Rythmes scolaires – du coté des enseignants

temps_scolaire

le dessin est copié sur le Huffington Post

J’avoue que j’ai d’abord été très surprise de la réaction des enseignants à la réforme des rythmes scolaires.

Moi j’en suis restée à ce fameux rapport de l’académie de médecine de janvier 2009, qui concluait par :

Si on met l’enfant au centre de la réflexion sur le temps scolaire il faut prendre en considération l’apport des rythmes biologiques en attirant l’attention sur les éléments suivants :

– le sommeil : de sa durée et de sa qualité dépendent le comportement à l’école, le niveau de vigilance et de performances. Il serait à cet égard important de retarder l’entrée des enfants en classe en créant une période intermédiaire d’activités calmes en début de matinée, car l’enfant arrive fatigué à l’école, surtout lorsque son temps de sommeil n’est pas respecté. De plus, un coucher tardif n’est pas totalement compensé par un lever tardif.

– les variations quotidiennes de l’activité intellectuelle et de la vigilance : elles progressent du début jusqu’à la fin de la matinée, s’abaissent après le déjeuner puis progressent à nouveau au cours de l’après-midi. Deux débuts sont difficiles pour l’enfant : début de matinée et début d’après-midi. A cet égard la semaine de 4 jours(lundi, mardi, jeudi, vendredi) s’accompagne d’une désynchronisation avec diminution de la vigilance de l’enfant les lundi et mardi

– les variations annuelles de la résistance à l’environnement : les périodes difficiles pour l’enfant sont l’automne, la période de la Toussaint (dont les vacances devraient être étendues à 2 semaines), et l’hiver vers fin février ou début mars [31].

– le bruit :les grandes salles des cantines très bruyantes devraient être transformées en plusieurs petites unités pour amortir le bruit.

– la vie à l’école : il faudrait tenter de diminuer le stress de l’enfant et le surmenage scolaire par des programmes adaptés et non pléthoriques ; éviter le transport de cartables lourds grâce, par exemple, à l’utilisation de casiers à l’école ; instituer une heure d’étude surveillée en fin d’enseignement.

Donc à priori, déjà le rallongement des vacances de la Toussaint à deux semaines, et le retour à la semaine de 4,5 jours seraient mieux.

C’était d’ailleurs ce qui se pratiquait avant 2008, et dans ma commune, les enfants allaient à l’école le mercredi matin. Je crois qu’ils avaient classe de 9h30 à 11h30. A l’époque, je crois que j’était à mi-temps, les prenant à la maison le midi certains jours, et j’appréciais ces deux heures de pause. Mais pour P’Tit Gars, qui était  à la maternelle, le mercredi, cela lui faisait parfois du bien de rester à la maison tranquille avec maman. Le mercredi n’était pas obligatoire pour les maternelles.

Mais si on se place du point de vue des enseignants, j’ai trouvé cet article du Nouvel Observateur , intitulé « Rythmes scolaires, les profs égoïstes ? »

Et voici ce que dit Sébastien Sihr, secrétaire général du syndicat SNUipp-FSU :

Nous ne sommes pas hostiles à cette réforme. Nous souhaitons simplement avoir une garantie que les activités périscolaires qui seront dispensées aux enfants soient de qualité. Il n’est pas dans l’intérêt de l’enfant d’allonger, comme le souhaite par exemple la Mairie de Paris, la pause du midi de 45 minutes si c’est pour leur faire « faire du préau » !

C’est une réforme bricolée, qui a besoin de davantage de lisibilité pour mieux convaincre. Il faut prendre le temps de réécrire certains aspects du décret qui ne sont pas satisfaisants. Il est impératif par exemple de revaloriser le rôle du conseil d’école dans la mise en place des rythmes scolaires.

Sur Rue89, les enseignants expliquent comment ils utilisent leur mercredi :

Le mercredi, c’est surtout un moment qui permet d’organiser le reste de la semaine de classe. Ghislaine, prof de CE2 en ZEP à Corbeil-Essonnes (Essonne) – dont le prénom a été changé (« bien notée, mais qui gagne 2 000 euros par mois ») :

« Comme tout prof sérieux, je commence mes journées à 8 heures et je les termine à 18h30, avec du soutien à l’heure du déjeuner. Sur quatre jours, je fais largement plus que 35 heures. De temps en temps, le samedi, je vais à l’école pour des réunions pédagogiques.

Le mercredi après-midi, comme le dimanche à partir de 15 heures, je prépare mes cours. Le métier de prof, ça ne s’improvise pas ou plus. On n’arrive pas avec un Bescherelle grammaire qu’on ouvre sur les genoux. C’est très technique. »

(…)

Beaucoup de profs parlent du mercredi comme d’un moment nécessaire pour faire redescendre le stress, au milieu de la semaine. Notamment pour les profs qui travaillent dans des classes « difficiles ».

Et toujours sur Rue 89, on trouve dans un encadré :

La plupart des profs que nous avons interrogés sont en faveur d’une réforme des rythmes scolaires : tous les chronobiologistes le disent, les journées sont beaucoup trop longues (record de l’OCDE) et les élèves ne suivent pas le rythme. Vincent Peillon, ministre de l’Education, a lancé une concertation de trois mois, avant de faire ses propositions.

Mais certains profs jugent cela trop rapide, et ils sont en attente de réponses, avant de bien vouloir renoncer à leur mercredi. Par exemple, y aura-t-il une compensation pour les coûts en plus à la charge des profs (transports, garde d’enfants) ? Ou comment compenser les inégalités du périscolaire, pris en charge par les communes ?

Et j’ai reçu dans mes mails, via mon association de parents d’élèves la copie d’une lettre adressée à Mr Peillon par une enseignante en colère. (C’est pas ici sur mon blog perso)

Et à la réflexion, je ne suis pas sûre que ce soit une question de mercredi. Je pense que c’est surtout que les programmes sont beaucoup trop chargés, et les enseignants pas assez formés à la psychologie de l’enfant, aux pédagogies alternatives au bourrage de crâne.

Donc en effet réformer uniquement les temps scolaires et périscolaires, sans réformer les contenus et sans donner aux enseignants tous les outils pour accompagner TOUS les enfants qu’ils ont face à eux, cela ne suffit pas.

Car mon sentiment, comme je le disais en commentaire sur un autre article ici, c’est qu’avec tout ce qu’on demande dans les programmes, entre permis piéton, piscine (oui chez nous, il n’y a pas assez de maîtres nageurs, alors ce sont les enseignants qui sont dans l’eau avec les enfants), informatique, sciences , anglais, il leur est difficile de se concentrer sur l’essentiel, sauf à faire comme les vieux enseignants des années 90, dont certains encore avaient fait « l’EN »,  qui s’asseyaient sur les réformes et faisaient imperturbablement « dictée-questions-4 opérations – problème » tous les jours.  Mais il faut dire qu’ils avaient reçu la formation qu’on dispensait à ceux qui se retrouvaient seuls dans un village rural hostile, à devoir combattre le curé et apprendre le français aux enfants, convaincre les parents que la place des enfants était à l’école, la pédagogie Freinet en plus.

Ils étaient costaux et solidaires : un état dans l’état, suppôt d’opposition , car ayant appris à penser par eux-mêmes, à se débrouiller seuls, et pas pour la note de l’inspecteur. N’est-ce pas la principale raison pour laquelle les Ecoles Normales ont été remplacées par les beaucoup plus polissées et intellectuelles IUFM ?

Là j’entends déjà Drenka me reprocher de faire l’apologie du « c’était mieux avant »

Je ne veux pas dire que c’était mieux. Aux débuts de l’école de la république, ils ‘agissait d’apprendre à lire , écrie et compter à des enfants qui n’étaient pour la plupart pas francophones, puisque chaque région de France avait son « patois ». Mais les enseignants étaient armés pour. Et il y a avait un objectif.

Les besoins des enfants d’aujourd’hui sont différents. La société a évolué, s’est mondialisée. Et nous devons avant tout  réfléchir aux besoins des adultes de demain.

Une chose est sûre, le développement de l’estime de soi est fondamental. Et les programmes actuels menés à marche forcé en laissent beaucoup sur le chemin.

Il y a beaucoup de pistes à explorer (voir par exemple cet extrait de Passage au vert sur Ushaïa tele sur l’école Living School)

Je ne rejette pas non plus certaines choses de l‘école Hattemer dont je vous ai parlé la semaine dernière, comme le droit d’oublier 7 fois et d’apprendre 7 fois.

Il y a quelques temps nous parlions du principe de « slow education »

Nous avons aussi beaucoup parlé de Montessori,

Autant d’idées de l’école à débattre, et dont les pédagogies enseignées aux enseignants pourraient s’inspirer, et il y en a bien d’autres.

Phypa

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14 réflexions sur “Rythmes scolaires – du coté des enseignants

    • Et surtout je crois qu’il faut remettre à plat ce qu’on attend de l’école.
      Et peut-être être tous plus raisonnables quant aux rêves que nous faisons pour nos enfants. Finalement est-ce que vouloir leur apporter sur un plateau tout ce que nous croyons être le mieux leur rend vraiment service ?

  1. ça me fait douvcement rigoler que les prof des écoles demandent à être payés pour compenser le travail éventuel du mercredi matin….quand on est passé de 4.5 jours à 4 jours ils n’ont pas eu de baisse de salaire que je sache!!!
    de toutes façons en France quand il faut changer qqchose c’est la croix et la bannière!!!!

    • Quand on est passé de 4,5 jours à 4 jours, ils ont eu à assurer des heures de soutien à la place de la demi-journée. Donc leur horaire de travail avec les élèves n’a pas été modifié.

    • Effectivement, quand on a supprimé la demi journée du samedi matin , on a installé à la place les heures d’Aide personnalisée. Pour ma part je commence ma journée à 8h avec l’aide personnalisée et à 8h30 j’accueille mes élèves en classe entière. Les personnes en poste loin de leur domicile y ont par contre gagné un trajet en moins à payer. Une demi journée supplémentaire aujourd’hui c’est une augmentation des frais de route et de garde d’enfants alors que nos salaires sont gelés depuis 3 ans. Par le subtil jeu des prélèvements sociaux et autres j’ai même vu le mien diminuer.

  2. ayant vécu récement en Belgique avec une semaine de 4.5 jours, et des journées finissant à 15h30, mes enfants ne s’en portaient que mieux! après 15h30 si on le souhaitait ils pouvaient pratiquer des activités à l’école (moyennant finance, mais c’était très raissonnable) ou bien rester à l’étude puis à la garderie. Donc on est pas plus bêtes que les belges, on doit pouvoir y arriver!

  3. Merci beaucoup de cette très belle contribution!!! Merci aussi de rappeler tous ces liens, toutes ces réflexions passées. Ce point de vue surplombant est très agréable à lire!

    Je pense effectivement que le coeur du problème est là. Cela fait des années et des années que les gouvernements successifs cherchent à réformer l’école, plus ou moins en profondeur. Ils changent les programmes, rajoutent des matières, des évaluations par compétence, etc… mais au final, ne débloquent pas un centime de plus (voire même cherchent à faire des économies).
    A l’époque où je faisais ma thèse, je bossais sur les « thèmes de convergence » (sortes d’enseignements thématiques transversaux et interdisciplinaires): toutes les études montraient que les enseignants n’avaient pas l’habitude de travailler en groupe, et a fortiori avec des collègues de matière différentes. Malgré cela, aucune formation n’a été sérieusement proposée aux enseignants et les inspecteurs se sont contentés de dire « c’est au programme, ils sont obligés »… sauf que… on a affaire à des êtres humains! Au final, malgré son inscription au sacro-saint programme, personne n’a enseigné ces fameux « thèmes » tels qu’ils étaient initialement prévus et sont peu à peu tombés dans l’oubli.
    Le bilan de tout ça c’est que les changements intempestifs et non accompagnés d’un minimum de moyens ont usé les enseignants et les ont inconsciemment encouragés à développer des stratégies de résistance au changement…
    Certes, les problèmes économiques occupent les jours et nuits de nos dirigeants, mais franchement, si on ne met pas de l’argent dans les jeunes générations… on est censé en mettre où?

    • Merci à oops06 pour le lien sur l’école finlandaise qui a su conduire une réforme en profondeur, qui a pris 30 ans et qui est passée par une solide formation des enseignants.
      D’après le rapport cité le coût n’est pas si élevé.

      Pour répondre à Mme Déjantée, je serais tentée de ressortir une blague de Coluche :
      « Les hommes politiques préfèrent mettre de l’argent dans les prisons que dans les écoles, parce qu’ils savent bien qu’ils ne retourneront jamais à l’école, par contre la prison, … »

      On ne résoudra pas les problèmes économiques, climatiques, géopolitiques sans une solide formation dispensée à tous.

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