Punir: signe de débordement ou nécessité?

Je participe trop rarement aux vendredis intellos dans la rédaction d’articles du moins car je lis ceux des autres mamans. Haut le niveau de certains articles, je me dis que j’ai du perdre quelques neurones à mon accouchement moi! Une solution de facilité: réagir sur un article rédigé par une neuroneuse :-) Il y a quelques semaines, je suis tombée sur une liste de citations et j’étais d’accord avec la majorité, quand je ne suis pas d’accord, je suis du genre à passer mon chemin mais une m’a choquée.

Les parents punissent parce qu’ils sont dépassés et impuissants. L’enfant le perçoit et perd confiance en ses parents, cela l’insécurise, et cette insécurité se manifestera par davantage de comportements déviants.

C’est une citation d’Isabelle Filliozat, une des premières psychologue-psychiatre non médecin et auteure de plusieurs livres sur la relation parents-enfants, la confiance, la non-violence… Le fait de ne pas aimer cette citation ne veut pas dire que je remets en cause son œuvre ni ses compétences. Sais faire la part des choses moi!

On va faire comme au lycée (faut bien qu’il y ait de bons restes), on va décortiquer: c’est quoi une punition? Fait de sanctionner. Les synonymes font peur: blâme, châtiment, colle, condamnation, consigne, correction, leçon, peine, pénalisation, pénalité, prison, répression, retenue, salaire, sanction, schlague, supplice, talion, vengeance, vindicte. Dans cette longue liste, il y a clairement deux catégories: les punitions vraiment mauvaises (je ne trouve pas d’autres mots) avec par exemple, le supplice, la vengeance… et l’autre qui ont un effet de (re)cadrage comme la correction.

Punition: tu me copieras...

Punition: tu me copieras…

Une punition peut être juste

Une sanction peut selon moi être juste et justement quand elle ne provoque pas insécurité et perte de confiance chez l’enfant. Une sanction juste est également une sanction donnée par des parents en pleine capacité de leur jugement (pas en phase d’hystérie quoi!). Ce n’est en effet pas quand on perd son contrôle qu’on est capable de corriger correctement.

Je n’aime pas cette citation qui culpabilise les parents. C’est dommage de donner une mauvaise image de la punition. La punition permet de donner des limites. Il faut que l’enfant sache que parfois il va trop loin.

L’enfant va connaître des phases d’opposition qui démontre qu’il change, qu’il grandit. Ces étapes sont « faites d’orages et de tensions qui impliquent négation et rébellion ». Je pense que pendant ces phases qui sont difficiles pour l’enfant mais aussi pour ses parents, il faut adapter une discipline souple. Mais une discipline tout de même. L’enfant va vouloir s’imposer, se tester et qui fixe les limites? Nous car nous sommes son professeur. A nous de lui donner les bases pour en faire un adulte épanoui. J’ai utilisé le mot discipline qui lui aussi est utilisé aujourd’hui péjorativement.

Rebelotte, nouvelle définition: la discipline est l’instruction, l’éducation et l’entrainement mais aussi régler et corriger. En tant que professeur, à nous d’encourager les bons comportements et de veiller à ce que note enfant comprenne quand son attitude n’est pas appropriée. Je n’aime pas écrire ces mots qui me font penser aux moutons suiveurs de tout. ce n’est pas ce que nous souhaitons n’est-ce pas pour nos enfants?! Nous souhaitons qu’ils soient épanouis avec leur individualité mais tout en connaissant les règles de la société.

Avec ce genre de citation, on a peur d’exercer son autorité. « Si j’en arrive là, c’est que je suis nulle ». Je ne suis pas d’accord du tout. Il y a des enfants qui sont faciles et donc vous n’aurez pas besoin de punition, lever le ton va suffire (la catégorie de ma fille, pour le moment…) et d’autres enfants auront besoin qu’on leur explique plus durement pourquoi ils peuvent, ils ne peuvent pas, ils doivent, ils devraient…

On a peur d’exercer son autorité car notre enfant va avoir des « comportements déviants » à cause de nous. Là encore, je trouve que c’est très vite pousser le bouchon très loin… Y a-t-il un lien entre punition et grandes psychoses?

Comment bien punir?

Selon Dodson, mon seul livre de chevet sur l’éducation, il faut utiliser la punition en dernier ressort. Je suis d’accord. Commençons par signifier notre désaccord avec bébé (ou l’enfant), expliquons… Parfois, même ma fille quand j’y vais avec toute la douceur du monde va s’énerver, hurler… Je la mets donc ce que l’on appelle « au coin ». En réalité, je l’assois sur le canapé et part faire ma vie dans la cuisine généralement. Elle hurle puis se calme et reviens généralement un jouet à la main. Car « la comédie s’arrête quand il n’y a plus de spectateur ». C’est le meilleur moyen que la crise s’arrête (mais en public… c’est rarement possible, on passe pour des laxistes!)

Il y a 3 sortes de punition: la privation (par exemple si tu dessines sur le mur avec tes crayons, je te prive de tes crayons), l’isolement (si tu frappes un camarade, si tu cries… Va te calmer ailleurs) et la fessée (qui est qualifiée de bonne quand elle apaise les tensions de tout le monde).

La punition ne doit jamais: humilier, menacer, culpabiliser, corrompre (si tu as une bonne note, je t’offre ceci: perte de motivation première) et surtout elle doit être immédiate. C’est comme un chien qui pisse quand et là où il ne faut pas: pourquoi le punir plus tard? Un gosse c’est pareil! Quand ma fille touche la vaisselle, je lui dis de suite de ne pas toucher et je ne lui dis pas « attends que papa rentre et tu seras punie »….

Bien sûr, sur le moment, notre enfant adoré va sans doute nous en vouloir. « C’est pour son bien », je crois qu’on l’a tous entendu! Je ne le dirais pas comme ça, oui c’est désagréable mais apprendre les limites ne l’est jamais!

The working mum

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15 réflexions sur “Punir: signe de débordement ou nécessité?

  1. Et pourtant…
    Selon moi, il y a une différence entre donner un cadre (recadrer) à un enfant, en lui expliquant ce qui gêne, et en cherchant une solution satisfaisante pour chacun et décréter que son point de vue de parent est le bon, de manière absolue.
    Pour moi, une punition juste (selon la définition, donc, une sanction juste), ça me parle autant qu’un parent parfait.
    Et si l’on considérait juste que vivre avec un enfant, c’est vivre avec un autre être humain, certes en construction, mais pour le coup, peu importe : vivre avec quelqu’un d’autre, il y a des situations où les avis divergent, on en parle, on s’écoute, on essaie de régler ça au mieux pour tous.

    J’ai pas encore commencé à lire Filliozat (c’est prévu pour ce week end), mais cette citationne me paraît pas culpabilisante ; cependant elle est dérangeante parce qu’elle nous oblige à nous poser LA question qui tue : en étant comme je suis avec mon enfant, est-ce que je le respecte ? est-ce que je lui permets de se construire du mieux qu’il peut ?
    La réponse est évidemment : « oui, mais pas tout le temps », tout simplement parce qu’on est humain, avec son lot d’errements, et d’erreurs (puisque c’est dit dans le célèbre proverbe), en toute humilité, non ?

    • On peut donner un cadre quand l’enfant est dans une phase sereine, prendre le temps de lui expliquer… mais quand il crise et qu’il ne se calme pas, je ne vois pas d’autres possibilités que de le punir par diverses solutions en fonction du contexte. Par ex, quand ma fille fait une crise et me hurle dans les oreilles au point que j’aimerais etre sourde (hihi), je préfère la mettre sur le canapé et m’en aller dans la cuisine…. Elle se calme et reviens gentillement. Dans la mesure où elle se calme vite et qu’elle vient faire un calin ensuite, j’estime que c’est une punition juste: elle se calme, elle n’a pas peur de moi ensuite…. et on passe rapidement à autre chose! parfois je ne l’ai pas punis, je la gardais à coté de moi et elle hurlait et j’ai haussé la voix aussi ce qui fait que elle aussi…. bref on a fini énervée toutes les deux… et le résultat a été pire dans ses yeux (elle ne m’avais jamais vu crier, je suis du genre calme et posée ;-))
      je suis complètement d’accord qu’avoir un enfant ce n’est pas le formater à tout prix comme on veut qu’il soit. aujourd’hui, grace à mon congés parental, j’ai le temps d’etre à son rythme, de l’écouter, de jouer, de l’amener à évoluer… je suis fière de notre relation sereine et paisible (bref je m’égare), la crise des 2 ans me fait peur mais on verra bien! chaque enfant a son caractère, j’espère juste rester autant à l’écoute et sure de moi (ce qui n’empeche pas l’humilité)!

      • Isoler ta fille en colère, ce n’est pas une punition, selon moi… ni selon Filiozat !
        C’est une conséquence directe : tu me casses les oreilles > je protège mes tympans.
        La punition est plutôt dans ta 2è version, ajouter ton énervement au sien : ça insécurise l’enfant, qui est déjà débordé par ses émotions, une double-peine. D’autres parents puniraient par une douche froide (du vécu, par mes parents, sur moi…), une fessée (encore du vécu…). Bref, ajouter une action impossible à gérer sur un enfant déjà hors jeu, ce qui est inefficace et même toxique : la conséquence est soit un repli sur soit (s’interdire d’exprimer les émotions, avec la somatisation et les problèmes psychologiques que ça engendre) soit une rébellion totale, et surtout une perte de confiance en l’adulte sensé être une référence, mais qui ne l’est plus car il ne comprend pas (ou plutôt l’enfant ne le comprend pas), car il ne compatît pas. En clair, ça creuse un trou dans la relation, même si en surface un câlin et on dirait qu’on repart de zéro.

        A l’échelle d’un peuple, la théorie de Filliozat se vérifie : dans les pays où l’autoritarisme sur les enfants prévaut (système de punition / récompense), les peuples sont individualistes, anarchistes (toujours à manifester dans la rue), et ne roulent à la limitation de vitesse que lorsqu’il y a un gendarme à côté du panneau. Dans les pays où le respect de l’enfant prévaut (symboliquement, ceux dans lesquels la fessée est interdite), les habitants sont plus solidaires et ils respectent la limitation de vitesse parce qu’elle est respectable, tout simplement !

        Je tente donc d’éduquer mes filles (25 mois et 5 mois) sans punitions ni récompenses… et j’en bave ! :)
        Et pourtant, j’ai lu tous les Filliozat (et je les relis régulièrement) !

        • Faudra m’expliquer pourquoi il ne faut pas récompenser? mais c’est un autre sujet! pour moi isoler est une punition. C’est la priver de moi, la couper d’une situation… J’aime assez ton extrapolation sur les peuples… ça mériterait d’etre creusé!!

          • Parce que la récompense induit un fonctionnement « à la carotte », et pas pour l’action en elle-même. Ça donne des adultes qui ne vont agir que s’il y a salaire ou reconnaissance directe, et pas « pour la beauté du geste », ni de manière gratuite ou bénévole (allez voir mamie pour le billet de 50€ et pas pour le plaisir de la voir où lui faire plaisir).

            Ça évite aussi les enfants qui se mettent la pression pour être des enfants parfaits (et plus tard des femmes « parfaites » physiquement + femmes d’intérieur + top management + supermaman +…+…) au mépris de l’expression réelle de leurs sentiments et de leur identité.

            En clair, au lieu de dire « c’est bien », ou « bravo », c’est plutôt « tu dois être fière de toi », « tu as trouvé/réussi ». Ou encore mieux, décrire tout simplement, et l’enfant fera le chemin lui-même.

            C’est bien mieux expliqué chez Filliozat, ou Faber et Mazlish que ma caricature grossière !

            Mais ça fonctionne vraiment : quand ma fille de 2 ans cherche un objet et qu’elle le trouve, si je lui dis « bravo », elle est contente d’avoir mon appréciation ; si je dis « tu l’as trouvé ! » elle est fière d’elle-même. Dans le premier cas, elle se juge par rapport à moi et donc renforce MON identité. Dans le deuxième elle construit sa propre image d’elle-même, valorisante, et renforce donc SON identité.

            C’était très naturel en Allemagne dans la famille dans laquelle j’étais jeune-fille-au-pair, et je croyais à l’époque que c’était une tournure de phrase typique de la langue. En réalité, c’est « juste » une autre façon d’éduquer !

            Pour la « définition » des punitions :
            http://www.poule-pondeuse.fr/2011/05/16/eduquer-sans-punition-1/
            Chaque enfant est différent : ma grande, en cas de crise, préfère ma présence (ou plutôt savoir que je suis disponible), mais elle ne veut pas que je la regarde jusqu’à que la tempête se soit transformer en ciel de pluie !
            Ce qui est sûr : une colère est une émotion qui doit s’exprimer (= se rouler par terre et hurler, c’est sain et normal, même si c’est insupportable pour l’entourage) et pas être réprimée (donc pas « punie ») mais au contraire accueilli, voir accompagné en fonction du besoin de l’enfant (présence ou pas, contenir ou pas…).
            Ça c’est la théorie, à la laquelle je souscris… Sauf qu’en pratique, quand ça risque de réveiller sa petite sœur, je tente de réprimer quand même !

            • Merci d’avoir pris le temps de me répondre! Je débarque complètement sur cette notion « éduquer sans récompense ». Pour moi récompenser c’était plutot encourager bébé dans ce qu’il fait bien, ça rejoint ton « tu peux etre fière de toi » lui montrer quand il fait des actes positifs qu’ils sont en effet positifs. Comme quoi la signification d’un mot n’est pas la même pour tous :-) Merci aux vendredis intellos d’agrémenter mes neurones (et merci à toi ;-))

  2. Merci pour ton billet ! Je commence par une petite remontrance ;-) : pourquoi dis-tu que réagir à un autre article est une solution de facilité ??? C’est exactement le principe des VI et ne t’inquiète pas, il n’est pas question de « niveau »; TOUS les articles sont intéressants et apportent une pierre à l’édifice. Regarde mon dernier billet : je cite une chanson de Linda Lemay ! Je n’ai pratiquement rien écrit de plus que ça car je voulais surtout partager mon sentiment.
    Donc, vraiment, je te le dis : n’aie pas honte ! Surtout pas !!! En plus, ton article d’aujourd’hui est particulièrement intéressant parce qu’il permet de poursuivre une réflexion déjà amorcée par ici.

    BREF, pour en revenir au sujet : je comprends ce que tu trouves culpabilisant dans la phrase de Filliozat. Du coup, je me demande si elle parle vraiment de toutes les punitions. N’est-il pas possible de punir parfois sans être énervé ?
    (Je vais voir la suite sur ton blog)

  3. Selon moi, il faut bien distinguer punition et sanction. Dans la sanction, on va avant tout, chercher un moyen de faire réparer. Cela peut prendre de nombreuses formes, comme la rédaction d’une lettre d’excuse, un moment de discussion, un nettoyage … etc. Ce n’est pas toujours possible de trouver une réparation en parfaite réponse au dommage, il faut parfois se creuser les méninges mais quoi qu’il en soit, il est essentiel de ne pas tomber dans une sorte de vengeance. Les lignes me font parfois penser à une vengeance, quand on creuse on a parfois l’impression que le but est que l’enfant « fautif » souffre …

    La punition c’est cette petite vengeance, selon moi, et aussi la réponse d’une personne qui oublie parfois qu’elle a en face d’elle un enfant. Je dis cela, mais j’ai déjà puni des élèves … plus par manque de moyen qu’autre chose et je peux donc dire que ça ne fonctionne pas !

  4. Personnellement, je suis d’accord avec toi quand tu distingues une situation où l’enfant est disposé à écouter et réfléchir et une situation « de crise » (ou de danger), ou ni lui, ni peut-être moi ne sommes « raisonnables ». Si mon enfant court vers la route, je suis bien consciente qu’en terme d’éducation ça ne fait pas avancer le smilblick, mais bon je hurle en esperant le faire s’arrêter (parce qu’il comprend que quelque chose ne va pas / de suprise) et je le contrains à s’arrêter par la force si nécessaire. En revanche une fois la crise passée j’explique, et tout de suite après ce genre de transgression, je ne suis pas certaine que « punir » soit utile, parce que quelque part c’est de ma faute s’il s’est trouvé exposé au danger. Après, pas facile de lui faire prendre conscience du danger! Et quand on ne punit pas, on est bien souvent regardé de travers par les gens qui estiment que l’absence de punition le mets en danger parce que l’incite à recommencer (genre au hasard: ma mère). C’est un peu la même chose pour les adultes – Quel autre moyen que les radars aurions-nous pour faire en sorte que tout le monde lève le pied? Bin c’est pas facile.

    Mais je pense que la derniere chose que veut Filiozat est de culpabiliser les parents, au contraire, évedemment que nous sommes humains et nous emporterons parfois en pleine crise, mais il me semble que ce qu’elle donne c’est plutot des astuces pour prevenir les situations de crises, comprendre pourquoi l’enfant transgresse et eventuellement reparer les fois où l’on s’est emporté? A la limite, le fait qu’une crise soit survenue te permets de progresser parce que tu sais comment c’est arriver et tu peux donc réfléchir sur comment l’éviter à l’avenir?

  5. Effectivement, l’exemple d’un enfant qui te crie dans les oreilles et que tu poses sur le canapé ne rentre pas dans ma définition de la punition. Pour moi, ça veut dire : « j’ai peur pour mes tympans/ c’est insupportable pour moi donc pour me respecter, je m’en vais autre part ». Dans la mesure où l’enfant n’a pas besoin de toi pour se calmer (je suis aussi d’accord, ça dépend des enfants, la mienne est plutôt du genre besoins intenses), ça pourrait même avoir l’effet de lui montrer comment se respecter soi-même… :)

    Et comme dit drenka, si en plus après, à froid, on peut en rediscuter, je suis à fond d’accord !

  6. Pingback: Au coin! (Mini-debrief) « Les Vendredis Intellos

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