Les émotions refoulées et les réactions impulsives

Il m’aura fallu plusieurs semaines avant de parvenir à ouvrir le dernier livre d’Isabelle Filliozat qui est venu rejoindre la pile de tout ce que j’ai l’ambition de lire prochainement. Ce livre, « Il n’y a pas de parent parfait », a déjà été abordé ici à plusieurs reprises par Clem la Matriochka ou Vaallos mais, comme cet ouvrage aborde différents sujets, je prends la peine de partager mon ressenti après ma propre lecture.

Isabelle Filliozat

J’avais lu il y a quelques temps que les blessures de notre enfance étaient gardées dans un coffre dont seuls nos enfants avaient la clé.
Sur le moment, je n’avais pas bien compris le sens de ces mots mais à force de me laisser submerger par ce torrent d’émotions à chaque moment de tension, j’ai finalement compris que mes filles devaient avoir trouvé cette fameuse clé…

Quand la tension monte et que je perds le contrôle de la situation, je me révèle être une Maman complètement à l’opposé de ce que je souhaite pour mes filles. Sur le moment, je n’en suis pas réellement consciente. Je sers les poings et les mâchoires, les mots sifflent et les gestes peuvent parfois devenir agressifs…

Une fois que la colère retombe, le poids de la culpabilité est écrasant… Je regrette, je m’excuse, je voudrais comprendre ce qui a pu se passer et puis je cherche vainement à oublier les faits en essayant de me convaincre que la prochaine fois, je saurai me contrôler…

« La compulsion à humilier, dévaloriser, juger, frapper est une projection sur l’enfant des fureurs réprimées dans notre propre enfance. La colère originelle est majorée par la tension, la frustration, l’humiliation de n’avoir pas pu la dire… Elle peut devenir rage et haine quand elle rappelle les silences forcés de notre histoire. La compulsion violente est tout à la fois vengeance et tentative de guérison ».

Sur la couverture du livre d’Isabelle Filliozat, il y a une courte phrase qui dit:

« La manière dont nous éduquons nos enfants est le résultat de notre histoire personnelle ».

C’est bien cette phrase qui m’a empêché de commencer plus tôt la lecture de cet ouvrage. En effet, même si je crois que la plupart des choix que nous faisons en tant que parents sont guidés par notre désir de faire au mieux, je refuse de rendre mes parents responsables de mes débordements et c’est peut-être ce qui m’empêche de prendre conscience que mes propres émotions se doivent d’être exprimées.

« Être conscient d’avoir été blessé est insuffisant. Tant que les émotions refoulées n’ont pas pu être exprimées et entendues, elles seront actives. Une attitude en opposition à celle de nos parents ne dit que notre colère rentrée envers eux. Elle n’est pas une position éducative rationnelle. »

J’ignore si je serais un jour capable d’ouvrir ce coffre où tout a été si bien gardé pendant longtemps. Ces souvenirs ont-ils réellement besoin d’être remués pour me permettre d’avancer? Et si plus tard mes filles reproduisent ce que je leur fais vivre aujourd’hui, comment pourrais-je alors les aider?

Pour me lire sur mon blog, c’est ICI.

Madame Ordinaire

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40 réflexions sur “Les émotions refoulées et les réactions impulsives

  1. Voilà des choses qui me parlent énormément… Et d’ailleurs ça ressort un peu dans ma propre contribution. Il faudrait vraiment que je lise ce livre en dehors du passage dont j’ai parlé, mais il me fait peur, j’ai peur de sur quoi je vais tomber, je ne me sens pas encore prête.
    En revanche j’avais envie de dire un mot sur « je refuse de rendre mes parents responsables de mes débordements ». Je ne sais pas exactement ce qu’il y a derrière mais je pense qu’on peut faire ce travail en restant factuel, sans culpabiliser nos parents, sans mettre des mots tels que « responsable » dessus qui peuvent être lourd à donner et à porter. Simplement se dire que tel comportement vient de là, que ce n’est ni bien ni mal c’est juste comme ça, on avait besoin de comprendre pour pouvoir dénouer la situation ?
    Bon courage à nous avec tout ça ;P

    • Merci Vaallos pour ton opinion, c’est tout à fait ce que je ressentais avant d’entamer cette lecture… La crainte de ce que j’allais pouvoir découvrir. Je suis consciente des frustrations que j’ai ressenti alors que j’étais enfant mais ce n’est que maintenant que je suis capable de les identifier, maintenant que je les inflige (bien malgré moi) à mes filles… Je n’ai pas encore les mots pour les exprimer et c’est pour ça que je bloque pour avancer. Il est bien difficile de chercher à évacuer ces sentiments lorsque l’on sait qu’il n’y aura aucune oreille attentive pour les entendre. J’aimerais simplement comprendre et parvenir à canaliser ces émotions pour ne plus avoir à lutter contre elles…

  2. C’est intéressant que tu me cites aujourd’hui parce que dans mon billet du jour, je parle finalement d’un sentiment différent devant cette théorie. Je sais qu’elle est vraie, j’ai moi-même ressenti cette fureur qui venait de bien plus loin mais je me demande si parfois ce n’est pas un peu exagéré de tout ramener au passé.
    C’est ma réflexion du moment, comme quoi, on change, on évolue, on revient sur certaines idées. C’est ça qui est intéressant d’ailleurs ! En fait, je ne mets pas en cause la théorie mais je sens que, en ce moment, ça me fait plus de mal que de bien. Tu vois ce que je veux dire ?
    Tes dernières questions, je me les pose aussi. C’est sûr que ça aide en tout cas. Si tu comprends d’où vient cette colère, si tu t’écoutes, ça peut changer les choses.
    Mais c’est complexe, oui…
    Bon courage à toi !

    • Je comprends la théorie de l’auteur mais il y faut certainement nuancer les propos. Oui je reste persuadée qu’un grand nombre de nos réactions « à vif » sont liées à nos expériences du passé et que c’est l’étincelle de la pression qui laisse échapper le contrôle que nous avons de nos émotions. Sachant que je ne peux rien changer à ce que j’ai ressenti dans mon enfance, je m’efforce au maximum d’éviter les situations où ces frustrations pourraient ressortir malgré toute ma volonté… Je sais aussi que l’expression de ces frustrations n’aboutirait à rien dans mon cas alors il serait plus efficace que je fasse évoluer ma relation à ces émotions, mon propre regard sur ce passé…

    • « C’est ma réflexion du moment, comme quoi, on change, on évolue, on revient sur certaines idées. »

      Je crois que les idées ont une sorte d’écologie dans nos vies – elles viennent, nous portent et nous amènent à des endroits où elles deviennent obsolètes. Je ne sais pas comment exprimer cela. (disons que mon image n’illustre pas vraiment le terme d »écologie » – alors disons qu’elles poussent, font des fruits, meurent, et leurs fruits pourrissent dans notre humus mental, amenant d’autres idées à pousser).

      Oui, on change, on évolue … :)

  3. Perso je ne suis pas tout à fait d’accord avec son : « Tant que les émotions refoulées n’ont pas pu être exprimées et entendues, elles seront actives ».
    Exprimer ses émotions ne fonctionne que si ça provoque un changement chez l’autre.
    Exprimer sa colère ne la diminue que si le comportement de l’autre change. Sinon ça ne fait qu’empirer les choses.
    Il est donc nécessaire que préciser qu’il ne s’agit pas d’exprimer les émotions mais bien de provoquer un changement dans la situation vécue (= « être entendues »).

    On ne parle pas pour dire les choses, on parle pour être entendu.

    Il est clair que nos réactions sont le résultat de nos expériences passées, on ne peut pas le nier.
    Ce sont des apprentissages émotionnels et relationnels.

    Exprimer son émotion ne suffit pas. Pour pouvoir réagir différemment, il faut faire un nouvel apprentissage … qui ne passe pas forcément par « exprimer son émotion » mais simplement par vivre de nouvelles expériences qui vont permettre à un nouvel apprentissage de s’ancrer.

    Parfois cela passe par remuer le passé et en parler … mais souvent cela n’est pas nécessaire. Et mon expérience professionnelle me le confirme chaque jour.
    Voire même les gens vivent d’abord le changement et ensuite disent « en fait j’ai réalisé ceci ou cela par rapport à mon histoire ». Le sens est reconstruit ensuite.

    C’est un leurre de croire qu’il faut prendre conscience ou comprendre son passé pour changer.
    En réalité, le mécanisme du changement naturel est généralement inverse : on change d’abord et on prend conscience ensuite.

    • Et je précise même que parfois exprimer ses émotions est totalement contre productif, voire même nuisible.
      Je conseille assez fréquemment aux gens qui ont tendance à faire ça de cesser de le faire et ils s’en portent généralement beaucoup mieux.

        • Déjà se demander quel changement on veut obtenir vraiment ;-) … et passer aux actes pour y parvenir.
          On ne parle pas pour dire, on parle pour être entendu. Et parfois être entendu est plus efficace si on ne parle pas mais qu’on fait concrètement quelque chose.

          Un exemple plus concret, dans une relation de couple : ça fait 10 ans qu’une femme s’évertue à dire à son mari qu’elle a besoin d’aide, qu’il doit l’aider. Rien ne se passe. Plus elle lui demande, lui parlant de ses émotions, moins il en fait. En réalité, ce qui a déclenché le changement, c’est qu’elle arrête de lui dire des choses et qu’au contraire, elle aie une attitude qui dise « je n’ai pas besoin de toi », en lui proposant l’apéritif le soir en rentrant du boulot à prendre ensemble.
          En fait ce mari était très stressé et le fait que sa femme aie besoin de lui l’angoissait un max. Il ne se sentait pas en mesure de le faire.

          Quand sa femme l’a autorisé à ne pas être à la hauteur, il a pu faire ce qu’elle attendait de lui depuis des années …

          • Pardon d’intervenir mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi quand tu écris : « Il est donc nécessaire que préciser qu’il ne s’agit pas d’exprimer les émotions mais bien de provoquer un changement dans la situation vécue (= « être entendues »). »
            Il est des émotions, des sentiments qu’il suffit de dire pour qu’ils s’en aillent (je l’ai déjà vécu). Je ne crois pas qu’on ait forcément besoin que l’autre réagisse ou réponde pour avancer, ce serait bien trop déprimant. Ce n’est pas une généralisation, je suis d’accord avec toi, souvent on a besoin que l’autre nous entende et change. Mais on ne peut pas forcément changer les gens et ça peut être destructeur d’attendre ce changement. Dire le choses permet alors d’être en accord avec soi-même, de se respecter et tant pis si l’autre ne change pas.
            Encore une fois, je ne généralise pas, je veux simplement dire que je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis qu’on parle forcément pour être entendu. Je le dis parce que je l’ai vécu. Mais je suis d’accord, parfois mieux vaut ne rien dire ou parfois seule la parole de l’autre est libératrice.

            • Quand tu as parlé, cela avait bien une finalité, cela servait à quelque chose – au moins à tes yeux – sinon tu ne l’aurais pas fait. C’est ce que j’appelle « parler pour être entendu ».

              Les problèmes arrivent généralement quand les gens croient qu’exprimer son émotion est forcément utile. Ce n’est le cas systématiquement. Dans certains cas, c’est même nuisible.

              Je suis d’accord qu’on ne peut pas attendre un changement de l’autre … et en même temps l’absence de changement peut être destructrice.
              Il s’agit donc bien de provoquer un changement pour souffrir moins.

              Sandrine

              • Quant à moi je pense parfois que dire n’est pas toujours suffisant… parce que notre cerveau a associé certains évènements avec certaines émotions et qu’il ne suffit pas d’en avoir conscience pour s’en défaire… ;)

                • 100% d’accord …

                  La prise deconscience estmême inutile.
                  Il s’agitderemplacer unapprentissagefaitpar le passé par unautre. Il s’agitdeVIVRE des choses différentes, pas juste d’en parler ;-).

                  Sandrine

                  • Il est des choses que l’on aimerait pouvoir dire afin qu’elles soient entendues… Des sentiments réprimés, des douleurs dont l’autre n’a certainement pas conscience. Le fait de le dire pourrait conduire à un soulagement chez celui qui porte ce poids mais je pense que tout le monde n’est pas à même d’entendre la souffrance qu’il a pu provoquer, sûrement sans l’avoir voulu. Et que ce passe-t-il ensuite? Comment peut évoluer la relation entre ces deux personnes? Celle qui s’est libérée d’un poids et l’autre qui en a hérité?
                    Moi j’ai choisi de me taire, de garder pour moi ces sentiments et d’essayer de changer différemment… Reste à savoir comment y parvenir!

                    • Si celui qui en a hérité n’est pas en capacité de recevoir et que sa réponse n’est pas constructive pour celui qui a parlé, cela ne fait qu’empirer les choses.
                      Parfois cela marche, mais il est nécessaire de parler en connaissance de cause = en sachant que ça ne va peut-être pas améliorer les choses, voire même les empirer parfois.

                      Pour ce qui est du changement, il y a plein de façon d’y parvenir à vrai dire ;-).
                      La question est d’abord de bien définir QUEL EST PRECISEMENT le changement attendu .
                      Une question que j’aime bien poser : imagine qu’une fée passe sur ta maison cette nuit et résolve ton problème … Tu ne sais pas qu’elle est passée. Que feras-tu de différent demain matin qui te fera dire « tiens … les choses ont changé … » ?
                      Le changement que tu attends, c’est celui-là … Une fois que tu as défini ton objectif, reste à trouver la route pour y parvenir …

                      Sandrine

            • Je suis assez d’accord: ce n’est évidemment pas une généralité, mais pour moi, parfois, coucher mes émotions sur le papier est une véritable thérapie, une forme d’exorcisme.

  4. Je n’ai pas (encore) lu ce livre de Filliozat mais Au coeur des émotions de l’enfant relevait doucement ce problème.
    Nos parents nous ont légué leurs gênes, mais aussi notre éducation, notre histoire familiale et « sociétale ». C’est comme ça. Il n’y a pas à chercher à blâmer qui que se soit, juste mieux jouer avec toutes les cartes en main si on souhaite avancer différemment…

    • C’est tout à fait ce que je pense, nos parents nous ont transmis une bonne partie de ce qu’ils ont eux-mêmes reçu. Comment pouvons-nous avancer en cherchant des solutions uniquement de ce côté là? Nous pouvons en trouver certaines mais d’autres nous appartiennent, comme le dit ScommeC, il nous faut modifier nos propres apprentissages.

  5. Est-ce que vous vous rappelez où vous avez lu cette phrase: « les blessures de notre enfance étaient gardées dans un coffre dont seuls nos enfants avaient la clé »?!
    Merci pour cet article qui m’aide à remettre de l’ordre dans ma tête.

    • Il faut que je le vérifie mais il me semble que c’était dans un ouvrage de Laura Gutman (auteur déjà cité dans d’autres articles sur ce blog). Dès que possible, je regarde si cette phrase est de l’auteur ou bien simplement une citation.

  6. Je partage complètement ton expérience Mère Ordinaire, et ce billet m’interpelle naturellement, tout comme la distance que tu as mis entre le livre et toi. Parce que si on en apprend beaucoup dans ces bouquins, ils nous renvoient aussi à ce que nous faisons mal, et la bonjour la culpabilité.

    • À l’inverse de beaucoup d’autres, j’ai d’abord regardé le sommaire du livre avant de commencer ma lecture. Je m’attendais à certaines théories et j’ai donc sélectionné certains chapitres en priorité… Il y a un chapitre qui aborde ce sujet de la culpabilité, c’est celui dont Clem avait parlé dans son billet en lien dans cet article.

  7. Lu récemment, je ne l’ai pas totalement digéré tellement il m’a mis en face de moi-même. Mais je ne le trouve pas culpabilisant, ni pour soit-même (au contraire, elle dit bien dans ce livre combien on doit avoir de l’affection et de la compassion pour soit-même adulte, et pour l’enfant qu’on était), ni pour nos parents… car eux-même ont fait avec leur vécu !

    Je ne pense pas que ce soit exagéré de relier une grande part de notre comportement à notre enfance, car c’est à ce moment-là que les connexions de notre cerveaux se sont construites. C’est purement physiologique : une fois que le cerveau a enregistré un schéma (bêtise = cris, insultes, fessée…), il aura tendance à emprunter toujours ce même chemin, qui devient une route, puis autoroute… D’où la difficulté quand on souhaite donner une éducation différente de celle qu’on a reçu : nous devons nous forcer à prendre d’autres chemins, qui sont encore chaotiques. Plus on réussi à les emprunter, plus ils s’agrandissent, plus ils sont faciles à prendre.
    C’est en cela que les enfants ont la « clé du coffre-fort » : il n’y a que lorsqu’on se retrouve face à nos enfants qu’on emprunte les « autoroutes » construites pendant notre enfance, car c’est à ce moment-la qu’on revit les mêmes situations, même si nous sommes dans la position de l’adulte et non plus de l’enfant.

    Je ne suis pas sûre qu’exprimer ses émotions doivent toujours susciter une réaction concrète pour l’autre (changer son comportement). On peut attendre juste une écoute, une compassion, un soutien… ou juste soulager notre pression interne. Comme l’écoute active avec les enfants (et que j’utilise beaucoup avec mes clients).
    Ainsi, je ne m’imagine pas du tout aller voir mes parents et leur expliquer à quel point ils ont « loupé » des étapes, à quel point ils m’ont parfois blessée, etc. Car je ne pense pas que je serai capable de leur dire sans les blesser à mon tour, ils ne sont pas encore prêts à m’entendre. Et c’est trop tard pour qu’ils changent de comportement vis-à-vis de moi, quoiqu’il en soit : il y a heureusement quelques années déjà qu’ils ne tentent plus de m’éduquer ! Cependant, en être consciente, accepter ma tristesse, ma déception et ma colère de petite fille, ça permet d’avaler les pilules restées en travers de la gorge, afin qu’elles ne polluent plus ma relation avec mes filles.
    Ma capacité d’empathie est aussi bien augmentée par l’introspection : je suis plus sensible au ressenti des enfants depuis que j’écoute et console mon « moi-petite fille ».
    Et je rêve d’avoir le temps de consulter pour réussir à exprimer toutes les émotions qui remontent en situation de gestion de crise de mes filles. Ça m’aiderait à faire la paix avec moi-même. A casser la boucle. Pour devenir enfin la mère que j’aimerais être, pas celle qui se laisse déborder et finit parfois, à sa grande honte, pas faire (presque) comme la sienne, de mère…

    Je vais commencer par le relire, ce livre. Probablement plusieurs fois, entre deux autres lectures. Même si je sais que je vais sans aucun doute être de nouveau chamboulée !

    • C’est tout à fait ce que tu dis au sujet des autoroutes! Lorsque nos enfants nous mettent dans une situation délicate, notre cerveau a la possibilité de choisir entre deux directions: celle de l’enfant que nous étions ou celle de nos parents face à nous-mêmes. L’auteur affirme que nous avons tendance à rejeter la position de l’enfant que nous étions car cette position est « enregistrée » comme un moment de souffrance, nous adoptons alors le même comportement que nos parents…
      Comme tu le dis pour tes parents, je sais que je serais incapable de mettre des mots sur ce que j’ai ressenti dans mon enfance… Je crois même que ce qui me freine, ce sont les conséquences que cela pourrait avoir, comme lorsque la menace de la fessée/punition/privation pesait au-dessus de ma tête à la moindre bêtise d’antan…
      J’aimerais parvenir à ce que tu dis, à faire la paix avec mon « moi petite fille » mais je pense qu’il est encore trop tôt. Un grand nombre de mes souvenirs d’époque avait disparu de ma mémoire et depuis quelques années (depuis que je suis Maman, tout simplement…), j’ai l’impression d’assister à des flash-backs qui me rappellent tout ce que j’avais si difficilement effacé…

      • Je pense qu’on ne peut pas changer le passé. La seule chose qu’on peut changer, c’est la façon dont le passé impacte le présent.
        Et pour ça, peu importe la cause du problème. Dans 99% des cas, la cause n’a pas besoin d’être connue pour régler le problème.
        Le tout est de constater : dans telle situation, mon comportement ne me convient pas, comment puis-je me comporter autrement ? De quel apprentissage émotionnel/relationnel/ … ai-je besoin pour pouvoir me comporter autrement ?

        Et pour faire cet apprentissage, nul besoin de remonter au passé. Au contraire, mieux vaut le faire ici et maintenant pour pouvoir le mettre en oeuvre ici et maintenant ;-).

  8. Bonsoir les filles,
    Sandrine, quand tu dis que le fait d’exprimer ses émotions ne sert à quelque chose que si ça provoque un changement chez l’autre, est-ce ton expérience personnelle ou la réflexion de quelqu’un d’autre ?
    Ce n’est pas ce que je ressens quand j’exprime mes émotions. Tout comme le souligne Oops, l’écoute active permet de libérer ses émotions par la parole et induit des changements personnels puisque grâce à cette écoute, on retrouve de la confiance en soi et on trouve soi-même les outils pour avancer. Donc ce n’est pas forcément utile qu’en échange de changements d’une autre personne.
    Caroline

    • Je parle de mon expérience professionnelle en psychothérapie ;-) …

      Lorsque tu exprimes tes émotions – et cela rejoint l’expérience de Clem la Matriochka – cela te permet de prendre conscience de quelque chose et de provoquer ton propre changement. On est aussi en relation avec soi-même et pour moi, ce sont les mêmes règles qu’en relation avec qq d’autre.
      Donc l’expression de ton émotion a un but. Si elle te permet d’aller mieux, de changer de comportement, alors l’expression de tes émotions a permis d’atteindre tes objectifs.

      Mais dans de nombreux cas, exprimer son émotion ne fait que renforcer le problème (par exemple certaines dépressions, certains deuils difficiles, …). Il faut apprendre à la gérer d’une autre façon. Ce n’est pas une généralité mais cela peut s’avérer vrai dans de nombreux cas.

      L’empathie n’est pas suffisante pour provoquer un changement chez soi ou chez les autres.
      Je vous renvoie à 2 livres très intéressants à ce sujet : « Le partage social des émotions » et « Emotions et psychothérapie ».
      Ces 2 bouquins montrent très bien que les effets de la « vidange émotionnelle » sont un mythe : on croit que ça fait du bien ; on a l’impression d’être soulagé à court terme mais sur le long terme, le pb est toujours là, voire empire.

      Je ne dis pas qu’il ne faut pas essayer d’exprimer ses émotions mais il ne faut pas croire que c’est LA solution à tout car c’est loin d’être le cas.
      Je rencontre souvent cette croyance chez certaines personnes qui sont à fond dans la communication non violente, l’empathie, … mais parfois ça fait des dégats.

      • Je viens de regarder un peu de quoi parlent les livres que tu conseilles (encore 2 dans la liste à lire, au secours !), et je comprends mieux de quoi tu veux parler : exprimer ses émotions pour se soulager > ok, ressasser et rester autour de son nombril > non !
        Avec une mère dépressive depuis toujours, je vois bien les dégâts auxquels tu peux faire allusion.
        Mais pour moi on n’est plus dans la CNV. Car si l’expression n’a effectivement rien changé (ni sur nous, ni sur la personne à qui on s’adresse), il faut chercher une autre solution au problème, qui n’est pas une émotion précise à un instant T, mais un mal-être plus profond.

        La question est : à quel moment peut-on dire qu’on passe de « l’émotion saine » à la « l’émotion parasite » ?
        Dans combien de semaine / mois / années faudra-t-il que je t’envoie mon aînée (26 mois) pour qu’elle arrête de s’attaquer à sa sœur (6 mois) ?!!

        • Ce n’est pas forcément non plus un mal-être plus profond, mais simplement que les gens croient sincèrement qu’exprimer leurs émotions va les aider et qu’ils pensent que c’est la bonne chose à faire.
          Il n’y a pas de « temps » limite. Il y a une question pragmatique de résultat : est-ce que je vais mieux au final ou pas ? est-ce que je me sens mieux sur le long terme ? est-ce que mon problème s’arrange ou pas ?
          La réponse à cette question permet de savoir s’il faut continuer ou pas ;-) …

          Quant à tes filles, personnellement, je travaille très peu – pour ne pas dire jamais – avec les enfants directement. Je n’ai pas envie que les enfant entendent tout ce qui dysfonctionne chez eux ;-) …
          Donc je travaille avec les parents, que j’utilise comme co-thérapeutes (c’est beaucoup plus efficace que si moi je fais le boulot). Et du coup j’ai rarement besoin de voir les enfants :-D (les choses s’améliorent sans mon aide !).

          Et pour savoir quand tu pourras venir me voir pour tes filles, c’est simple : quand tu auras l’impression d’avoir tout essayé, que rien ne marche et que tu souffriras de la situation (ou que tu auras l’impression qu’une de tes filles en souffre) :-D …

          Avant ça, tu as des milliers de choses à tester !
          Pas la peine de créer des pb là où il n’y en a pas non plus hein … La rivalité entre frères et soeurs est juste normale (et saine oserai-je ajouter ayant vu un cas où l’interdiction de toute dispute, anicroche, bagarre et l’obligation de règler les choses de façon « non violente » entre 2 enfants a généré chez l’un des 2 une phobie de tout contact avec l’autre, et même avec n’importe quel objet appartenant à l’autre).
          Donc laisse-les se disputer un peu (bon je t’accorde que la petite n’est pas encore trop en âge de répondre mais ça viendra), c’est une saine occupation :-D.

          Sandrine

          • Il n’y a qu’un seul truc que je n’ai pas essayé : la fille-au-pair !
            Le problème est simple : mon aînée a toujours eu un très gros besoin de d’affection (des heures de câlins, caresses, massages, papouilles… mais aussi jeu, chahut, bricolage et autres activités montessoriennes ou non), et je ne peux plus y répondre autant qu’elle en a besoin.
            Même si je limite au maximum, je ne peux pas lâcher la petite quand elle est sur la table à langer / dans le bain / au sein… et c’est trop dur à supporter pour la grande. Étant seule avec les miss la majorité du temps, et n’ayant pas le don d’ubiquité, ni famille à proximité pour me relayer, le réservoir affectif de ma grande se vide désespérément… et elle le fait savoir !
            Si j’ajoute une bonne dose de nouvelles contraintes (« moins de bruit, la petite dort », « pas de cris ça la fait hurler de peur », « on ne jette plus rien si vous êtes dans la même pièce », « on s’amusait bien toutes les deux mais là il faut que j’aille chercher le bébé qui pleure »…), ça fait beaucoup !
            Outre les crises typiques du Terrible Two, elle s’attaque à sa sœur, parfois très violemment : tapes, coups de poing ou de pied, griffures, morsures, elle la pince, lui tord les doigts, lui met des objets dans la bouche… ou lui envoie des objets lourds quand elle est dans le parc.
            Clairement, je ne vais pas tarder à devenir chèvre et avoir besoin de me faire soigner ! :)

            Elle me fait vraiment de la peine, et je comprends totalement sa frustration, sa colère, sa tristesse. Je suis moi aussi l’aînée, alors je tente d’anticiper un maximum, de déléguer tout ce que je peux pour me concentrer sur les miss, de laisser la petite de temps à autres pour recharger le réservoir de ma grande, mais visiblement ça ne suffit pas….

            • « Elle me fait vraiment de la peine, et je comprends totalement sa frustration, sa colère, sa tristesse. Je suis moi aussi l’aînée, alors je tente d’anticiper un maximum, de déléguer tout ce que je peux pour me concentrer sur les miss, de laisser la petite de temps à autres pour recharger le réservoir de ma grande, mais visiblement ça ne suffit pas…. »

              Et ce faisant, tu lui confirmes que c’est effectivement dramatique que maman ne soit pas disponible 100% du temps puisque tu t’obliges à te mettre en 4 pour être le plus disponible.
              Donc ce qu’elle entend, c’est le message implicite que tu lui envoies, quelque chose comme « il est primordial pour toi que maman soit disponible pour toi. Si elle ne l’est pas, c’est grave. »

              Donc elle agit en conséquence : enlever l’obstacle qui la prive de ce qui primordial pour elle – et visiblement pour toi aussi ;-) …

              Les messages implicites que véhiculent nos comportements ont une force incroyable et ce sont ces messages implicites qui sont perçus avant toute chose, notamment par les enfants.
              Je pense donc que plus tu te mettras en 4 pour être disponible, plus elle aura du mal à supporter que sa soeur vienne se mettre en travers de ce qui semble être – et ton comportement le lui confirme chaque jour – quelque chose d’essentiel pour elle.

              Peut-être pourrait-elle apprendre à remplir son réservoir affectif d’une autre façon, en apprenant à apprécier les moments où tu es disponible et en vivant les moments où tu ne l’es pas de façon positive = un moment où TOI tu vaques à tes obligations pour être 100% disponible pour elle quand ce sera son moment.

              Je fais des raccourcis mais je pense que je travaillerai dans ce sens.
              Il y a des choses très intéressantes à ce sujet chez Emmi Pikler Loczy : on prend soin de chaque enfant à son tour, pleinement et entièrement. L’enfant d’à côté peut pleurer, on ne s’en occupe absolument pas, même pour de l’écoute active. Par contre quand vient son tour, on s’occupe de lui tout aussi pleinement et entièrement que du précédent. Rapidement les enfants apprennent qu’ils peuvent compter sur une VRAIE attention, qu’avoir qq qui s’occupe d’eux n’est pas vital à court terme et qu’ils peuvent patienter pour avoir une présence pleine et entière uniquement pour eux.

              Sandrine

              • Merci pour ton analyse, ça me fait cogiter…

                J’ai le souvenir de m’être beaucoup occupée seule petite, sans rien demander, dans l’attente que quelqu’un veuille bien s’intéresser à moi, et j’en retiens un grand manque d’affection et le sentiment que je ne vaux pas grand chose. Alors j’ai un peu de mal avec l’idée d’ignorer un enfant, encore plus de le laisser pleurer, même si c’est pour se consacrer à un autre.
                Mais je vais aller voir du côté d’Emmi Pikler Loczy, pour voir comment je pourrai m’y prendre.

                Un grand merci pour cette piste, totalement nouvelle pour moi. Je suis bien convaincue qu’effectivement je donne un message inapproprié à mon aînée, au vue du résultat !

            • Au fur et à mesure que je lis tes commentaires, je me retrouve dans bon nombre d’éléments… Je suis l’aînée d’une famille où notre mère est dépressive depuis… toujours il me semble, je suis Maman de deux petites filles qui ont deux ans d’écart et qui se disputent pas mal!! Au début, c’était très ressemblant à ce que tu décris! Aujourd’hui elles ont 2 et 4 ans, elles se disputent toujours, parfois mais elles savent aussi être très complices (pour les bêtises surtout!). J’ai vécu ce que vit ma grande et pourtant, j’ai l’impression de ne pas savoir être à l’écoute de ce qu’elle essaye de me dire… Elle est très dure avec moi, très arrogante et très désagréable dès que j’essaye d’obtenir quelque chose de sa part… J’essaye de gérer, au mieux, entre coups de colères et accalmies!

      • Je partage ton point de vue également de ce côté là… Il y a quelques mois j’ai été amenée à consulter une thérapeute (Gestalt) car j’avais de gros problèmes d’insomnies et d’angoisses. Il fallait que je « vide mon sac », que je dise à quelqu’un tout ce qui tournait en boucle dans ma tête et il fallait que ce quelqu’un ne connaisse rien à mon histoire. Le fait de parler, d’être écoutée et de pouvoir mettre des mots sur mon passé m’a beaucoup aidé. Seulement, ce n’est pas le fait de parler qui m’a aidé, c’est surtout le fait d’agir sur ce que je vis aujourd’hui, ces fameux « ajustements » que recommande la thérapie en question. J’avance doucement mais au moins je ne tourne plsu autant en rond!

  9. Merci beaucoup de ta contribution!!! Ta réflexion me touche également personnellement… parce qu’il y a peu je me suis entendue prononcer des mots que je pensais avoir oubliés, exactement les mêmes que j’avais entendus il y a bien longtemps dans la bouche de mon père et qui m’avait à l’époque blessée… Je n’ai pas compris pourquoi la colère m’avait fait dire ça, ni pourquoi j’avais ressenti sur le moment impérieux de prononcer ces mots. Je crois qu’il y avait au fond l’envie d’une petite fille de faire justice, mais d’une façon qui n’est plus en accord avec ce à quoi la femme que je suis aspire. J’ai regretté ces mots et ai demandé pardon, mais ils m’ont au moins servi à mieux me comprendre…

    • Il y a de ces phrases que l’on pensait avoir enterré bien profond et qui se réveillent un jour… C’est tout à fait ce que je disais plus haut, j’avais l’impression d’avoir effacé des pages entières de mon enfance et voilà qu’elles réapparaissent sans que je fasse quoi que ce soit. Il suffit qu’une scène de vie ressemble à ces moments du passé pour que certains mots s’invitent et il est bien difficile de ne pas les écouter…

  10. Pingback: Relation parents-enfants : peut-on éviter les crises ? #Mini débrief « Les Vendredis Intellos

  11. Pingback: Molecules | Pearltrees

  12. Salut !
    Je vien de tomber sur ce texte que tu as ecrit et je my reconnais tellement. Jaimerais aussi aller me chercher le livre isabelle.. je suis tres impulsive avec mes enfants. Aussitôt quil y a une situation quil ne me plait pas je saute une coche.. apres je men veux a l’infinie x1000… tu as trouver une solution ? Le livre pourrais me donner de bon conseil? Aller consulter pour echanger avec un inconnu sur mes blessures du passé pourrais aider aussi? Je ne sais pas si tu lira mon message mais bon.. ton texte ma fais un grand bien!
    Merci
    Lydia

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