Education US VS française: à fond dans les clichés?

Je suis tombée sur un article qui m’a hérissé les cheveux! Il s’agit d’une interview de Pamela Druckerman, journaliste américaine qui vit en France et y élève ses trois enfants. Elle a publié un livre Bébé made in France qui met en lumière la perfection de l’éducation à la française versus l’éducation à l’américaine.

couverture-bebe-made-in-france

Après tout c’est une question de point de vue, au départ, voici sa motivation:

Je voulais comprendre pourquoi les petits Français étaient si bien élevés par rapport à leurs cousins américains et pourquoi les mères françaises avaient l’air si bien dans leurs baskets, contrairement aux mères américaines si stressées…

C’est la première cause du hérissage de cheveux: pourquoi nous mettre tous dans le même panier? Bon, je râle alors que c’est nous les meilleures, hein! J’en connais des tas des mamans stressées. Et puis d’abord, ça veut dire quoi bien éduquer? Voilà la cause du second hérissage de cheveux (heureusement que son interview n’était pas trop longue!):

Je raconte au début de mon livre un épisode au restaurant, avec ma fille de 18 mois. Tout au long du dîner, ce fut un calvaire, elle ne tenait pas en place et jetait la nourriture partout. A côté de nous se tenait une famille française. Leurs enfants mangeaient de tout, étaient plutôt sages et les parents paraissaient très détendus.

C’est le propre d’un enfant de 18 mois de ne pas tenir en place, de vouloir découvrir le monde, de toucher aux choses, bref d’être curieux. Je serais bien triste si ma fille de 19 mois restait à mes côtés sans broncher! A nous de leur donner envie de s’éveiller et d’être curieux. Nous avons justement tenter un restaurant la semaine dernière et ce fut un calvaire aussi mais voilà, je n’ai blâmé personne, on a juste gobé notre plat principal et on filé à la maison avant d’être vraiment sur les nerfs (on retentera dans plusieurs années, on a saisi la leçon! Tous les jouets amenés n’ont servi à rien). Certes, cet enfant au restaurant tenait en place mais pourquoi d’un cas particulier en faire une généralité? Et si c’était aussi une question de caractère?

Les mères françaises ont l’air de se faire confiance. Elles ne lisent pas des tas de guides, n’écoutent aucune école de pensée et suivent leur instinct. Elles appliquent Jean-Jacques Rousseau – sur l’éveil de l’enfant – et Françoise Dolto – sur l’écoute – sans y penser. Finalement, elles s’accordent sur quelques grands principes éducatifs, par tradition, par habitude et par pragmatisme.

Mets toi à jour Pamela! Viens un peu sur le blog des vendredis intellos, on en a fait du chemin depuis Rousseau et Dolto! Dans mon entourage, je n’ai jamais vu une maman vouloir agir par tradition! « Ne le prend pas trop dans les bras, il va trop s’habituer », « laisse le pleurer, il apprend à s’endormir seul comme ça »… Et oui c’était plutôt comme cela avant, il me semble… Mais bon, je ne vais pas faire de généralités non plus…

Le petit Français fait l’apprentissage de la patience, de la politesse, des horaires et de l’importance des repas dès le plus jeune âge (là, elle a plusieurs chiffres sur l’obésité US vs française). Un bébé doit faire ses nuits très tôt. C’est l’idée que, dès tout petit, on apprend au bébé à s’endormir tout seul, à surmonter ses crises de larmes et à patienter entre deux tétées.

Décidément je vais avoir du mal à me recoiffer! « Patienter entre deux tétées »? Je n’ai jamais entendu cela, on m’a appris l’allaitement à la demande. Sur le reste, je suis plutôt d’accord mais non, franchement, je vais me rebeller pour le coup contre les médias aussi qui relayent ce genre de propos sans approfondir quoi que ce soit. Voilà pourquoi je préfère lire les blogs aux magazines: les propos sont construits, étayés, il y a de la réflexion, de l’importance donnée aux différents avis du lecteurs… Ici, on met en avant un livre qui selon moi n’est qu’un point de vue, et à ce titre il aurait pu être traité différemment: pas sous l’angle de anthropologie mais plutôt sur un ton humoristique et décalé.

Une Française laissera volontiers son enfant jouer seul dans sa chambre pendant des heures ou dans un parc, tout en papotant avec ses copines. Impensable pour une mère américaine qui se donne pour mission de stimuler son enfant en toute circonstance. Elle fait du toboggan avec lui, s’amuse dans le bac à sable, ne le laisse pratiquement jamais seul.

J’aime bien la non demi-mesure « pendant des heures »!! Chez nous et chez certaines de mes copines, l’enfant n’a pas su jouer seul jusqu’à 12 mois environ donc non, je papotais avec mes copines tout en jouant avec ma fille et en la stimulant. Aujourd’hui, à 19 mois, elle sait jouer seule mais sur peu de temps donc je n’ai toujours pas goûté aux longs papotages avec les copines tout en ayant bébé dans une autre pièce. Et d’ailleurs question sécurité, je ne suis pas encore à l’aise pour la laisser vaquer ailleurs sans l’entendre! Au parc, je suis moins excitée que bébé mais tout aussi active, il faut l’accompagner sans arrêt donc non, je ne me reconnais pas dans ses propos. Décidément, suis-je l’exception française? Je ne pense pas!

Les possibles vrais points de différence sérieux que j’ai noté pour ma part entre France et US se situeraient sur:

  • la notion d’enfant roi: en France, « l’enfant n’est pas seul au monde et qu’il faut s’habituer à l’existence de l’autre. C’est l’antithèse de l’enfant roi à l’américaine. » Elle énonce également qu’en conséquence, en France, on ne laisse pas l’enfant prendre toute la place: on peut partir en amoureux et laisser l’enfant à garder par la famille, impensable aux États-Unis. « Aux États-Unis, il n’est pas rare qu’un enfant de 6 ans ne soit encore jamais resté seul chez ses grands-parents. » C’est vrai qu’on parle beaucoup d’équilibre: rôle en tant que femme, conjointe, working mum, puis en couple et en famille… L’enfant roi entend rarement non aux US « on ne dit pas « non » ou trop peu parce qu’exposer un enfant à la frustration ne nous est vraiment pas naturel. » C’est le moment de rire jaune, c’est donc naturel chez les mamans françaises?
  • l’apprentissage: en France, ce sont plus les relations avec les autres qui priment versus les compétences cognitives pour les américains.  » En France, il y a un respect des étapes de développement de l’enfant. Personne, ici, n’aurait l’idée de pousser l’enfant à écrire, à nager plus vite ou plus tôt que les autres. Aux Etats-Unis, nous sommes bien plus dans le culte de la performance alors que les Français laissent davantage de place à l’éveil et à la découverte. » Le culte de la performance… Tout un sujet… Là encore je pense que cela dépend des parents, j’en connais qui note déjà en quoi leur enfant fait mieux ou plus tôt que les autres le cri de la vache par exemple à 9 mois… Surdoué hein! Comme si c’était facile d’avoir un surdoué… Sans doute que l’apprentissage jusqu’à l’entrée au CP est basée sur le rythme de l’enfant mais après, avec l’école, on l’oublie très vite. c’est marche ou crève, tu rentres dans les cases ou non…
  • la notion de bonne mère: aux US, il faut être une mère stressée pour se dire bonne mère. Gloups! En France, notre leitmotiv serait « la mère parfaite n’existe pas ». « Une bonne mère est une mère zen, qui prend aussi du temps pour elle et qui reste une femme à part entière. » Là, je suis d’accord! Tout est question d’équilibre (cf plus haut sur la notion d’enfant roi). C’est d’ailleurs sa conclusion: les mères françaises sont plus équilibrées, concernées mais pas obsédées.

Les commentaires en bas de l’article sont assassins, je vous en cite 3 : « C’est clairement un ramassis de clichés d’une France idéale fantasmée par une américaine. », « Comme si l ‘éducation était homogène au sein d’un pays. Marre des généralisations a la con! », j’apprécie énormément celui-ci qui est valable pour tout sujet: « la caricature et la science des ignorants ».

Pour ne pas totalement casser, cela soulève la question suivante:l’interview est-elle maladroite ou le livre, que je n’ai pas lu, n’est-il réellement qu’une vision personnelle avec ses incohérences?

The working mum

20 réflexions sur “Education US VS française: à fond dans les clichés?

  1. Rien à ajouter, à part un souhait : à quand des restos « famili-friendly » ?
    Petite liste à compléter :
    – avec de la place pour les poussettes !
    – des chaises hautes type Trip*trap (pour que les enfants soient confortablement à bonne hauteur, quelque soit l’âge)
    – où les parents pourraient manger autre chose que du fast-food !
    – avec des lampes chauffe-plat à chaque table (ou des micro-onde)
    – où le service est rapide au moins pour les enfants
    – où il y aurait une petite aire de jeux à vue de toutes les tables
    – avec un lavabo accessible aux petites mains (escabeau ou lavabo bas), ou des petites serviettes humides comme dans les resto japonais, mais en libre service
    – avec des banquettes où l’on peut ajouter une barrière, pour les petits-loups qui auraient besoin de faire une sieste,
    … j’en oublie, mais je suis sûre qu’il y a un marché à prendre ! Il y a bien les « café-poussette », mais je ne vis pas à Paris, jamais testé.

    • Ooops, j’ai découvert un restau family friendly lors d’une ballade dans le marais poitevin, complètement par hasard. Tiens toi bien le rêve !!! Les tables dehors sont dans un jardin clos, il y a deux salles à l’intérieur avec une plus pour les familles (=on ne craint pas de gêner les autres convives), une aire de jeux dans le jardin, une salle de jeux bien fournie à l’intérieur, une table à langer, des rehausseurs et des chaises hautes… Les plats pour les enfants sont servis très rapidement. Les plats sont sympas et copieux, idéals après une ballade à vélo ou en barque. Je voudrais vraiment souligner cette belle initiative des propriétaires de « la récré » à Damvix ! Pourvu qu’ils fassent des émules :-)

    • Tu tiens une idée de Business!
      Moi je voulais tout plaquer et ouvrir un « baby café » en France à un moment! Il y en a pleins ici, mais je n’en ai pas vu beaucoup en France!

        • Nan, mais le nôtre il ferait fortune je suis sûre (ou il survivrait en nous rendant heureuse en tout cas!).
          Pour l’école alternative, bin, non, je suis nulle comme teacher! Je suis bonne qu’à faire l’andouille en racontant des histoires ou à leur apprendre à faire des monstres à chaussettes ou des cochons en pâte à modeler :/

        • Si tu arrives à savoir pourquoi ils ont mis la clé sous la porte, on trouvera peut-être le moyen de contourner leur problème…
          Sinon, OK pour une école alternative, j’adore enseigner (et je l’ai déjà fait) ! Je fais des activités Montessori pour mes miss, et je rêve de faire une formation officielle.
          Le hic ça va être de trouver le lieu, on ne vit pas franchement dans le même coin ! :)

    • Tu es la bienvenue en Australie Oops, il y a 80% de tes souhaits qui sont exaucés!!
      En ce qui concerne la chronique sur le livre de Pamela, je vous invite à vivre dans un pays anglo-saxon pour comprendre ce dont elle parle car oui il y a un grand canyon qui nous sépare, nous français ancienne et nouvelle génération, des anglosaxon nouvelle génération.
      Merci à toutes pour faire travailler mes neurones émigrés et perdus dans le pacifique. Merci

  2. Merci beaucoup de ta contribution!!! Ces propos sur cette prétendue comparaison entre éducation à la française et éducation américaine n’en finissent décidément plus de faire couler de l’encre (pour mémoire la contribution d’Ilse sur – à l’époque- un article sur le sujet http://www.ilselajoue.fr/2012/02/24/3114/)!
    L’herbe est toujours plus verte chez le voisin et le domaine de l’éducation ne semble faire exception à la règle!
    Ce qui me dérange profondément dans l’exportation de ces clichés, c’est que ce sont précisément ceux-là qui tyrannisent les parents français, ceux sur lequel repose le mythe du parent parfait qui mène tous les parents normalement constitués au burn-out. Bref, exporter ce dont nous cherchons désespérément à nous affranchir, c’est d’un cynisme!

  3. Moi qui vit en Angleterre, je peux te dire que ce sont des clichés qui ont la vie TRES dure!
    Et ma foi, je dois reconnaitre que mes copines françaises travaillent plus tôt (ont des postes à plus haute responsabilité aussi!), sortent plus et font plus appel à des baby sitters que mes copines anglaises… sauf moi qui suis rien qu’une poule mouillée et qui suis sortie 3 fois en amoureux depuis 2 ans et demi… quand c’est une copine qui me gardait le bébé et pas une babysitter. Je suis un peu un OVNI pour elles!

  4. Pingback: Retour vers le futur {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

  5. Bah je crois qu’elle a trouvé le bon filon pour vendre un livre après celui sur le régime des femmes françaises. J’ai vécu 2 ans à New York et je n’ai pas trouvé les enfants mal élevés. Au contraire sur certains aspects il y a plus de civisme. Par contre pour l’impatience c’est vrai et ça se retrouve à l’âge adulte: j’ai vu plusieurs collègues incapable de gérer de petites frustrations et ça se voyait direct sur leur visage. Donc des différences culturelles certes mais pas une manière meilleure qu’une autre à mon avis. Et moi aussi les entretiens télévisuels que j’ai pu voir sur ce livre m’ont hérissés les poils devant tant d’absurdités relayées par les journalistes qui semblaient ravis d’être meilleurs que les américains…

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