Communication épanouie : alternatives à la punition

C’est après avoir lu la critique de la punition de Faber & Mazlish que j’ai vraiment compris mon propre comportement face à des « bêtises », des maladresses, des erreurs, et que j’ai pu dans un premier temps constater à quel point cette façon de réagir (punir, se punir) est peu constructive et pénible (pour moi comme pour l’entourage).

Et dans un deuxième temps, il faut évidemment savoir par quoi remplacer ces comportements. Quelle réaction apprendre à nos enfants face à une maladresse, une erreur, un comportement inapproprié, un oubli etc ?

Voici quelques pistes trouvées dans Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent.

1 – Exprimer fermement son ressenti (sans attaquer le caractère) : « Je suis furieux que ma nouvelle scie ait été laissée dehors pour rouiller sous la pluie ! »

2 – Expliquer ses attentes : « J’attends que mes outils soit remis à leur place après avoir été empruntés. »

3 – Montrer à l’enfant comment faire amende honorable : « Ce dont cette scie a besoin maintenant, c’est d’un peu de laine de fer et beaucoup d’huile de coude. »

4 – Donner un choix : « Tu peux emprunter mes outils puis les rendre, ou abandonner les privilège de les utiliser. A toi de décider. »

5 – Prendre des mesures : L’enfant : « Pourquoi est-ce que la boîte à outils est verrouillée ? » Le père : « Dis-moi pourquoi. »

6 – La résolution de problème : « Que peut-on imaginer pour que tu puisses utiliser mes outils quand tu en as besoin, et que je soit sûr qu’ils soit rangés quand j’en ai besoin ? » *

Je ne sais pas pour vous, mais moi ce genre de phrase ne me vient pas si facilement, et encore moins quand je suis énervée. Alors j’essaie d’appliquer deux principes :

1) quand je suis énervée par un comportement de mon enfant, commencer mes phrases d’une façon qui puisse difficilement se retourner en attaque contre lui (critique, culpabilisation…), et qui amène plutôt à une description factuelle de la situation. Par exemple « lorsque tu fais ça, je ressens/j’ai l’impression… » « je suis très énervée de voir… »

2) je me demande comment un adulte normal devrait réagir face à cette situation, en me disant que ce comportement normal, il faut bien l’apprendre quelque part. Mettons que mon enfant a mis du chocolat au lait plein la tablette de sa chaise (exemple totalement pris au hasard bien sûr !!). Que ferait un adulte ? Il irait chercher une éponge et un chiffon pour nettoyer.

Et puis de temps en temps je repense à tout ça à froid, particulièrement quand un comportement revient en boucle, qui m’incite à penser que ma méthode pour y réagir n’est pas efficace, ou bien que c’est un passage obligé, enfin bref, essayer de prendre un peu de recul dans un moment calme.

Et vous, comment vous faites ? Vous vous posez ces questions face aux punitions ? Des astuces pour gérer votre colère, trouver les bons mots ? Vous trouvez facilement des alternatives aux punitions classiques ?

Vaallos

* Traduction d’un extrait du chapitre “Alternatives to punishment”, How to talk so kids will listen & listen so kids will talk, Adele Faber & Elaine Mazlish. (Titre français : Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent.)

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20 réflexions sur “Communication épanouie : alternatives à la punition

  1. Pingback: Auto-punition « Vaallos bavarde

  2. Quelle semaine chez les VI, tous les sujets abordés semblent être faits exactement pour moi !!
    Je suis en plein questionnement autour de la punition car j’ai beaucoup de mal à trouver des alternatives. Enfin ça dépend des cas. Pour tout ce qui est bêtise ou maladresse du genre verre renversé, affaires pas rangées…, on a pris le pli de demander au responsable (enfant comme parent d’ailleurs) de réparer dans la mesure du possible. Du coup, plus de cri ni de punition dans ce cas-là. Par contre, dans d’autres situations plus difficiles (pour moi), j’ai plus de mal à garder mon calme et à ne pas envoyer les enfants dans leur chambre. Même si je connais les phrases types à employer, dans la pratique, même quand je les énonce, je n’arrive pas à mettre le bon ton, elles sortent comme des couperets… Il y a encore du boulot !
    Par contre, la phrase que tu proposes : « lorsque tu fais ça, je ressens », je la trouve quand même un peu culpabilisante parce qu’il y a clairement la notion (implicite) de « tu me rends comme ça par ton acte », et donc de « tu es responsable de ma colère (ou autre) », non ?

    • J’ai lu ton commentaire dès que tu l’as posté, et depuis j’y réfléchis. Je n’ai pas de réponse catégorique.
      Oui c’est vrai que quand on exprime son émotion, comme le père qui se dit furieux d’avoir sa scie toute rouillée, on génère de la culpabilité. Et juste en dessous je sous-entends qu’il ne faut pas culpabiliser l’enfant.
      En fait je suppose qu’il y a culpabilisation et culpabilisation. Il y a une grosse différence entre « mais pourquoi tu as fait ça, tu le fais exprès, tu m’en veux, tu te venges sur moi ou quoi ? Et comment je vais faire moi maintenant j’ai besoin de ma scie ! » et « ça me rend furieux qu’elle soit toute rouillée ».
      De toute façon, à moins d’être un yogi, on ne pourra pas ne rien éprouver face aux actions de nos enfants, celles qui nous mettent en colère comme celles qui nous rendent heureux. Et je crois que ça n’est pas souhaitable, parce que l’enfant aussi a ses émotions. Alors cette méthode permet de gérer notre propre émotion (ça fait du bien de le dire, voire de le crier pourquoi pas), et de montrer à l’enfant comment peut se gérer une émotion.
      Enfin, il ne me paraît finalement pas malsain qu’un enfant, une personne en général, fasse attention aux autres pour éviter de leur faire de la peine/de les mettre en colère/de les mettre dans l’embarras/… (et donc d’en ressentir de la culpabilité).
      Dans la limite du raisonnable, il ne s’agit pas de rester en colère trois jours pour un verre cassé évidemment :D
      Voilà ce que ça m’inspire… Qu’est-ce que tu en dis ??

      Sinon, pour ce qui est d’envoyer l’enfant dans sa chambre, ça peut être une méthode pas punitive mais protectrice, tout dépend du discours qui l’accompagne : « va un moment dans ta chambre, je suis tellement furieuse que je vais dire des choses que je vais regretter », « j’ai besoin d’être seule un moment pour me calmer » etc ?

      • Je n’ai pas vraiment de réponse en fait et j’ai profité de ton article car cette question je me la pose souvent quand j’essaye d’appliquer la communication épanouie. Parfois je me sens hypocrite parce que j’utilise ce genre de phrases mais j’ai l’impression de dire quand même « c’est de ta faute  » mais de façon déguisée, un peu sournoise. Mais en même temps je suis d’accord avec toi, il est logique qu’on exprime nos propres émotions à nos enfants et qu’ils se rendent aussi compte des conséquences involontaires de leurs actes.

        Pour l’éviction dans leur chambre, j’avoue l’utiliser le plus souvent comme punition même si ça permet aussi de calmer le jeu de toutes parts. D’ailleurs ils peuvent y faire ce qu »ils veulent, et si je vois que la colère ne diminue pas pour eux, je vais rapidement les voir pour désamorcer les choses. Bref, on fait comme on peut!

      • A propos de la phrase « lorsque tu fais ça, je ressens ça », il suffit juste d’y ajouter un « parce que ça » en donnant les besoins à l’origine de ton sentiment. Par exple pour le chocolat, tu peux dire « quand tu mets du chocolat au lait plein ta tablette, je suis furieuse parce que je vais devoir la nettoyer de nouveau ».
        Une fois que l’enfant sait pourquoi le comportement t’as rendu furieuse, il n’a plus vraiment de raison de culpabiliser puisqu’il y a une raison valable pour que tu sois furieuse, et il a moyen de réparer son action, il sait pourquoi.
        Et dans un dernier temps tu peux compléter avec une demande de ce que tu désires de sa part, de manière à ce que la situation te convienne, par exple « veux-tu nettoyer la tablette après l’avoir salie ? » (bon, je suis d’accord que ça dépend de l’âge de l’enfant tout ça).
        Bon alors, comme ça, on dirait que je me la pète un peu, MAIS j’ai fait un petit résumé de la technique de base de la CNV (Communication Non Violente) du livre « Les mots sont des fenêtres ou bien ce sont des murs » et comme chez moi, ça n’est pas non plus le paradis des fées, j’arrive pas non plus toujours à mettre en pratique.
        Mais c’est une bonne chose d’avoir le schéma « quand… je ressens… parce que… » et parfois, il t’arrive de pas trouver le « parce que » et tu te rends compte que tu râles pour rien, ou alors que la raison ne te concerne que toi et pas l’enfant :D

    • Ils sont aussi faits exactement pour moi !
      Car il y a des moments où je gère pas trop mal mes deux filles (6 mois et 26 mois), mais cette semaine, j’ai vraiment du mal… Et j’ai honte de certaines de mes réactions !

      En revanche, je ne trouve pas qu’expliquer son ressenti soit culpabilisant car au lieu d’éloigner l’enfant de nous comme lorsqu’on leur fait un reproche, on le rapproche de nous en suscitant son empathie. Et même si un tout-petit n’en est pas vraiment capable, ça lui donne au moins un exemple du comportement adapté lors d’une grande émotion : on le droit d’être en colère / triste / énervé et de le dire, mais pas de taper / griffer / mordre / se rouler par terre / abîmer les affaires…

      Ça c’est la théorie… Dans la pratique, j’ai beaucoup de progrès à faire !

      Ce qui me rend folle, c’est quand l’aînée s’attaque à la cadette. Et en ce moment, c’est tous les jours, plusieurs fois par jour. J’ai tenté toutes les astuces lues ici et ailleurs, rien n’y fait, je deviens chèvre !

      NB : j’ai tenté la « réparation d’une maladresse » version « Montessori », en faisait confiance à mon aînée pour ramasser les morceaux du verre qu’elle avait cassé à 13 mois, j’en suis encore impressionnée quand j’y repense. Je lui ai montré comment on ramasse sans se couper les gros morceaux, comment on balaie les plus petits. Elle m’avait tellement impressionnée…
      Maintenant, à 2 ans, elle se débrouille toute seule (même si je doit évidemment l’aider fignoler, sinon il reste la moitié des morceaux au sol) ! Et elle me dit en rigolant : « manger encore du N*tella, maman ? » (nos verres sont d’anciens contenants de la fameuse pâte à la noisette…)

      • C’est vrai qu’on a du mal à franchir le pas, à se dire qu’à 13 mois ou 2 ans on peut vraiment les laisser ramasser du verre, et puis ils nous épatent ces petits, et en plus ils sont drôlement fiers d’eux…
        Je n’ai pas tenté, il faut dire aussi que la fois où il y a eu de la casse, il y avait mes parents, et je n’aurais pas assumé de le faire devant eux ^^ » Mais au maximum (mon fils a 18 mois) je le fais participer à la réparation de ses gestes (comme faire un beauuuuu dessin à la craie sur le canapé (vive la craie !!!))

  3. Pour le point numéro 2, je prends le problème un peu dans l’autre sens : on a tendance parfois à abuser d’autorité parce qu’on est « plus grand » que l’enfant. Moi ce que j’essaie de me poser comme question c’est « comment est-ce que je réagirais face à un autre adulte dans cette situation ? ». Je lui dirais où sont rangées éponges et chiffons (sans avoir à lui expliquer, vu qu’il a atteint l’âge de raison, que c’est pour nettoyer, ni comment on nettoie).
    Puis je remets cela à la portée de l’enfant.

    La réparation, ou subir les conséquences naturelles de l’action, sont effectivement des bonnes pistes, à adapter en fonction de chaque âge.
    La conséquence naturelle de l’action, c’est expliquer que tant qu’il n’est pas capable de manger proprement OU de manger comme un cochon et nettoyer tout seul OU de manger comme un cochon et que ça ne noue dérange pas de nettoyer, il n’aura pas de chocolat.

    Envoyer un enfant dans sa chambre « pour le principe » j’ai du mal et je ne fais pas.
    L’y envoyer parce que je suis tellement en colère que je n’ai pas envie d’être dans la même pièce que lui, ou qu’il continue de faire trop de bruit dans la pièce commune et que donc c’est désormais là bas qu’il ira faire son boucan, j’ai pas de scrupule.

    • Effectivement j’aime bien cette façon de se représenter les choses, partir de ce qu’on ferait avec un adulte et adapter à l’âge de l’enfant, merci de ce conseil

  4. Merci beaucoup de ta contribution!!! Et ravie de te revoir par ici!!!! :-)
    Une seule chose m’interpelle? Qu’entends-tu par « adulte normal »? As-tu le sentiment que quelque chose dans cette approche n’est pas « normal »?

    • Merci de m’avoir lue (mais comment fais-tu ??!)
      Adulte normal est probablement une formulation maladroite, adulte aurait suffit. Mon idée était de dire, une personne avec des réactions d’adulte, à l’opposé d’un adulte qui se conduirait comme un enfant, je ne sais pas si c’est tellement plus clair comme ça ^^ »

  5. Une règle à retenir : quand je sens que je vais mal réagir si l’enfant ne se comporte pas comme je l’attends, je ne tends pas le bâton pour me faire battre. C’est facile pour moi d’être ferme quand je peux dire « je ne suis pas prête à supporter que ça se passe mal. Si ça arrivait, je serai méchante avec toi et je ne veux pas de ça. Donc je ne t’autorise pas à faire ça. »
    Je suis zen, j’assume mon besoin et je protège mon enfant de ma colère.

    Si je décide d’autoriser l’enfant à faire une chose en sachant qu’il risque de gérer d’une façon qui ne me conviendra pas, alors je ne peux que me blâmer MOI MEME de l’avoir laissé faire. Je suis seule responsable de ma colère et pas lui.

    Du coup, je suis plus zen, les limites sont faciles à poser, claires.

    Le jour où j’ai décidé de cesser d’être patiente, la punition n’a plus eu aucun sens et ma violence s’est nettement apaisée. J’ai pu utiliser ma colère à bon escient pour faire changer les choses et non la transformer en agressivité ;-) (et chaque fois que je suis agressive, c’est systématiquement parce JE ne me suis pas respectée).

    Sandrine

    • Je suis d’accord dans le sens où je me sens toujours responsable quand mon fils a un comportement qui me mets en colère: Hurler parce qu’il ne veut pas rendre un objet, je n’aurais pas dû le tenter avec cet objet; Hurler parce qu’il veut ENCORE du chocolat: je n’aurais pas dû commencer à lui en donner; Renverser un verre / mettre du feutre partout: je l’ai laissé faire quelque chose dont je pouvais prévoir que ça allait mal finir.

      Mais je trouve les limites très difficile à poser! Et j’ai souvent envie de « prendre le risque », je n’ai pas tellement envie de le contraindre en permanence. Et puis que faire quand l’enfant trouve un moyen de transgresser la limite systématiquement??

      • J’ajoute que j’ai du mal à ne pas retenter de temps en temps, même quand je sais que si ça se passe mal ça risque de partir en cacahuète, car je me dis que mon fils évolue vite et qu’il a bien le droit à d’autres chances (mais c’est peut-être déjà ce que tu entends par contraindre).
        Et pour la limite toujours transgressée, je me pose la même question. Ici ça arrive dans des circonstances précises de fin de journée/fatigue/stress/fin (bref qqchose qu’on ne peut pas résoudre dans l’immédiat), et ça se termine bien souvent en isolation dans sa chambre, parce qu’on ne peut pas le détourner de sa « bêtise » qui est je crois une recherche d’attention pour qu’on règle son problème

    • La phrase « le jour où j’ai décidé de cesser d’être patiente » m’a bien marquée et j’y repense beaucoup depuis :)
      J’ai envie de rapprocher ça du lâcher-prise, faire le tri dans les situations énervantes en s’épargnant toutes celles qu’on peut éviter.
      Pour les autres eh bien… je n’arrive pas toujours à faire ce que je voudrais…

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