aux protéines du sang de la mère. Beaucoup de médicaments sont presque complètement liés aux protéines du sang de la mère. Par conséquent, l’enfant ne reçoit pas autant de médicament que la mère, mais presque toujours beaucoup moins, proportionnellement. Par exemple, dans une étude sur la paroxétine (Paxil), comparativement à sa mère, le bébé recevait moins de 0,3% du médicament pour chaque kilogramme (la mère absorbait 300 microgrammes par kg par jour et le bébé, 1 microgramme par kg par jour).

La décision de poursuivre l’allaitement sous traitement antidépresseur sera prise au cas pas cas, d’autant que la possibilité d’allaiter est souvent importante pour le vécu de ces mères. Peu d’effets secondaires à court terme ont été rapportés dans la littérature médicale chez des enfants allaités par des mères traitées avec ces produits. Toutefois, d’autres études seraient nécessaires pour évaluer leur impact à long terme sur le développement de l’enfant.

Mais c’est là que l’angoisse m’étreint à nouveau : il n’y a pas de preuve tangible que cela n’affectera pas l’enfant à long terme.

J’aimerais avoir un troisième enfant et j’aimerais l’allaiter mais si je tombe sur un professionnel persuadé de l’incompatibilité due à mon traitement, aurai-je le courage de le contredire ? Ne serai-je pas encore prise d’un doute ?

Clem la matriochka

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36 réflexions sur “Allaitement maternel, antidépresseurs et information

  1. Question difficile. Comme sur beaucoup de sujet, on entend tout et son contraire manifestement. C’est le problème de réussir à trouver des infos fiables, dans lesquelles on puisse avoir vraiment confiance…
    J’espère que tu trouveras une solution adaptée à ta situation le jour venu. :)

    • Oui, c’est compliqué… Je n’ai pas de réponse mais j’ai maintenant des éléments que je n’avais pas avant. Affaire à suivre !

  2. Merci, merci Clem d’aborder ce sujet !
    Quelques mois après ma 1° grossesse, j’ai dû arrêter l’allaitement ( qui, par ailleurs était mixte à cause de mauvais conseils mais c’est une autre question) à cause de mes crises d’angoisse. Mon psy refusait que je prenne un quelconque traitement en allaitant. Pour cette 2° grossesse, j’ai dû arrêter le prozac encore une fois sous autre du même psy. J’ai de la chance, il semblerait que tout soit rentré dans l’ordre dans mon cerveau puisque je ne me suis jamais sentie aussi épanouie. Mais, l’après grossesse me fait peur : cette fois-ci je compte bien réussir mon allaitement et le faire durer aussi longtemps que nécessaire. Pourtant, je crains d’avoir besoin d’un nouveau traitement…Il y a quelques jours je suis allée me renseigner sur le site du CRAT, je crois que mon psy n’en a pas connaissance puisque sa référence c’est le VIDAL. J’espère lui faire revoir sa position sur l’allaitement et les anti-dépresseurs…Mais ce n’est pas gagné !

    • Je l’espère aussi pour toi ! J’espère surtout que tu n’auras pas besoin d’antidépresseurs. C’est bon signe si tu as pu arrêter sans souci pour ta grossesse. Si jamais il ne veut pas, peut-être que ce n’est pas la peine de lui dire que tu allaites, je ne sais pas…
      Bon courage en tout cas et merci pour ton commentaire !

  3. Comme tu le dis,lorsque le labo/l’industrie qui fabrique le médicament ne sait pas si sa molécule est compatible avec l’allaitement, il est précisé sur la posologie que l’allaitement est déconseillé sans avis médical (principe de précaution ayant pour but de se prémunir de toute poursuite judiciaire). Les études pour juger de la toxicité d’un médicament coûtent chères et, dans le cas des femmes enceintes et/ ou allaitantes, les labos considèrent que l’investissement n’en vaut pas le coup. Donc,le discours de tes psychiatres ne s’appuie pas sur des études rigoureuses mais sur leur ignorance en la matière: en gros, dans le doute, mieux vaut s’abstenir (et je rappelle de plus que les psy, comme beaucoup de médecins, spécialistes ou généralistes, n’y connaissent strictement RIEN en matière d’allaitement). Pour ma part, j’ai toujours retenu ce que disait Jaddo ( http://www.jaddo.fr/ ) à propos du CRAT (site rédigé par des professionnels de santé qui, eux, conduisent des études, dépendant de financement public et INDEPENDANT de l’industrie pharmaceutique): « le CRAT est votre ami. Si la notice du médicament dit un truc, si le médecin dit un truc, si le pharmacien dit un truc et que le CRAT dit autre chose : c’est le CRAT qui a raison ».

    « il n’y a pas de preuve tangible que cela n’affectera pas l’enfant à long terme. »

    Mais c’est vrai pour tout!! Et on peut aussi voir le verre à moitié plein et dire qu’il n’y a pas non plus de preuve tangible que cela affectera l’enfant à long terme! S’il faut envisager le pire à chaque fois, on arrête de vivre…

    « si je tombe sur un professionnel persuadé de l’incompatibilité due à mon traitement, aurais-je le courage de le contredire ? »

    Pas besoin de le contredire! Si tu tombes sur ce genre de médecin, c’est pas compliqué: tu peux toujours lui demander de te prescrire une molécule en disant que tu l’avais déjà trouvée efficace par le passé, en ayant au préalable vérifié sur le CRAT qu’elle est compatible avec l’allaitement (ton psy n’a pas besoin de savoir si tu allaites ou pas: tout ce qu’il pourra te dire à ce sujet relève uniquement de l’opinion personnelle, pas de l’avis du professionnel qui sait…). Tu peux également essayer de t’adresser à une consultante en lactation ou à une SF spécialisée dans l’allaitement si tu veux un discours plus rassurant.

    A un moment donné, face à l’incompétence et à l’ignorance manifestes de trop nombreux médecins sur cette question, il faut oser savoir se prendre en main et ne pas toujours attendre d’obtenir leur permission. La responsabilisation du patient, c’est aussi ça!

    • J’ai effectivement bien compris (maintenant) que les informations que j’ai eues n’étaient pas tirées d’une étude mais d’une conviction ou d’une attitude préventive.
      Si le CRAT est indépendant, alors là je dis « banco » !
      Je suis d’accord avec toi, on n’a pas non plus de preuve que ça affectera l’enfant à long terme. Mais s’il arrivait quelque chose, je ne pourrais m’empêcher de me sentir coupable (et crois-moi la culpabilité, j’en ai assez comme ça). C’est sûrement là-dessus qu’il faut que je travaille.
      Effectivement, je peux demander d’avoir telle ou telle molécule mais ce n’est pas malheureusement pas aussi simple que ça parce qu’un médicament qui a marché une fois ne marche pas forcément une deuxième fois. Mais l’idée est intéressante, merci !

  4. C’est une question très délicate que tu soulèves là…
    Quand on cherche des études scientifiques, il arrive souvent qu’on en trouve qui disent tout et son contraire ! Le fait est aussi que la très grande majorité des études s’intéressant aux risques des antidépresseurs durant la grossesse et/ou l’allaitement (aux États-Unis cela concernerait 10% des mères tout de même…) ne s’intéressent qu’aux conséquences à court terme.

    Si l’on veut s’intéresser au long terme, alors on ne trouve que des études sur les souris ;-) (par exemple, une étude française suggère, chez les rongeurs, que les antidépresseurs passant dans le lait maternel auraient des conséquences sur la qualité du sommeil et des apprentissages vers l’adolescence…)

    Je ne pense pas que tu trouveras un médecin capable de dire « vous pouvez prendre telle molécule, il n’y a aucun risque », mais je te souhaite d’en trouver un qui cherchera vraiment avec toi la solution la moins mauvaise, combinant ton équilibre psychique et ton désir d’allaiter, en mesurant les risques pour le bébé et toi.

    • Merci beaucoup pour tes précisions.
      Même si c’est sur des souris, c’est intéressant non ? Est-ce que toutes les études ont le même genre de conclusions ? Cela m’inquiète quand même un peu, tu vois…
      Effectivement, la question est bien de trouver la meilleure solution pour moi puisqu’il n’y a pas de vérité absolue.

      • Ah pardon, mon but n’était pas de t’inquiéter, surtout pas… car effectivement dans toute cette histoire, la culpabilité quant aux choix qu’on fait et les conséquences pour nos enfants est parfois bien plus difficile à gérer que les conséquences elles-mêmes !
        Je ne sais pas si toutes les études ont la même conclusion… Mais ce que je sais c’est qu’une dépression pas ou mal prise en charge aura aussi des conséquences sur l’enfant !

        Tiens jette un coup d’oeil là-dessus, p32, ce n’est pas inintéressant (même si je trouve qu’en France on pense beaucoup trop souvent médicaments, et pas assez psychothérapie…)
        http://ansm.sante.fr/var/ansm_site/storage/original/application/9698d423c76ea69ed0a2678ff7a2b2b3.pdf

        et ça aussi, car très récent (mais en anglais)
        http://ajp.psychiatryonline.org/article.aspx?articleID=483675

        Bon courage à toi dans tes choix en tout cas, et dis toi qu’effectivement, il n’y a pas de vérité absolue !

        • Merci beaucoup pour ces liens, je vais lire tout ça.
          C’est vrai, tu as raison, une dépression mal soignée peut avoir des conséquences désastreuses… Dans ce cas, on ne peut que faire au mieux.

  5. Que cette décision est dure! Tu aborde un sujet qui est souvent cacher, BRAVO! Ma belle sœur à connu ça, elle a eu un traitement ET a allaité son enfant.Une décision a prendre sans avoir suffisamment de certitudes. Et le soutient, j’en parle même pas! Faible qu’il est.
    Courage a toi, et je te souhaite de trouver tout ce qu’il faut pour ton troisième :)

    • Merci beaucoup pour ton commentaire ! Voilà, c’est ça, on prend la décision qui paraît la meilleure sans être sûre.

  6. Merci pour ton article!
    Je prend depuis longtemps de la venlafaxine et je me suis déjà posé la question sur ses effets lors d’une potentielle grossesse et allaitements.
    J’irais donc voir le CRAT.
    (A l’époque de mon IVG, mon psy m’avait dit qu’il valait mieux garder un médicament pendant la grossesse que l’arrêter et craquer, il me semble…?)
    Bon courage, en tout cas. (Et regarde du côté des anti-dépresseurs etc. naturels peut être, aussi?)

  7. Bonjour Clem,

    C’est courageux d’en parler ici ! Merci pour ton billet qui va rassurer toutes celles qui ont pris ou prennent ce genre de médicaments :-)

    j’ai été un peu touchée par le problème puisque je prenais des anti-dépresseurs avant ma grossesse, par contre j’ai arrêté dès que j’ai su que j’étais enceinte. Pour moi c’était incompatible, trop d’inconnues sur les effets.
    Mon expérience à posteriori c’est que les AD certes m’ont permis un mieux être le temps que je les ai pris, mais qu’en fait ils ont simplement mis sous couvercle toutes mes émotions désagréables. Donc elles restaient là, et effectivement elles me sont revenues à la figure quand j’ai eu arrêté. Ca a été une période difficile, très difficile (et j’étais en plus enceinte – ça a eu des conséquences sur la grossesse et sur l’accouchement, ainsi que sur ma relation à mon fils ensuite), mais en fait travailler avec ces émotions noires est ce qui m’a réellement permis d’aller mieux… si c’était à refaire, jamais je ne prendrais ces trucs chimiques et je me dirigerais directement vers un psychothérapeute capable de m’accompagner réellement sans chimie (à l’époque que voyais un psychologue+ médecin prescrivant des AD, qui finalement maintenant me semblent assez peu compétents ou en tout cas peu correspondre à ce que j’avais besoin). Et je n’irais jamais voir un psychiatre personnellement…. ils n’ont pas les compétences, pour la plupart, adaptées il me semble pour aider les patients à aller réellement mieux. La psychanalyse ne m’a pas aidée du tout non plus, trop de raisonnement, pas assez de travail sur les émotions. Je préfère de loin ma psychothérapeute qui fait de la Gestalt-thérapie, ou les thérapies travaillant sur les émotions.
    Je ne sais pas quelle est la raison pour laquelle tu prends ces médicaments, ni si tu souhaites en parler ici, mais en tout cas pour la dépression dans mon cas le médicament me maintenait dans la dépendance alors que la thérapie m’a permis de guérir définitivement, même si j’en ai bavé pour arriver où j’en suis actuellement.

    • Merci beaucoup pour ton commentaire et ton expérience, différente de la mienne d’ailleurs mais c’est ça qui est intéressant !
      Les médicaments ne sont pas toujours la solution, c’est vrai mais chaque situation est différente. Dans mon cas, ils aident vraiment et surtout, je ne les prends jamais seuls, je suis en psychothérapie en même temps.
      Mais je comprends bien ton point de vue, je suis contente de voir que tu as réussi sans les médicaments !

  8. Je rejoins la majorité concernant le CRAT, il semble que ce soit le site de référence sur lequel on puisse s’appuyer à peu près les yeux fermés.
    Par contre, quelque chose me perturbe dans vos témoignages, c’est l’impression que vous prenez des ATD de façon chronique. Pour avoir travaillé 4 ans dans un service psychiatrique, il me semble que les médicaments doivent être considérés comme une aide ponctuelle mais jamais comme une béquille permanente. Les français sont champions du monde de la consommation de psychotropes en partie à cause du fait que les psychiatres ont la main lourde et prescrivent à tout va chez des patients anxieux qui leurs font confiance.
    Le défi dans tout cela serait plutôt d’envisager un sevrage et une future grossesse sans médoc. Il y a beaucoup de thérapies possibles sans cacheton et pleins
    de moyens pour gérer ses angoisses sans chimie.
    Les antidépresseurs sont de formidables outils mais ne doivent pas prendre une autre place.

    • +1 avec Mariexav et Clochette au sujet de la « pause AD » : la prise d’anti-dépresseurs ne devraient être qu’une pause, la plus courte possible, permettant de reprendre son souffle avant d’entamer une « cure de soin » psychologique. Car ils cachent les symptômes, et ne résolvent rien en profondeur.
      Et comme les antibios : il en faut des doses toujours plus importantes, des molécules de plus en plus fortes, car les « démons » deviennent résistants.
      Or les effets secondaires sur les patients peuvent être dévastateurs, pires que le mal de départ, même si c’est des années plus tard.

      Il n’y a qu’en France qu’on les considère comme des « médicaments de confort » ou d’aide à la vie au long court. Une catastrophe !

      Le hic : trouver un bon professionnel pour se soigner…
      Chiche que tu dégotes la perle rare pour mettre en route le 3è sereinement ? :)

      Bon courage, et chapeau pour ton témoignage.

        • J’ai envoyé ton article à une personne que je croise de temps en temps, suite à une discussion sur le sujet, et qui n’osera pas te remercier du soulagement qu’il lui a apporté : je le fais donc de sa part ! :)

          J’espère que nous n’avons pas été trop maladroites dans les commentaires, d’ailleurs ; on s’est un peu éloignées du fond de l’article en basculant vers le « stop aux AD ». Quand le cas se présente, il faut bien faire avec, et le sujet mérite d’être réfléchi.

          • Oh merci, c’est gentil de le dire. Je suis contente que ça puisse aider.
            Effectivement, je ne m’attendais pas à la discussion sur les AD. C’est intéressant et important d’en parler aussi, c’est sûr mais là ce n’était pas tout à fait le propos. Cela dit, c’est le principe des commentaires, chacun écrit sur ce qui le touche le plus.
            Merci pour ton commentaire !

    • Merci pour ton commentaire ! Dans mon billet, je souhaitais réfléchir à la question : peut-on allaiter quand on a besoin d’antidépresseurs en même temps ? Parce que cela m’est arrivé et que cela est arrivé à d’autres et j’ai l’impression qu’il n’y a pas de « meilleure » solution. Enfin, si, comme tu le dis : le mieux est d’arrêter, cela va de soi. Mais ce n’est pas toujours possible à ce moment-là.
      Après, bien entendu, la question de savoir si les antidépresseurs sont vraiment nécessaires (ou s’ils le sont encore) est à se poser, en particulier dans le cas d’une future grossesse.

  9. Je suis assez d’accord avec Mariexav, Oops et Clochette : les antidépresseurs sont précieux lorsqu’on est tellement mal qu’on ne trouve plus jamais le sommeil par exemple. Ils permettent de récupérer et de pouvoir ensuite « s’attaquer au problème ».

    J’ai eu moi aussi des périodes de ma vie où j’avais toujours un tube de lexomil dans ma pharmacie et j’en prenais au moindre accroc dans ma vie.
    Jusqu’à ce que je m’aperçoive que chaque fois que j’arrêtais, je vivais pendant quelques jours une angoisse encore plus intense qu’avant de les prendre. J’ai compris par la suite que c’était lié au principe même de fonctionnement de ce type de produit.
    Les périodes de ma vie où je me suis sentie la plus « zen » ? Quand je me trouvais une « copine de piscine » et que j’y allais une fois par semaine.
    Et cela fait maintenant plus de 10 ans que mes drogues les plus fortes sont l’ibuprofène et l’euphytose.

    Je souhaite sincèrement que tu trouves une solution pour ne plus avoir besoin de produits en continu.

    Je note en tout cas la référence au CRAT que je ne connaissais pas, et en effet le sujet médicament + grossesse + allaitement mérite d’être discuté.

    • Je suis d’accord aussi sur ce que vous dites sur les antidépresseurs. Je voulais simplement parler là du moment où on en a justement besoin et où on est enceinte puis on veut allaiter.
      Tu parles de Lexomil mais attention, il s’agit d’un anxiolytique et non d’un antidépresseur, c’est un petit peu différent. D’ailleurs, le CRAT a une page spécifique à leur sujet : http://www.lecrat.org/article.php3?id_article=734. Il semble que ce soit encore plus strict que pour les antidépresseurs.

  10. Merci infiniment Clem, de ta contribution et de ton témoignage. Merci et bravo, un grand bravo même d’avoir osé en parler. Je suis heureuse de te lire si sereine dans ton questionnement (si! si! je t’assure!!) et dans le regard que tu portes sur les choix passés. Je te souhaite de tout coeur de pouvoir rencontrer un praticien capable de t’accompagner dans ton désir d’allaitement et de t’apporter les éclairages dont tu as besoin pour pouvoir prendre une décision sereine.

    • Et merci pour ton adorable commentaire ! Il me touche d’autant plus que ce n’était pas facile et que j’ai un peu regretté à un moment.
      C’est vrai qu’il faut savoir regarder le passé avec bienveillance et en tirer des leçons. C’est ainsi qu’on avance !

  11. Bien sur, il vaut mieux en parler que de le garder pour soi… Mais ce que dit Clem et toutes les réponses qu’elle a obtenu démontre qu’il s’agit en priorité d’un problème de « discours »! Et à lire l’ensemble, je trouve infiniment plus intéressant le discours des intéressées (les femmes qui abordent la grossesse en déprimant) que celui des labos, des psychiatres et de leur bible, le vidal. Si vous suivez bien la logique de tout ça, c’est que :

    1/pour une fois, les études scientifiques sont claires : les antidépresseurs ne sont pas plus efficaces qu’un placebo :
    – Kirsch I, Deacon BJ, Huedo-Medina TB, Scoboria A, Moore TJ, Johnson BT. Initial severity and
    antidepressant benefits: A meta-analysis of data submitted to the food and drug administration.
    PLoS Med 2008; 5(2):e45
    – Fournier JC, DeRubeis RJ, Hollon SD, Dimidjian S, Amsterdam JD, Shelton RC, et al.
    Antidepressant drug effects and depression severity: A patient-level meta-analysis. JAMA 2010;
    303(1):47-53

    2/et qu’il est préférable de parler de ce qui fait déprimer que d’avaler des molécule dont on ne sait pas vraiment l’effet à moyen et long terme, ni sur la mère, ni sur l’enfant.
    En bref, ce n’est pas une maladie que d’être inquiète à l’idée d’être mère, et ce n’est donc pas très utile de prendre des médicaments pour cette seule raison…
    Bon courage
    P

    • Si je ne me trompe pas (Clem n’hésites pas à me corriger!), dans la majorité des cas évoqués ici, la prise d’anti-dépresseurs n’était pas lié à la survenue de la grossesse en tant que telle ou d’une quelconque inquiétude à « l’idée d’être mère ». Il s’agissait surtout de trouver une réponse pour les futures mamans suivies dans le cadre d’une dépression, entendue comme maladie donc, et qui se traite en partie avec des anti-dépresseurs.

      • C’est exactement ce que j’allais dire ! Pour ma part, la prise d’antidépresseurs n’a rien à voir avec la naissance de mes enfants et mon nouveau statut de mère.

    • Merci pour votre commentaire. Est-ce toutes les études vont dans ce sens ? Si oui, je me demande bien pourquoi on continue d’en prescrire… Je ne suis pas penchée sur la question, vous avez l’air de vous y connaître, n’hésitez pas à nous en dire plus !
      Pour votre deuxième point, en effet, l’inquiétude d’une mère n’est pas une maladie mais ce n’est pas la raison qui m’a poussée à prendre des antidépresseurs, comme je le précisais suite au commentaire de Mme Déjantée.
      Autre chose : de nombreux commentaires, dont le vôtre, semble opposer médication et psychothérapie. Pour ma part, l’un ne va pas sans l’autre. J’ai des médicaments mais je parle aussi de tout ce qui m’arrive et me préoccupe. Ce n’est pas à opposer systématiquement.
      Mais je comprends votre point de vue si les antidépresseurs n’ont en fait aucune efficacité en eux-mêmes, pas plus qu’un placebo.

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  14. Bonjour, merci beaucoup pour ce billet. Je suis maman depuis 10 mois, en dépression sévère depuis plus de deux ans.
    aparté pourquoi opposer anti-dépresseur et thérapie? mon psychiatre est celui qui m’a le plus pousser à arrêter les médocs. Chaque arrêt a été une catastrophe malgré le soutiens de mes proches et un arrêt très progressif. Tous mes symptômes de dépression (dont crise d’angoisses, perte de l’appétit, perte du sommeil, …) revenaient. Et mon psychothérapeute me pousse à continuer mes médicaments jusqu’à ce que je sois assez forte pour gérer les cahos de la vie. Que je sois reconstruite avant de pouvoir marcher toute seule.

    Je me revoie vraiment dans tes interrogations. Quand on est malade, et fragile c’est difficile de remettre en question les avis des médecins auxquels on fait confiance. C’est difficile de se dire: sait il ce qu’il fait. J’ai eu de la chance, mon psychiatre a reconnu ne pas savoir, se renseigner dans le vidal ou équivelent allemand… Pourtant deux fois au cours de la grossesse il m’a pousser à arrêter les médicaments. Sauf que le stress de la maman affecte aussi bébé. Sauf que je n’ai pas réussi et je me suis sentie nulle, incapable d’arrêter mon traitement. Heureusement, mon psychothérapeute, ma gynécologue, ma sage-femme ont essayé de communiquer. Ce fut dur, chacun avait des avis différents, c’était souvent à moi de transmettre l’avis de l’un à l’autre dans une langue que je ne maîtrisais pas (j’habite à l’étranger). Qaund le psychiatre dit: il vaudrait mieux arrêter le traitement avant la naissance pour que vous puissiez allaiter, et que à l’hôpital la gynéco que j’avais vu dis: il vaut mieux ne pas arrêter votre traitement et et sinon vous pourriez changer de molécules peut-être. C’est très difficile d’être écartelée entre deux opinions, de devoir prendre une décision. Heureusement pour moi, j’ai eu de l’aide, ma gyneco habituelle a fini par appelé directement mon psychiatre et ils ont pris une décision ensemble. J’ai repris un traitement que je continue toujours.
    J’aillaite depuis 10 mois :-)

    Je crois que remettre en question ses médecins est important même si difficile. Leur demander, s’ils sont certains? d’où viennent leur source? dire ce que l’on souhaite. Je veux un traitement, et je veux allaiter… les solutions existes et ils faut pousser ces médecins à s’informer pour nous, et pas juste à utiliser la solution la plus simple du principe de précaution.

    Avoir une maman en forme et épanouie dans son allaitement je crois que ça aura un effet à long terme sur maman et bébé.

    • Merci pour votre commentaire et pardon de répondre si tard.
      Je suis contente d’avoir le témoignage d’un soutien collectif des médecins ! Je crois que c’est une bonne idée qu’ils s’appellent dans ce genre de cas.
      Je suis bien d’accord avec votre conclusion : les solutions existent et l’épanouissement de la mère est quand même primordial !

  15. Pingback: RETOUR SUR… MÉDICAMENTS PENDANT LA GROSSESSE/L’ALLAITEMENT : COMMENT ÉVALUER LES RISQUES ? L’INTERVIEW DU CRAT (GUEST) | Les Vendredis Intellos

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