Quand les proches critiquent nos choix de parents…

Conseils, critiques, mises en garde… qui n’a jamais été confronté à l’interférence de l’entourage face à ses choix parentaux ? Le bébé n’est pas encore né que déjà, chacun y va de son avis sur tout ce qui concerne de près ou de loin l’éducation du futur chérubin.

Face à ces intrusions généralement non sollicitées et parfois intempestives, il n’est pas toujours facile de savoir comment réagir, et encore moins comment se positionner. Certains optent pour la passivité, font la sourde oreille et attendent que l’orage passe, quand d’autres réagissent par la défensive avec une bonne dose d’agressivité. D’autres vont et viennent entre ces deux attitudes, avec toutes les nuances possibles, en fonction de leur humeur et de la sensibilité du sujet abordé.

Mais y a-t’il une « bonne » façon de réagir, une « bonne » méthode pour aborder ces situations ?

Dans un article [1] du journal The Attached Family du 2 octobre 2012, Naomi Aldort, auteur de Raising our children, raising ourselves, répond à la question d’une lectrice qui se demande comment réagir face aux critiques de ses proches qui n’adhèrent pas à l’attachment parenting. Elle se demande comment défendre au mieux ses positions tout en protégeant ses enfants des interventions de ses proches sur ses choix de maternage.

Voici l’avis de N. Aldort :
– si les critiques des proches nous posent problème, c’est parce que nous recherchons leur approbation, consciemment ou inconsciemment ;
– or nous n’avons pas besoin de cette approbation dont la recherche nous met dans une situation d’enfant face à eux.

Son conseil :
– écouter l’avis de nos proches avec empathie, en reformulant et validant leurs sentiments, sans tenter de défendre ni de justifier nos choix, mais sans modifier nos positions pour autant ;
– réagir avec agressivité ou vouloir convaincre à tout prix reviendrait finalement à reconnaître à nos proches qu’ils ont leur mot à dire sur nos choix éducatifs, que leurs opinions nous importent, et donc au final à leur céder du pouvoir sur des choix qui ne leur appartiennent aucunement.

Elle dit :

« Vos amis et votre famille peuvent avoir leurs propres opinions pendant que vous restez le parent que vous voulez être. Vous n’avez pas besoin de leur accord ni même qu’ils comprennent vos méthodes. Votre style de parentage n’a pas à faire l’objet d’un vote. »

Elle explique ensuite comment communiquer avec eux de façon empatique tout en les remettant gentiment à leur place. Il s’agit de montrer que l’on apprécie qu’ils se fassent du soucis pour nos enfants, tout en restant fermes dans nos positions et ne cédant aucun terrain.

Pour illustrer sa méthode, Naomi Aldort retranscrit à titre d’exemple une conversation téléphonique qu’une de ses auditrices a eu avec sa belle-mère, mettant en pratique ses conseils.

Voici la traduction de cette conversation :

La belle-mère : Danny devrait dormir dans son propre lit et dans sa propre chambre. Comment pourra-t’il jamais devenir indépendant ?

Teresa : Tu t’inquiètes de ce que Danny ne saura jamais dormir seul ni rien faire par lui-même ?

La belle-mère : Il est déjà incapable de dormir seul ! Qu’est-ce que tu attends ?

Teresa : Je comprends tes inquiétudes et j’apprécie que tu te préoccupes de Danny…

La belle-mère (coupant la parole) : Bien ! Alors achète-lui un lit et laisse-le être un enfant normal !

Teresa : Donc tu as peur que s’il ne dort pas seul à 4 ans, il va développer un problème de dépendance. Je peux comprendre cela.

La belle-mère : C’est évident qu’il aura des problèmes !!!

Teresa : Il est possible que tu aies raison, nous verrons bien. Merci pour ce partage. Tes opinions ont de la valeur pour moi.

(Remarquez que jusqu’ici, pas un mot de Teresa sur le cododo, elle ne cherche pas à se défendre, juste à établir une connection.)

La belle-mère (en colère) : Oh mon Dieu, tu fais tes expériences sur Danny ! Comment oses-tu ?

Teresa : Oh ma chère, tu vois mon mode d’éducation comme une expérimentation néfaste ? Cela doit te chagriner.

La belle-mère : Mais c’est le cas ! Tu viens de dire que nous verrons bien comment les choses évolueront.

Teresa : Oui c’est vrai. Je ne peux pas savoir avec certitude. J’aimerais bien savoir. C’est vraiment difficile à prédire à l’avance.

La belle-mère (sur un ton plus calme) : Hum… J’imagine que je ne sais pas non plus, en fait. Mais moi j’ai fait les choses normalement, j’ai reproduit la façon dont j’avais été élevée.

Teresa : Oui, cela rendrait les choses plus faciles. Choisir des chemins différents n’est pas toujours évident. J’essaye d’apprendre et d’appliquer ce qui me semble être le mieux, tout comme toi.

La belle-mère : J’aimerais que tu le laisses dormir seul, comme ça il pourrait venir dormir à la maison.

Teresa : Oui, je sais. J’aime que tu sois si proche de Danny.

La conversation a continué et Teresa n’a à aucun moment argumenté à propos du cosleeping. A la fin, elle a dit : « Je sais que tu veux le meilleur pour Danny et que mes méthodes ne sont pas facile à accepter pour toi. Est-ce que tu voudrais lire les choses qui m’ont aidée à avoir un avis positif sur le cosleeping ? »

Il est possible que sa belle-mère ne veuille rien lire, mais la porte reste ouverte et Teresa a établi clairement qui est en charge de l’éducation de Danny. Elle a également montré clairement à sa belle-mère qu’elle est appréciée et a renforcé leur relation.

————
J’aimerais bien savoir ce que vous pensez de cette façon de gérer les conflits portant sur l’éducation des enfants avec les proches… Et aussi comment VOUS faites ?

Pour ma part, j’ai tout d’abord été séduite par les arguments de Naomi Aldort. Puis j’ai été déconcertée par la lecture de cet exemple de conversation téléphonique, censée illustrer sa méthode.

Enfants de l’avenir

[1] When relatives critisize : http://theattachedfamily.com/?p=3307

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31 réflexions sur “Quand les proches critiquent nos choix de parents…

  1. Bonsoir!
    Merci pour cet article intéressant et le commentaire de la conversation téléphonique.
    Ce sujet me touche particulièrement parce que nous subissons de façon quasi quotidienne des remarques négatives sur le fait que notre famille (et par conséquent notre fille de 2 ans et demi) est végétarienne. ces remarques viennent aussi bien de personnes proches que de personnes rencontrées depuis peu. Mais les critiques les plus virulentes viennent probablement de mes propres parents. Cela a aboutit à une dispute très violente avec mon père qui remettait en cause mes capacités à être mère…Ces critiques incessantes ont brisé quelque chose dans la relation avec mes parents.
    J’ai essayé toutes les attitudes, dont l’écoute active pratiquée ici. je suis d’accord avec les critiques émises dans cet article. Avec mes parents ça n’a absolument pas marché. Je trouve le dialogue parfaitement artificiel. et je ne suis pas sûre que son issue apporte la fin du problème entre la maman et la belle-mère.
    Après tous mes essais de dialogue infructueux, après m’être beaucoup remise en question, après en avoir énormément souffert aussi, j’ai décidé de ne plus aborder du tout le sujet. Dès que la question du végétarisme m’est posée pour la centième fois par la même personne à qui j’ai déjà exposé mes arguments à chaque fois, je dis clairement qu’il n’y a plus matière à discussion, que le sujet a été épuisé. ça me rend triste… Mais que faire d’autre? c’est vraiment un sujet qui me touche beaucoup…

    • Ouh la ! Je comprends parfaitement ton ressenti, étant également végétarienne. C’est un sujet particulièrement délicat parce que c’est bien plus qu’un choix éducatif… c’est un choix de vie, un choix éthique qui interpelle et dérange souvent pour des raisons évidentes.
      « Tu devrais laisser le choix à ton enfant au moins, tu devrais avoir honte de lui imposer TES idées », quel parent végétarien n’a jamais entendu cela ?
      Quelle mauvaise foi ! Car c’est oublier que tous les jours, tous les parents sans exception font des choix de vie pour leurs enfants, des choix qu’ils leur « imposent », comme par exemple le fait d’aller à la crèche à 3 mois ou à l’école à 3 ans. Personne ne semble voir en cela une pratique abusive. C’est uniquement lorsque les choix en question vont à contre-courant de la norme en vigueur que la majorité bien pensante s’offusque de ce qui est alors interprêté comme de l’abus de pouvoir parental !
      Personnellement, j’ai le souvenir d’avoir été forcée à manger de la viande en tant qu’enfant. Chantage, manipulation et parfois même la force furent employés à mon encontre pour m’obliger à ingurgiter cette viande dont, dès le plus jeune âge, je ne voulais pas. On ne m’a donc pas laissé le choix !
      Je crois que sur le sujet du végétarisme, il est difficile de se défendre parce que le mythe de la prétendue « nécessité de la viande pour la croissance » est coriace, dans la mesure où il est encore relayé par le corps médical conventionnel. Pourtant, cela commence à évoluer et de plus en plus de médecins commencent à s’éduquer sur ce sujet de façon indépendante (il faut savoir que la nutrition ne fait pas partie de la formation des médecins, aussi incroyable que cela puisse paraître, et que l’essentiel des « connaissances » qu’ils détiennent à ce sujet provient des plaquettes « d’information » divulguées par les lobbies de l’agroalimentaire, celles qu’ils refourguent à leurs patients dans leurs salles d’attente !)…
      Pour info, si cela peut aider, voici le lien vers le site d’une association de professionnels de santé qui se positionne clairement en faveur du végétarisme et expose ses avantages pour la santé : http://www.alimentation-responsable.com/
      En conclusion je dirais qu’avec le temps, cela finit toujours par se tasser. L’entourage finit par renoncer au harcèlement. Dans mon cas, j’ai eu l’avantage d’être végétarienne bien avant d’avoir des enfants. Lorsque je suis devenue maman, après 15 ans de végétarisme, tout le monde connaissait depuis longtemps mes arguments, ma détermination, et l’inutilité de leurs attaques (qui d’ailleurs se retournaient si souvent contre eux qu’elles cessèrent assez rapidement).
      Je n’ai pas de solution miracle à apporter. Je connais beaucoup de personnes qui comme toi connaissent des situations très difficiles avec leurs familles. Mais je dirais que lorsque les deux parents sont d’accord sur le sujet, c’est déjà énorme. Et c’est loin d’être toujours le cas…

      • merci pour ton message! et pour le site aussi.
        je suis végétarienne depuis 5 ans, mais ça faisait une dizaine d’années que je me « forçais » à manger viande et poisson de temps en temps, « parce qu’il le fallait bien ».
        Tant que cela ne concernait que moi, ma famille pensait que c’était une lubie passagère. mais depuis que ma fille est là, c’est le branlebas de combat. Et pourtant tout le monde s’accorde pour dire qu’elle respire la santé: elle est aussi grande que des enfants qui ont un an de plus qu’elle, parle très bien, s’intéresse à tout. Je n’ai pas l’impression de lui imposer autre chose qu’une « culture » dont elle fera ce qu’elle voudra. Pour l’instant, elle ne veut pas de viande non plus, même si elle est chez une nounou qui en cuisine.
        Je pense que mes parents le prennent mal parce qu’ils se sentent en effet remis en question, étant complètement carnivores. Comme si, en faisant différemment, je les accusais d’avoir mal agi avec moi. Or, je ne leur ai jamais rien reproché, du moins, à ce sujet.
        On en est arrivé à couper les ponts quelques mois. Des relations plus ou moins pacifiques semblent reprendre mais, après les mots qui m’ont été dits, je pense que plus rien ne sera comme avant.
        Enfin… ce n’était pas vraiment le sujet principal de ce billet. mais il m’a vraiment beaucoup parlé.

  2. Merci beaucoup pour ton billet. Tu es la plus courageuse d’entre nous en cette période festive !

    L’écoute active est une méthode tout à fait intéressante et je sais qu’elle peut faire des miracles, mais je suis d’accord avec toi, parfois, cela peut donner l’effet inverse. On écoute mais on ne prend pas en compte. Il y a sûrement un juste milieu à trouver. Je pense aussi que ça ne marche pas avec tout le monde, ni tout le temps mais l’idée de laisser l’autre s’exprimer sans juger, sans trop intervenir et en faisant écho à ses questions ou sa peine (suivant les circonstances) est vraiment bienvenue.

    Je crois comme toi qu’on avance aussi en discutant et en argumentant. Cela ne signifie pas pour autant chercher l’approbation ou vouloir convaincre l’autre à tout prix mais c’est important pour évoluer, pour être en accord avec soi-même. On peut être en désaccord avec quelqu’un tout en acceptant son choix parce que son raisonnement tient la route (même si on n’a pas le même). Ce serait dommage de ne plus discuter sous prétexte que « je fais ce que je veux » ou « ça ne te regarde pas, ce ne sont pas tes enfants » (à décliner à l’infini).

    Je ne sais pas si réagir avec agressivité ou vouloir convaincre à tout prix veut forcément dire qu’on cherche l’approbation. J’y réfléchis… Cela me pose question, en tout cas (peut-être parce que c’est un peu ma façon de faire).

    Encore un grand merci pour ta participation !

    • Merci Clem pour ton analyse qui résume bien ce que je pense aussi. En effet le principe de l’écoute active est intéressant, j’essaye d’ailleurs de le pratiquer avec ma fille… Mais oui il y a un juste milieu à trouver, pour ne pas tomber dans la manipulation ou simplement pour ne pas se mettre à communiquer de façon complètement artificielle et déconnectée de ce qu’on pense vraiment, comme c’est le cas je trouve dans cet exemple (j’avais l’impression de lire les réponses d’un robot, pas d’un être humain !)
      Je pense effectivement qu’il est important d’essayer de convaincre, bien sûr c’est mieux si on arrive à le faire avec calme et diplomatie. L’agressivité est rarement efficace parce que la réponse naturelle à l’agressivité est soit la fuite (évitement), soit la défensive (surenchère de l’agressivité). Lorsque la personne n’est pas réceptive à notre argumentation, cela ne veut pas dire que c’était du temps perdu. On aura toujours semé une petite graine, qui parfois finira par germer avec le temps…
      Bien d’accord aussi avec le fait qu’on peut accepter les positions d’autrui sans pour autant les adopter, d’où l’importace de ne pas se fermer au dialogue…
      Je crois que les conflits concernant l’éducation sont si sensibles parce qu’ils touchent à notre ego, en plus de raviver des émotions en provenance directe de notre propre enfance lorsque le conflit a lieu avec nos parents… d’où la difficulté de communiquer de façon adéquate sur ces questions.

  3. Bonsoir,
    et merci pour ton billet. Avec 6 enfants, je donne souvent matière à commentaires et avis multiples… souvent positifs mais pas que. L’effet tribu d’enfants vu de l’extérieur est-il bon pour l’individu etc..
    J’ai fait un stage d’écoute active (Thomas Grodon) pour la résolution de conflits avec les ados et enfants et j’ai appris énormément.
    Par contre dans une relation d’adulte à adulte, avec des jugements qui sont portés sur moi, j’aimerais bien mais je suis incapable d’ouvrir le dialogue. Je me ferme comme une huitre et souvent, je conclus avec un truc du genre « chacun ses choix ». Et du coup (et c’est ça le plus dur parfois) je m’interdis de juger les choix éducatifs de mes proches

    • Oh ! Je suis contente de te retrouver ici !
      C’est plus difficile pour toi de pratiquer l’écoute active avec un adulte parce qu’il a tendance à juger c’est ça ? C’est intéressant de voir que ce soit plus facile avec des enfants et des ados. On se sent moins menacé dans ses convictions finalement.
      C’est comme ça que tu l’expliques ? Dis-moi si je suis à côté de la plaque.
      Le « chacun ses choix », c’est pratique, c’est sûr (je ne te jette pas la pierre hein, je suis la première à le faire) mais c’est vrai qu’on n’avance pas trop comme ça.

    • Oui, Thomas Gordon, qui est d’ailleurs mon livre de chevet en ce moment !! Apprendre à communiquer de façon non-violente est définitivement une compétence essentielle, que l’humanité gagnerait à pratiquer en masse. A savoir si cela est plus facile à faire avec un enfant qu’avec un adulte… je ne m’étais jamais posé la question mais c’est possible. Je me demande bien pourquoi par contre.

      • Je ne sais pas si c’est plus facile avec des enfants/ados qu’avec des adultes. Je pense que l’enjeu est beaucoup plus important d’oser l’échange avec ses enfants.
        Avec des proches, je ne crois pas que je me sente menacée dans mes convictions, mais je pense qu’en jugeant mes choix ou mes méthodes (en les critiquant), mes proches cherchent à se rassurer sur leurs propres choix. La discussion est donc plutôt biaisée.
        Par exemple, en me critiquant sur le fait d’avoir fait un choix perso d’avoir 6 enfants dans une société en crise où l’avenir est incertain blabla, je pense qu’on se rassure sur le fait qu’en ayant 2 enfants on prend moins de risques.
        Je suis contente d’être passée par ici ce soir, l’avantage d’avoir un peu de dispo pdt les vacances

        • Oui, j’ai moi aussi souvent l’impression que les personnes plus âgées qui critiquent les choix d’attachment parenting (par exemple) le font parce qu’elles sentent que ces pratiques « nouvelles » remettent en cause leur propre parentage, elles se sentent alors jugées sans même qu’on n’ait rien dit, juste par l’observation de ce qu’on fait différemment. Elles nous confrontent alors pour se rassurer elles, comme tu dis. Lorsqu’un conflit démarre avec ce genre de préoccupation en toile de fond, il est difficile d’aboutir à un échange rationnel centré sur la recherche de l’intérêt de l’enfant…

          • J’ai la même impression. Pour l’allaitement aussi, d’ailleurs. Les critiques visent principalement à rassurer ceux qui ont fait des choix différents.

  4. Ah, cet article tombe à point nommé ! Vive Noël :-)

    Je crois que j’ai expérimenté à peu près toutes les réponses possibles…. :-) et que j’ai beaucoup fait du chemin sur cette question.

    et je dois dire que ma conclusion personnelle est que ça n’est pas vraiment une affaire de mots simplement, mais plus une question de posture intérieure. Parce que si on a une posture sure de soi, qu’on a confiance en sa position, déjà :

    * on attire beaucoup beaucoup moins les commentaires (demandez à une maman longue-allaitante comme moi… beaucoup moins de commentaires à 3,5 ans qu’à 6 mois ^^ la différence s’appelle la confiance en soi) ; eh oui les personnes en face de nous sentent très bien notre confiance en nous, et n’oseront souvent pas dire quelquechose à une personne qu’elles sentent solide.

    * on a moins peur du jugement de l’autre donc on peut réellement écouter, pas seulement faire de l’écoute active au sens de dire les bons mots, mais on peut écouter avec le coeur (si on en a envie : pas toujours sûr qu’on en ait envie), et ça l’autre le sent tout à fait ; c’est une question d’être présent à l’autre, réellement, dans l’attitude. C’est ça qui fera que la belle mère se calmera ou bien deviendra agressive. Et si on est réellement à l’écoute on pourra aller au-delà du dialogue ci-dessus et entendre l’autre, ses questionnements. A ce moment là en fait les mots n’ont plus vraiment d’importance. J’aime à me dire que quand je suis envahie par la peur je ne peux pas entrer en relation avec l’autre car mon cerveau n’est plus capable d’empathie, physiologiquement. C’est donc bien cette peur, le problème, et pas ce que dit l’autre. Ceci dit il y a des fois où je n’ai pas envie d’écouter l’autre (si je n’ai pas une relation spécialement intime avec lui) et je ne le fais pas, et ça ne me gêne pas plus que ça.

    * on est beaucoup plus prêt à entendre que l’autre a un avis différent du notre et que cela ne nous remet pas en cause ; Ça devient même enrichissant d’entendre un avis, pour peu qu’il soit inattendu.

    * dans ces conditions on est beaucoup plus capable de donner THE information à fournir à l’autre s’il manque d’information sur le sujet au bon moment, donc à argumenter sans vouloir forcément convaincre, mais juste avec l’envie de partager.

    Après, me direz-vous, comment avoir cette posture saine et confiante…. c’est une autre histoire et ça ne change pas d’un coup de baguette magique. Personnellement ça m’a demandé de la thérapie car mon enfance ne m’avait pas permis d’avoir suffisamment d’estime de moi. Je pense que plein de gens peuvent y arriver tout seul mais c’est quand même souvent un long travail intérieur. Malheureusement l’éducation classique ne nous aide pas vraiment dans ce domaine puisque nous avons été fortement habitués à craindre le jugement du parent, du prof… et du coup toute critique d’une personne plus agée nous remet illico face à ces blessures d’enfant.

    Personnellement je suis d’accord que si les critiques me mettent mal à l’aise, c’est que je dois encore travailler sur mon estime de moi. Dans les domaines ou je me sens suffisamment sure, même les remarques des personnes les plus proches j’arrive à me dire : « ah elle pense ça. Bon, ok. Ca ne parle que d’elle, pas de moi. » Mais c’est loin d’être le cas pour tout, rassurez -vous ;-)
    Mais voilà, j’ai une personne de mon entourage qui me critique très souvent, alors j’ai dû apprendre à vivre avec et dernièrement elle a émis des critiques encore en public, et je me suis surpris à d’abord ne pas spécialement répondre à la critique, puis répondre hyper calmement et posément, sans chercher à convaincre mais juste avec l’envie de partager mon point de vue… le tout sans penser à tout ça, c’est après que j’ai revu la scène et que je me suis dit : waouw mais tu as fait du chemin ! Et c’était un bon moment finalement.

    • C’est vrai que l’attitude compte tout autant que les mots, et même plus encore. Merci d’avoir mentionné ce point qui m’avait échappé ! Il paraît que 90% de la communication est non verbale, donc en effet…
      Je suis aussi d’accord sur la distinction que tu fais entre écoute active purement « technique » et l’écoute active réelle, qui elle vient du coeur. Dans un cas le discours sonne artificiel, dans l’autre cas il sonne naturel, dans un cas on est dans la manipulation (ou on risque de l’être), dans l’autre non…

    • je trouve que ton commentaire est très enrichissant. Ce que tu expliques sur l’estime de soi et la crainte du jugement des autres me semble juste.
      c’est vrai que si on prend mal certaines critiques, c’est principalement parce qu’on n’est pas sûr de soi. Quand on a l’air « bien dans ses baskets », il est rare de se voir remis en question.
      Mais le fait d’avoir l’air sûr de soi peut aussi jouer des tours. c’est aussi une attitude que j’ai essayé d’avoir dans la situation qui me concerne plus particulièrement, celle du végétarisme. Et mon entourage a pris cela pour un comportement hautain (et pourtant ce n’était pas mon but)… encore une fois, ce n’est pas une attitude qui a évité les critiques mais en a ajouté d’autres.
      Moi aussi, j’en conclue souvent « chacun ses choix ». je crois que parfois, on peut essayer tant qu’on veut, on ne peut pas non plus forcer son interlocuteur au dialogue, si ce dernier n’a jamais pensé que les opinions des autres pouvaient éventuellement être aussi valables que la sienne…
      En tout cas, j’admire ta réaction avec la personne qui te critique souvent, en public, en plus, chose qu’il est encore plus difficile à accepter.
      Je suis aussi d’accord pour dire qu’il y a un grand travail à faire sur soi. mais c’est aussi parce que le flot de critiques ne s’arrêtera pas. La seule personne qu’on a une chance de pouvoir changer, c’est soi-même…

      • merci pour vos commentaires qui me font rougir … :-)

        Alors je n’ai pas dit qu’il fallait avoir l’air sur de soi, parce que si on essaie d’en avoir l’air c’est qu’au fond on ne l’est pas tant que ça ;-) En tout cas j’ai observé avec ma soeur végétarienne que tant qu’elle estimait avoir raison et chercher à être sûre d’elle elle a toujours eu des commentaires, dans la famille en tout cas. Quand elle a cessé de se justifier, de vouloir convaincre qu’elle avait raison et a eu une attitude plus posée, j’ai beaucoup plus rarement entendu des commentaires.

        Je mentionnais plutôt le fait d’être sûre de soi, ce qui est assez différent à mes yeux… mais assez subtil en fait. C’est là où je parlais de posture intérieure… je connais des gens qui ont l’air sûrs d’eux mais dont je sais par ailleurs qu’ils ont une estime d’eux proches de zéro. Les apparences sont souvent trompeuses, par contre notre inconscient sent souvent parfaitement si la personne en face a confiance en elle ou pas. Car les messages non verbaux parlent…

        • oui, je suis d’accord avec ce que tu dis. Il faudrait certainement être parfaitement convaincu du bien fondé de ses choix plutôt que d’essayer de cacher une incertitude. Mais il est parfois difficile de « rester » sûr de soi face à l’affirmation répétée qu’on est une mauvaise mère. ça demande une force de caractère que je n’ai pas la plupart du temps.

  5. Je trouve les commentaires au moins aussi intéressants que l’article initial ! Le côté artificiel de la conversation m’a aussi interpellée mais je me suis dit que ce qu’il fallait en retenir, c’était aussi sûrement que derrière chaque attaque ou critique, se cache un autre message qu’il est intéressant (si on en a le courage) d’aller chercher : en l’occurrence « j’aimerais bien que mon petit-fils puisse venir dormir à la maison un jour ».
    Pour le reste, je me pose la même question que Clem : si argumenter face à l’autre est le signe de notre manque de confiance en nos choix, je ne suis vraiment pas arrivée non plus ! Mais après avoir quasiment épuisé la question du sommeil avec ma mère et vu évoluer ma propre opinion sans totalement en changer car elle est intrinsèquement liée à mes ressentis personnels, j’accepte maintenant d’évoquer le sujet en étant beaucoup moins sur la défensive. Comme dit Clochette, l’essentiel est surtout une question de posture intérieure j’ai l’impression : je crois que je me sens de moins en moins remise en question dans ma capacité de parent alors je perçois les remarques autrement et peut-être que j’en aurai moins aussi à présent…

  6. Pour ma part, je n’argumente pas lorsqu’une personne se permet de critiquer mes méthodes éducatives. Parce qu’argumenter, discuter, c’est laisser de la place à l’autre et admettre qu’il a son mot à dire. Alors, en fonction de l’importance de l’intrusion, soit j’ignore, soit je remet la personne à sa place, gentiment mais clairement.
    Dans l’exemple donné avec la belle-mère, je n’adhère pas à la réaction de Teresa, car en plus de la manipulation, elle laisse sa belle-mère discuter bien trop ses choix éducatifs, ce qu’elle n’a à mon sens pas à faire. Moi, je lui aurais d’abord dit « je comprends que tu t’inquiètes, mais c’est notre problème » et en cas d’insistance « j’apprécie ton avis, mais j’aimerais ne pas l’avoir si je ne te demande pas ». Le message final est le même, la manipulation en moins, et la probabilité d’avoir à discuter de nouveau y compris sur d’autres thèmes bien moindre. C’est la méthode que j’emploie personnellement avec mes beaux-parents, et pour ma part, ca fonctionne.

  7. Au risque de gâcher l’ambiance des commentaires, je ne partage pas tout à fait vos avis.

    Je crois nécessaire de tenir à distance un parent qui nous manque de respect.

    Dans le dialogue qui est décrit, la belle-mère émet des jugements, hypothèque sur l’avenir, se montre culpabilisante. Je pense qu’à la phrase « Danny devrait dormir dans son propre lit et dans sa propre chambre. Comment pourra-t’il jamais devenir indépendant ? « , j’aurais répondu quelque chose du style « Oui sans doute, mais ne t’inquiète donc pas, à seulement 4 ans, il a bien le temps de devenir indépendant », et j’aurais lancé un autre sujet de conversation.

    Si la Belle-mère avait dit « Tu ne crois pas qu’il serait temps d’essayer de le faire dormir tout seul ? », là il aurait été possible de dialoguer.

  8. je ne suis pas encore maman, mais en formation d’éducatrice de jeunes enfants. Ma belle soeur, maman depuis 4 mois et demi, me demande souvent ce que je pense de ci ou de ça, qu’est ce qu’on nous « préconise » dans ma formation…
    Ce que je trouve difficile, c’est qu’elle me demande mon avis et ne supporte pas quand il est (souvent…) différent du sien. Je dis les choses avec délicatesse, sans dire que c’est moi qui ait raison car chacun voit les choses comme il veut. Mais c’est agaçant qu’elle insiste, espérant que je vais dire la même chose qu’elle.

    La traduction de la conversation m’a déconcertée car c’est vrai que sans vouloir rentrer pour autant dans un débat, je ne sais pas si j’arriverais à rester aussi posée que la jeune maman. Et pourtant, c’est exactement ce qu’on nous apprend à faire en formation pour la communication. Reformuler. Sans attaquer, et sans être dans la défense non plus.

    • alors la réponse est peut être (?) : « tu as peur de ne pas bien faire…? »
      elle n’attend peut être pas tant une réponse que la confirmation qu’elle est bien une bonne maman.

      Et de mon expérience pour les « conseils », seuls des information scientifiques ou objectives peuvent être amenées, sans dire qu’est-ce qu’il faut faire car seule chaque personne est en mesure d’évaluer ce qui est important à ses yeux à elle…

      En tout cas je suis ravie d’entendre que cela fait partie de votre formation !

    • C’est marrant ce que tu dis Bouba, ça me rappelle ma belle-mère. Quand on est chez elle, elle me demande très fréquemment, notamment en cuisine, comment je fais telle ou telle chose, dans le but, louable, de ne pas nous perturber dans nos habitudes peut-être ?!! Bref, à vouloir être trop prévenante, elle ne comprend pas que l’on ne cherche pas chez elle à reproduire ce que l’on fait chez nous !! Du coup, encore il y a 2 jours, après m’avoir expliqué comment elle pensait faire sa soupe pour s’assurer que ça m’allait (dans l’optique d’en faire manger aux enfants), elle me demandait comment je faisais ma soupe… Et je savais que c’était différent mais moi, ça m’était bien égal, sa recette était sympa aussi ! Mais comme elle me le demandait, j’ai dû lui répondre et du coup, elle était bien embêtée et elle a fini par faire un « mix » de nos 2 façons de faire. Je ne comprends pas pourquoi elle persiste à toujours vouloir faire plus ou moins comme moi alors que je lui ai déjà expliqué que nous mangions de tout (en dehors de mes allergies quoi) et qu’au contraire, c’était plus sympa de découvrir d’autres recettes que de manger de la même façon que chez soi !!! (Enfin, je crois qu’elle a quand même constamment besoin d’être rassurée en fait)

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  11. Très bien ton article ! C’est marrant parce qu’on peut remplacer « Danny » par le prénom de ma fille et on a une description de la situation chez moi, sauf que ma belle-mère se garde d’exprimer son jugement sur cette pratique. Ma mère en revanche a quelque chose de la belle-mère mais Dieu merci en moins pénible… et moi-même ne suis pas experte de la communication non-violente, sujet que je trouve d’ailleurs passionnant. J’ai lu Les mots sont des fenêtres de Marshall Rosenberg et je le recommande vivement. Car ce mode de communication est non seulement intéressant avec les enfants mais aussi en couple, dans la vie professionnelle, la vie de tous les jours… Et les résultats sont intéressants. J’ai aussi lu « Parents efficaces : Une autre écoute de l’enfant » de Thomas Gordon, inspirant également.

  12. J’arrive avec un train de retard, après une semaine chez mes beaux-parents, et ce sujet tombe donc à pique ! Car chez moi c’est plutôt « à la douce », mais chez eux c’est plutôt « à la dure ». Or les critiques qui s’attaquent à moi, je gère, mais quand elles s’adressent directement à ma fille (mon aînée de 2 ans en a fait les frais), là je vois rouge !

    J’avais apporté « J’ai tout essayé », je m’en sers souvent en cas de conflit. Car je préfère m’occuper de ma fille que d’entrer dans une discussion qu’elle n’a pas à entendre (elle souffre forcément aussi des critiques qui la concernent). Donc je présente le livre à la bonne page (et j’incite ma miss à le tendre aux personnes qui la disputent… et à me le tendre quand je n’arrive pas à garder mon sang froid), ce qui a pour mérité de :
    – replacer le débat au niveau intellectuel, et pas au niveau de réaction épidermique à une colère ou une « bêtise ».
    – il y a pour chaque « problème » une explication de ce qui se passe dans le cerveau de l’enfant : pic/chute d’hormone, stade du développement du cerveau, etc. Donc ça fait tomber les arguments de type « ta fille ne devrait pas faire ceci, dire cela… ». Ben si, son cerveau n’est pas celui d’un adulte, elle a une réaction normale.
    – une petite illustration ou un court texte donne des pistes de réaction appropriée, non-violente, et jamais dans la « démission » : non je ne gâte pas ma fille, je ne lui passe pas tout, je ne m’abaisse pas, je m’élève à la hauteur de ses sentiments qui ne sont pas encore filtrés par la « raison », atténués par l’expérience.

    En théorie, j’aurai plutôt tendance à argumenter immédiatement : je suis suffisamment sûre de moi pour m’opposer même à mon compagnon, je n’ai absolument pas peur d’être déstabilisée. Et me remettre en cause ne me pose pas de problème non plus (j’ai découvert l’éducation non violente lors de ma première grossesse, et j’ai donc évolué) ; tout débat est bienvenue, ça fait avancer.
    En outre, je me sens une âme de militante, pour le bien de mes filles : je leur souhaite de rencontrer d’autres adultes bienveillants, et d’autres enfants respectés. Dès que je peux, j’ouvre donc la porte, je tente de susciter intérêt et curiosité pour la CNV.

    En pratique, les critiques tombent le plus souvent en cas de crise / pleurs d’une de mes filles (ou des deux !), et ma priorité est de m’occuper d’elle. Je fais donc la sourde oreille et je tends le livre si je l’ai à portée de main. Comme dit plus haut, je tente d’être attentive à ce qu’on peut dire sur les enfants en leur présence, ce que les adultes font rarement et qui a le don de m’horripiler ! Elles ne sont pas sourdes, et je sais bien qu’elles enregistrent tout. En outre, elles peuvent culpabiliser de voir que j’entre en conflit à leur sujet.
    Quand je n’ai pas peur que ça déborde, j’utilise effectivement l’écoute active, mais de façon « orientée » : comme Mme Sioux, je vais à la recherche de ce qui se cache derrière la critique. Ainsi, quand la grand-mère ne veut pas que mon aînée monte les escaliers, ça devient pour elle un message « ma grand-mère s’inquiète pour moi, je suis importante pour elle », plus positif que « ma grand-mère m’interdit tout, elle ne m’aime pas ».

    En revanche, j’ai beaucoup de mal à gérer quand ce ne sont plus les paroles, mais les gestes qui dérapent. Quand le grand-père s’est permis lever la main et de dire « il faudra obéir quand tu seras en vacances seule chez nous », j’ai répondu qu’elle viendra seule quand elle sera capable de lui répondre sur le même mode et de lui en retourner une de la même force… Et là on est très loin de la CNV… :(

    Car autant chacun est libre de penser ce qu’il veut, mais certainement pas d’agir comme il veut avec mes filles. Si on les touche, je mords !!!

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