L’amour équitable est-il raisonnable ?

Ne soyez pas induits en erreur par le titre de cet article : nous ne parlerons pas ici de commerce équitable d’amour !  Mais plutôt de la répartition équitable de l’amour au sein de la famille.

Fréquemment lors de discussions avec de futures multipares (entendez par là les mamans d’un seul enfant qui ont en projet d’avoir un second enfant, ou pas d’ailleurs entre autre à cause de « ca »), l’une des principales angoisses du couple parental est la peur de ne pas savoir aimer le second enfant à venir « pareil » que le premier.

Souvent, ce premier enfant est le centre de leur vie depuis quelques mois voire quelques années, certains ont avec lui une relation très fusionnelle, un amour sans bornes et il leur semble inconcevable d’arriver à partager cet amour avec un autre enfant. Ils ont peur de moins aimer ce « petit deuz », ou que la venue de celui-ci détériore leur relation avec l’ainé.

Cette angoisse est-elle vraiment justifiée ?

Ma première réponse, c’est celle que beaucoup de multipares partagent une fois l’enfant (ou les enfants) né : l’amour grandit avec la famille, il ne se divise pas, il se multiplie. Le temps, certes, lui ne grandit pas et se divise, mais cela n’empeche en rien de cultiver avant tout la qualité des moments passés avec chacun quitte à perdre un peu en quantité.

Mais une seconde réponse s’ajoute à la première, histoire de bien déculpabiliser le parent que nous sommes et qui passe une bonne partie de son temps à se remettre en question, chose louable car c’est ainsi que l’on progresse, entre autres !

Cette réponse, même si en mon fort intérieur et au fil des naissances et années je l’avais déjà mûrie, je l’ai trouvée parfaitement expliquée dans un passage du livre de Jeanne Siaud-Facchin : L’Enfant surdoué L’aider à grandir, l’aider à réussir (éditions Odile Jacob). Je vous en livre l’extrait :

Dans une famille, il est courant de constater à quel point deux enfants, pourtant élevés par les mêmes parents avec des normes socioéducatives identiques, auront des personnalités très différentes. La réalité, c’est aussi que les parents ne sont pas les mêmes avec chacun de leur enfant, un ajustement se met en place entre eux : on ne réprimande pas de la même façon un enfant qui se rétracte instantanément et un enfant qui s’oppose, on ne prodigue pas la même tendresse à celui qui cherche le contact physique et à celui qui fuit toute tentative d’approche, on ne pousse pas un enfant casse-cou mais on encourage par contre un enfant timide et réservé, bref… l’enfant crée le parent et réciproquement. Il est illusoire de croire que l’on est le même avec chacun de nos enfants ! Et on aime chacun différemment !

A la lecture de ce passage du livre, je me suis entendue lancer un « Ouffff… » et soudain, un poids assez conséquent, de remords, de culpabilité, de regrets, s’est soudainement envolé !

La seconde d’après, je me suis interrogée sur ce qui créé ces différences de relation avec chacun de mes enfants, me demandant s’ils en pâtissaient ou si c’était ce qui leur convenait. Je me suis dit que le mieux était de leur en parler, chacun avec les mots de son âge, même si je sais pertinemment que le premier ne me révèlera rien de ses réflexions et fera comme si ca n’était pas important (elle est belle sa carapace, n’est-ce pas ? et bien dure… !), que la seconde prendra ça à la légère, voire trouvera ma question idiote mais y réfléchira une fois la lumière éteinte et risquera de revenir m’en parler plus tard quand ça aura bien germé dans son esprit, que le troisième va me dire qu’il veut toujours plus de bisous et de calins et que le quatrième va me demander à téter !

Mais au moins aurai-je ouvert la porte, qu’ils seront libres de laisser ouverte ainsi et évoluer, de seulement l’entrebailler pour l’ouvrir en grand plus tard, ou carrément la refermer, par pudeur ou par soucis de cultiver leur jardin secret.

Léona

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8 réflexions sur “L’amour équitable est-il raisonnable ?

  1. J’aime bcp…Ta façon d’écrire et aussi ce que tu y a mis, ça résonne bcp en moi pk je m’interroge bcp à ce sujet en ce moment…
    Alors merci :)

  2. Merci beaucoup de ta contribution et bienvenue parmi nous!!! Je pense que se demander si on peut être le même parent avec tous ses enfants revient à se demander si on peut contempler une seule fois le même fleuve couler…ta réponse est juste et nous déculpabilise autant qu’elle peut inquiéter car pour certains parents la seule perspective de ne pouvoir absolument pas être le même pour chacun de ces enfants est une brèche potentielle vers une dérive qu’ils ont peut être connu personnellement et qui empoisonne le quotidien familial: celle de « l’enfant préféré », dont on peut mesurer les stigmates même chez les personnes âgées.
    Je dirai donc que non seulement il ne nous est pas possible d’être le même avec chacun mais, en plus, nos enfants ont besoin que nous nous adaptions à leurs spécificités, ils ont donc besoin que nous ne soyons pas les mêmes avec chacun (voir à ce sujet les contributions sur Faber & Mazlish, Aimer pareil c’est aimer moins).

  3. Même s’il en aurait fallu plus que ça pour me faire renoncer à l’idée du petit 2e, j’avoue que la réponse consistant à dire que « tu verras, on les aime tous aussi fort, mais différemment », ne me rassurait pas franchement !
    Et pourtant, c’est vrai. Je les aime aussi fort dans le sens où ils sont tous les deux mes enfants, que j’ai portés, mis au monde, appris à découvrir et à aimer mais ils sont, depuis le départ, tellement différents ! Alors je m’adapte, je compose, je ne vais pas chercher la même chose auprès de chacun (notamment l’histoire des câlins et bisous comme tu dis, suivant leurs personnalités) et puis parfois, je culpabilise… Parce que ma fille étant un peu plus « facile à vivre » dirons-nous, j’ai parfois l’impression d’avoir moins de patience pour elle dès que quelque chose ne va pas. Comme si mon fils (2 ans), cet éternel angoissé, aussi bien bébé que maintenant, me pompait déjà, en priorité, le plus gros de ma capacité à être patiente. En même temps, sa soeur étant toute petite (3 mois et demi), c’est aussi elle qui aura la priorité si jamais elle pleure ou a besoin d’être portée.
    Bref, c’est pas toujours simple mais être tous ensemble, ça multiplie surtout l’amour et les marques de tendresse pour les uns et les autres. Ca enrichit le grand frère, je pense, de devoir prendre en compte un autre petit être plus jeune que lui, d’avoir une future complice plus tard « face » à ses parents, etc. Bon, je vais pas virer au plaidoyer pour le « petit deuz » (voire plus) mais c’est certain que personne n’y a perdu en place et en qualité des sentiments :-)

    • Bonjour Léona . J’aime beaucoup ton article et et me parle assez bien . Mon fils n’avait « que  » 19 mois quand je suis tombée enceinte de ma fille . Alors que pour avoir mon fils, j’avais dû prendre des traitements contre l’infertilité, ma 2eme est arrivée comme une fleur. Bref, vu le parcours de naissance, mon fils etait (comme toutes les mamans) le centre de l’univers !!! Bref, pour ma 2eme grossesse , culpabilité : je n’ai pas eu le temps de  » profiter » assez de mon fils, je vais devoir le délaisser, comment puis-je aimer 2x autant?
      Bref, d’innombrables questions . on m’a dit aussi ce fameux  » tu les aimeras autant mais différemment » . Ca me paraissait tres ……. Abstrait.
      Et à la seconde où l’on a posé ma fille sur moi , j’ai compris : oui, je l’aime autant que l’autre, et oui, on est capable d’aimer autant 2x ! en ce qui concerne le temps …. le quotidien m’a appris que oui , je dois parfois  » délaisser ( c’est un grand mot ) l’un au profit de l’autre en fonction de leurs besoins, mais que ça leurs permets un certain apprentissage de l’autonomie. Et non, je ne donne pas identiquement la même chose à chaque enfant, car ils ne sont  » identiques » et n’ont pas les mêmes besoins en matière d’affection . Pour le reste, on fait comme on peut, comme tous le monde ;)

  4. Très intéressant !
    Je trouve très rassurant cette idée que l’on est nécessairement un parent différent pour chacun de ses enfants. Rassurant en tant que parent mais aussi en tant qu’ancien enfant de ses parents …
    Personnellement, ce qui me fait le plus peur avec un petit deuz ce n’est pas la quantité de l’amour car j’ai l’intuition qu’on aime de façon inconditionnelle tous ses enfants, mais j’ai surtout peur de la gestion du temps, des disputes et de la distribution de l’attention.

  5. Moi aussi je suis rassurée par ce billet, même si intuitivement je me doutais bien qu’on ne pouvait pas aimer exactement de la même façon. Pour ma part, en fonction des périodes j’ai plus de facilités avec l’un ou l’autre de mes enfants, mais j’essaye d’être attentive à ne jamais en léser un par rapport à l’autre. Pour ce qui est de l’amour que je leur porte, il est bien sûr incommensurable !

  6. Quand je suis tombée sur ce passage du livre et le sentiment de « zenitude » qui s’est en suivi, j’ai tout de suite eut envie de le partager, c’était une évidence, il fallait le dire, parce qu’on ne me l’avait jamais dit et j’avais gardé ces sentiments pas super agréables en moi tellement longtemps !
    Je suis heureuse que mon article vous ait parlé.
    Je peux comprendre aussi que ca puisse effrayer, mais comme le disait une de mes « cyber-amies », aimer différemment chacun de ses enfants, c’est ce qui fait la richesse et la diversité d’une famille où chaque membre, de par sa singularité, vient apporter son petit plus :)

  7. Pingback: Z’a le droit, z’a bezoin! {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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