Note liminaire : cet article est un extrait réécrit spécialement pour les Vendredis Intellos de Enfant et écrans, quelques éléments de réflexion, publié il y a quelques jours.

Le 22 janvier, l’Académie des sciences organisait une journée de débats à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage : L’enfant et les écrans, un rapport de 267 pages résumant plus de deux ans d’enquêtes et d’auditions, publié par les éditions du Pommier, et disponible également gratuitement en ligne (pdf).

J’étais sur place. J’ai écouté les débats avec attention (pour ceux que ça intéresse, Hubert Guillaud en rend compte sur Internet Actu). J’ai également lu la presse et écouté la radio au cours des jours qui ont suivi. Je recommande notamment l’émission La Tête au carré du mercredi suivant la publication du rapport.

Alors, que pensent les scientifiques de l’exposition des plus jeunes (moins de six ans) aux écrans ?

il n'y a pas de digital natives © deuceeTout d’abord, qu’il n’y a pas de digital natives. Ce n’est pas parce qu’on sait faire glisser un écran du bout du doigt qu’on maîtrise sa culture !

Ensuite qu’il est urgent d’accompagner chaque enfant dans sa découverte des mondes, réels comme numériques, pour y construire les compétences nécessaires au développement de toutes les intelligences.

Enfin qu’il est possible (non, qu’il est nécessaire) d’enseigner à chaque enfant l’auto-régulation face aux écrans. Comment ? En apprenant (par exemple à l’école, mais aussi à la maison) à mieux connaître son fonctionnement cérébral, pour une meilleure éducation aux médias et aux écrans.

Et plus concrètement ?

À tout âge :

  • Les écrans sont des objets communs.
  • Pas de TV dans la chambre.
  • Plutôt une console de salon qu’une console portable.
  • La tablette reste dans le salon ou les espaces communs.
  • On ne reste pas seul devant.
  • On en parle.

Avant deux ans :

Certes le bébé demeure un être à protéger, mais il manifeste dès sa naissance des aptitude cognitives, sociales et émotionnelles. Son éveil intellectuel et affectif est précoce.

  • Pas de télé du tout, même en fond sonore (c’est mauvais pour le développement cérébral, c’est prouvé : voir notamment cette vidéo du neurophysiologiste Michel Desmurget).
  • Pas de dessins animés non plus (c’est le même principe).
  • Si on en a envie, on peut introduire la tablette tactile (un écran interactif et actif, donc, dans sa dimension tactile, et pas comme écran de TV pour regarder Youtube ou les Zouzous) en plus des jouets en bois, peluches, poupées, jeux de construction, jeux d’imitation, jouets sonores ou musicaux, à condition de choisir les contenus (non, pas Angry Birds…) et d’en accompagner l’usage.

Les tablettes visuelles et tactiles peuvent être utiles au développement sensori-moteur du jeune enfant […]. Les outils visuels et tactiles participeront d’autant mieux à l’éveil cognitif précoce du bébé que leur usage sera accompagné, sous forme ludique, par les parents, les grands-parents ou les enfants plus âgés de la famille.

Entre deux et trois-quatre ans

  • On évite toujours la TV, notamment en direct !
  • Si on en a envie et sans obligation, on peut commencer à partager avec l’enfant de courts programmes vidéo (dessins animés adapté à son âge et à son niveau de compréhension, sans aucune violence), à condition d’en accompagner humainement le visionnage, de proscrire la publicité et d’aider l’enfant à se représenter les histoires en en parlant et en lui proposant de les raconter ;
  • Côté écrans actifs, on peut commencer à partager de petits jeux tactiles créatifs amusants, des histoires interactives ou même des jeux d’éveil.

À partir de quatre ans

  • On évite toujours la TV, notamment en direct !
  • Normalement c’est l’âge où les enfants adorent les histoires et manifestent leurs préférences pour certains dessins animés. On crée une vidéothèque adaptée et de qualité, on les laisse regarder les mêmes histoires, mais sans excès (régulation du temps d’écran passif par jour et par semaine), et on les invite à entrer dans les arcanes de la narration (avant, après, pourquoi, etc.)
  • Côté écrans actifs, on continue tout simplement, en faisant découvrir de jolies petites pépites créatives et éducatives.

Responsabilité parentale

Pour répondre à la question du titre de cet article. Non, il ne faut pas. Mais on peut. Mieux, on doit aux enfants un apprentissage explicite et efficace des écrans, et de la culture qu’ils véhiculent.

Nous autres, les adultes, parents et enseignants, devons donc être des « alphabétisés du numérique », conscients de l’importance d’une formation continue dans ce domaine (oui, continuer à découvrir, tous les jours), en mesure  de mettre en œuvre une réflexion sur nos propres usages, attentifs à la qualité des contenus, capables de montrer l’exemple au quotidien (difficile de prôner l’abstinence quand on passe soi-même beaucoup de temps à regarder des séries ou sur Facebook par exemple), et d’accompagner nos enfants et ceux dont nous avons la responsabilité.

Avec quelle ambition ? Celle de leur apprendre à pêcher plutôt que de leur donner des poissons. Leur montrer, jour après jour, avec une pédagogie adaptée à leur âge et à leurs besoins du moment, ce qu’on peut apprendre, découvrir, comprendre ou communiquer, comment le faire au mieux, les possibilités comme les risques, mais aussi apprendre à choisir ses contenus, comprendre pourquoi on est attiré par certains contenus plutôt que d’autres, apprendre à équilibrer ses pratiques et son emploi du temps, etc.

(et pour lire tout l’article à propos des écrans et des écrans, c’est par ici).

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