Les enfants d’aujourd’hui ? Des despotes, des tyrans, des pachas !

Source : Le Nouvel Observateur

Source : Le Nouvel Observateur

Mon titre vous choque ? C’est pourtant la thèse développée dans un dossier du Nouvel Observateur (17 janvier 2013, n°2515) : « Nos enfants, ces tyrans » (découvert grâce à Mère Bordel). Je vous livre tout de suite la phrase introductive de la journaliste Nathalie Funès :

Après des siècles d’interdits, notre société a basculé dans la surconsommation et le tout-permissif. Et engendré des enfants rois. Choyés à l’excès mais pas forcément heureux.

Ce passage m’a tout de suite choquée par son côté caricatural. Bien sûr, certains enfants ne savent pas ce qu’est l’autorité et ne supportent pas la frustration (d’ailleurs, un même enfant peut vivre des périodes différentes : un jour toujours content, le lendemain en crise) mais je ne crois pas à cette thèse alarmiste disant que les parents ont laissé tomber l’éducation.

L’article sur le site n’étant pas complet, j’ai acheté le magazine entier pour mieux comprendre. Il s’agit de l’interview du psychologue clinicien Didier Pleux. La lecture de ses réponses m’a moins agacée (j’ai dit « moins ») que l’introduction de la journaliste, ce qui me fait dire que le but est de faire du sensationnel, d’attirer les foules avec de l’exagération et surtout, surtout une généralisation tout à fait déplacée :

Parents déboussolés, instituteurs excédés, pédiatres qui réclament le retour de la bonne vieille punition d’antan, psychiatres vent debout contre l’héritage de Françoise Dolto et son fameux « l’enfant est une personne », tous lancent le même cri d’alarme. (…)

Comment la jeunesse d’aujourd’hui s’est muée en despote ? Comment leurs parents ont fait d’eux des pachas ? Comment résister au « moi, moi, moi » ?

Le constat est simple : tous les spécialistes disent que tous les enfants d’aujourd’hui sont des tyrans. J’en connais pourtant qui ne sont pas du même avis (exemples : une interview de Marlène Schiappa qui, dans son livre L’enfant roi, donne un autre sens à cette expression ; un entretien avec Isabelle Filliozat sur les relations parents/enfants) mais ils ne sont pas pris en compte.

Quand commence l’interview, les propos sont un peu plus nuancés mais pour moi, le mal est fait.

Il y a trente ans, les enfants rois représentaient 2% de mes patients. L’écrasante majorité, plus de 90%, était constituée de jeunes qui souffraient d’un manque de confiance en soi ou d’un problème de personnalité. Aujourd’hui, c’est l’inverse, les neuf dixièmes des enfants qui passent par mon cabinet présentent une intolérance à la frustration et à l’autorité. On ne peut évidemment pas calquer ces statistiques au niveau national : seuls ceux qui ne vont pas « bien », comme on dit, consultent. Mais cela témoigne d’une tendance lourde. Ils sont de plus en plus nombreux.

Je surligne la phrase qui vient quelque peu nuancer les propos même si la thèse derrière reste la même. Je ne suis pas psychologue, je veux donc bien le croire quand il dit que ses patients n’ont plus les mêmes problématiques  (encore que, un « enfant roi », comme il dit, ne peut-il pas souffrir aussi d’un manque de confiance en lui ?). Mais je ne suis pas d’accord avec l’analyse : pour moi, cela ne parle pas forcément d’une démission des parents ou d’enfants de plus en plus affreux mais d’une société qui change, des problèmes différents et, de ce fait, d’une autre manière d’exprimer sa souffrance. Est-ce pour autant le signe d’une décadence ?

Pour ce psychologue, donc, les préceptes de Dolto ne sont plus d’actualité :

Elle voyait dans son cabinet des jeunes anéantis par une éducation rigide ou une carence affective. Reconnaître un être à part entière dans l’enfant était une nécessité. Mais l’époque n’est plus la même. Françoise Dolto est morte en 1988. Je suis prêt à parier qu’elle ne tiendrait pas le même discours aujourd’hui.

Venons-en aux conseils :

Limiter les listes de cadeaux, ne pas s’imaginer qu’on a engendré un surdoué, ne pas passer par pertes et profits les règles de vie (ranger, débarrasser la table…), ne pas expliquer pendant trois heures pourquoi l’autorisation de sortie s’arrête à minuit. En gros, il faut dire à l’enfant : oui, tu peux jouir de la vie, mais il y a des contraintes.

Ces principes n’ont rien de nouveau, je suis d’ailleurs plutôt d’accord, j’ai quand même l’impression que tout cela est bien connu. Est-ce que je suis dans un milieu privilégié ? Je n’ai jamais entendu personne (ou alors c’était marginal) dire que les limites ne servent à rien, que ce n’est pas à l’enfant de ranger, blablabla. Encore une fois, je ne suis pas psychologue, je passe peut-être à côté d’une réalité à laquelle, lui, est confronté. En revanche, je n’adhère pas à la généralisation des propos dans un hebdomadaire grand public. Je me mets à la place d’un parent quelque peu décontenancé par son enfant qui croira trouver là la réponse à ses problèmes. Le message est quand même qu’il faut frustrer son enfant (volontairement), qu’il faut donner la priorité aux règles et ne pas prendre en compte son âge, son niveau de maturation, son caractère. Jamais ne sont évoquées les particularités d’un enfant, ses différentes phases d’apprentissages, etc. Pour moi, tout est mélangé ici et cela n’apporte rien de bon.

Je vous livre également les derniers mots :

Les parents voient bien que leur progéniture, aussi « gâtée » soit-elle, n’est pas heureuse. Ils réalisent qu’ils doivent reprendre leur rôle d’éducateur, que les plus jeunes ne sont pas leurs égaux, qu’ils ont nécessairement moins de libertés. Un enfant doit pouvoir rêver du monde des adultes. S’il l’a eu, petit, quels rêves lui restera-t-il quand il aura grandi ?

Je me disais bien qu’on n’avait pas la même vision de l’enfance. Pour moi, il n’y a pas d’un côté les adultes libres et de l’autre les enfants à contrôler. L’enfance n’est pas là uniquement là pour préparer à l’âge adulte, même si je suis d’accord, il y a des règles à connaître, à apprendre. Mais l’enfance, en elle-même, a son « utilité » (je ne trouve pas de meilleur mot), il y a des choses à vivre dans l’enfance qui n’ont rien à voir avec l’âge adulte. Je ne sais pas si j’exprime bien mon propos mais j’aime à penser (et je ne suis pas la seule) que l’enfant n’est pas seulement un futur adulte, un être à former, c’est un enfant tout simplement avec ses réactions propres, sa façon de voir les choses. On apprend aussi d’eux et heureusement. La relation parents/enfants ne va pas dans un seul sens, c’est aussi un partage.

Je suis plutôt attristée de voir cette théorie des enfants tyrans se répandre et de constater que les spécialistes dont la thèse est différente (voire opposée) n’ont pas la même audience dans la presse généraliste.

Clem la matriochka

Edit : vous pouvez lire la réaction de Marlène Schiappa (auteure de Eloge de l’enfant roi et fondatrice du réseau « Maman travaille ») à ce même article du Nouvel Obs.

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56 réflexions sur “Les enfants d’aujourd’hui ? Des despotes, des tyrans, des pachas !

  1. J’avais entendu parler de cet article à la radio, j’espérais bien qu’il serait commenté ici, alors merci ! C’est vrai qu’on entend de plus en plus de critiques par rapport à Dolto par exemple, que la notion d’enfant roi est mis à toutes les sauces. Pourtant je ne trouve pas que cela traduit le comportement de nos enfants, ou alors je vis sur une autre planète…
    Oui nos enfants s’expriment plus, font plus de bruit que notre génération (dixit ma mère, donc pas très objectif !), mais au moins peuvent-ils s’exprimer ! Garder les émotions enfouies quand on sent qu’elles ne seront pas acceptées ou comprises par les adultes, ce n’est pas la meilleure enfance qui soit me semble-t-il (même si ça permet à mon psy de manger royalement !).

    • De toute façon, je ne crois pas qu’il soit vraiment constructif de toujours tout comparer, surtout entre les générations, étant donné que la société change.
      Je suis sceptique aussi pour l’histoire de Dolto… C’est un peu caricatural je trouve.

  2. Bravo ! Voilà des propos sains, raisonnables, sans excès dans un sens comme dans un autre, et surtout vivants !
    Je suis loin d’avoir été une maman passéiste. Mes enfants ont connu leur dose de « fais pas ci, fais pas ça, je t’interdis, c’est comme ça et pas autrement ». Mais nous avons aussi eu (du moins c’est ce que me renvoie l’amour qu’ils me portent…) des partages, des échanges… ils m’ont donné autant, si ce n’est plus, que je ne leur ai donné.
    J’en suis venue à ne plus vouloir ni lire ni écouter les « spécialistes ». Leurs interventions ressemblent trop souvent à de péremptoires leçons données par des « gens qui savent » à de « pauvres ignares ». Confrontée à la vraie vie, leur propos perdent grandement de leur pertinence. Du coup je passe sans aucun doute à côté d’ouvrages de valeur.
    Pauvre Françoise Dolto ! Je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’elle a écrit ou dit, mais au moins elle voyait une PERSONNE là où Didier Pleux ne paraît voir qu’un petit soldat à mettre dans le droit chemin.
    Ouf ! Je devais en avoir gros sur le cœur pour avoir écrit tout ça !

    • Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je te comprends pour les spécialistes, c’est vrai que c’est assez perturbant ;-) Ce que j’aime bien avec les Vendredis Intellos, c’est qu’on discute, on partage, ça fait avancer et, parfois même, on déculpabilise ! (yeah ! yeah !)
      Oui, c’est vraiment étrange de dire qu’on n’a plus besoin de cette théorie de Dolto, je trouve ça triste. Espérons que ce n’est pas ce qu’il voulait vraiment dire !

  3. Tout ça me laisse sans voix, mis à part que le nouvel Obs’ est tombé bien bas. Heureusement qu’il y a les VI pour prendre un peu de recul !

  4. Ce sujet me passionne, merci pour cet article ! Je ne sais pas si Dolto aurait un avis différent, je pense au contraire que son expression « l’enfant est une personne » est toujours d’actualité et que le problème de fond est relationnel : redéfinir le rôle du parent, de l’éducateur à la lumière de ce qu’on apprend de l’enfant au fil des années afin d’affiner cette relation.. Mince, ça mériterait un autre article, faudrait que je me lance ;-).

  5. les gens qui me sortent ça, je les renvoie à Socrate :
    « Les jeunes d’aujourd’hui aiment le luxe, méprisent l’autorité et bavardent au lieu de travailler. Ils ne se lèvent plus lorsqu’un adulte pénètre dans la pièce où ils se trouvent, contredisent leurs parents, plastronnent en société, se hâtent d’engloutir leurs desserts, croisent les jambes et tyrannisent leurs maîtres.

    Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge.

    A notre époque, les enfants sont des tyrans. »

    Quand quelqu’un me dit que les jeunes ou les enfants étaient « mieux avant », ça veut dire pour moi que j’ai affaire (ou à faire ?) à un vieux c** ;-) …

  6. Tout ça me laisse perplexe : oui, je pense qu’il y a des plus en plus d' »enfant roi » , d’enfant qui veulent tout et tout de suite, je trouve les jeunes plus méchants entre eux que nous à notre époque; mais je ne pense pas que cela vient de Dolto &co !!!
    La crise, des parents qui vivent au dessus de leur moyen, et veule tout mieux que leur voisin et donc gâtent trop leur enfant sans leur apporter de l’écoute, des parents pour qui l’instit est toujours en tort sans penser que leur enfant peu lui aussi avoir des torts et bien le faire remarquer devant l’enfant, une société ou les images de violence sont monnaies courantes, des visions de gens friqués qui méprise le commun des mortels, des politiciens qui ne donnent pas l’exemple … voilà ce qui pour moi , emmène des enfants consulter car ils ne supportent ni frustrations, ni limite !!!
    Même chez Dolto, chez Montessori, dans l’education non violente, il y a des cadres et des limites que l’enfant doit respecter !!!
    Ce n’est pas le retour à la vieille éducation qui résoudra le problème, bien au contraire !!!
    Bonne journée !!!

    Ps: j’espère avoir été assez clair dans mes propos car j’ai du mal à écrire ma pensée !!!

    • Effectivement, ça n’a peut-être pas de rapport avec Dolto. Mais ce que tu dis à propos des enfants de plus en plus violents, qui ne supportent pas la frustration, etc, il le dit aussi. Du coup, je ne sais pas trop si tu es d’accord avec lui ou avec moi ? ou un peu des deux ?

      • Coucou,
        Je suis d’accord avec toi. Je pense que le problème vient de l’éducation, et de problème de société; mais pas de l’éducation non-violent ou Dolto !!!

  7. Très intéressée et d’accord avec ton article ! Mais surtout ta dernière phrase : « Je suis plutôt attristée de […] constater que les spécialistes dont la thèse est différente (voire opposée) n’ont pas la même audience dans la presse généraliste. » => c’est vrai que c’est effarant !!! Soit on va dans un seul sens (mettons Dolto dans les années 70-80, soit complètement dans l’autre (enfant-roi à recadrer et compagnie) n’est-il pas possible d’être nuancé ??

    Et puis c’est idiot ce passage où il dit qu’à l’époque de Dolto, c’était bien de reconnaître que les enfants étaient des êtres à part entière étant donné leurs problèmes de l’époque mais plus maintenant !! Heu… je vois pas pourquoi cela aurait changé, ça n’a pas de sens de dire ça ! Par contre, notre position face à eux peut être différente mais on ne leur enlèvera jamais que ce sont des « êtres à part entière » !! Non mais sérieusement !!!!!

    • Je suis bien d’accord avec toi. Peut-être que l’article ne fait que résumer ses propos et qu’il manque une partie du raisonnement, ça m’intéresserait du coup mais là, comme ça c’est bancal et un peu effrayant !

  8. Le psychologue dit que les « enfants roi » sont plus nombreux maintenant, mais n’est-ce pas seulement parce que ce n’est plus aussi tabou qu’avant d’emmener son enfant chez le psy et que donc les parents consultent plus qu’avant ?!?

  9. UN article intéressant! Je suis d’un coté d’accord avec cette théorie de l’enfant tyran, enfin surtout depuis que je vis en Amérique, ce n’était pas tellement le cas en Europe mais je trouve les conlcusions de la journaliste désastreuses. Remettre en cause Francoise Dolto comme si la seule solution possible était de revenir a l’autorité d’antan, faire une séparation qualitative entre les enfants et les parents, renier a l’enfant son statut de personne, c’est tres maladroit et c’est surtout erronné! Ce que j’ai pu constater depuis mon exil c’est que les parents influencés par l’éducation américaine éduquent vraiment de petits tyrans incapables de se controler, qui ont toujours tout ce qu’ils veulent sur le plan matériel, aucune structure et qui manque cruellement du nécessaire (a mon sens: l’amour). Les parents semblent avoir démissioné dans le sens ou ils rejettent l’idéal autoritaire de leur enfance mais ne savent pas par quoi le remplacer. La valeur que la journaliste cherchait sans pouvoir la trouver est celle de la responsabilité: les parents sont responsables de leurs enfants, responsable signifie aussi de leur dire non meme quand les enfants trouvent ca injuste et au risque d’etre a ce moment la rejeté par son enfant parce que les enfants savent ce dont ils ont envie et que c’est notre responsabilité de leur enseigner la différence entre « ce dont on a envie » et « ce qui est bon pour nous ». cependant plus l’enfant grandit plus il devra faire cette différence lui-meme et prendre des décisions que nous n’approuveront pas, c’est ca la vie de parent et c’est ca la vie d’enfant! Ce devoir de responsabilité est parfois négligé par certains parents qui sont a la recherche de nouvelles valeurs mais elles ne tombent pas du ciel, la prochaine fois au lieu de faire du sensationnel, ils embaucheront une psy pour parler de ce choc des valeurs, de comment et pourquoi donner une structure a son enfant, comment l’aider a gérer sa frustration, etc…

    • Eh bien, justement, c’est un psychologue clinicien qui parle ! Ma première citation, c’est la journaliste, la suite, c’est justement du psychologue. Effectivement, c’est peut-être différent là où tu es. Perso, je n’ai jamais vu d’enfant tyran, ça ne veut pas dire qu’ils n’existent pas, c’est sûr mais du coup je suis moins touchée par son argumentation.
      Pour trouver le genre de sujets dont tu parles à la fin de ton com, il va falloir lire un autre magazine je pense ;-)

      • Moi je vis en Angleterre où les Français sont regardés comme donnat une éducation plus « rigide »… Pourtant je suis comme toi, je n’ai pas croisé d’enfant roi au sens que le Nouvel Observateur veut lui donner il me semble, i.e. un sens péjoratif. Des enfants couverts d’amour, et gâtés d’un point de vue matériel, oui. Mais des enfants incapables de supporter la frustration, des enfants « capricieux » pas vraiment. Mais enfin, je suis peut-être dans un mileu privilégié.
        Ma mère a déjà parlé de petit roi pour mon fils: Parce qu’il est (et restera probablement) mon unique enfant, que je l’ai attendu longtemps, que j’ai un peu tendance à le couver et que j’ai plaisir à le gâter. Pourtant moi je ne le considère pas comme un « enfant roi », dans le sens où c’est un enfant heureux de vivre, et facile à vivre? Mais peut-être que je me trompe.

    • Suite aux commentaires précédents, je ne crois pas qu’il y ait plus d’enfant-roi ni que les enfants soient plus méchants entre eux qu’avant.
      Je crois en revanche que quand on veut voir quelque chose, on le trouve (notre regard est orienté par nos hypothèses).
      Moi je trouve aussi que, comme souvent, même les psychologues s’arrêtent beaucoup aux étiquettes : « enfant-roi » mais qu’est-ce que ça veut dire exactement ? de quels problèmes souffrent-ils ? De quoi se plaignent-ils ?
      Ou sont-ce les parents qui se plaignent ? Et là, c’est peut-être la plainte des parents qui a changé … et pas les enfants …

      Bref, l’article du Nouvel Obs ne répond visiblement pas à toutes ces questions :-/

  10. Tiens, ça rejoint mon article de la semaine dernière ça. ^^ Je ne peux donc qu’être d’accord. ;)
    Plus sérieusement, comme le dit Mme Sioux, les enfants SONT des personnes à part entière. Et à ce titre, ils ont droit au respect, comme tout un chacun. Et il est bien évident que ça ne veut pas dire qu’il ne faut aucune limite. Ne serait ce que point de vue sécurité, ou vie en société, on n’a pas envie qu’ils se blessent, ou blessent d’autre, ou soit tellement terrible et égoïste qu’ils feront fuir tout le monde. ^^
    Moi, j’aimerai bien qu’on parle un peu plus de gens comme Filliozat qui prônent le respect et la non-violence, qui disent que voir les choses du point de vue de l’autorité n’est pas bon car mets dans un rapport de force, histoire que l’on se rende compte que si, c’est possible et que non, l’autorité en soi n’est pas forcément incontournable.
    Après, on peut aussi arguer qu’il ne s’agit que de sémantique et que à un moment, il faut bien mettre des interdictions… Mais quand même…

  11. Bravo pour ton billet Clem !
    Tu as mis le doigt dessus : dans ce dossier, à aucun moment on ne parle de l’enfant autrement que comme objet.
    D’autre part, je suis surprise que Didier Pleux ne saisisse pas le rapport direct de causalité dans ses propres propos :
    « Il y a trente ans, les enfants rois représentaient 2% de mes patients. L’écrasante majorité, plus de 90%, était constituée de jeunes qui souffraient d’un manque de confiance en soi ou d’un problème de personnalité. Aujourd’hui, c’est l’inverse, les neuf dixièmes des enfants qui passent par mon cabinet présentent une intolérance à la frustration et à l’autorité. »
    Les enfants d’il y a 30 ans, devenus parents à leur tour, épargneraient à leurs propres enfants le manque de confiance en eux qu’ils ont subit et les rendraient, du coup moins tolérants à la frustration ?
    C’est une théorie qui pourrait se tenir et gagnerait à être étudiée.
    Ce qui est certain c’est qu’en matière d’éducation tous les courants extrêmes ont leur revers de la médaille, et j’ai du mal à saisir que nous soyons si peu à relever l’absurdité de ces pseudos-pédagogues s’adressant aux foules de façon si peu…pédagogique : en fustigeant, en jugeant, en caricaturant, et en partant du postulat qu’il n’existe qu’un modèle éducatif reproductible à l’infini sur toutes les familles sans tenir compte de leurs particularités.
    Moi, en tant que spécialiste de la petite enfance – puisqu’ils étaient évoqués dans le dossier comme unissant leur voix à ces propos – je me désolidarise à 200% de ce genre de courant de pensée.
    Il ne faut pas confondre écoute et permissivité, dialogue et démission parentale.
    Et pour avoir travaillé longtemps auprès de parents très isolés, je propose qu’on les soutienne déjà aussi souvent qu’on les juge, et tout ira bien mieux…

    • Merci beaucoup pour ton commentaire !
      Effectivement, j’ai également ressenti que l’enfant n’était plus qu’un objet. On ne le regarde pas (dans cet article en tout cas) comme une vraie personne mais par rapport à ses parents, par rapport à son éducation ou je ne sais quoi. Pour moi, il manque de nombreux éléments dans sa théorie.
      Supposons qu’en effet il y a plus d’enfants tyrans aujourd’hui, quel est l’intérêt de le dire comme ça ? de fustiger des parents qui, quoi qu’on en dise, font comme ils peuvent avec ce qu’ils ont ?
      Merci pour ton témoignage de spécialiste, ça fait du bien de voir autre chose !

  12. J’arrive un peu après la bataille, mais je me pose quand même une question : ce type de discours s’entend principalement en France, où l’on se regarde le nombril en cherchant à rejeter toutes les fautes sur un bouc-émissaire (ici, les parents, mais ce pourrait être l’État, la TV, etc).
    Ce serait utile que ce type de professionnel aille faire un petit tour un peu plus au nord : il sait qu’il y a des pays dans lesquels on ne met pas de barrière devant les jardins privés ? Pas besoin, ils sont respectés. Et qu’il n’y pas de « Dame Pipi » dans les toilettes publiques, et pourtant, elles sont propres. Il y a peu d’incivilité, en tout cas pas dans les proportions dont on se plaint en France. La limitation de vitesse est respectée parce qu’elle est respectable, pas parce qu’il y a un radar à côté du panneau.
    Dans ces pays, la fessée est interdite…

    Quand on respecte les enfants, ils deviennent des adultes respectueux, car un enfant est un être « absorbant » : il ne retient pas les discours, les punitions, mais reçoit comme éponge son environnement, et il reproduit ce qu’il voit.
    En revanche, tout être vivant se rebelle (ou se soumet à ses dépends) lorsqu’il n’a pas ce dont il a besoin.
    Ce sont les parents des « enfants-tyran » qui ont besoin de consulter…

    Il faudrait qu’il relise correctement Dolto (et la journaliste aussi : c’est bien de citer des sources, c’est encore mieux quand on les connait !) : où est-ce qu’elle prône l’anarchie dans ses livres ? Il ne me semble pas qu’elle demandait aux parents d’assouvir les désirs des enfants, mais de les écouter, ce qui est totalement différent !

    Si vous croisez un adulte qui vous parle de la dernière cagnotte du loto, et partage ses rêves en faisant la liste de ce qu’il ferait avec tous ces millions. Vous l’envoyez bouler, vous lui faites un chèque, ou vous l’écoutez et vous rêvez avec lui ? Pourquoi ne pas faire pareil avec les enfants ?
    Qu’est-ce que ça peut m’énerver, cette distinction : les désirs qui sortent de la bouche des adultes sont respectables, mais pas quand elles sortent de la bouche des enfants. OK, les enfants s’expriment beaucoup plus bruyamment : un scoop, ce sont… des enfants ! Ils font comme ils peuvent, à nous de leur apprendre, heu non pardon, de leur montrer qu’on peut s’exprimer autrement.
    Pffff, je sens que la prochaine fois que j’accueille la famille, ils vont me mettre ce magazine sous le nez, je ne suis pas sortie de l’auberge…

    • Merci beaucoup pour ton commentaire. Tu poses une question très importante. Tu vois, je n’y avais même pas pensé ! Ce serait en effet intéressant de savoir ce que disent les spécialistes dans d’autres pays. Tu crois que tu pourrais faire des recherches là-dessus ? Tu vis en France ?
      Je veux bien qu’on réfléchisse à ce soi-disant problème d’enfant tyran mais pas comme ça ! Pas avec des jugements à l’emporte-pièce et des caricatures (je peux te dire que l’article suivant « Parents soumis » est encore plus révoltant).
      Effectivement, on oublie trop souvent que les enfants sont… des enfants !

      • Je vis en France, mais j’ai été fille au-paire tous les étés pendant quelques années, ça ouvre des perspectives ! Et c’est un grand sujet de débat dans une association où on peut faire des activités pour soit en emmenant ses enfants (le top : je fais de la danse africaine avec ma cadette dans le dos, et mon aînée joue juste à côté avec d’autres, l’espace et les jeux sont prévus). Il y a une grande diversité d’origine parmi les mères, dont une expat’ Finlandaise qui ne mettrait pour rien au monde ses enfants à l’école en France, et pour cause ! Leur système a 30 ans d’avance.
        http://kaizen-magazine.com/les-secrets-de-leducation-a-la-finlandaise-chaque-eleve-est-important/

        Concernant la relation entre peuple et éducation : Alice Miller l’a étudié, au niveau des individus (enfance des dictateurs et des grands criminels) mais aussi au niveau sociétal.
        « Ce n’est pas la société qui forme la personnalité, ce sont les personnes qui forment la société, et l’enfance de ces personnes joue un rôle primordial dans la façon dont elles se conduisent une fois adultes. « 

  13. Bonne synthèse!
    J’ai été aussi agacée par ce dossier (enfants tyrans et parents soumis) entre édiction d’un fait de société et faux conseils qu’on pourrait résumer par : Frustre ton fils ou il finira comme DSK !

    • Je crois que ce n’est pas Dolto qui est en cause mais l’interprétation sauvage qui en a parfois été faite en laissant faire tout et n’importe quoi aux enfants par crainte de « les traumatiser »

      • Je ne suis pas sûre puisqu’il pense qu’aujourd’hui elle ne tiendrait pas les mêmes propos. Ce qui signifie que ses propos, selon lui, ne sont plus d’actualité et que ceux qui les suivent aujourd’hui se trompent (qu’ils en fassent une mauvaise interprétation ou pas).
        C’est une théorie tout à fait discutable.

      • Je dirais aussi de la mauvaise presse. Relier l’importation des BabyShower américaines, le business de la mode enfantine (4 milliards d’euros) et l’autorité parentale, fallait oser!

  14. Pingback: Une école à l’ancienne « Les Vendredis Intellos

  15. Je n’ai pas une lecture aussi critique de l’article que j’ai parcouru tout à l’heure à la bibliothèque.
    Et oui je connais des enfants qui ont télé, wii dans leur chambre, console de jeu à volonté, et qui sont mal dans leurs pompes et des vraies plaies en classe.

    • Je sais bien qu’il y a des enfants comme ça mais je ne suis pas d’accord avec l’analyse qui en est faite. Les parents de ces enfants-là sont-ils vraiment du genre à tout laisser passer ? On peut très bien être permissif sur certaines choses et pas sur d’autres.
      Je ne nie pas que ce psychologue reçoit des enfants mal dans leur peau, je ne nie pas non plus que tout laisser faire à son enfant le rend heureux mais je ne vois pas l’intérêt de le dire comme ça et de fustiger les parents qui cherchent une autre voie que l’autoritarisme. Je ne sais pas si tu as lu l’article suivant « Parents soumis », on nous donne des tas d’exemples de parents jugés soumis mais on ne raconte qu’une chose sur eux. C’est du sensationnalisme et ça me révolte.*

      N’hésite pas à donner ton autre lecture de cet article, à préciser ce que tu as compris différemment ou tes désaccords ! ;-)

      • J’emprunterai le journal la semaine prochaine : comme c’est celui de la semaine, c’est pour l’instant consultation sur place, et je te dirai, promis. ;-)
        J’avais de toute façon envie de lire cet article dont j’avais entendu parler à la radio , je crois.

        Je crois qu’en effet j’ai une sensibilité et un rapport à l’autorité différent par rapport à pas mal d’entre vous. (alors que je suis moi-même assez « frondeuse » ;-) )
        Il y a quelque chose qui me gêne confusément dans les articles beaucoup publiés ces temps-ci contre « l’autorité ». Il faut que je creuse …

        • Je ne sais pas de qui tu parles mais personnellement, je n’ai pas de problème avec l’autorité ;-) Je n’aime pas l’autoritarisme, oui c’est sûr mais je n’y ai jamais été confrontée. Le problème du débat sur l’autorité, c’est qu’on ne met pas tous la même chose derrière ce mot.
          Le seul billet que j’ai écrit autour de ce sujet, c’est sur la méthode de Thomas Gordon et je n’ai pas adhéré du tout : https://lesvendredisintellos.com/2012/08/24/les-limites-des-conseils-en-education-avec-eduquer-sans-punir-de-thomas-gordon/.

          Concernant l’article de l’Obs, j’ai précisé que j’étais d’accord avec le passage sur les conseils aux parents, tels que « limiter les listes de cadeaux, ne pas s’imaginer qu’on a engendré un surdoué, ne pas passer par pertes et profits les règles de vie (ranger, débarrasser la table…), ne pas expliquer pendant trois heures pourquoi l’autorisation de sortie s’arrête à minuit ». Il est évidemment que certaines choses ne sont pas discutables mais je n’apprécie le raccourci que prend le psychologue : enfant tyran, parent soumis. Et puis, il y a plusieurs manières de faire : tu peux imposer des règles de vie (ranger, etc) tout en expliquant et en trouvant des moyens que tout le monde participe dans la bonne humeur (plus ou moins, certes). Encore une fois, pour moi, son analyse est trop caricaturale (mais peut-être est-ce dû au format du magazine).

  16. Merci beaucoup pour cette très belle contribution!! Je suis heureuse qu’elle ait engendré tant de réponses et de commentaires!
    Ça fait un bon moment qu’on entend dans les médias cette rengaine sur la prétendue obsolescence des approches de Dolto (qui est probablement réelle mais peut être là où on l’attend!), sur les ravages de l’éducation post-soixante-huitarde et sur la décadence de la nouvelle génération. Pour moi, elle relève de ce classique mouvement d’humeur qu’on peut résumer en « c’était mieux avant » et ne serait pas plus notable que cela si les parents d’aujourd’hui ne prenaient pas assez massivement pour argent comptant cette bouffée nostalgique et ne courbaient pas l’échine sous l’orage des qualificatifs péjoratifs : « parents démissionnaires » et autres…
    Pour répondre à cette question, j’ai récemment consulté l’ouvrage des Universités Populaires de parents http://www.amazon.fr/Universit%C3%A9s-Populaires-Parents-chercheurs-citoyens/dp/2850088323 . Pour faire vite: les Universités populaires de parents (UPP) sont des groupes de parents, souvent issus de milieux modestes qui mènent des recherches dans le domaine de l’éducation sous la direction d’un universitaire qui les encadre et les soutient. Cette initiative est née de l’ACEPP (elle même issue du mouvement post-soixante-huitard ayant donné lieu à la création des crèches parentales). Une des recherches menées par ces UPP portent justement sur la question des « parents démissionnaires » (étant eux même, de part leur milieu social, fréquemment confronté à ce qualificatif). Leur conclusion est que les soit-disant « parents démissionnaires » seraient en réalité des « parents démissionnés » c’est à dire avant tout des parents d’une façon ou d’une autre mis au ban de la société. Une autre de ces recherches analyse feu l’émission « Super Nanny » et montre comment celle qui prétend éduquer les parents démissionnaires ne fait en réalité que les humilier et les enfermer dans ce rôle. Bref, ces extraits sont à ta disposition si tu le souhaites :-)

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  22. Merci de commenter de façon aussi pertinente cet article effectivement caricatural. Eh bien, moi je suis psychologue et je trouve vraiment dommage que le simple fait de porter ce titre autorise à donner une opinion fondée sur des constats si peu objectifs. Je trouve également dommage de voir une fois de plus un confrère fondant son analyse dans la culpabilisation des parents, au lieu de les accompagner de façon bienveillante… Triste que cet article apparaisse dans un tel journal.

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