Je ne sais plus quand j’ai entendu parler de la pédagogue Stella Baruk pour la première fois. Je crois que ce n’était pas très longtemps avant de la rencontrer dans une librairie parisienne, à l’occasion de la sortie de son livre « Si 7=0 ». Alors jeune prof de math débutante, j’avais trouvé sa présentation passionnante.

J’ai ensuite lu deux de ses livres : « Si 7=0 » et « Échec et maths ».

Puis en 2010, pendant les journées du centenaire de l’APMEP (Association des Professeurs de Mathématiques de l’Enseignement Public), je me suis inscrite à l’atelier dans lequel elle intervenait, sans même en lire le descriptif. L’atelier n’avait rien à voir avec mes besoins immédiats, comme les nouveaux programmes de je-ne-sais-plus-quelle-classe. Ce n’était pas non plus le genre d’atelier de culture générale mathématique ou de théorie des jeux (les profs de math adooorent ces thèmes). Mais encore une fois, ce fut un plaisir et un grand enrichissement d’entendre cette enseignante.

Puis le prof de math stagiaire dont j’étais tutrice l’année dernière m’a fait découvrir le film de Camille Guichard « Il n’y a pas de troubles en mathématiques, il n’y a que des enfants troublés ». Ce documentaire qui suit l’immense pédagogue à travers ses cours et conférences est la meilleure façon de découvrir Stella Baruk. Il se trouve très facilement dans les médiathèques.

Mais qu’a donc Stella Baruk de si particulier, pour que je l’admire autant ?

Déjà, elle est drôle. Regardez-la dans ce court extrait du film dont je parle plus haut.

Et lisez ce délicieux paragraphe tiré du lire « Échec et maths » :

Prêt à toute éventualité, il faut vraiment l’être, quand on se trouve en qualité de « faiseur de mathématiques » dans n’importe quelle microsociété. De l’agression : « Vous qui savez calculer, ça fait combien quatre soixante-quinze pour cent de mille neuf cent trente-deux ? » à l’admiration familière : « Y en a là-dedans ! » ou policée : « Je vous admire, parce que, pour moi, les maths, c’est de l’hébreu ! » ; de la mondanité : « Alors, vraiment, vous seriez capable de me dire pourquoi ax² + bx + c est obstinément égal à zéro ? » à la méchanceté : « Vous, vous ne devez pas être drôle tous les jours » ; de l’envie : « Vous en avez de la chance… ce que ça doit être beau quand on a compris tout ça… » à la misogynie : « Vous savez aussi faire la cuisine ? » ; il faut s’attendre à tout et n’importe quoi, y compris à rencontrer des gens que ça n’impressionne nullement, car, ayant un cousin, ou un oncle, ou un ami « matheux », ils peuvent présumer de vos intentions et prévoir vos réactions.

Drôle oui, mais évidemment elle brille surtout par ses enseignements, par le contenu de ses travaux de recherche en pédagogie et par sa lutte contre l’échec scolaire.

Certaines de ses idées m’ont particulièrement marquée. Le documentaire dont je vous parlais plus haut en donne un excellent aperçu.

– la non-pertinence de faire travailler des enfants très jeunes sur des problèmes d’argent, comme l’achat de bonbons ou la vente de kilos de carottes ;

– les relations entre la langue française et l’apprentissage des nombres ou pourquoi il faut découvrir le nombre trente-sept avant le nombre douze ;

– ses critiques sur l’importance de « Voir » en géométrie…

Et sans m’en rendre compte, je me suis petit à petit approprié des réflexions à propos du « concret » en mathématiques :

Il y a deux ans, j’ai écrit un petit article sur mon blog à propos du leurre – selon moi – qui consiste à vouloir faire croire que les mathématiques pourraient se ramener à des problèmes concrets, et qu’il vaudrait mieux faire appel à la vie courante pour aider les élèves. J’avais présenté l’exemple du cercle. Le jour où j’ai écrit cet article, je ne savais plus du tout que Stella Baruk me l’avait inspiré ! Aujourd’hui, en écrivant cette première contribution aux Vendredis Intellos, je m’en suis souvenu. En revanche, impossible de savoir si je l’ai entendue parler sur ce sujet, ou de retrouver si cela provient d’un de ses livres…

Qu’importe ! Stella Baruk est la seule meilleure formation que j’ai reçue pour mon métier, mais aussi pour mes activités dans l’éducation populaire (animatrice, directrice de colos, formatrice Bafa…).

June Prune