La grossesse n’est pas une maladie…

… Alors pourquoi passe-t-on tellement de temps chez le médecin ??!

GrossesseMaladie

Voilà un titre qui m’a attirée, car c’est quelque chose qui m’agace avec la grossesse : la médicalisation. Tous les mois une prise de sang, tous les mois une analyse d’urine, tous les mois un rendez-vous de suivi, auxquels on ajoute la prise de médicaments, les échographies, le rendez-vous chez l’anesthésiste… Plus on avance, plus on en a, tout en ayant le conseil de bien se reposer, et de ne pas s’inquiéter, car tu sais bien « bébé ressent ton stress c’est pas bon pour lui !! » grrrrr…

Alors quand j’ai lu le quatrième de couverture :

Non, la grossesse n’est pas une maladie ! Et pourtant à fréquenter les maternités aujourd’hui, on se prendrait à douter, tant tout est de plus en plus médicalisé, technicisé : prises de sang, prélèvements, examens, échographies, monitoring, amniocentèse. Vouloir réduire les risques de mortalité périnatale représente un progrès certain, encore faut-il ne pas y sacrifier l’humain, et surtout se donner les moyens de tenir les engagements pris. De sa place privilégiée de pédopsychiatre, Patrick Ben Soussan part de ce constat pour répondre dans ce livre aux inquiétudes et aux interrogations des nouveaux parents. Il entend leurs questions pressantes, perçoit leurs angoisses que quelques mots et un peu d’attention suffisent à balayer. Avec vigueur et conviction, il leur explique comment déjouer les pièges de l’hypermédicalisation, et s’efforce de définir ce que pourrait être une médecine néonatale à visage humain.

C’était fort prometteur, et il me semblait avoir vu et apprécier l’auteur plusieurs fois dans l’émission Les Maternelles.

Eh bien je suis contente qu’il ne m’en ait coûté que 5.16 euros (c’est précis, c’est ça d’utiliser les factures comme marque-page !), parce que je n’ai rien trouvé en fait de réponses à ces questions pressantes, ces angoisses, ces méthodes pour déjouer les pièges de l’hypermédicalisation. Peut-être parce que j’ai abandonné après la 134ème page en me disant : soit je suis stupide et je ne voit pas où il veut en venir, soit ce livre est totalement creux. L’auteur joue avec les mots, fait de belles phrases, tourne autour des idées, les enrubanne si bien que je ne les ai pas saisies, si elles y étaient.

Et comme je l’ai lu à un moment de crise de confiance et d’inquiétude particulière autour de l’arrivée de mon deuxième enfant, autant dire que le livre ne m’a pas aidée. J’y ai trouvé un constat, des histoires, des témoignages, qui ont bien réveillé toutes mes angoisses, sans y apporter la moindre réponse. J’en attendais en fait plus de pratique.

Oui, la grossesse est un long cheminement interne.

Oui, la grossesse remue beaucoup de choses.

Oui, plutôt que d’accompagner le corps de manière purement technique, il serait bon que le corps médical s’occupe un peu de ce qui se passe dans la tête des futurs parents. (Cela dit, si c’est pour nous ajouter un RDV de suivi psy mensuel en plus de tout le reste, non merci hein !!)

Il faudrait que je puisse vous livrer un chapitre en entier pour pouvoir bien exprimer mon ressenti face à cette lecture, et pour donner un réel aperçu de la façon dont l’auteur traite son sujet, mais mes doigts ne sont pas de cet avis :)

Rassurez-vous, toutes les mères, et les pères autant, pensent un jour mettre leur bébé par la fenêtre, avec ou sans l’eau du bain. Pensent mais ne le font pas car c’est bien de la nature humaine de penser, de s’imaginer. Et d’en rester là. La pathologie déborde, elle, s’échappe de ces lois humaines. Je maudis parfois certains de mes congénères, je suis pris de haine à leur égard, je sens que je pourrais les étriper et pourtant, je ne l’ai encore jamais fait. Plus encore, j’ai sûrement dit à certains que j’allais les étriper, ce que je n’ai jamais réalisé. Tant mieux pour eux, assurément ! Et pour moi. Pour dire que, souvent, le bébé éveille en nous des affects très forts, sollicite nos élans, voire réveille notre violence.

Oui je l’ai constaté plus d’une fois, l’enfant peut réveiller des sentiments extrêmement puissants, et pas toujours des plus agréables. Mais où sont les pistes pour les gérer ? Si j’attendais là mon premier enfant, je me demande à quel point ce genre d’extrait serait inquiétant, angoissant, sans me donner aucune arme pour m’y préparer.

A la naissance d’un enfant, c’est d’abord aux parents de se séparer de l’enfant que jusque-là ils étaient, fils ou fille de leurs propres parents, pour endosser les nouveaux atours de père ou de la mère de ce fils ou de cette fille qui vient de leur naître. Retournement de situation, renversement des alliances et des rôles, celui qui était fils devient père et celle qui était fille devient mère. Ce changement, cette mutation, cette véritable catastrophe au sens mathématique du terme – transformation radicale d’un système -, commence seulement aujourd’hui à être pensé et élaboré dans cette approche d’une véritable crise identitaire et narcissique du couple et de chacun de ses partenaires. Ce qui semblait couler de source il y a encore juste quelques années apparaît aujourd’hui comme un véritable travail psychique maturant et structurant. La parentalité a enfin droit de cité. Se séparer de ses propres parents quand on devient parent à son tour, n’est-ce pas là tout un processus de mentalisation et d’individuation qui de nouveau est réalimenté, réactivé et dynamisé ?

Bon bin je dois avoir tout fait de travers, car je ne me suis jamais sentie si proche de mes parents que depuis que je suis mère. Bien loin de nous séparer, ce changement de nos vies m’a fait voir tellement plus clairement le rôle qu’ils ont tenu pour moi, et tiennent encore depuis ma naissance. J’apprécie fort peu ces tournures de phrases bien compliquées que j’ai tendance tantôt à me dire qu’elles masquent un manque de contenu par une forme cachant le vide, tantôt à me dire que je suis vraiment trop bête pour saisir le sens profond de l’idée.

Alors je ne sais pas si je suis passée à côté du livre, si c’est lui qui me passe loin au-dessus, ou s’il ne contenait vraiment rien qui puisse m’aider, mais en tout cas, mon cheminement  pour préparer cette nouvelle naissance s’est passé de lui et nourri de beaucoup d’autres choses, pour finalement me rendre assez de sérénité pour retrouver le sommeil (enfin, un sommeil de femme enceinte, ‘faut pas trop en demander non plus ;) ).

Vaallos.

(Extraits de La grossesse n’est pas une maladie, par Patrick Ben Soussan)

 

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11 réflexions sur “La grossesse n’est pas une maladie…

  1. Pingback: Etre au foyer « Vaallos bavarde

  2. Je trouve aussi l’extrait sur la genèse du parent un peu fumeuse.

    Et je ne partage pas du tout l’idée qu’il faut oublier l’enfant qu’on était pour devenir parent ! Bien au contraire. C’est en gardant en nous une part d’enfance qu’on entretient une communication et qu’on transmet – ou pas – ce que nous avons appris.

    Mais déjà sur l’idée de qu’est-ce qui fait de chacun une personne adulte, il y aurait de nombreuses lignes à écrire , alors le résumer à la confusion avec la parentalité …

  3. Merci pour ton billet ! Effectivement le titre était prometteur mais la suite n’a pas l’air d’aller dans ce sens finalement. Le problème de ce genre de livres, c’est que c’est trop généraliste… Du coup, par exemple, tu as l’impression d’avoir tout fait de travers pour la relation à tes parents alors qu’il prend simplement l’exemple de la majorité (ou du schéma classique disons) : tu es proche de tes parents, tu deviens parent à ton tour et tu dois te détacher pour construire ta propre famille. Rien de bien nouveau sous le soleil, si on n’a pas coupé le cordon, c’est dur de construire quelque chose à soi. Cela dit, je ne crois pas qu’il veuille dire « oublier l’enfant qu’on était ». C’est juste une évidence qu’il faut grandir, avancer, c’est tout. C’est de l’ordre du psychologique, je pense. Tu peux donc être très proche de tes parents et être indépendant d’eux. Je ne sais pas si je suis très claire. Pour moi, il ne parle pas de faire table rase du passé, juste d’avoir assez d’indépendance pour créer sa propre voie. C’est assez évident finalement.

    Tu me donnes presque envie de le lire pour comparer nos ressentis !

    Peut-être que les extraits sur l’hypermédicalisation ou sur « une médecine néonatale à visage humain » comme il est dit sur la couverture sont plus intéressants ?

    N’hésite pas à nous parler aussi des livres qui t’ont permis de retrouver le sommeil ;-)

    • Si tu veux je te l’envoie, je doute d’en retenter la lecture un jour ;)
      Mais c’est vrai qu’en n’ayant pas terminé le livre, il est toujours délicat de dire que ça ne répond pas à ses attentes… Je n’ai pas eu le courage de pousser plus loin.
      Par contre oui, je prévois une publication sur un livre qui m’a beaucoup aidée au contraire ^^

  4. Comment déjouer les pièges de la surmédicalisation de la grossesse ? En la refusant, tout simplement ! A mon sens, cela peut être fait très facilement en suivant simplement 3 principes :
    – S’éduquer de façon indépendante sur la physiologie de la grossesse afin d’être en mesure d’effectuer ses propres choix informés sur tout ce qui concerne le déroulement de la grossesse, l’accouchement, et les soins au nouveau-né.
    – Prendre en mains sa santé afin de minimiser les risques de complication. Nutrition, activité physique, réduction des sources de stress étant les 3 clés d’une grossesse sans soucis.
    – Se faire confiance : confiance en notre corps, en notre ressenti, notre instinct… et penser positivement d’une façon générale.
    Pendant ma première grossesse, je n’ai pris aucun médicament, je n’ai vu un médecin qu’une seule fois, ai eu 2 échographies au total, ai été suivie par une sage-femme que j’ai choisie en fonction de critères qui me correspondaient et qui m’a accompagnée lors de mon accouchement à domicile et m’a soutenue dans tous mes choix (notamment, refus de certaines analyses, examens, et manipulations qui me semblaient inutiles, pour moi puis pour mon nouveau-né). L’accouchement a été complètement naturel. La première fois que ma fille a vu un médecin, elle avait 18 mois.
    Pour ma deuxième grossesse, je n’ai à ce jour (18sa) eu aucun examen, aucun suivi d’aucune sorte. Et tant que mon corps et mon instinct continueront de me faire savoir que tout va bien, je n’ai pas l’intention d’en faire.
    Je ne recommande pas nécessairement à toutes les femmes de suivre mon exemple, je veux juste témoigner ici de ce que nous avons TOUJOURS le choix, que nous n’avons à obéir à aucune règle, aucune pratique qui nous semble aller à l’encontre de notre ressenti et des nos convictions, surtout lorsque notre propre santé et celle de notre enfant est en jeu.
    Se débarrasser, en toute conscience, de toutes les peurs parasites et irrationnelles entourant la grossesse et l’accouchement est à mon sens la clé d’une grossesse sereine…

    • Le soucis c’est que pour faire il faut :
      1) ne pas avoir besoin de ses allocs, car si on ne fait pas le suivi mensuel et les examens obligatoires elles peuvent nous être supprimées
      2) avoir une bonne confiance en soi. Le travail de sape du monde médical fonctionne très bien sur moi, lorsqu’on m’explique pourquoi il faut contrôler ceci ou cela, j’ai peur de ne pas le faire, j’ai peur des conséquences.

  5. Personnellement, rien que le titre m’agace un peu: voilà une phrase que je n’ai jamais entendre, parce que je la trouve culpabilisante plutôt qu’apaisante. Pour moi elle ne veut pas dire : « ne t’inquiète pas, tu sauras, tu n’as en réalité pas besoin de tous ces médecins », mais plutôt, « arrête ton cirque et débrouille tout pour tout gérer! »… Mais bon c’est mon ressenti personnel, parce que les deux circonstances dans lesquelles on me l’a servie étaient au boulot (j’ai travaillé jusqu’à la veille de mon accouchement), et pendant mon accouchement (les douleurs étaient pour moi insupportables mais la péridurale m’a été refusée).

    • C’est vrai que ce titre est un peu moralisateur. Et puis ce n’est pas bien clair : à qui fait-on la morale ? Aux médecins ? Aux femmes ? A tout le monde ?… Je vois bien comment des femmes ayant eu des grossesses difficiles ou stressantes peuvent se sentir jugées et dévalorisées par un tel titre. Alors que le but affiché est de les soutenir. Et que si j’ai bien compris le témoignage de Vaallos, le bouquin ne présente aucune alternative concrète. Mais bon les titres accrocheurs de ce genre vendent mieux, je pense qu’en l’occurence il ne faut pas aller chercher plus loin l’interprétation du titre…

    • Ah oui c’est vrai que cette phrase sert beaucoup les patrons (et pourquoi j’aménagerai ton temps de travail ? T’es pas malade !) ou encore les gens qui n’ont pas envie de céder leur place dans le métro ou une file d’attente…
      Je pense que le point de l’auteur était de dire : ce n’est pas une maladie, il n’y a pas besoin de tous ces tests et de tous ces traitements, par contre c’est une période importante et potentiellement déstabilisante, un autre type de suivi est à envisager

  6. Pingback: Allô docteur? {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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