hattemer

Je fais en partie écho à l’article de Clem issu du Nouvel Observateur.

Ici c’est un article du Journal Le Point qui date un peu (du 4 octobre 2012), mais c’est un peu le même marronnier.

On y vante une école à l’ancienne, disciplinée et autoritaire.

A première vue, ça fait peur, en préambule :

« A l’ancienne. Dictées quotidiennes, tableau d’honneur, réprimandes…A l’école des bonnes vieilles méthodes… »

« Bienvenue au cours Hattemer. Discrètement blotti derrière la gare Saint-Lazare à Paris, ce petit établissement privé, laïque et hors contrat, est un véritable ovni dans la galaxie scolaire : on y ressuscite, de la maternelle jusqu’au bac, une école qui n’existe plus, avec tableaux d’honneur, bouliers et dictées quotidiennes. La cour est grande comme un mouchoir de poche, sans arbres, la salle de gymnastique, elle aussi toute petite, est en sous-sol. On paie pourtant entre 5 ooo et 8 ooo euros l’année, on traverse bien souvent Paris et parfois l’Île de-France pour placer son enfant dans ce drôle d’îlot malcommode, miraculeusement préservé, espère-t-on, des allègements de programmes et de la déliquescence supposée de I’Education nationale. Le nom, Hattemer, est celui d’une préceptrice alsacienne dont quelques grandes familles parisiennes, à la fin du XIXe siècle, s’arrachèrent les talents. »

Voilà le paysage est décrit. Les principes appliqués sont ceux de Melle Hattemer. C’était une préceptrice alsacienne dont quelques familles parisiennes s’arrachaient les services, à la fin du XIXe sièlce , et qui a mis au point une méthode d’enseignement pas correspondance pour les enfants de diplomates. Elle a ouvert sa propre école en 1885.

Et les parents paient très cher pour inscrire leurs enfants au «cours Hattemer ».

« Ils ont 6,7 ans au maximum et iIs sont assis bien droit. Aucun ne chahute, à peine si quelques petites jambes balancent timidement sous les tables. Ils se succèdent au tableau noir, les questions fusent, sèches et rapides, les réprimandes aussi : << Vos lettres sont affreuses, retournez vous asseoir ! >> ;<< Comment, vous comptez sur vos doigts? Ici, on n’a jamais vu ça. >> Ce n’est pas l’institutrice, présente mais silencieuse, qui bombarde la classe de questions, mais une dame chargée du <<grand cours>>, cassante et solennelle à souhait. »

Oui dès leur plus jeune âge, les enfants sont vouvoyés, et doivent en retour vouvoyer l’enseignant et l’appeler Madame ou Monsieur.

A la maternelle, le temps qu’ils s’habituent un peu, on leur parle encore à la troisième personne.

Plusieurs raisons à ce vouvoiement : instaurer au plus tôt par le langage une certaine distance entre l’adulte et l’enfant. Et il paraît que les punitions et les problèmes de discipline sont rarissimes.

Mais ce n’est certainement pas la seule raison : les familles qui envoient les enfants dans cette école sont déjà eux-mêmes convaincus des vertus de la discipline, et j’imagine qu’ils pratiquent déjà strictement à la maison.

Je crois que c’est plutôt bien que les enfants apprennent qu’il existe différents niveaux de langage.

La vraie question, c’est quand sont-ils mûrs pour ça ?

Dans « La confiance en soi de vos enfants », l’auteur, Gisèle George s’inspire de Piaget qui considérait que l’affectivité avait un rôle essentiel dans les apprentissages :

« A la différence de nos microordinateurs, nos enfants ont besoin pour emmagasiner et connaître les informations qu’elles soient colorées d’une teinte chaleureuse ».

Est-on moins chaleureux , moins bienveillant, ou moins attentif quand on vouvoie ? Pas forcément.

Que l’enfant comprenne qu’il a une relation spéciale avec ses parents, et une autre relation tout aussi spéciale, mais très différente avec ses enseignants

Une autre pratique qui paraît plutôt aujourd’hui à la limite de la maltraitance, l’évaluation hebdomadaire publique.

« Une heure et demie d’interrogation orale que suit l‘impitoyable litanie du classement : cités du premier au dernier, ils glissent tous, lorsque vient leur tour, un  regard aux parents qui se tiennent dans le fond de la classe. Une dizaine sont présents ce jour-là – lundi, milieu d’après-midi -, conviés, comme chaque semaine, à assister à l’évaluation des enfants. »

L’évaluation est très théâtralisée, alors même que d’autres parlent de la supprimer.

Les anciens élèves en témoignent plutôt comme d’une épreuve.

J’avoue que cette pratique me laisse très perplexe.

Mon premier réflexe est de me dire « mais qu’est-ce que c’est que cette horreur qu’on fait subir aux enfants ? » .

Et je suis certaine que cela ne conviendrait pas du tout au miens .

Ce grand cinoche en présence des parents, je trouve ça idiot.

Pourtant, si je me réfère à mes expériences « des classes prépa », le fait d’être en permanence tous confrontés à des évaluations permanentes fait qu’on s’y habitue, et que ce n’est plus si terrible.

Moi qui étais au lycée tellement émotive en devoir sur table, la prépa m’a « blindée ».

Alors que je passais le DEUG en « cumulative » à la fac, je me rappelle être passée à la fac pour voir des horaires ou des résultats, avoir vu que j’avais une épreuve de math dans les 5mn, m’être dit « bon, je suis là, j’y vais », et alors que c’était un programme que je n’avais absolument pas vu, m’en être tirée avec une bonne moyenne.

Sans les interros intensives devenues banales de la prépa, je n’aurais jamais été capable de ça. C’est un peu comme un entraînement sportif.

En ce qui concerne les évaluations en elles-mêmes, tout dépend vraiment de la façon dont elles sont présentées et utilisées.

De toute façon les enfants se comparent entre eux, et avec les préjugés, les modes qui ont cours dans la cour de récré.

Et je me dis qu’une évaluation juste, où les règles sont connues, les mêmes pour tous, régulées par des adultes bienveillants, c’est sans doute plus structurant, meilleur pour l’estime d’eux-mêmes des enfants. En effet, savoir se situer objectivement est nécessaire à la construction de l’estime de soi.

Ce qui est important, c’est d’être très clair sur le fait que l’évaluation représente un niveau atteint ou pas dans un domaine, ce qui n’a rien à voir avec la valeur intrinsèque d’une personne.

Là il y a en plus l’aspect théâtral de l’évaluation publique, qui manifestement correspond à une tradition convenue entre parents et équipe enseignante, et ce qui en est décrit me paraît plutôt destructeur.

En revanche, des résultats présentés collectivement peuvent être l’occasion d’apprendre à tous un vrai respect mutuel, à condition de rétablir la valeur de l’erreur, d’avoir pour chaque enfant la même bienveillance. L’erreur est la façon de voir là où on a besoin de travailler. L’erreur de l’un peut servir à tous. Cela peut donc être un vrai travail pédagogique. Mais cela suppose une formation très pointue de l’enseignant, un travail sur ses propres préjugés.

La méthode pédagogique est aussi « à l’ancienne ».

La méthode ?

Un apprentissage hebdomadaire, tout le programme de l’année étant saucissonné d’avance en semaines, et une inlassable répétition du contenu, au prix d’interrogations orales et écrites quotidiennes: on revoit chaque matin ce que l’on a vu la veille, chaque lundi ce que l’on a vu dans la semaine écoulée, chaque début d’année ce que l’on a appris durant l’année passée. Impossible de gravir un échelon sans avoir parfaitement acquis le contenu de celui auquel on se trouve. « On dit qu’il faut oublier les choses sept fois pour les retenir, dit Mme de Mestiers, responsable pédagogique de la maternelle et du primaire. Eh bien nous les réapprenons sept fois. Nos classes comptent 20 à 30% d’enfants précoces, qui s’y sentent bien alors qu’ils sont souvent rétifs au système scolaire classique. »

J’avoue que je ne trouve pas idiot du tout l’idée de décomposer le programme en séquences simples.

Quand je vois qu’au début de l’année scolaire mon fils a vu le présent, l’imparfait et le futur de tous les verbes du programme en même temps plusieurs semaines de suite, et qu’il ne retient rien, je me dis que s’il avait fait deux semaines sur chaque temps, au bout de 6 semaines, il aurait peut-être retenu quelque chose.

Je ne trouve pas idiot non plus de ne pas passer à l’acquisition suivante tant que  celle en cours n’est pas installée.

Est-ce un résumé de la journaliste qui a écrit l’article ? J’ose espérer que les journées des enfants ne se résument pas à des successions de rabâchage. Sinon, comment apprennent-ils a réfléchir par eux-même ?

Dans cette école, beaucoup d’anciens élèves prestigieux, qui sont devenus, homme d’état, écrivains ou artistes de renom (depuis Jacques Chirac, en passant par Elisabeth Badinter et jusqu’à Patrick Dewaere, Michel Polnareff ou Christophe Dechavanne).

Il est clair que les parents qui y inscrivent leurs enfants  recherchent avant tout la performance. Ils sont dans la même logique que celle décrite par Gisèle George dans cette anecdote :

« Une conseillère municipale chargée de la petite enfance me racontait qu’il y a quelques années, les mères de famille venaient les voir pour qu’elles les aident à trouver une place en crèche, bienheureuses quand elles y parvenaient. Aujourd’hui, elles demandent une place dans une crèche bien précise censée mieux préparer les enfants à la bonne maternelle, qui prépare au bon primaire, qui fait de bons élèves pour le secondaire qui a le meilleur taux de réussite au bac. »

Et je ne suis vraiment pas en phase avec ça.

Ce qui est important est de trouver le cheminement d’apprentissage de chaque enfant, développer sa curiosité, lui apprendre à apprendre, lui donner le goût de l’effort , lui permettre de trouver sa voie.

Et je suis  d’accord avec Clem lorsqu’elle dit qu’il faut laisser nos enfants être des enfants, et ne pas les considérer que comme des adultes en devenir.

Ils ont eux aussi le droit de profiter d’ici et maintenant, des rêves et des joies de leur âge.

Cela n’empêche pas de les préparer petit à petit à faire face à la vie, en fonction de leur âge et de leur autonomie.

Phypa