« Le sommeil d’un enfant n’est pas de tout repos pour les parents: traverser la nuit est l’une des épreuves de la vie et chacun apprend à la gérer comme il peut. Pourquoi est-ce une épreuve? Qu’implique cette traversée pour un enfant? ». Voici le tableau ainsi tracé par Lyliane Nemet -Pier, psychologue clinicienne et psychanalyste. Dans ce livre Moi, la nuit, je ne fais jamais dodo…, elle nous ouvre les portes de ses consultations du sommeil qu’elle pratique à l’hôpital Robert-Debré à Paris.

Lors de ses nombreuses consultations, Lyliane Nenmet-Pier aident les parents à déchiffrer le signes du sommeil et à respecter les cycles de l’enfant. Les troubles chroniques du sommeil peut littéralement perturber la vie de famille, la vie de couple et affecter la vie de l’enfant à la crèche ou à l’école. L’expression populaire « dormir comme un bébé » perd alors tout son sens. Le sommeil de l’enfant va bien au delà d’un temps de repos; il est l’expression même de sa capacité à gérer la séparation, faire face à l’angoisse du noir et à affronter la solitude. S’abandonner au sommeil oblige l’enfant à devenir autonome.

Les problèmes de sommeil chez l’enfant font partie de son développement. Les maladies infantiles, les poussées dentaires, l’acquisition de la marche, de la parole, de la propreté mais aussi une entrée en crèche, à l’école sont des étapes qui affectent ponctuellement le sommeil de l’enfant. Ce sont des périodes charnières dans le développement physique et psychique. Toutefois au delà de ces étapes, le sommeil de l’enfant peut être perturbé de manière plus chronique et laisser installer un véritable trouble pathologique. Problème de santé publique, le trouble du sommeil touche 25% à 50% des enfants entre 6 mois et 3 ans. Les parents qui consultent sont issus de milieux socioculturels variés, avec des schémas familiaux divers. La décision de consulter est prise soit dès l’émergence du trouble ou bien au bout de nombreuses années. Cette démarche touche à l’intime de la famille. Les seuils de tolérances sont variables et fonctions de l’histoire de parents, de la qualité de leur propre sommeil.

« … tout trouble du sommeil se résout et porte sa solution. il suffit de s’y arrêter quelque temps pour débusquer ce qui rend les nuits de l’enfant si bruyantes. »

Une nuit sereine nécessite le respect de 3 points:

  • L’enfant a besoin de sa dose d’affection dans la journée. Ce qui importe ce n’est pas le temps passé avec son enfant mais la qualité de ce temps. Ne culpabilisez pas, parents qui partez chaque matin au travail!! Un temps de qualité passé avec votre enfant pourrait satisfaire au mieux à son besoin d’affection!! Un temps de qualité? Vaste question! Il est question de disponibilité affective.
  • L’enfant doit apprendre à gérer au mieux les séparations et les moments de solitude dans la journée pour mieux supporter celle du soir. Au cours de la journée, l’enfant doit bénéficier de moment de repli ou de solitude. Ces instants doivent lui permettre de gérer au mieux la solitude et de chercher en lui les moyens de se consoler jusqu’au retour de l’adulte. Il devient alors moins dépendant et tend vers l’autonomie. La séparation matinale joue aussi un rôle important dans cet apprentissage.L’enfant a besoin de prendre son temps pour se réveiller. Silence, contacts physiques lents laisseront la place à la parole progressivement.
  • L’enfant doit être accompagné jusqu’au lit. Il est important de repérer les signes de fatigue et respecter ce temps où le sommeil vient naturellement. Lui aménager une aire transitionnelle peut l’aider; tout d’abord en l’avertissant de l’imminence de son coucher pour ne pas le surprendre ou bien le faire arrêter brusquement une activité. Ensuite par l’instauration d’un rituel qui est sécurisant par sa répétition et son immuabilité. Il constitue le meilleurs moyen d’accompagner l’enfant, de « baliser le chemin qui mène à la séparation ». Le parent doit l’aider à trouver les moyens de s’endormir seul et non de rester jusqu’à endormissement. Un juste milieu est à trouver dans le temps accordé au rituel du coucher. Un coucher expéditif ou un rituel qui s’éternise peuvent avoir un impact néfaste sur la qualité du sommeil de l’enfant. Equilibre parfois difficile à trouver surtout lorsque le parent culpabilise de passer trop de temps loin de son enfant et veut combler ce manque, ce vide le soir. Le rituel du coucher est propre à cahque famille en fonction de ce que réclame l’enfant mais aussi en fonction de ce que les parents proposent et tolèrent.

L’auteur multiplie les exemples afin d’aider les parents à déchiffrer les signes du sommeil de leur enfant et à les respecter. Sont évoqués successivement: les difficultés d’endormissement, les réveils multiples, cauchemars et terreurs nocturnes, l’insomnie joyeuse de l’enfant … tant de situations qu’il faut ni dramatiser ni banaliser. Une fois tout problème de santé écarté chez l’enfant, il faut considérer le trouble du sommeil comme « un cri d’alarme, un clignotant pour vous alerter sur un dysfonctionnement de la relation, sur des stimulations peut-être excessives, insuffisantes ou incohérentes, sur un quotidien qui ne va plus, sur une succession d’événements, de changements ou de traumatismes qui submergent votre enfant. Le trouble du sommeil est l’indicateur précieux d’une situation où l’enfant ne se retrouve plus. »

Il appartient ainsi à chacun d’organiser ses journées pour préserver ses nuits. Les troubles du sommeil sont à prendre en considération et qu’importe que cela dure depuis 1 semaine ou bien des mois voire des années! Nous avons fait partie de ses familles qui ont eu besoin d’aide (pour en savoir plus c’est par ici)… ce livre ne donne pas de recettes miracles mais est une bonne ébauche vers le chemin du sommeil …

Chronique d’un congé parental