Le bilinguisme et la langue « maternelle »

Cela fait plusieurs semaines que j’ai remarqué un changement dans la façon de parler de ma fille aînée. Elle avait commencé à s’exprimer plus ou moins correctement en espagnol peu avant son entrée à l’école maternelle (à presque trois ans) mais on m’avait prévenu que cela était fréquent chez les enfants à qui on s’adresse dans deux langues différentes au quotidien.

Depuis que nos filles sont nées, nous leur avons toujours parlé en français (pour moi) et en espagnol (pour le papa). Si l’aînée a pris son temps avant de parler, la cadette de deux ans aujourd’hui n’a aucun problème à communiquer en faisant des phrases qui nous laissent parfois sans voix!

Ce qui se passe en ce moment c’est que ma fille aînée s’exprime de plus en plus en valencien, la langue qui est parlée à l’école et que ma fille entend également dans ma belle-famille. Je n’y vois aucun problème en tant que tel mais je ne peux éviter de m’interroger sur l’apprentissage de la langue française.
Si l’espagnol et le valencien sont enseignés à l’école, qu’en sera-t-il du français?
Même si je m’adresse uniquement en français à mes filles et que nous allons aussi souvent que possible de l’autre côté des Pyrénées, est-ce que cela suffira pour leur transmettre ma langue maternelle?

Histoire

J’ai toujours cru que le bilinguisme était une chance, un atout pour le futur à cette époque de la mondialisation. Je pense encore que cette variété linguistique comporte également une variété culturelle non négligeable et j’aimerais beaucoup que mes filles aient autant de plaisir que moi à s’exprimer dans plusieurs langues.

Lorsque j’ai besoin de me rassurer sur nos choix en la matière, je consulte le site Bilinguisme-conseil qui nous dit:

Qu’est-ce que le bilinguisme?
C’est la capacité d’un individu d’utiliser plus d’une langue régulièrement, dans des situations variées de la vie quotidienne. Elle se développe par le besoin d’utiliser plus d’une langue au quotidien.
Le bilinguisme n’est pas l’addition de deux compétences unilingues.
C’est une compétence unique, naturellement déséquilibrée et évolutive.
C’est la compétence d’établir des liens entre les différentes langues, voire de passer d’une langue à l’autre dans certaines situations de communication.
(Cadre européen de référence pour les langues, Conseil de l’Europe, 2001)

Mes craintes aujourd’hui sont de ne jamais entendre mes filles s’exprimer correctement en français, qu’elles ne puissent jamais dominer parfaitement aucune langue du fait d’avoir baigné trop tôt dans plusieurs langues.

Et si elles ne pouvaient jamais communiquer avec ma famille qui ne parle pas espagnol?

Pourtant, il me suffit de relire l’excellent article de Bruno della Chiesa, Retour sur Bilinguisme, Multilinguisme et éducation pour retrouver un semblant d’espoir…

Je continue à leur lire des histoires en français, à écrire des mots en français lorsque Miss N. me le demande, à leur faire voir des dessins animés en français et à profiter de la chance que nous avons de connaître d’autres expatriés pour qu’elles entendent parler français ailleurs que dans leur contexte familial.

J’aimerais beaucoup connaître le vécu d’autres expatriés, savoir quel lien existe entre les langues au quotidien et comment évolue l’apprentissage d’une autre langue chez leurs enfants. N’hésitez pas à laisser un commentaire!

Pour lire mon article du jour sur ce sujet, c’est sur mon blog: Mon Quotidien Ordinaire.

Madame Ordinaire

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19 réflexions sur “Le bilinguisme et la langue « maternelle »

  1. Je suis dans une situation assez différente : mon mari et moi sommes français et c’est la langue officielle de la famille à la maison.
    Nous avons déménagé en Allemagne il y a 5 ans lorsque l’ainé avait 19 jours. Il a commencé à aller chez une nounou allemande à 7 mois, puis crèche et école allemande.

    Parce qu’il n’a pas le choix (et c’est la grande différence avec ton cas) il maitrise très bien les deux langues et cette situation lui parait tout à fait normale (à 3 ans il s’étonnait que je ne parle pas allemand et qu’on ne me l’ai pas appris à l’école maternelle), et toujours parce qu’il n’a pas le choix il ne passera pas par la phase de rejet qui arrive fréquemment aux enfants dont les parents parlent deux langues.

    Cette phase de rejet (désolée, aucune souvenir d’où je tire cette information) est souvent passagère, elle est normale, et quand l’enfant est conscient du plus que cette autre langue lui apporte (pouvoir mieux jouer avec ses cousin français, rester en vacances chez mamie, avoir une langue code secret à l’école avec son frère/sa soeur, etc.) l’enfant redevient demandeur.

    L’Ainé est depuis un an dans une classe bilingue allemand/anglais, il commence à baragouiner quelques mots en anglais et il est très content, lorsqu’on fréquentes des expats anglophones, de savoir dans quelle langue on parle.
    Bref, c’est comme tout autre « apprentissage » : si c’est sous la contrainte ou suivant un calendrier qui ne colle pas aux attentes de l’enfant, ça risque de coincer, sinon faut juste attendre le déclic où ils trouvent ça amusant et interessant (comme j’attends que l’Ainé l’ai pour la lecture) et ça viendra tout seul.
    Et là j’aurai mo rôle à jouer et du temps à prendre pour qu’il fasse cet apprentissage dans sa langue maternelle, alors qu’il le fera en allemand à l’école.

    Continuer à lui parler en français, trouver des jeux en français, les dessins animés, faire des webcams en français avec la famille, ça tisse la langue.
    Après je ne sais pas si tu dois l’obliger à te répondre en français ou pas…

    • Merci de me faire partager ton expérience! J’ai souvent pensé à ces conversations vidéo mais faute de temps, je remets toujours à plus tard… Je vais me motiver et je vais essayer d’intégrer ça comme une nouvelle routine hebdomadaire (les grands-parents seront certainement ravis!). À compter du mois de Janvier je serai en mi-temps à mon travail et je pense que cela va sûrement m’aider à être plus présente de ce côté là aussi. Plus de temps pour jouer, pour échanger et pour communiquer, ça ne peut qu’être positif!

  2. Bonjour
    Ce sujet m’intéresse aussi au plus haut point, car j’ai une petite fille de 13 mois dont le papa est italien, et nous vivons à Paris. Je lui parle français et son père italien.
    Si j’en crois les innombrables exemples que j’ai autour de moi, je pense que tes craintes sont infondées, car même si les enfants bilingues dès la naissance (dans le sens qu’ils entendent deux langues différentes) peuvent parler parfois un peu plus tard, ce « retard » s’estompe avec les années. Pour les bébés, l’apprentissage du langage se fait à un seul endroit du cerveau, tandis que pour les ados qui apprennent leur première langue étrangère, les infos qu’ils emmagasinent ne sont pas stockées au même endroit que celles qui leur permet de parler leur langue maternelle. Il faudrait que je trouve les références des études, mais c’est clairement prouvé.
    J’ai autour de moi un couple, lui italien, elle canadienne anglophone, vivant en France: leurs deux enfants de 9 et 7 ans jonglent avec 3 langues (anglais, français, italien), avec une facilité hallucinante.
    Et j’ai aussi l’exemple d’un ami syrien, de père syrien et de mère chinoise, que j’ai entendu passer du chinois à l’arable comme de rien, et qui parle aussi français, anglais, allemand, italien, russe. Il paraît que plus on a appris des langues jeune, plus c’est facile ensuite. Il en est une preuve vivante !
    Mes neveux grandissent aux Etats-Unis, et ne parlent (difficilement) français qu’à la maison. Mais leurs parents savent que cette maîtrise de deux langues, ce qui veut dire aussi de deux cultures et modes de pensée, sont un précieux trésor pour l’avenir.

    • Merci pour ce témoignage!! Je garde confiance mais je trouve parfois difficile de voir mes filles qui ne peuvent pas communiquer avec mes parents car eux ne parlent pas espagnol. Pourtant, je leur ai toujours parlé en français mais il faut certainement rester patients!

  3. Cette question m’intéresse beaucoup car mon mari est indien et toute sa famille est en Inde et parle hindi, alors que nous vivons en France. Je n’ai pas d’expérience en la matière puisque nous n’avons pas encore d’enfants mais je peux te conseiller les livre de Brabara Abdelillah-Bauer: « Le défi des enfants bilingues » et le « Guide à l’usage des parents d’enfants bilingues ». On y trouve des trucs pour essayer de continuer à motiver les enfants dans la langue « minoritaire » après l’entrée à l’école (car c’est souvent à ce moment-là que les choses se corsent) et la mise en place du bilinguisme y est aussi clairement expliquée. C’est vraiment clair et facile à lire et ça replace un peu du point de vue des enfants qui n’est pas le même que celui des enfants…

  4. A mon avis on ne pratique une langue que si on en a besoin. Il est possible que chez tes filles cette connaissance de la langue française reste dans un seul sens: elle te comprenne mais ne feront pas l’effort de l’utiliser spontanément si tu les comprends lorsqu’elles parlent espagnol. Par défaut le cerveau choisi toujours la facilité. Si tu tiens à ce qu’elles continuent de parler français je pense qu’il faut leur demander de parler cette langue au moins avec toi. Peut-être en leur faisant comprendre que tu aimes vraiment les entendre parler cette langue.

    J’ai même connu une jeune fille d’origine américaine venu en stage dans ma société, j’étais ravis à l’idée d’avoir une personne parlant couramment anglais. Seulement elle est arrivé à 6 ans en France et a fait une sorte de blocage, alors que ses parents ont continué à parler anglais à la maison, elle a complètement perdu l’usage de cette langue: elle le comprend mais est incapable de le parler ou de l’écrire.

    • C’est justement ce que je crains… Sachant que je les comprends lorsqu’elles me répondent en espagnol, elles ne voient pas forcément l’utilité de me parler en français. J’essaye de passer davantage de temps à jouer avec elles, à écrire des mots avec les lettres que mon aînée commence à maîtriser et j’essaye de les faire répéter en français… Patience!

  5. Bonjour,
    Voici mon expérience. Je suis née en France et j’y ai toujours vécu. Mon père est français. Mais ma mère est espagnole. Elle m’a parlé dans sa langue maternelle jusqu’à mes 3 ans et tous les étés je passais les 2 mois avec ma famille maternelle en Espagne. Je suis bilingue. Aujourd’hui j’essaye de transmettre cette langue à ma fille mais cela me vient moins naturellement que le français quand même.
    Je pense que tes filles sauront très bien parler français si tu continues comme tu le fais.

    • Merci pour ce témoignage! Je trouve que c’est une telle chance de maîtriser plusieurs langues que je continuerai évidemment!

  6. Merci beaucoup de ta contribution!!! Heureuse de lire sur les VI!! Je comprends bien tes inquiétudes, même si je n’ai aucun témoignage à t’apporter sur ce point… Intuitivement, je me dis que la langue maternelle porte bien son nom (même si langue(s) parentale(s) serait sûrement plus juste!) pour souligner l’importance de la dimension affective dans l’apprentissage de la langue… et je suis convaincue que tes filles sauront s’approprier le français et intégrer cette composante dans leur propre identité culturelle.

  7. Ici on vit en france mais le papa etant mexicain, on a decider de parler espagnol à la maison. C’est un peu dur pour moi mais je me suis dit que sinon il ne parlerai pas assez bien puisque son papa ne parle pas beaucoup :P (un mec quoi !) Il a 14 mois, mais j’ai l’impression qu’il comprend l’espagnole. Chez la nounou, ils parlent en francais, et ca se passe bien aussi… J’espere que ca ne lui causera pas de soucis ! Merci pour ton article !

    • J’aimerais beaucoup que mon mari essaye de parler en français de temps en temps, pour que mes filles puissent entendre une autre langue à la maison mais il a beaucoup de mal à s’exprimer alors très vite nous changeons à l’espagnol…

      • Je vis a Tel Aviv, le papa de mes enfants est israélien, il leur parle en hébreu uniquement. Moi je ne leur parle qu’en français. Mon grand a trois ans, il a pris son temps pour commencer à parler mais il s’exprime aujourd’hui très bien, et il a exactement le même niveau dans les deux langues. C’est d’ailleurs rigolo de le voir switcher lorsqu’il s’adresse à nous: Il a une demi seconde d’hésitation sur la langue à employer … puis s’adresse dans la bonne langue à son interlocuteur. Les enfants de mes amis qui ont la même configuration familiale (français/hébreu) parlent plus facilement l’hébreu, même s’ils comprennent le français, je pense que c’est parce que l’hébreu est la langue utilisée à la crèche. Je crois que mon fils a accroché avec le français parce qu’il est resté beaucoup avec moi et ses grands parents maternels entre l’âge de deux ans et l’âge de deux ans et demi sans être en contact quotidien avec des petits israéliens, et que ça s’est mis en place pour lui à ce moment là. C’est vrai que lorsqu’on vit dans un autre pays que la France, on s’inquiète surtout du français, la langue du pays d’adoption étant celle naturellement adoptée. Je pense que pour moi le vrai défi sera de lui apprendre à lire et à écrire (correctement) en français… et ça c’est loin d’être gagné

  8. Pingback: L’environnement de nos enfants [mini débrief] « Les Vendredis Intellos

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