L’Ainé a 5 ans depuis octobre, nous vivons en Allemagne depuis qu’il a 19 jours et il a la possibilité (et non l’obligation, cela viendra l’année prochaine) d’entrer à l’école primaire, allemande, à la rentrée : il est ce qu’on appelle un Kann Kinder (car né après juillet), par opposition aux Musskinder (ce qu’il sera l’an prochain) qui eux doivent commencer leur scolarité à 6 ans révolu.

Il est actuellement en jardin d’enfants allemand (il n’y a pas d’école maternelle en Allemagne) : les groupes sont d’âges mixtes (1-3 ans s’ils prennent des enfants si jeunes mais c’est rare, puis 3-6 ans), la fin de la journée est généralement à 14h (nous avons l’immense chance d’avoir une place jusqu’à 17h) et c’est payant (nous payons 260€/mois pour 8h/jour 5j/semaine).

L’école primaire publique est gratuite. Dans l’école de notre quartier les cours de la première année terminent à 11h25. Ensuite, il faut avoir de la chance pour obtenir une place de garderie/étude qui prend le relais, dans cette école, jusqu’à 15h30 (pour 80€/mois).

Pour entrer à l’école, un KannKinder doit avoir l’assentiment de ses éducateurs du jardin d’enfant, passer un test de capacité dans la nouvelle école puis avoir l’accord du médecin de l’école.
Enfin, il faut que l’école en question ait de la place pour lui.

Nous avons franchi ses étapes et avons une place d’étude.
Nous aurons une nouvelle visite de l’école au printemps et avons jusqu’à avril pour donner le préavis du jardin d’enfants.

Voilà pour l’état des lieux.

Maintenant, sachant qu’il n’y a pas d’école française ici, que les autres « grands » de son groupe partent cet été, qu’il a la taille d’un enfant de 3/4 ans allemand, que je travaille la journée, qu’il souhaite aller à l’école, tout en ayant peur de s’y faire piétiner, qu’en France la question ne se poserait pas et qu’il entrerait au CP, que nous souhaitons lui éviter un retard scolaire si nous rentrons en France son père et moi nous arrachons les cheveux à essayer de trouver la meilleure solution question planning quotidien familial et respect de sa soif de savoir.

S’il reste au jardin d’enfants nous devrons être capables de répondre à ses demandes générales et à son envie d’apprendre à lire, écrire et compter.
S’il va à l’école primaire il lui faudra de toute manière une équivalence française à ses apprentissages.

Dans tous les cas, il me semblait qu’il allait falloir organiser en français quelque chose de spécifique sous forme d’une demi-heure ou une heure d’école à la maison le soir, soit après le jardin d’enfants, soit après l’école primaire allemande.

Les apprentissages autonomes de John Holt (que j’ai pu avoir entre les mains grâce à la bibliothèque volante des VI) sont arrivés à point lorsque j’en avais besoin.

 Au fond, je pense même qu’on pourrait aller jusqu’à dire que ce besoin [d’apprendre] est plus fort que tous les autres.

(…)

Ils observent, pensent, spéculent, théorisent, testent et expérimentent -en permanence- et ils sont bien meilleurs que nous, adultes, à ces tâches.

(…)

En résumé, ce que nous avons besoin de savoir pour aider les enfants à apprendre n’est pas obscur, technique ou compliqué, et le matériel que nous pouvons utiliser pour les aider est à portée de mains tout autour de nous.

Avant de lire ce livre je pensais que je devais créer quelque chose de nouveau, comme des cahiers de devoir ou le CNED, une chaise et une table et des crayon bien taillés, un rapport enseignant/élève, un planning d’acquisition de compétences et un agenda hebdomadaire voire quotidien et l’idée ne me plaisait pas du tout.

Cette lecture m’a juste ouvert les yeux sur ce que nous avions fait jusqu’à aujourd’hui, à savoir répondre à ses questions, lui permettre d’être curieux, lui offrir un environnement riche sans être oppressant.

Et que sans le savoir vraiment, c’était déjà l’école à la maison depuis 5 ans et l’on peut d’autant plus s’en rendre compte qu’il a très distinctement des savoirs francophones et d’autres germanophones, et que ça n’est pas au jardins d’enfant allemand qu’il a appris à compter en français, la définition de l’évaporation, les ingrédients de la pâte à crêpes, les lettres de l’alphabet français ou à jouer à Angry Birds.

Admettre que s’il ne lit pas encore, ça n’est pas tant parce qu’au jardin d’enfant on ne l’apprend pas que parce qu’il n’a pas encore décidé que c’était le moment, c’est une petite révolution pour moi.

Proposer, permettre, continuer de jouer avec tout (auquel d’entre nous est adressé cette lettre ? si tout le monde veut deux crêpes combien en fait-on ? tu veux peser la farine ?), répondre, voilà tout ce que nous avons à faire.

Nous continuerons donc, en veillant à organiser des plages d’entière disponibilité pour répondre à ses besoins.

Carpediem