Le temps de sommeil des ados

 

Le sommeil me fascine toujours autant et je commence à me sentir légèrement concernée par les sujets sur l’adolescence, alors j’ai sauté sur la suggestion de lecture de Mme Déjantée « La chute du temps de sommeil au cours de l’adolescence »

Il s’agit d’un article paru dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire du 20 novembre 2012, publié par l’institut de veille sanitaire, et dédié aux troubles du sommeil en France.

Un questionnaire a été soumis à 9251 élèves français âgés de 11 à 15 ans, dans le cadre d’une étude intenationale sous l’égide de l’OMS « Health behaviour in school-aged children. » (« comportement des enfants d’âge scolaire en matière de santé »). Les questionnaires incomplets ayant été elliminés, l’analyse a porté sur 8393 sujets.

Différentes étude ont en effet montré que le temps de sommeil moyen dans les pays industrialisés a tendance à diminuer.

Une diminution du temps de sommeil quotidien a en effet été observée chez les adultes dans les pays industrialisés. Plus d’un tiers des jeunes adultes serait ainsi en manque chronique de sommeil au cours de la semaine [6]. Cette privation de sommeil est en partie volontaire et liée à la mise en compétition du sommeil avec de plus en plus de loisirs accessibles à la maison, voire dans la chambre à coucher : télévision, Internet, téléphone mobile, lecteurs audio et vidéo. Elle est en partie involontaire, en lien avec les horaires de travail ou de cours chez les plus jeunes, l’augmentation du temps de transports chez tous, le travail à horaires décalés parmi les actifs occupés

Or, il a été montré qu’un temps de sommeil inférieur à 6 heures par 24 heures était, chez l’adulte, significativement associé à une surmortalité et une surmorbidité par obésité, diabète de type 2, HTA, maladies cardiovasculaires et accidents de la circulation [7;8]. Chez l’enfant et l’adolescent, quelques premiers travaux font aussi supposer un risque d’obésité accru chez les petits dormeurs [9].

Il y a donc un enjeu de santé à explorer les temps de sommeil, des adultes aussi bien que des enfants.

Quelques définitions ont été posées qui ne sont pas « standardisées » mais que l’on comprend aisément :

  • le temps de sommeil total avec classe le lendemain, ou sans classe le lendemain , calculé par différence entre l’heure du coucher et l’heure du réveil
  • le sommeil de courte durée : c’est le temps de sommeil quotidien au-dessous duquel il est admis qu’il y a des risques pour la santé. Pour un adulte, c’est en moyenne 6 heures, pour un adolescent, les auteurs de l’étude ont considéré que c’était 7 heures
  • la dette de sommeil : c’est la durée supplémentaire de sommeil le week end. Chez l’adulte, il est admis que lorsque le temps de sommeil du week end est supérieur de 90 mn à celui de la semaine, c’est révélateur d’une privation de sommeil. Pour l’adolescent dont les temps de sommeil totaux sont supérieurs, cette valeur est portée à 2 heures.

L’ensemble des résultats est compilé dans le tableau suivant : (cliquer sur le tableau pour agrandir)

 

Quels sont les principaux constats :

Les jeunes de 15 ans dorment en moyenne 1h31 de moins que ceux de 11 ans

Le phénomène de compensation pendant le week end associé à la baisse du temps de sommeil total avec classe le lendemain concerne 16% des jeunes de 11 ans et 40% des jeunes de 15 ans

La dette de sommeil touche 16% des 11 ans et 40% des 15 ans, avec une dette significativement plus important pour les filles (47,6%) que pour les garçons (32,7%)

La proportion d‘enfant de 15 ans  ayant un sommeil de courte durée (inférieur à 7 h par jour) est d’environ 25% 

Et il n’est pas surprenant de constater que les enfants qui déclarent regarder la télévision le soir, ou utiliser un ordinateur ou un téléphone portable relié à internet sont ceux qui dorment le moins.

On comprendra la portée de ce constat quand on aura rappelé que la plupart des pédiatres et spécialistes du sommeil de l’enfant recommandent un temps de sommeil d’au moins 9 heures au cours de l’adolescence, pour favoriser la croissance, l’apprentissage et l’équilibre physique et psychologique.

 

La question qui se pose est le lien entre facteurs biologiques et mode de vie.

En effet, dans  une étude publiée en 2010 par le National Geographic dont je parlais ici, il est clairement montré que la physiologie du sommeil change chez les adolescents avec une tendance à l’endormissement plus tardive, et un réveil naturel plus tardif aussi. (voir ci-dessous le diagramme des phases de sommeil)

 

Cela dit ce diagramme a été enregistré avec un ado d’aujourd’hui . Serait-il différent chez un adolescent vivant dans une société coupé de la civilisation comme il en existe encore quelques une en forêt amazonienne ?

Toujours est-il que cela perturbe beaucoup la vie familiale. C’est même le thème d’un chapitre complet intitulé « Jet lag » du livre « L’ado et le bonobo » de Natalie Levisalles.

Et voilà qu’on se retrouve face à un adolescent d’environ 13 ans , incapable de s’endormir avant 23 heures, au mieux  et qui ne s’extrait de son lit le matin que contraint et forcé, et dans l’état de fraîcheur d’un voyageur qui vient de faire Paris-Tokyo en classe économique.

Et de citer une autre étude de Mary Carskadon, spécialiste du sommeil de Browm University au Etats Unis :

Comme toutes les autres études, celle-ci a montré que les lycéens compensaient le manque de la semaine par une boulimie de sommeil le week end, ce qui explique Mary Carskadon , est à la fois bon et mauvais. C’est bon parce que cela réduit la dette de sommeil. C’est mauvais parce que le message envoyé au corps et au cerveau dit : « le moment où on dort c’est entre 2 h du matin et 2 h de l’après-midi », ce qui ne fait qu’aggraver la dérive de l’alternance veille – sommeil.

Et plus loin :

Il y a quatre-vingt ans, un adolescent qui vivait à la campagne sans électricité et qui avait l’habitude de se lever à l’aube pour travailler dans les champs, vivait bien sûr les changement physiologiques de la puberté, mais ces changements pouvaient n’avoir que très peu d’effets sur son comportement. Quand on est allongé dans le noir après un effort physique et prolongé, ou quand on lit un livre à la chandelle ou à la lumière d’une lampe de chevet, la sensation de sommeil l’emporte facilement sur les modifications de la puberté.

Ce dernier paragraphe me rassure un peu : je commençais à me croire anormale.

En effet, je n’ai jamais ressenti ce « jet lag » de l’adolescence, certainement parce que je faisais tous mes trajets à pied, et étais peu autorisée à regarder la télévision le soir pendant mes années de collège et de lycée.

Bien sûr nous ne pouvons pas couper nos ados du monde dans lequel ils vivent.

Mais ces études me renforcent dans l’idée qu’il est nécessaire de mettre quelques limites et à assumer le rôle de « vieux con » qu’il ne manqueront pas de nous attribuer :

– pas de télévision dans les chambres,

– pas de téléphone portable au lit

– télévision limitée aux jours sans classe le lendemain

– promenade en forêt le week end dès que le temps s’y prête

– activité sportive

– lecture le soir

– …

C’est non exhaustif et adaptable selon les codes de chaque famille.

Je suis la première à profiter des bénéfices apportés par les écrans, mais je suis fermement convaincue qu’il ne faut pas les laisser envahir nos vies, et surtout nos nuits (c’est valable aussi pour les adultes :)) )

 

Il y aurait sans doute d’autres thèmes à creuser autour de la recherche d’un sommeil de bonne qualité, tels que l’alimentation, la pratique de la musique ou de la relaxation quand les tensions imposées par nos modes de vie sont trop importantes.

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5 réflexions sur “Le temps de sommeil des ados

  1. Merci beaucoup Phypa de cette contribution si bien documentée!! Mon aîné ayant depuis tout petit des difficultés à trouver le sommeil (sauf que pour l’heure ça le fait paniquer, car il connaît parfaitement les chiffres et s’angoisse à l’idée de ne pas avoir suffisamment dormi^^!), je me demande bien ce que cela donnera à l’adolescence…!
    Personnellement, j’ai le souvenir d’avoir ressenti d’énormes difficultés à m’endormir lorsque j’étais en classe de terminale (mais jamais auparavant).. pourtant je n’avais ni télé, ni portable.. simplement je trouvais magique ce temps où tout le monde dormait sauf moi et je passais des soirées entières à bricoler des trucs accumulant ainsi de nombreuses heures de dettes de sommeil…

  2. Merci pour cet article ! Cela reflète assez bien les nuits de mes ados (13 et 14 ans). L’aînée dort très peu, environ 6/7h la semaine. Elle passe ses nuits à bouquiner et écrire. Pourtant, c’était une vraie marmotte, petite. La deuxième, elle, souffre plutôt d’insomnies et angoisse à l’idée de ne pas réussir à s’endormir (hélas, cercle vicieux). Et quand je vois mon 5ème enfant, 4 ans bientôt, légèrement insomniaque, qui se satisfait de 5h de sommeil pour être en forme, je crains pour nos nuits à son adolescence !

  3. Je ne sais pas comment je serai quand mon fils attendra l’adolescence… J’approuve les limites que tu poses, mais j’avoue que j’ai beaucoup de mal à me les appliquer à moi-même!! Le coucher est le SEUL moment de ma journée où je peux faire ce que je veux (et encore pas toujours), et donc j’ai tendance à rogner sur le sommeil pour faire rattraper un peu sur les choses complètement vaines dont je me suis frustrée toute la journée (aller sur twitter, lire des blogs, ou même juste réfléchir, laisser partir mes pensées dans tous les sens par exemple). Résultat, après je ne peux plus m’endormir parce que l’écran et la concertations avec moi-même ont cet effet sur moi!

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