Étiquette par ci, étiquette par là…

Les étiquettes qu’on met sur les enfants sont un sujet qui m’interpelle beaucoup.

Elles me semblent être au coeur de beaucoup de problématiques entre adultes – enseignants et parents – et enfants. Elles sont aussi très courantes dans nos relations adultes et, à mon avis, à l’origine de beaucoup de nos difficultés relationnelles.

Il y a à ce sujet un passage très chouette dans le livre « Parents épanouis, enfants épanouis » de Faber et Mazlish :

« Les enfants se voient tout d’abord à travers les yeux de leurs parents. Ils s’appuient sur nous pour qu’on leur dise no pas nécessairement ce qu’ils sont, mais ce qu’ils sont capables de devenir. Ils dépendent de nous pour développer une vision plus élargie d’eux-mêmes et pour recevoir des outils en vue d’implanter cette vision.

Les enfants égoïstes, ça n’existe pas (…) : ils ont seulement besoin de faire l’expérience des joies qui découlent de la générosité.

Les enfants paresseux, ça n’existe pas : ils ont seulement besoin qu’on les croie capable de travailler fort quand ils le veulent vraiment.

Les enfants patauds, ça n’existe pas : ils ont seulement besoin qu’on accepte leurs gestes et qu’on fournisse de l’exercice à leur corps.

Les enfants, tous les enfants, ont besoin qu’on affirmer ce qu’ils ont de meilleur et qu’on ignore ou qu’on réoriente ce qu’ils ont de moins bon. »

Je trouve qu’Haim Ginott résume extrêmement bien tout cela dans « between Parent and Child » en disant :

« Traitez vos enfants non pas comme ils sont mais comme vous voudriez qu’ils soient »

Cela ne signifie évidemment pas que nous devons voir nos enfants comme des génies capables de tout mais plus simplement de nous intéresser aux apprentissages qui leur manquent et à la façon dont ils pourraient les acquérir plutôt qu’à uniquement pointer du doigt ce qui ne va pas.

Les enfants ont besoin de ressources pour apprendre et progresser, pas de coups de baguette pour repérer ce qui va mal …

Souvent, ils savent même très bien ce qui va mal, ce qui, dans leurs comportements, n’est pas « comme attendu » mais souvent aussi ils ne se sentent pas capables de faire autrement. Et c’est là que nous pouvons les aider.

Et en nous comportant comme s’ils étaient capables, dans bien des cas, nous allons les aider à prendre confiance … Je pense sincèrement que la puissance des étiquettes que nous collons aux autres – et aux enfants en particulier – est largement sous-estimée. Je parle en détail de la façon dont ça fonctionne sur mon blog par ici.

Et je vous invite aussi à lire un magnifique article sur le blog d’Armance : Jules et la ritaline. C’est cet article, découvert grâce à la Poule Pondeuse, qui m’a donné envie de rédiger cet billet.

La conclusion de « Jules et la Ritaline » vous montrera à quel point l’image que nous avons des gens peut changer la perception que nous avons de leurs comportements …

Bonne lecture ;-) !

Sandrine S Comm C

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10 réflexions sur “Étiquette par ci, étiquette par là…

  1. Je suis d’accord sur les étiquettes. Mais, je suis profondément dérangée par la phrase : « Traitez vos enfants non pas comme ils sont mais comme vous voudriez qu’ils soient »…

    Parce que dans ma tête, ça résonne un peu comme si on était tous pareils et que finalement, on pouvait tous arriver à tout. Or, je pense que c’est faux ! Je crois que chacun d’entre nous a des capacités particulières. Le plus important, c’est de ne pas mépriser certaines capacités au profit d’autres… (genre, être intellectuel, c’est mieux qu’être manuel) et de respecter les inclinations de chacun.

    (Cela dit, ce n’est qu’un avis, et non pas une vérité absolue, hein ! ;-) ).

    • cette phrase s’applique surtout quand on voit un côté négatif de l’enfant, pas d’une façon générale.
      Quand on voit un aspect négatif et qu’on a tendance à ne plus voir l’enfant comme ça, alors pour en sortir, il faut le traiter non pas conformément à cette étiquette négative mais en pensant qu’il est tout à fait capable de se comporter autrement.

      Idem pour les étiquettes positives mais qui sont devenues trop enfermantes : l’enfant sage a le droit de s’exciter, de pleurer, de crier … Si je lui saute dessus dès qu’il se met à pleurer en ayant l’air ultra surprise parce que ce n’est pas son habitude, je ne lui permets pas d’être authentique, je l’enferme en lui envoyant le message que ce n’est pas normal pour lui de se comporter comme ça.
      En réagissant de façon mesurée A SON COMPORTEMENT – et non par rapport à son étiquette – je le traite comme je veux qu’il soit = un enfant tout court et non il est (ou a l’air d’être) = un enfant sage ;-).

      J’espère que c’est plus clair comme ça.

      Et j’ajouterai que nous sommes tous différents et que donc, quand bien même nous façonnerions nos enfants « comme nous voulons qu’ils soient », nous aurions tous des enfants différents au final ;-).

      Sandrine

      • Cette question me turlupine depuis ce matin ! :-D

        J’ai lu les différents liens, et donc, je comprends un peu miuex. Ta réponse aide aussi.

        je suis assez d’accord evec ce que tu dis : il faut traiter son enfant par rapport à ce qu’il est réellement, pas à ce qu’on s’imagine qu’il est ou à l’image qu’on en a.

        Mais, du coup, j’en reviens à mon désaccord sur la phrase. Parce que moi, j’aimerais un enfant beau, intelligent, hyper doué en tout, gentil, tout ça… J’aimerais un enfant qui partage les mêmes centres d’intérêts que moi.

        Mais, je sais que j’aurai un petit être avec sa personnalité, ses goûts et que cela ne me plaira pas forcément, mais tant pis…

        Je ne sais pas si j’arrive à me faire comprendre… :-s

        • Non pas sure de comprendre. mais de ce que j’en comprends la phrase de Ginott va justement dans le sens de ce que tu dis.

          Par exemple, mon enfant est râleur. C’est peut-être vrai = il râle plus souvent que les autres.
          Si le traite comme un « râleur » (comme il est), je vais lui demander d’arrêter de râler, je vais réagir à chaque fois qu’il râle parce que je trouve qu’il est ENCORE en train de râler.
          Si je le traite comme un « pas râleur » (comme je voudrais qu’il soit), je vais juste lui dire « tiens, il y a quelque chose qui ne va pas. » Du coup il pourra exprimer ce qui ne va pas et il ne se sentira pas jugé comme « l’éternel râleur ».
          Il pourra s’autoriser à râler ou à ne pas râler ;-).

          Si j’ai un enfant « gentil », je le traite comme tel (comme il est). Chaque fois qu’il manifeste un peu d’agressivité, de colère, de rancune, je vais m’étonner « Tiens mais qu’est-ce qu’il t’arrive ? », lui envoyant ainsi le message « tu es bizarre quand tu n’es pas gentil, ce n’est pas normal ».
          Si j’ai un enfant « ni gentil ni pas gentil », je le traite comme tel (comme je voudrais qu’il soit) : je cherche à comprendre ce qui s’est passé et je peux normaliser sa réaction « ah oui c’est vrai que, des fois, quand on en a trop marre, on s’énerve pour de bon ! », rendant ainsi son comportement normal et humain et donc acceptable ;-).

          Suis-je plus claire ?

  2. « la paresse n’existe pas » est LA phrase de ma tante psy qui m’a sauvé la vie un peu!
    Vu que j’étais la feignasse de la famille!
    Ça m’a fait TELLEMENT de bien de savoir que tout n’était pas de ma faute / une question de volonté…

  3. « Parler positif », c’est clairement quelque chose qui fonctionne… mais allez l’expliquer au reste de la famille, grrrr !
    Ainsi, j’ai toujours demander à mon aînée de « rester sur le trottoir », et pas de « ne pas aller sur la route ». Beaucoup plus efficace !
    De même, même si elle a (beaucoup, mais de moins en moins) tendance à frapper sa petite sœur, je dis et répète qu’elle sait faire des caresses si douces, que sa sœur adore ses câlins (ce qui est vrai) etc, en plus de rappeler l’interdiction (de frapper qui que ce soit) le cas échéant.
    Parce quand « on » (grrr et re-grrr) lui rabâche un WE entier que c’est une brute, elle le devient !!!

    Pareil, elle n’est pas colérique, elle exprime par la colère son désaccord. A 2 ans, c’est normal…
    Et je lui fais toujours remarquer quand d’autres enfants (et adultes !) font des colères (au parc, dans la rue), pour lui expliquer que c’est normal (pourquoi il est en colère, à ton avis ?), mais que c’est très gênant pour l’entourage (ça fait mal aux oreilles, on ne peut plus discuter !), et donc qu’on apprend petit à petit à parler pour expliquer son désaccord, au lieu de hurler/se jeter par terre/taper tout ce qui passe à portée de main…
    Bon, ça ne fonctionne pas encore, mais ça viendra, hein ? :)

  4. Les étiquettes! Merci d’avoir choisis ce sujet!!! J’aime réfléchir la dessus, j’en ai fait les frais, et mon fils aussi… Entre le petite et la moyenne section, dingue, non? Aussi petits… Ce qui nous a sauvé? Le changement d’école, de région… Sinon, je n’ose imaginer où on en serait!

    C’est vrai qu’a la lecture de la phrase : « Traitez vos enfants non pas comme ils sont mais comme vous voudriez qu’ils soient » ça fait un énorme QUOI? Mais quand on cherche, on peut mieux comprendre et y réfléchir.

  5. Merci beaucoup de ta contribution!!! C’est comme toi un sujet qui me tient beaucoup à coeur… probablement parce que depuis que j’ai commencé à y réfléchir, je suis beaucoup plus sensible aux étiquettes que je trouve dans ma bouche de mon entourage… les instits par exemple, mais aussi les grands parents. Je ne suis pas certaine que nous puissions toujours les éviter, ne serait-ce que parce que c’est souvent un fonctionnement pas tout à fait conscient, mais si au moins nous pouvions faire l’effort d’y prêter attention et de mesurer à quel point l’effet Pygmalion n’est pas une vue de l’esprit…!

  6. Pingback: Vous reprendrez bien encore un peu de limites ? [mini-débriefing] « Les Vendredis Intellos

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