Marre du rose, un album jeunesse contre les stéréotypes sexistes

Les albums pour la jeunesse véhiculent des représentations de la famille, de la société, et des rapports hommes/femmes. Je trouve ça particulièrement intéressant d’y réfléchir, et en particulier de voir la place qu’y occupent les hommes et les femmes. Certains albums donnent une image très conservatrice et stéréotypées de la société, d’autres cherchent à lutter contre ces stéréotypes.

Sur mon blog, j’avais déjà listé quelques albums donnant une vision non sexiste de la parentalité, et présenté le chouette album de Madalena Matoso Et pourquoi pas toi ?

Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous parler d’un album qui lutte contre les stéréotypes qu’on impose aux enfants : Marre du rose de Nathalie Hense et Ilya Green.

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Voilà quelques mots de l’auteur à propos de son livre, sur le site du CRDP de Grenoble qui présente une superbe bibliographie « pour l’égalité entre les filles et les garçons » :

« Marre du rose est un cadeau précieux de ma fille, un soir, au moment du coucher. Elle avait 7 ans, et ce soir-là, elle m’a dit : ‘’Moi, je n’aime pas le rose et les poupées. Est-ce que je suis une fille quand même ?’’.

J’ai alors réalisé l’emprise et la permanence des stéréotypes sur les enfants, filles ou garçons. Leur rémanence est partout : dans les vêtements, la décoration des chambres, le choix des jouets, celui des livres, dans l’éducation et nos comportements.

Marre du rose évoque la liberté individuelle d’une petite fille bien déterminée à défendre ce qu’elle est : une vraie fille qui n’aime pas les choses de filles. J’espère que cet album saura proposer aux enfants une alternative aux stéréotypes ‘’rose pour les fillesbleu pour les garçons’’ qui veulent que les garçons ne pleurent pas et que les filles soient douces. « 

C’est l’héroïne qui a la parole. Elle aime le noir. Elle aime les insesctes et les araignées (« j’ai même pas peur de les prendre dans mes mains »), les fossiles et les dinosaures… mais surtout les grues !

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Elle remarque également que certains garçons s’intéressent à des activités considérées comme des activités de filles : ils jouent à la poupée, peignent des fleurs et des coccinelles, aimeraient avoir comme cadeau des perles ou un bâton de majorette… (et cet aspect là est encore plus rare dans les albums jeunesse).

« Cette fillette au caractère bien trempé (qui) n’aime pas les jeux dits de filles, mais revendique son appartenance au sexe féminin, tout comme elle sait bien que Carl est un garçon, même s’il peint des fleurs sur ses dessins et qu’il a peur de tout. Peu à peu, l’héroïne se forge un savoir incontestable : il y a bien des filles et des garçons, d’un point de vue biologique ; mais sur le plan des agissements, elle récuse toute attribution d’un coefficient sexué à telle ou telle activité. » (…). Elle se sait « fille réussie » et non « garçon raté ».

(Nelly Chabrol-Gagne, Filles d’albums : les représentations du féminin dans l’album)

Dans cet album, les parents (qu’on ne voit jamais sur les illustrations) ne font que reproduire les stéréotypes sociaux. « Maman dit que je suis un garçon manqué ». « coudre, ma mère dit que c’est un truc de fille ». « mais ça, tout le monde dit que c’est que des choses de filles ». Et quand elle leur demande « pourquoi les filles ne peuvent pas aimer les choses de garçons, et les garçons aimer les choses de filles », les parents répondent « c’est comme ça ».

On voit sur l’illustration qui accompagne ce passage les bols roses et bleus qu’ils ont préparé pour leurs enfants. Pourtant, c’est le petit garçon qui berce une poupée, alors que la petite fille, bandeau de pirate sur l’oeil, tee shirt à tête de mort et petite voiture à la main, a une position bien plus volontaire et affirmée. On a l’habitude que les postures soient inversées.

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Pour accompagner ce texte, on a donc les magnifiques illustrations d’Ilya Green. Détails des vêtements et des papiers peints, enfants aux grands yeux noirs et aux joues roses, travail sur les végétaux presque toujours présents à l’image, on retrouve les caractéristiques de travail. Mais ici, le travail sur les couleurs, très vives, est particulièrement intéressant.

« La réussite de l’album consiste d’abord à opposer deux gammes chromatiques : l’une plus sombre qui représente le terrain de jeux de la fillette, sans les poupées roses, mais avec des garçons dans les arbres, pour des jeux et des activités d’espionnage ; l’autre, plus claire, où dominent le rose et les couleurs chaudes ».

(Nelly Chabrol-Gagne, Filles d’albums : les représentations du féminin dans l’album)

On le voit très bien ici :

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Et si l’on regarde les pages de garde, on voit qu’elles passent du « rose qu’on lui impose parce que « c’est comme ça », à sa couleur, qui est mélange », un beau violet foncé.

Et vous, vous connaissez d’autres livres qui s’opposent avec talent aux stéréotypes imposés aux enfants ? Est-ce un sujet qui vous préoccupe dans l’éducation de vos enfants ? Est-ce que vous en tenez compte dans le choix des livres que vous leur proposez ?

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17 réflexions sur “Marre du rose, un album jeunesse contre les stéréotypes sexistes

  1. Merci pour ces détails sur les couleurs, postures… qui sont très intéressant et dont je ne suis pas sure que je les aurai remarqués moi même. Ca m’a l’air d’un très bel album …

    • J’avais remarqué certains détails, mais pour le reste, c’est en lisant Nelly Chabrol Gagne que j’en ai noté d’autres, j’avoue !
      Et oui, ce livre est vraiment superbe !

  2. j’aime bcp ta présentation, c’est clair que je suis contre ces stéréotypes et d’ailleurs… je préfère acheter du bleu à ma fille que du rose!! (en plus ça s’accorde avec ses yeux ;-))

  3. Idem, m’a fille est souvent en bleu !
    Et elle ne porte jamais des vêtements ou chaussures qui entraveraient ses mouvements.
    J’ai lu (chez La Poule Pondeuse, peut-être ? ou Olympe ?) que les petites filles étant souvent en jupe / robe et avec des chaussures à semelles lisses, elles étaient moins à l’aise au jardin d’enfant, et à l’extérieur d’une manière générale que les petits garçons. Ce qui a pour conséquence qu’elles se font moins confiance physiquement, donc prennent moins de risque, préfèrent les jeux d’intérieur, etc…
    C’est ainsi que le cerveau des hommes acquiert de meilleurs capacités spatiales (forcément, en jouant plus dehors) et les femmes plus de capacité relationnelles (forcément, en restant entre copines dans une chambre).

    Pour le constater tous les jours au parc de mon quartier, je suis persuadée qu’il y a du vrai !
    Avec de jolies sandales glissantes, une robe arrivant aux chevilles, et les cheveux dans les yeux, difficile de monter à l’échelle et de sauter comme un cabris !

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