Les devoirs à la maison : nécessité ou charge supplémentaire ?

La rentrée de l’ empereur au CP a été  pour lui un véritable grand écart avec l’ école maternelle. Se poser, travailler, se taire et rester calme sont des notions un peu plus difficiles à intégrer pour lui mais petit à petit l’oiseau fait son nid.

La vraie grande nouveauté de cette année, ce sont les devoirs à la maison. De la lecture, des maths, un peu de poésie…

Mon fils ne rechigne pas à les faire et moi j’ adore les faire avec lui. Le voir lire de mieux en mieux, être passionnée par les chiffres et faire des opérations, mettre le ton quand il apprend une poésie.

Je ne vous ferais pas croire que j’ ai une patience d’ange et que ça se passe comme dans une publicité ou j’ accroche à mes lèvres un sourire béat. Parfois je m’impatiente, je suis à deux doigts de craquer, mais je ne laisserai passer ces instants là pour rien au monde.

«Les devoirs constituent une fenêtre ouverte sur la classe, un moyen de communiquer avec les enseignants et la justification d’un temps extrascolaire qui contribue à l’ordre moral familial, un moment où les parents arrivent encore à suivre les apprentissages»

Alors bien sûr, pour l’instant le travail demandé reste simple et mon fils suit mais je sais que ça deviendra de plus en plus difficile au fil des années. J’ ai bien conscience aussi de la chance que c’est que d’avoir le temps de pouvoir aider mon fils à faire ses devoirs et que quand on travaille, beaucoup et tard, on est forcément moins disponible, plus fatigué, moins patient.

Mais j’ ai aussi fait faire les devoirs pendant presque 3 ans et chaque soir à une élève de CE1, CE2, et CM2 alors que je travaillais et là encore j’ adorais déjà ça.

Et à peine mon fils est il dans le bain que le ministre de l’ éducation veut revenir sur les devoirs à la maison et les supprimer, plus exactement les faire faire à l’ élève à l’école car tout le monde n’ a pas la chance de pouvoir aider ses enfants comme il aimerait le faire.

Les devoirs sont source d’inégalités sociales entre les familles aisées, ayant fait des études et avec une situation stable, qui peuvent aider leurs enfants et les familles dites populaires ou on a parfois du mal à accompagner son enfant ou à comprendre les méthodes employées.

Mais supprimer les devoirs à la maison et les faire faire à l’école accentuera aussi ce fossé.

 » Un enfant de milieu dit « favorisé » sera suivi après l’école, soit directement par les parents, soit (à titre rémunéré) par un enseignant ou un étudiant en quête d’argent – ceci n’est pas un reproche au contraire! –

Un enfant de milieu « défavorisé » ne sera pas suivi et les parents penseront (à juste titre compte tenu du principe de « pas de devoir à la maison ») que leur enfant sera à égalité de formation. Ce sera faux, mais on l’aura « caché.

« Supprimer les devoirs à la maison accentue les inégalités et introduit de façon sournoise une sélection sur des critères sociaux et non sur des critères de savoir et de compétence.  « 

Alors que faire finalement ? Les supprimer ou pas ?

Pour Patrick Picard, directeur du centre Alain-Savary, de l’Institut français de l’éducation, le travail personnel est absolument néces­saire. «L’apprentissage passe par l’enseignement, mais aussi par l’entraînement, la répétition, les exercices…»

Personnellement j’ai toujours connu les devoirs à la maison. J’ ai trouvé en tant qu’ élève que c’ était un bon moyen de revoir ce qu’on avait fait en classe, de renforcer les apprentissages, de partager aussi un moment supplémentaire et différent avec mes parents. Oui c’est vrai, j’ adorais faire mes devoirs.

Et je prolonge peut être cela avec mon fils. Comme je l’ai déjà écrit, j’ ai un peu l’impression de lui transmettre un flambeau et je trouve chacun de ses progrès émouvant.

Peut être que je changerai d’avis avec le temps, quand il sera dans de plus grandes classes ou que j’aurai à la fois l’empereur et Jajaja assis à la table de la cuisine pour faire des maths ou de la lecture.

Mais pour l’instant, je reste pour les devoirs à la maison, à une condition cependant, qu’il n’ y en ait pas trop parce que de ce que je lis à droite à gauche sur les blogs ou les réseaux sociaux, la  somme de travail personnelle demandée me semble quand même souvent bien lourde.

«Pour autant, l’école ne doit pas déléguer directement à l’extérieur. Elle doit assurer un continuum et apprendre aux élèves ce qu’il y a à faire en dehors»

2 français sur 3 sont du même avis que moi, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas des choses à revoir.

Et vous ?

Allez courage les  parents, ce soir c’est les vacances !

Source : «Les Devoirs à la maison. Mobilisation et désorientation des familles populaires», Séverine Kakpo, PUF, 2012.

Préenbulles

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5 réflexions sur “Les devoirs à la maison : nécessité ou charge supplémentaire ?

  1. Nous aussi on a fait notre entrée au CP cette année ! À suivre dès aurjoud’hui (ou demain ;-) sur les VI d’ailleurs, j’y parlerai méthode d’apprentissage de la lecture…
    Je pense un peu comme toi, supprimer les devoirs à la maison n’est à mon avis pas suffisant pour rétablir l’égalité, car des gens comme toi, comme moi ;-) continueront à aider leurs enfants, à jeter un coup d’oeil, à faire réciter les poésies ou les tables de multiplication… alors que d’autres, du coup, risquent de se désinvestir complètement de l’éducation scolaire de leurs enfants… Et puis franchement, peut on imaginer qu’un instit’ arrivera à faire bosser 30 élèves en une demi heure après une journée d’école !?! Illusoire…
    Enfin si ça peut te rassurer, moi aussi j’ai eu du mal à trouver mes marques au début, j’ai fait preuve d’autorité, manqué de patience, crié, menacé… et puis j’ai expliqué à ma Grande Poulette qu’il fallait qu’elle et moi on trouve nos marques dans ces nouvelles habitudes, que je m’adapte à son rythme d’apprentissage, qu’elle comprenne les consignes, qu’elle soit patiente et moi avec… Et depuis, ben les séances de devoirs du soir, c’est (presque) un plaisir à chaque fois !

    • J’ai de très mauvais souvenirs de mes devoirs : aînée de 3, ma mère tentait de me faire réciter les tables tout en donnant le bib à mon frère, pendant que ma sœur lui posait des questions sur sa lecture… ou faisait la foire pour se faire remarquer.

      Au collège puis au lycée : des heures, tous les soirs, à rédiger, apprendre… Aliénant, déprimant ; j’en ai abandonné tout ce que j’aimais, faute de temps (piano, danse). J’étais plutôt lente, ou en réalité ce n’est pas ma façon d’enregistrer les informations, impossible de me concentrer. J’apprends plutôt à la façon « Montessori » : en regardant des photos du matériel de mathématique montessorien en cherchant des activités pour mes filles, j’ai enfin « compris » (entièrement, pas seulement intellectuellement) ce qu’était 1m cube !

      En revanche, j’ai fait quelques semaines de « Gymnasium » en Allemagne, et j’ai adoré : les cours finissent à 13/14h maxi, après s’enchaînent les activités (organisées par les profs le plus souvent) et les devoirs, qui sont très motivants et implicants. Par exemple, des exposés qui permettent de faire des liens entre plusieurs cours (histoire et littérature), ou qui approfondissent un sujet étudié en cours, ou des mises en scènes (en cours de langue)… Bref, qui demandent une mobilisation des connaissances sans être de l’ordre des exercices ou du rabachâge. Et souvent à plusieurs, ce qui limite les difficultés sociales grâce à l’entraide.
      Le hic : c’est un frein à la carrière des femmes, puisqu’il est très mal vu de travailler et « d’abandonner » ses enfants tous les après-midi ; d’où une natalité en berne…

      J’ai 2 filles qui ont 20 mois d’écart (l’aînée fait sa dernière année à la crèche et rêve d’aller à l’école, pourvu que ça dure…), et si j’ai bien l’intention de suivre leur scolarité, j’aimerais que ça se fasse autrement que par des heures de devoirs tous les soirs !

      Pour rejoindre un autre débat suite à un autre article : difficile d’être une « mère parfaite », quand on doit sortir du boulot, faire faire leurs devoirs aux enfants et cuisiner bio en même temps pour le dîner du soir, tout en faisant tourner le lave-linge… Le burn-out n’est pas loin !

  2. Purée les séances de devoir, au secours!
    Et le dimanche soir, quand il reste une rédactioooooooon, bouhouhou, j’en ai encore le ventre noué!

  3. Pingback: {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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