L’estime de soi, un passeport pour la vie – critique de livre

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« L’estime de soi, un passeport pour la vie » est la troisième édition, datée de 2011,  d’un livre qui a été vendu à plus de 65000 exemplaires.

Remercions au passage les Editions du CHU Sainte Justine de Montréal qui ont adressé cet exemplaire gracieusement à l’association des Vendredis Intellos.

L’auteur, Germain Duclos est « psychoéducateur », et « orthopédagogue ». Il  a  une expérience professionnelle d’une trentaine d’années et est l’auteur de plusieurs ouvrages.

« Psychopédagogue » est  apparemment une profession spécifique au Québec qui consiste à accompagner des personnes qui ont des difficultés d’adaptation se manifestant dans leur comportement. Notamment, les premiers psychoéducateurs ont développé des techniques pour intervenir auprès d’enfants éprouvant des troubles affectifs graves, d’adolescents délinquants incarcérés jusque dans les prisons pour adultes, ou d’enfants abandonnés en institutions. (voir wikipedia, et l’ordre des psychoeducateurs)

« L’orthopédagogie » consiste à évaluer, prévenir et corriger les troubles d’apprentissage chez les enfants et adolescents. C’est aussi une discipline enseignée à l’université du Québec à Montréal, qui semble balbutiante en France. (Il existe un syndicat français des orthopédagogue et j’ai aussi trouvé ce blog « le blog de l’orthopédagogie« ).

Dans un style facilement accessible, riche en références d’horizons divers, ce livre constitue un bon livre de référence sur les différentes facettes de l’estime de soi et la façon dont elle se construit.

Si le livre s’adresse avant tout aux parents (il est édité dans la collection pour les parents du CHU Sainte Justine), on peut aussi le lire en se remémorant l’enfant que l’on a été.

7 chapitres sont abordés , un chapitre de de définition, et six autres constituant chacun une part de l’élaboration de l’estime de soi :

1 Définition et caractérisation de l’estime de soi

2 Favoriser un sentiment de sécurité et de confiance

3 Favoriser la connaissance de soi

4 Favoriser un sentiment d’appartenance

5 Favoriser un sentiment de compétence

6 Le sentiment de compétence parentale

7 L’estime de soi chez l’enseignant

J’ai apprécié cette construction claire, qui permet éventuellement de lire chapitre par chapitre , même s’il y a un ordre chronologique logique en lien avec le développement de l’enfant.

A la fin de chaque chapitre, on trouvera aussi un récapitulatif des comportements de l’enfant qui témoignent du sentiment abordé , ainsi que les attitudes du parent favorisant ce sentiment.

Voici la définition de l’estime de soi que l’auteur considère comme une référence (issue d’un livre de Josiane  de Saint Paul)

«  L’estime de soi est l’évaluation positive de soi-même, fondée sur la conscience de sa propre valeur et de son importance inaliénable en tant qu’être humain. Une personne qui s’estime se traite avec bienveillance et se sent digne d’être aimée et d’être heureuse. L’estime de soi est également fondée sur le sentiment de sécurité que donne son libre arbitre, ses capacités et ses facultés d’apprentissage pour faire face de façon responsable et efficace, aux évènements et aux défis de la vie »

L’auteur ajoute qu’il est important de préciser ce que signifie « avoir conscience de sa valeur personnelle », ce n’est pas tant sa valeur en elle-même qui importe, mais la conscience qu’on en a.

J’ai aussi été intéressée par une expérience menée en Californie, où il a été constaté dans les années 80, que les problèmes de délinquance, de drogue et de violence, d’abandon scolaire et de chômage coûtaient très cher à l’état, et que des programmes de promotion de l’estime de soi ont été décrétés notamment dans les établissements scolaires :

« A la suite de recherche des experts ont conclu qu’il était plus rentable de miser sur la prévention par la promotion du bien-être de l’individu et par des programmes de développement de l’estime de soi, et de favoriser ainsi la santé de la société, plutôt que de réagir de façon souvent inefficace aux risques psychosociaux.

(..)

depuis  cette époque, de nombreux programmes de promotion de l’estime de soi ont été appliqués, surtout dans les écoles, et évalués systématiquement par des organismes neutre et indépendants. Les effets ont été très positifs, surtout pour ce qui concerne la réussite éducative, à tel point que de nombreuses industries se sont inspirées de ces programmes pour rehausser l’estime de soi chez leurs employés, non par humanisme, mais par souci de rentabilité »

J’ai trouvé un article du New York Times d’octobre 1986 qui en parle, ainsi que cet article sur le site californien Education.com, qui se veut une aide aux parents pour que leurs enfants développent toutes leurs potentialités depuis le jardin d’enfants jusqu’au collège. Mais les tentatives d’évaluation décrites dans ce dernier article me paraissent trop en lien avec la performance – vision très américaine de l’estime de soi, qui se focalise sur la capacité à surmonter les défis,  dont parle d’ailleurs aussi Germain Clos dans les différentes définitions qui sont données de l’estime de soi.

Il faut bien distinguer la valeur inaliénable intrinsèque à tout être humain unique, de la capacité à surmonter les défis de l’existence.

Ce sont deux composantes de l’estime de soi interdépendantes : on surmonte mieux les difficultés de la vie quand on se sent intrinsèquement « valable », et les défis que l’on surmonte nous renforcent dans le sentiment de notre propre valeur.

C’est ce qui fait aussi que l’estime de soi fluctue au cours le la vie, et qu’elle n’est pas homogène dans tous les domaines de notre existence.

« Quelle est la source première de l’estime de soi ? De nombreuses études et recherches affirment que l’estime de soi prend sa source dans une relation d’attachement. En effet tout individu qui s’est senti aimé ou que se sent encore aimé – même si ce n’est que par une seule personne – peut se dire qu’il est aimable et qu’il possède une propre valeur. »

L’attachement est un sujet qu’on a déjà beaucoup traité ici .( L’exposé sur la théorie de l’attachement qui me paraît le plus clair est celui de Nicole Guédeney qu’on peut visionner ici et Podcaster .)

En très résumé, j’ai surtout retenu qu’il est important (et je ne suis sans doute pas exhaustive!) :

– en tout premier lieu d’accepter l’enfant tel qu’il est réellement , nous ouvrir à la différence

–  d’entretenir des routines quotidiennes , tels que des rituels autour des repas et des coucher, et cela dès le plus jeune âge , afin de favoriser la sécurité et la confiance, et aussi petit à petit de faire percevoir à l’enfant la notion du temps, ce qui lui permet de se repérer, puis d’acquérir une conscience de soi

– de doser des délais entre les désirs de l’enfant et leur satisfaction

– d’établir des règles de vie simples et claires, et des sanctions plutôt sous forme de réparation. Ne pas se limiter à édicter des interdits, nommer en positif ce qui est attendu (ce qui n’est pas forcément si naturel)

– de savoir que la notion d’estime de soi n’est pas accessible à un enfant de moins de 7 ou 8 ans, car son développement cognitif ne lui permet pas encore d’avoir la conscience de soi

– d’avoir des comportements prévisibles et stables : ce qui suppose que nous prenions soin de nous

– d’avoir confiance en nos capacités de parents

Un point m’a aussi personnellement beaucoup parlé dans le chapitre dédié au sentiment de compétence parentale, quant à la difficulté d’accompagner un enfant sur le long terme , tant j’ai parfois l’impression que nous répétons inlassablement les mêmes choses, et que les enfants se l’approprient vraiment petit à petit :

«  A la base de l’éducation, il y a la constance et la  souplesse. Il faut les deux. Beaucoup de parents me disent « J’ai essayé cela et ça n’a pas fonctionné ». Mais ils ont essayé durant trois jours. Avec les enfants, la constance est très importante. Il faut toujours insister, et surtout répéter. Je ne connais pas d’enfants qui obéissent au doigt et à l’œil. L’éducation impose beaucoup de patience de la part des parents. »

Je ne sais pas trop si le dernier chapitre sur l’estime de soi des enseignants est tout à fait adapté au système éducatif français, tant le système éducatif Nord -Américain est différent du nôtre.

Je pense que le sentiment d’impuissance des enseignants français qui n’ont plus de formation pédagogique et auxquels on impose des programmes inadaptés à la maturité des enfants doit être très profond.

Or les enfants passent la plus grande partie de leur temps à l’école, ce qui s’y passe n’est donc pas anodin.

Et c’est peut-être la principale faille du livre , il manque un chapitre sur « l’affirmation de soi » ou équivalent.

Je crois en effet qu’on ne peut pas s’entendre avec tout le monde, et qu’il est aussi très important d’apprendre à choisir ses compagnons de route, c’est une forme de respect que l’on doit à soi-même. Face à un enseignant ou des camarades de classe, il faut parfois dire à l’enfant « dans la vie on ne rencontre pas que des gens parfaits, vois ce que tu peux faire pour que cela se passe au mieux ».

C’est un peu ce que j’exprimais dans un article intitulé  Parler vrai avec un enfant différent après avoir lu un texte de Françoise Dolto qui m’avait un peu ébranlée.

Savoir qu’on ne peut être ami avec tout le monde me paraît aussi important dans  un contexte où bien de enfants ont un compte Facebook dès le primaire, et certains ont à 11 ou 12 ans entre 200 et 300 amis !

Phypa

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11 réflexions sur “L’estime de soi, un passeport pour la vie – critique de livre

  1. super intéressant et pratique avec ces points à suivre :-) pour ma part, j’ai pris confiance en moi réellement à 28,29 ans, ça a coïncidé avec le moment où je suis devenue maman (ou juste un peu avant), ça fait tard!!

    • Et bien moi, vu la définition de l’estime de soi qui est donnée plus haut dans l’article, ça me paraît un sacré challenge et je me demande bien où j’en suis avec moi-même !!!
      Heureusement que Phypa précise que tout cela fluctue au cours de l’existence (ce qui est certain).

  2. Merci pour cette riche présentation Phypa ! Ca donne envie et je pense que j’emprunterai le livre à la bibli volante dès que j’aurai 5 min pour le lire. Je viens d’aller ressortir le livre « L’estime de soi » qui est dans ma bibliothèque depuis plusieurs années (tiens, y’a écrit 2003 sur l’étiquette du prix!!), un ouvrage français de Christophe André et François Lelord… dont je ne suis jamais allée jusqu’au bout. Mais c’est dire que cette notion m’a déjà travaillée, à l’époque où je manquais très cruellement de « confiance » en moi (l’une des composantes de l’estime de soi disent les auteurs). Et je trouve l’initiative de travailler en amont sur l’estime de soi de tous les individus TRES intelligente, pour prévenir leurs défaillances futures.

    • Quand Mr Phypa et moi nous sommes rencontrés, nous avions chacun un exemplaire de ce livre de Christophe André et François Lelord Edition février 2000 ;-)

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  4. Vaste sujet, merci de l’avoir abordé :)

    C’est si important, pour tous mais surtout pour l’enfant qui se construit. Et dans nos écoles françaises, il y a si peu de « profs » qui ont l’empathie nécessaire à comprendre ce besoin des élèves et cultiver leur confiance en eux, leur estime. Au contraire, combien prennent presque plaisir à trouver la faille des élèves et leur mettre le nez dedans ? Combien de fois ais-je entendu des enseignants dire « On ne peut rien en tirer. » , « T’es bête ou quoi ? », « Si tu continues comme ca tu ne feras rien de ta vie. » ou « Fais un effort, c’est pas compliqué pourtant. »
    Rabaisser l’élève, le mettre en situation d’échec et responsable de son échec, c’est tellement destructeur.
    Heureusement, certains enseignants au contraire ont à coeur d’accompagner leurs élèves, leur montrer que oui on peut se tromper, que c’est ainsi qu’on apprend, que tout le monde a droit à l’erreur et que la réussite est au bout, qu’ils en sont capables.

    En tant que parent, ca n’est pas aisé non plus, surtout lorsqu’on a été soi-même élevé a coups de pied dans le derrière à la place d’encouragements. Le chemin est long mais il faut le faire, petit à petit, se dire que ca n’est jamais trop tard pour bien faire :)

    Bref y’a du boulot de ce côté dans la société en général ! :)

  5. Anectdote un poil hors sujet mais pour illustrer l’utilisation de l’estime de soi dans le manegement pour « booster » la performance:

    Quand j’étais étudiante, j’ai travaillésuccessivement pour Disney, et pour Swatch (Management à l’américaine, puis à l’Européenne, peut-être?)

    En tout cas chez Swatch, on se réunissait le matin et on stygmatisait celui qui avait été le moins performant la veille: Celui-là était « puni » et devait travailler dans le rayon le plus casse-pied.

    Chez Disney, tous les matins on venait nous voir pour nous dire à quel point on était géniaux, comment on faisait du BON boulot, comment notre équipe fonctionnait super bien, et comment aujourd’hui encore on allait exploser tous les records de vente!

    Je te laisse deviner où j’ai préféré travailler et où j’ai le plus appris / vendu!

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