Pour des raisons personnelles, puis par choix, j’ai grandement profité de la possibilité de prendre un congé parental pour profiter des premiers mois de mes Doux. Je ne dis pas que le congé parental, tel qu’il existe est parfait, mais juste que dans notre cas, il nous convient plutôt pas mal. Pour moi, c’était un vrai bonheur d’avoir pu m’occuper d’eux à plein temps, puis d’avoir repris, à mi-temps,  en (relative) douceur depuis 6 mois grâce au coup de pouce des allocations familiales … C’est pourquoi le projet de réforme de ce congé, tel que j’ai pu le lire à gauche à droite (le débat a pas mal agité la blogo la semaine dernière), eh bien, il a le don de m’énerver….

Si j’ai bien compris le truc, le congé maternité passerait de 16 à 18 semaines, ce qui en soi, est plutôt une bonne chose. Le congé parental serait rémunéré environ 60% du salaire. Là où ça se gâte, c’est que la durée du congé parental serait réduite à 10 mois maximum, donc trois mois devant être pris obligatoirement par l’autre parent (comprenez le papa) . D’aprés un article du figaro  du 3/12/2012 : «  Jugé trop long et mal payé, le congé parental pourrait être réduit à un an et rémunéré à hauteur de 50% à 60% du salaire brut, soit 1500 et 1800 euros par mois, selon le quotidien Les Echos . De plus, une partie du congé serait obligatoirement attribué au père et serait non transmissible afin qu’il soit mieux réparti entre les deux sexes. Cette mesure permettrait «d’accroître le niveau d’emploi des femmes et de favoriser un meilleur partage des responsabilités parentales lors des premiers mois de l’enfant». »  

En lisant ça, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer :

C’est vrai, certaines personnes se trouvent obligées de prendre un CP par absence de mode de garde… Le congé parental, est pour eux une sacrée contrainte, qui coute cher et qui n’est pas forcément bien vécue. Mais, il serait plus logique de s’occuper d’abord du nombre de places de garde ! Et pas à la façon du décret Morano, normalement bientôt abrogé, de grâce ! Il existe aussi un petit détail tout bête : en crèche et chez les nounous, les places se libèrent en septembre, lorsque les« grands » rentrent en petite section. Si vous voulez un bébé, calculez donc la date de conception pour que votre congé parental prenne fin pile le 1er septembre… Du n’importe quoi, vous dis-je.

Et puis, non, désolée, la question du mode de garde ne résout pas tout, on peut choisir de retourner bosser aux trois mois de son gamin, pourquoi pas, mais on peut aussi CHOISIR de rester à la maison pour s’en occuper… On peut CHOISIR d’avoir moins d’argent, de mettre sa carrière de côté, parce que premiers sourires et premiers pas, eh bien ça ne s’achète pas. Un bébé n’est pas un fardeau dont il faut se débarrasser au plus vite, désolée. Et pour certains, donner son bébé à garder est un déchirement, pas une libération.

D’après ce que j’entends autour de moi, les personnes qui prennent des congés parentaux classiques en sont en général satisfaites de leur vie familiale. Celles qui ne le font pas invoquent surtout des obstacles financiers : bien des personnes trouvent leurs enfants bien plus intéressants que leur boulot.

Etre en congé parental, ne le cachons pas non plus, cela permet aussi de s’éloigner quelques temps d’un travail lorsqu’il représente plus une source de souffrance que d’épanouissement. Et pourquoi pas de réfléchir à une nouvelle carrière…  Vaut-il mieux être en congé parental ou sous antidépresseurs ? Le gouvernement s’est-il interrogé sur le peu d’enthousiasme des mères de familles à aller travailler ? A t-il pris des mesures significatives sur la santé et le bien-être au travail ?

Le projet nous vante aussi  un « meilleur partage des responsabilités parentales ». Là je n’accroche pas non plus : pendant 18 mois, je suis restée à la maison pendant que M. Doux allait bosser, dur, rapportant au passage de quoi payer la maison et remplir le frigo. Peut-on dire que M. Doux n’a pas exercé ses responsabilités parentales, qu’il est un père indigne préférant boire des bières avec ses collègues après le boulot plutôt que de s’occuper de sa progéniture ? C’est vrai que ce partage des tâches est traditionnel, mais est-il forcément rétrograde s’il correspond aux aspirations des deux membres du couple ? En outre, on a un peu du mal à imaginer l’atelier de M. Doux privé son responsable pendant trois mois, à vrai dire il me semble quasi-impossible que mon cher et tendre puisse prendre un tel congé, car les personnes qualifiées pour le remplacer ne voudraient jamais venir que trois mois… Alors que moi, fonctionnaire lambda, je demeure beaucoup plus facile à remplacer (d’ailleurs, ça fait partie des raisons pour lesquelles j’ai passé ce concours) … Si une telle mesure avait été mise en place, M. Doux aurait du y renoncer, (et Minidoux aurait perdu trois mois de « présence parentale »), ou bien donner sa démission… Bonjour l’insertion sur le marché du travail ! Ceci dit, je trouve que ménager du temps de congé pour le père demeure une bonne idée, mais pourquoi l’imposer lors de la première année ? Au cours de son enfance, l’enfant aura besoin de son papa à certaines périodes : par exemple, Grand doux se désole que son père ne puisse jamais venir le chercher à l’école. Pourquoi ne pas aménager sur une année civile quelques jours où un père devrait sortir plus tôt ?

Pourquoi aussi seriner les mères sur les bienfaits de l’allaitement si c’est pour les forcer à reprendre le boulot ? Oui, c’est vrai, on peut allaiter et travailler, mais pas toujours… Que les profs qui ont envisagé le tire-lait dans une salle de classe sans volet et sans serrure, lors de la pause méridienne, lèvent le doigt ! Et je ne parle pas de l’enthousiasme des employeurs pour appliquer la loi sur « l’heure d’allaitement » (qui au passage, ne s’applique que jusqu’aux un an de l’enfant, c’est bien connu, « à un an, plus un bébé ne tête, ma pauv’ dame, à cet âge, c’est de l’abus sexuel »… )

Chacun d’entre nous vit des situations différentes, nos conditions de travail, de vie, nos envies ne sont pas les mêmes…. Je ne vois pas comment un gouvernement pourrait décider de ce qui est bon pour nous dans une sphère aussi intime que la famille, à moins de nous prendre pour des demeurés.

Quant à la plus grande facilité de réinsertion professionnelle, j’ai des doutes. Quand Mme (ou M.) retournera bosser après avoir déposé son môme à la crèche (dans la situation où elle aurait des places), elle ou il aura peut-être changé : Fini les réunions à 19h, fini le temps où l’on ramenait du travail à la maison, l’enfant est là, il se fout que papa/ maman aient du travail urgent à terminer… Le problème c’est que les collègues des parents, sa hiérarchie et même la société tout entière, risquent de mal le juger : ne manque-t-il pas de motivation, ce salarié qui demande un temps partiel, c’est louche non ? Mais, les qualités que le parent aura peut-être développées pendant son congé parental, écoute, patience, empathie, organisation, seront-elles pleinement reconnues ? Ce n’est pas une simple loi qui suffira à changer des mentalités si bien ancrées, ce n’est pas une loi sur la famille qui réduira le culte de la « performance économique »…

Au passage, ça vous évoque rien, « un congé parental plus court et mieux rémunéré ». Ben oui,  il s’agit du Complément Optionnel de Libre Choix d’Activité (COLCA pour les intimes) , congé auquel ont droit les parents de trois enfants, et qui court jusqu’au 12 mois du petit dernier, à condition de renoncer au congé parental « classique » . Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette option n’est pas un succès, car il ne concernerait que 2% des parents (selon cette étude, ménée tout de même sur un échantillon très réduit), la majorité se déclarant non intéressée par cette option . Et une des raisons de son insuccès serait justement, une durée trop courte ! Pourquoi alors généraliser autoritairement un dispositif boudé par une majorité des familles…

Un autre truc que le projet ne nous dit pas, c’est ce que deviendra la possibilité de congé parental « à mi-temps », plutôt intéressant financièrement . Devrons-nous alors reprendre à plein temps ? Personnellement, je crois que j’envisagerais de changer de métier, même si j’aime le mien, pour une activité qui ne demande pas de travail à la maison (essayez ne serait-ce que de découper des formes géométriques pour préparer votre classe de Moyenne section en présence de deux jeunes Doux et vous comprendrez….). Celles qui le pourront choisiront peut-être de démissionner (ça été le cas d’une amie, mère de trois enfants, dont le temps partiel a été refusé), voire d’entamer une formation d’assistante maternelle pour compléter les revenus de la famille, mais où est le vrai choix là dedans ?

Bien sur que j’ai envie que la société évolue vers plus d’égalité, le problème c’est que ce projet de réforme fait porter le poids du changement sur les parents eux-mêmes, et sur les parents seulement (je dirai même, une fois de plus, surtout sur les mères qui sont celles qui en pratique verront leur possibilités rabotées). Comme je l’ai dit, à chaque famille ses choix, à chaque famille ses raisons légitimes, matérielles, affectives ou morales…. Cette réforme fera peut-être le bonheur de certaines familles, pourquoi alors ne pas étendre le dispositif du COLCA à ceux qui le souhaitent dès leur premier enfant et laisser les autres tranquilles ?

A moins que l’idée soit de nous faire bosser encore un petit plus, nous les feignasses de françaises.Et de faire quelques économies au passage…. Qu’on nous foute un peu la paix, à nous et à nos mômes !

Si vous avez un avis sur la question, je vous invite à vous exprimer et à mettre les liens vers vos billets. Sinon, quand le travail et les Doux me laissent un peu de temps, je bloggue ici.

Flo la Souricette