Allaiter un bébé qui a un RGO, c’est possible ?

 

Après mon billet d’hier, j’avais envie d’expliquer un peu mieux en quoi consiste précisément un RGO, et ce que signifie concrètement un allaitement avec un bébé qui souffre de cette pathologie.

Qu’est-ce qu’un RGO ?

Un RGO, ou reflux gastro-oesophagien, est « une affection dans laquelle le contenu de l’estomac (y compris les acides qu’il renferme) remonte dans l’oesophage (le tube par lequel les aliments passent de la bouche à l’estomac et qui se trouve derrière le sternum). L’estomac est tapissé d’une muqueuse qui le protège contre les effets des acides qui s’y
trouvent. Étant donné que l’oesophage est dépourvu d’un tel revêtement de protection, le contenu acide de l’estomac qui y remonte (les reflux) provoque des brûlures d’estomac (aussi désignées globalement par le terme dyspepsie).

Le RGO se produit lorsque la valve située au bas de l’oesophage (appelée sphincter inférieur de l’œsophage, ou SIO) qui empêche le retour en arrière du contenu de l’estomac, ne fonctionne pas convenablement. Les acides qui refluent de l’estomac vers l’oesophage endommagent ses parois et génèrent des sensations de brûlure et de douleur. » (Source : SantéChezNous)

Même si l’on considère aujourd’hui qu’il s’agit d’une maladie plutôt bénigne et particulièrement fréquente chez les nourrissons, les pédiatres éprouvent encore des difficultés à la diagnostiquer. Il n’est pas rare qu’ils considèrent dans un premier temps les régurgitations d’un tout petit comme une manifestation normale de l’immaturité de son système digestif, avant de constater qu’il s’agit en réalité de bien plus que cela.

Comment savoir s’il s’agit bien d’un RGO ?

« On observe les régurgitations juste après le repas, au moment du rot. C’est généralement indolore. C’est aussi sans odeur, car le lait n’est pas encore passé dans les voies digestives et n’a pas l’aspect du lait caillé.
Le reflux, en revanche, provoque des renvois beaucoup plus tardifs, parfois deux heures après le repas. Il est souvent douloureux et peut présenter descomplications… »
« … L’acidité des aliments régurgités agresse la muqueuse de l’oesophage, ce qui provoque des douleurs et une sensation de brûlures. L’oesophage est irrité et peut même saigner. Les fausses routes sont également possibles et le bébé risque l’étouffement.
On connaît de mieux en mieux les complications indirectes que sont l’infection des voies respiratoires (toux, bronchite ou laryngite, otite, voire crises d’asthme).«  (Propos de Béatrice Di Mascio, pédiatre)

Dans mon cas, la pédiatre a mis quatre mois avant de prescrire un traitement à ma fille.

Dans les premiers temps, elle ne semblait pas souffrir. Elle régurgitait systématiquement après une tétée, soit immédiatement soit une à deux heures plus tard, mais ne pleurait pas lorsque cela se produisait. Par contre, je trouvais étonnant qu’elle tousse autant. Lorsque je la portais, j’entendais des « gargouillis » dans sa gorge, comme le bruit d’un liquide qui remonte. Couchée, ce liquide venait obstruer son nez et ressortait, inondant le lit.

Devant mon insistance, elle a fini par lui donner du Gaviscon, un médicament anti-reflux et anti-acide au fort goût de menthe, censé tapisser son estomac pour que le reflux ne la gêne pas. Mais le produit était tellement épais et écoeurant qu’il la faisait vomir systématiquement.

Près d’un mois après avoir commencé, Loulette a eu une gastro expresse avec de forts vomissements, qui ont fini d’endommager son oesophage. A partir de là, chaque tétée est devenue une souffrance. Elle hurlait, demandait à téter toutes les deux minutes pour se soulager, mais pleurait de plus belle lorsque le lait coulait dans sa gorge.

La pédiatre consultée en urgence a enfin accepté de lui donner un traitement adéquat, à base de petites granules d’Inexium, et de Gel de Polysilane. Il faut dire que les médicaments anti-acides sont avant tout destinés à des adultes, et que les pédiatres hésitent à en donner aux bébés parce qu’aucune étude n’a encore été réalisée afin de connaître les effets à long terme. Oui je sais, dit comme ça cela peut faire peur, mais les doses prescrites sont vraiment minimes…

Comment traiter un RGO ?

En fait il y a plusieurs traitements possibles, tout dépendra du degré de gravité du RGO et des réactions de l’enfant. Certains médicaments vont aider à vidanger l’estomac, d’autres tels que le Gaviscon ou le Gel de Polysilane vont servir de pansements gastriques pour tapisser le bas de l’oesophage. Certains, aussi, vont permettre de diminuer l’acidité de l’estomac afin que les reflux soient indolores. C’est le cas de l’Inexium.

Alors, lait maternisé ou lait maternel ?

Parce qu’en effet, c’est LA question.

Ça ne sert à rien de le cacher, allaiter un bébé RGO c’est juste la galère.

Si on a de la chance comme moi, le bébé ne sera pas particulièrement ronchon, pleurera peu, ne souffrira pas. Mais il ne faut en aucun cas imaginer pouvoir le poser, bébé tout cool ou pas! De toute manière, seule la position verticale lui convient, donc l’allaitement couché, il faut oublier (sinon hop dehors). Cela signifie donc très peu de repos pour la Maman.

Moi j’ai du l’allaiter en position allongée environ deux semaines, puis je ne l’ai plus allaitée qu’assise. Avec ma fille, je n’ai donc pas connu le plaisir de l’allaitement « collées-serrées », ni de la laisser venir spontanément, ou de dormir tout en l’allaitant…

Bien entendu, ma pédiatre, pourtant pro-allaitement et de très bon conseil, m’a tout de suite parlé de la passer à du lait maternisé épaissi, ce que j’ai refusé. Je tenais à continuer mon allaitement, et mon Amoureux m’a soutenu dans cette démarche.

D’ailleurs, après des recherches, certaines études ont conforté ma décision :

« L’allaitement peut et doit être poursuivi lorsqu’un enfant souffre d’un RGO. Des études ont montré que le RGO était moins fréquent chez les enfants allaités, et que les symptômes en étaient moins sévères. Le lait humain se digère plus vite et plus facilement que le lait industriel ; moins le lait passe de temps dans l’estomac, et plus le risque de reflux est bas. Le pH gastrique après absorption de lait humain est plus bas qu’après absorption de lait industriel, ce qui accélère encore la vidange gastrique chez l’enfant allaité. Une étude de Heacock et al, portant sur 37 enfants allaités et 37 enfants nourris au lait industriel, a analysé la survenue du reflux dans les 4 heures suivant un repas. Il y a eu 83 épisodes de reflux chez les enfants allaités, contre 144 chez les enfants nourris au lait industriel. Par ailleurs, le lait maternel est une substance humaine ; en cas d’inhalation bronchique,  il posera moins de problèmes que le lait industriel. »(Source : Leche League)

J’ai trouvé des subterfuges : je la mettais dans l’écharpe pour lui donner le sein, au cas où je m’endorme, puis je me couchais avec elle sur moi. Je lui faisais faire son rot puis la posais sur mes genoux surélevés. Rien n’était facile ni spontané, mais nous trouvions notre compte toutes les deux.

Lorsqu’elle est passée au lait maternisé après son sevrage à sept mois, nous avions plusieurs possibilités :
– Lait anti-régurgitation (type Gallia AR),
– Lait épaissi à la caroube (type Novalac AR),
– Lait épaissi à l’amidon,
– Épaississant dans du lait classique 1er ou 2ème âge, puis dans le lait de croissance, tels que le MagicMix ou le Gumilk.

Choix cornélien s’il en est, tant ces laits ont l’air plus dégoûtants les uns que les autres. Ils ont une odeur très forte, et une consistance très épaisse, qui vous oblige à avoir des tétines spéciales pour leur permettre de couler. Nous avons commencé avec du Novalac AR Digest, parce que nous n’avons découvert les épaississants que très tard, vers ses dix mois. Mais c’est vraiment ce que j’ai trouvé le plus simple et le meilleur moins mauvais (pas de modification du goût du lait).

Côté logistique, ça donne quoi ?

Rien de bien compliqué en somme.

Cela demande d’avoir beaucoup de vêtements de rechange pour bébé mais aussi pour ses parents.

Il faut aussi savoir qu’un bébé RGO fait beaucoup de rots. Donc il vaut mieux éviter de le coucher s’il n’en a pas fait. Ce qui est fatiguant, puisque lorsqu’il est tout petit et se nourrit encore la nuit, vous êtes obligée d’arpenter la maison en attendant que cela se fasse.

Il faut aussi l’équiper d’un lit surélevé, ou d’un coussin spécial à 30 degrés. Nous du coup on avait mis des catalogues sous les pieds de son lit au niveau de sa tête, et une grosse serviette sous son matelas. En vacances, on partait avec le lit parapluie, et les catalogues…

Ma fille n’a jamais aimé la position sur le ventre. J’ai bien tenté de la placer comme ça quand elle était petite, pour qu’elle puisse se muscler et développer sa motricité, mais ses repas même lointains ressortaient systématiquement. J’ai donc cessé, et je ne sais même pas aujourd’hui, alors qu’elle marche, si elle est capable de passer du dos au ventre et inversement. D’ailleurs, elle est peu musclée des bras, ce qui fait qu’elle a des difficultés à se mettre debout en s’aidant d’un meuble, et qu’elle ne fait pas de quatre pattes. Assise sur ses genoux, elle ne sait pas quoi faire de ses bras…

Et sinon, ça passe quand un RGO ?

Et bien encore une fois, comme pour le traitement, je dirais que ça dépend des enfants. En général, cela s’atténue avec le passage à une alimentation solide, et disparaît complètement avec la marche. Mais cela peut parfois durer plus longtemps.

Les traitements sont arrêtés de façon progressive, afin que l’estomac s’habitue.

Pour ma fille, nous avons enlevé les catalogues sous son lit il y a une semaine, alors qu’elle a 15 mois. Elle ne prend plus de Gel de Polysilane depuis ses 1 ans, et encore de l’Inexium un jour sur deux. Je compte arrêter complètement ce week-end.

Elle fait encore beaucoup de rots, mais les régurgitations ont complètement cessé depuis qu’elle est sous traitement. Il n’est pas rare qu’elle se réveille en hurlant dans la soirée ou au début d’une sieste, parce quelque chose ne passe pas alors qu’elle a mangé longtemps avant. Quand elle pleure la nuit, nous ne pouvons pas la laisser, parce que c’est toujours à cause de ça. Et quand ça ne l’est pas, on a peur que ça le soit. Bref, vous voyez le cercle vicieux ?

En conclusion

Je ne pourrais dire qu’une chose : si vous avez envie d’allaiter, foncez. Certes, ce sera plus fatiguant qu’un allaitement traditionnel. Certes, il y aura beaucoup plus de moments de découragements. Vous penserez que votre bébé souffre à cause de vous, mais ce serait la même chose avec un lait artificiel. Alors, accrochez-vous!

Malise

 

 

4 pensées sur «Allaiter un bébé qui a un RGO, c’est possible ?»

  1. Le lien vers ton blog ne fonctionne pas ?

    Ma deuxième fille a eu un RGO pendant environ ses 6 premiers mois de vie, et j’ai continué à l’allaiter… En fait comme j’avais lu des trucs à ce sujet je savais qu’il valait mieux l’allaiter que passer au lait épaissi, et je suis aller délibérément consulter une gastro-pédiatre qui était consultante en lactation, de façon à tomber sur un professionnel de santé « au courant ». Elle a eu un traitement anti-acidité qui l’a considérablement soulagée, et dès la diversification (un peu avancée pour cette raison), ça a commencé à aller beaucoup mieux.

  2. Merci beaucoup de ta contribution et bienvenue parmi nous!!! Je viens de laisser un commentaire chez toi mais je ne suis pas sûre qu’il soit passé…
    Voilà un sujet qui aidera sûrement les mamans concernées à faire leur choix!! A te lire, j’ai l’impression que cette histoire de traitement n’est pas bien claire: les médecins rechignent à en donner sur la base de quoi exactement? Le diagnostic est difficile à poser? Les médicaments sont potentiellement dangereux? Y a-t-il des recommandations en la matière? Autant de questions pour, peut être, un prochain billet sur le sujet?? :P

  3. Pingback : Allaiter, à tout prix? {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

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