Cauchemars et peur du noir : trois albums jeunesse pour accompagner le coucher

Difficultés pour se coucher, peur du noir, cauchemars voire terreurs nocturnes… Ces sujets concernent de nombreux enfants, et donc de nombreux parents, qui cherchent souvent des supports pour aider leurs enfants à traverser ces difficultés, à en croire les nombreuses demandes de livres sur le sujet, et l’abondante production éditoriale.

Joelle Turin, dans son passionnant livre « ces livres qui font grandir les enfants », explique l’utilité des albums sur le sujet :

« Les mots et les images mis sur les peurs et les émotions que l’enfant ressent confusément n’élucident pas tout. Ils lui permettent toutefois de commencer à les comprendre, à en discerner les causes et de procéder à un travail d’intériorisation et d’élaboration. Grâce à son identification au héros et à la verbalisation des peurs offertes par ces mots et ces images, l’enfant parvient à donner forme à ses angoisses les plus archaïques et à les rendre plus supportables ».

 

J’ai donc décidé aujourd’hui de vous parler de trois livres sur ce sujet, très différents autant du point de vue du dessin et du style que dans la manière d’aborder le sujet : « Scritch scratch dip clapote ! » de Kitty Crowther, « Il y a un cauchemar dans mon placard » de Mercer Mayer et « le cauchemar » de Claude Ponti.

 

Le premier est un album de Kitty Crowther, jeune auteur qui a aussi fait les illustrations de Dans moi, le magnifique « Moi et rien » et la série pour petits Poka et Mine. Son univers visuel est très particulier, et plait généralement aux enfants, et elle n’hésite pas à aborder des sujets difficiles (la mort, la séparation…).

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On y découvre une famille de grenouilles qui vivent au bord d’un étang. D’ailleurs, ils ont les pieds dans l’eau !

« En choisissant ce contexte particulier, l’artiste suggère de manière amuante qu’aucun enfant au monde n’échappe à leur peur de la nuit » (Joëlle Turin, ces livres qui font grandir les enfants)

Jérôme, la petite grenouille a donc peur la nuit, quand il est seul :

« tout seul dans mon lit, tout seul dans mon coeur ».

Les parents cherchent pourtant à accompagner l’endormissement avec un long rituel, détaillé ici puisqu’il occupe les dix premières pages de l’album, et avec des paroles réconfortantes.

Mais dès qu’il se retrouve seul, Jérôme entend des bruits effrayants : « scritch scratch, dip, clapote ». Son imagination se met alors en marche :

« Qui fait « scritch scratch dip clapote sous mon lit ?

un monstre d’eau douce ? Un serpent à plumes ? Ou pire, un squelette des marais ? »

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« Les cadrages et l’éclairage accentuent la solitude et la vulnérabilité de Jérôme, et offrent au lecteur compatissant la preuve irréfutable du désarroi du « Grenouillet » de son père, de la « petite boule verte » de sa mère. L’artiste permet à l’enfant de donner forme à ses sentiments et de les ordonner en s’idnetifiant aux mésaventures du héros, à leurs rebondissements et à la solution apportée par la fin de l’histoire : le père de Jérôme sort avec son garçon dans la nuit noire pour identifier les bruits qui lui font peur » (Joelle Turin)

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En effet, ici les bruits sont bien réels, et le problème de Jérôme c’est qu’il les identifie à des monstres. Dès qu’il a identifié ces bruits, il peut s’endormir sereinement.

 

Dans ce livre, j’apprécie la présence attentive (même si parfois agacée) des parents, qui accompagnent Jérôme tout le long et le fait que ses angoisses ne soient pas seulement le fait de son imagination mais s’appuient sur quelque chose de tangible.

 

 

Chamgement d’univers avec le livre suivant, un classique sur le sujet puisqu’il a été publié pour la première fois en 1968.

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Cette fois-ci, le petit garçon est déjà couché, et seul. Le cauchemar est présenté au départ comme un ennemi à combattre. Le petit garçon est déguisé en soldat (casque, fusil), et les jouets qui l’entourent renvoient au même registre (petits soldats, canon, etc).

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Il prend lui-même les choses en main, ce qui lui permet de passer du statut d’enfant passif et effrayé en un être qui maîtrise la situation.

On voit bien l’évolution entre ces deux passages :

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« La pirouette finale transforme l’agresseur en victime, puis en allié. Elle signe ainsi l’apothéose du courage et donc du héros qui a réussi sa difficile entreprise » (Joelle Turin)

L’auteur ajoute à cette histoire une touche d’humour bienvenue. De plus, ce livre est un vrai régal à lire à haute voix, avec des phrases simples, et surtout le fait qu’on peut rendre, par l’intonation, l’évolution du héros, du petit garçon craintif à celui qui est maître de la situation.

 

Enfin, Claude Ponti aborde ce sujet dans un des livres de sa série destinée aux petits, Tromboline et Foulbazar :

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Dès la couverture, Ponti met en scène le paradoxe qui va alimenter tout le livre : malgré la présence du cauchemar (ici, par le titre), les deux poussins dorment paisiblement.

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En effet, ce livre met en scène un affreux cauchemar qui veut leur faire passer une « mauvaise nuit horrible », mais qui n’y parvient pas car il est repoussé à chacune de ses tentatives par un des compagnons des poussins alors qu’ils dorment tranquillement.

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Tout au long du livre, l’attitude des poussins endormi montrera leur grande sérénité. « Le jeune lecteur trouve là de quoi alimenter la confiance qu’il accorde lui-même aux adultes veillant sur lui » (Joelle Turin).

Le rire permet aussi au petit lecteur de prendre de la distance avec ce qui l’effraie.

 

 

Il y a beaucoup d’autres livres sur ce sujet. Je ne résiste pas à vous citer aussi « Papa » de Philippe Corentin, où le monstre n’est pas toujours celui qu’on croit. Et vous, vous avez déjà lu un de ces livres ? quels sont vos classiques sur le sujet ?

Lila

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11 réflexions sur “Cauchemars et peur du noir : trois albums jeunesse pour accompagner le coucher

  1. Merci beaucoup pour ton billet ! Je n’ai encore jamais été confrontée aux peurs nocturnes (par exemple) pour mes enfants donc je n’ai pas de livres à conseiller mais j’aime bien ceux que tu présentes. Je trouve juste que dans le second, le monstre est très effrayant et je sais déjà que ma fille serait traumatisée. Mais j’aime l’idée de parler des problèmes grâce aux livres, d’aborder des questions importantes.

    • Tu connais mieux que personne les limites de ta fille. Mais de manière générale, je pense que le fait que le monstre soit effrayant permet de mettre encore plus en valeur le fait que l’enfant réussit finalement à affronter et apprivoiser ses peurs.

      (mais je t’avoue que pour moi c’est théorique, encore, je n’aurai pas l’occasion d’y être confronté avec mon fils avant au moins quelque années).

    • Je sais qu’il est souvent emprunté à la bibliothèque où je travaille et que plusieurs fois des enfants ont voulu le garder plus longtemps, donc je pense que ça leur parle, mais encore une fois, je n’ai pas eu l’occasion de tester personnellement !

  2. Moi je suis fan des poussins de Claude Ponti, mais je ne connaissais pas celui-là
    Nous, on a aussi Lili fait des cauchemars dans la série Max et Lili
    Et l’histoire du monstre qu’il faut consoler me dit quelque chose…

    • Toute cette série Tromboline et Foulbazar est géniale. J’avoue que j’ai un faible pour « le bébé bonbon ».
      Pour les Max et Lili, j’avoue que personnellement je déteste, sans que ce soit vraiment justifié d’ailleurs, sauf pour certains titres. Mais je sais que les enfants adorent, et je trouve que ça complète bien l’article parce que j’ai donné des titres où le sujet est abordé de façon métaphorique, alors que Lili fait des cauchemars permet d’aborder la question de façon beaucoup plus directe et concrète.

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