Harcèlement à l’école

Alors, moi, je décide tranquillou d’aller sur facebook voir un peu ce qui se passe chez les uns et les autres. Vérifier les anniversaires (pas bien, j’ai honte, mais  comme  ça me sauve trop souvent… ) Et puis comme je  fais partie des  mille et un aimant des vendredis intellos, bah comme le nom l’indique c’est intello… Et oui, ça veut dire que ça écrit et ça  lit… Je tombe sur cet article, le genre de choses qui en une minute vous replonge dans les pires moments du passé, et vous permet aussi du coup, d’admirer le chemin parcouru, le chemin qui a  effacé les angoisses du dimanche, y’en a d’autres qui ont connu? L’angoisse du dimanche, quel  cauchemar… Pourtant  tous ces souvenirs me rendent sacrément optimiste.

Je  reprends le même plan que l’article.

1.  Les  faits :

Le harcèlement a lieu au sein d’un triangle : la victime, le harceleur et les spectateurs, qui de par leur indifférence participent au harcèlement. Ces violences ont des conséquences graves, comme la perte de confiance en soi, le décrochage scolaire, la désocialisation, la dépression, pouvant aller jusqu’aux penchants suicidaires.

Tout comme lui, on se moquait de moi, mon  souci étant physique, l’inspiration était perpétuelle pour les enfants qui m’entouraient, j’étais une vraie muse! Mais étrangement  j’ai compris  assez petite,que les enfants étaient cruels, le choc pour moi,  fut de découvrir que les adultes l’étaient tout autant. J’ai donc eu le droit comme ce garçon aux fausses déclarations, aux blagues en groupe. Je n’ai par contre jamais été frappée, j’avais la chance d’avoir parfois pire que moi… c’est-à-dire ceux qui cherchaient  à se défendre quand on se  moquait d’eux. Il n’y avait pas encore l’arme actuelle… Internet.

J’ai eu aussi droit aux fausses déclarations d’amour. Ainsi, en cinquième, une fille de ma classe me « harcelait », en me disant qu’elle m’aimait. Elle ne me plaisait pas mais je la croyais vraiment (j’ai toujours été très naïf) et quand je lui expliqué que ce n’était « pas possible » entre nous, elle a répondu :

« Non mais tu voyais pas qu’on se foutait un peu de ta gueule ? »

2.  Ses parents :

Contrairement à d’autres enfants qui restent silencieux, je racontais ce que je subissais à mes parents, mais en restant vague, du genre : « On m’a encore emmerdé aujourd’hui » – j’avais quand même honte de tout ça.

Cependant, ma mère est plusieurs fois allée chez le Conseiller principal d’éducation (CPE), et ça n’a servi à rien (j’avoue par ailleurs n’être venu qu’une fois chez lui, mais quel est l’intérêt de se plaindre tous les jours ?). Je reproche une chose à mes parents : de ne pas m’avoir pris au sérieux certaines fois :

« Alexandre, là t’es un peu parano, tu crois pas ? Ils peuvent faire ça pour s’amuser, c’est tout… »

Contrairement à d’autres enfants qui restent silencieux, je racontais ce que je subissais à mes parents, mais en restant vague, du genre : « On m’a encore emmerdé aujourd’hui » – j’avais quand même honte de tout ça.

Mes parents :

Tout comme lui, j’ai  tenté de parler, et j’avais honte… Mes parents m’expliquaient que c’était normal entre enfants, ou disaient encore « va te plaindre », ou bien le fameux et non moins merveilleux  « tu n’en rajouterais pas pour qu’on  s’intéresse  à toi? ».  En plus j’avais peur qu’ils en souffrent ou qu’ils aient honte de moi alors je me taisais et  tous les dimanches dès l’âge de sept ans, j’avais l’angoisse du dimanche après-midi, on ne faisait jamais rien le week-end, ma mère ne voulait faire que des siestes et regarder la télé et mon père travaillait, je  m’ennuyais et ensuite j’angoissais, l’appréhension du retour  à l’école le lundi.

3.    Les conséquences sur sa vie :

Le harcèlement détruit à petit feu : quand, chaque jour, à chaque heure et à chaque minute, on vous dit que vous êtes un moins que rien, vous finissez par le croire.

J’ai développé une phobie sociale à cette époque, qui m’a poursuivi, et aujourd’hui encore ces années m’obsèdent, les questions se bousculent dans mon esprit : pourquoi harceler quelqu’un gratuitement ? Mes bourreaux regrettent-ils leurs actes ?

Les conséquences sur ma vie:

Je crois que cela m’a  empêché de faire beaucoup de choses, car j’avais peur de tout et n’avais aucune confiance en moi, mais je voulais quand même réussir, être heureuse et j’étais  persuadée d’être une personne qui méritait quelqu’un d’extraordinaire dans sa vie. Et que ça me  tomberait dessus… Mais bon je doutais quand même, je préférais juste avoir mon monde imaginaire. Cela m’a permis tout  de même d’être une amie très dévouée, et d’avoir beaucoup de temps pour observer l’autre. J’étais  persuadée que la vie se passait comme les séries américaines un jour tout s’arrangeait et on pouvait même devenir populaire! Qu’un jour tout  irait mieux et qu’une fois adulte on prenait notre revanche en étant heureux!

4. Pourquoi témoigner

En premier lieu, je veux dénoncer l’indifférence des autorités scolaires. Les professeurs, les pions, le CPE, si prompts à punir pour un bavardage ou une mauvaise note, deviennent étonnamment aveugles ou laxistes lorsqu’il s’agit de violence, un problème objectivement plus grave que ceux énoncés précédemment.

D’autre part, je veux dire l’inexactitude du stéréotype du cancre harceleur et issu des quartiers défavorisés. C’est de cette manière que les médias dépeignent le caïd des cours de récréation. Or, il y a des souffre-douleurs et des bourreaux dans chaque établissement scolaire, qu’il soit huppé ou mal famé.

Pour ma part, les petites terreurs que j’ai côtoyées étaient toutes de bons élèves, et avaient d’ailleurs en horreur les « racailles ». Mes bourreaux assistaient aux messes occasionnelles avec gaité…

Parce que cela est sacrément banalisé, que c’est presque normal, qu’il faut qu’il y ait des   «   losers » pour que d’autres se sentent mieux et que, s’il n’y a pas de coups réguliers, c’est que ça va quand même… Que si l’ado n’a pas  tenté de mettre fin à ses jours c’est que finalement il gère et il est fort. Je me souviens qu’au collège,  un groupe de 6/7  garçons  faisaient régulièrement un cercle, mettaient un petit sixième au milieu et le frappait. Quand j’y repense, comment les surveillants et les profs ont pu laisser ça se  passer ? Je me souviens d’une prof qui nous disait   « M’enfin, ne vous approchez pas d’eux pendant la récré! » «   et un jour après une  discussion en classe sur le sujet elle s’est tournée vers un élève plutôt fort et lui a  demandé pourquoi il n’allait jamais prendre la défense du plus petit. Il lui a  répondu :« Vous préférez avoir un élève ou deux à l’infirmerie ? »

Avec le recul je me dis que non seulement ils avaient la flemme de surveiller la cour mais en plus, c’était a à nous de gérer le problème…

Je ne parle pas d’une école en grande difficulté. Je parle d’une école de la très proche banlieue est parisienne.

J’ai franchement beaucoup souffert, un bec de lièvre avec opération a à 13 ans, c’est sacrément lourd a à porter, surtout sans aucun soutien psychologique. Mais cela m’a  apporté aussi des choses, et j’avoue être si bien aujourd’hui que j’ai presque honte d’oser me plaindre …  C’est dur de se défaire des injustices que l’on vous a  présentées comme normales pendant des années. On ne peut pas dire que c’est normal ou juste pour rire quand même… Je ne comprendrai jamais cette excuse.

Mère cruelle

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16 réflexions sur “Harcèlement à l’école

    • J’ai rencontré des adultes qui auraient pu… Mais ils ne pouvaient pas vraiment se rendre compte, car il faut savoir que je ne me plaignait pas ( toujours ;) ! ) , j’étais souriante et contente dès que quelqu’un s’interressait a moi… J’étais très contradictoire. Il me faudrait un article pour expliquer! En résumer, on m’a toujours dit comme j’avais un bec de lièvre, j’avais peu de chance de plaire a quelqu’un, qu’il fallait que je choisisse un métier ou je serais pas trop exposé etc… Du coup, le peu d’attention qu’on me donner était une vraie lumière, et j’appréciais tout les moments que l’on m’offrait! C’est horrible, de se dire que ça m’aide a donner de la valeur aux précieuse rencontre de ma vie…

      • Oui ton témoignage fait mal au coeur ! Ce n’était pas contradictoire, en fait, tu expliques bien pourquoi tu appréciais qu’on te parle et pourquoi dans ces moments-là, tu ne te plaignais pas.

        • Je pense écrire plus sur le sujet car cela m’a fait beaucoup de bien! Et le comble, mon fils a remarquer mon nez dernièrement et poser des questions… Dimanche midi pendant le repas! C’est dingue non? Mais j’ai un super livre pour enfant sur le sujet!!!

  1. Vraiment, le témoignage que tu cites et le tien me touchent. J’ai été victime de harcèlement scolaire, de la primaire et au collège. Pour diverses raisons à chaque étape : une différence d’éducation, une certaine timidité, et ensuite une précocité physique qui a déclenché les foudres de certaines filles et un désir envahissant des garçons… Va retrouver une estime de soi après! Et mon petit garçon commence à en être un peu la victime à l’école de la part de plus grands, parce qu’il est assez solitaire. Tu as raison de témoigner. Ma mère me disait « ils sont jaloux, laisses les dire. » A propos de mon fils j’entends « ça passera, c’est l’apprentissage de la vie en collectivité », moi ça me met en rogne!
    Mais je me pose la question : les enfants sont cruels, mais ne sont-ils pas aussi le reflet de l’éducation qu’ils reçoivent : taper sur les plus faibles, pour se sentir fort…
    Merci aux adultes bienveillants, mais ils ne sont pas nombreux…

    • Je me pose la même question! Depuis que j’ai entendu une mère et sa fille ( 11 ans max ) Se moquer de plein d’autres femmes a la piscine, la mère était horrible dans ce quelle disait… En tout cas, a l’école ( mon plus grand aura 7 ans l’an prochain ) je ne sais pas si je partirait pas un peu trop en  » cacahuète  »

      Merci d’avoir pris le temps d’écrire

      Mère cruelle

  2. Le harcèlement à l’école.. Je pourrais en faire un roman..
    Chez moi ça a commencé en dernière année de maternelle, pour se terminer à la fin du lycée..
    Et j’ai eu droit aux coups aussi.. Je pleurais parfois un peu en rentrant chez moi mais dans plus
    Mes parents voyaient des choses, mais ne réagissaient pas.. Sauf pour la cm2 où mon père a fini par me changer d’école.. Ce fut l’année scolaire la plus tranquille de ma scolarité..
    Au collège, j’ai retrouvé mes bourreaux de primaire, alors rebelote.. J’en était parfois réduire à rentrer chez moi à pied tellement j’avais peur de prendre le bus scolaire.. 15 km à pieds..
    Au lycée, la seconde fut un calvaire, la première ça allait un peu lieux, et la terminale s’est presque bien passée.. Un seul harceleur c’était presque des vacances..
    Avec le recul je me rends compte que j’étais aussi un peu fautive, dans le sens où mon comportement ne faisait rien pour faire oublier mon physique.. En gros j’étais une victime, et une neuneu..
    J’en veux un peu à mes parents de n’avoir rien fait pour l’aider.. C’est vrai qu’ils étaient aussi un peu particuliers.. (Ma mère se faisait cracher dessus dans mon village par exemple)
    Aujourd’hui j’ai bien sur de grosses séquelles de mon enfance, mais je prends sur moi depuis mes 18 ans. Je suis par exemple tres sauvage. Mais tous ceux qui me connaissent m’apprécient, et ceux qui me méprisent et le rabaissent finissent toujours par être inférieurs à moi.
    C’est ma plus grande victoire..
    Quant à mes enfants, je suis extrêmement attentive à leur scolarité, tout en restant discrète pour ne pas en faire des « assistés »..

    • Merci pour ton témoignage je me rends compte que nous sommes nombreux a vivre ce genre de calvaire totalement banalisé par la société, comme si c’était normal, c’est étrange, non? En tout cas, une des difficultés une fois maman c’est de gérer nos sentiments qui remontent pour ne pas affecter nos enfants ou fausser notre perception de parents… Mais il y a aussi une forme d’appréciation differente

  3. Un sujet bien difficile tellement on se sent impuissants, tant au niveau de l’enfant victime que des parents (lorsque ceux-ci se préoccupent de tout ça).
    Je n’hésiterais pas à déscolariser mes enfants s’ils venaient à être victimes de harcèlement. J’en ai fait les frais de la 5ième à la terminale (de moins en moins au fur et à mesure que ma carapace s’endurcissait), j’en étais malade tous les matins avant de franchir le seuil de mon domicile, dans un état fébrile (tremblements, nausées, transit complètement fou). Passé le pas de ma porte, j’allais à l’école comme on va à l’abattoir, résignée, j’encaissais sans rien dire. Je me suis fait transparente, fantomatique jusqu’en seconde, puis j’ai « viré de cap », j’ai envoyé balader tout le monde et au contraire je faisais exprès de me démarquer pour bien leur montrer que j’assumais ma différence. Après mon bac, j’ai coupé les ponts avec mon passé sans jamais revenir en arrière.
    Mais j’en suis restée marqué, ca ne m’a pas du tout aidé niveau confiance en moi (et en l’autre) et ma carapace n’a jamais disparu.

    • J’ai fait comme toi, arrivée a un âge, j’ai tout envoyé balader, et comme mes années de silence et d’observation m’avaient beaucoup appris… Mais il y a aussi mes opérations qui m’ont aider a surmonter ça. Merci d’avoir pris le temps de laisser un témoignage.

  4. J’avais été très ébranlée par cet article du Monde lorsque j’ai mis le lien sur la page FB des Vi, et je suis aussi très émue par ton témoignage et les commentaires.

    Ayant des enfants qui ne racontent pas forcément tout de leur vie scolaire, j’ai toujours peur de « passer à côté  » de quelque chose.

    Ma fille raconte la violence de certains enfants du collège. J’ai l’impression qu’elle s’en sort par la solidarité avec quelques copines.
    Une fois des garçon avaient jeté son sac de classe et celui d’une autre fille dans une cuvette de toilettes. Nous avons appelé et signalé l’incident à la CPE. Nous n’avons pas eu de retour , mais avons su que les garçons ont été punis, et suivis par les adultes du collège
    Notre fille sait aussi que l’infirmière du collège est une alliée précieuse à qui les enfants se confient beaucoup.

    • C’est incroyable cette violence et ce besoin primitif d’être plus fort pour avançer… La peur de passer a côté de quelque chose pour nos enfants est déjà, je pense une bonne chose et un bon présage.
      Merci d’être passer commenter. J’avoue que ce ta fille voit au collège est vraiment dommage, je pensais bêtement que ce genre de choses avait évoluer… Un peu!

  5. Je ne sais plus où j’avais lu que l’existence d’un « bouc emissaire » est nécessaire pour créer un lien entre les autres protagonistes. C’est d’une tristesse…
    Merci pour ce témoignage bien courageux…

    • C’est vrai, j’en avais conscience enfant… C’est pour ça que j’en voulais pas trop aux enfants, et parfois c’était une autre que moi et même je la plaignait, j’avoue que j’appréciais de souffler un peu! Puis en grandissant, ça me devenait insupportable de voire les autres s’en prendre la poire et j’intervenais… Parfois. Merci de ton message et passage ;)

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