Le redoublement est il vraiment efficace?

Je me suis intéressée à la question suite à la pétition qui circule en ce moment sur le net, de SOS éducation.
En France, on a une grande tradition du redoublement. D’ailleurs, il y a des arguments « pour » assez simple : pourquoi faire passer un élève dans la classe supérieure quand on sait qu’il n’a pas acquis les connaissances de base nécessaires à l’année suivante? Est ce que ce n’est pas l’envoyer au casse pipe?

Pourtant, plusieurs pays pratiquent le passage automatique en classe supérieure sans avoir de plus mauvais résultats que la France.
Alors quid du redoublement, de son efficacité, de sa nécessité supposée?

Je ne me voyais pas critiquer le travail de SOS éducation sans me renseigner un peu. Du coup, j’ai cherché (et trouvé) des comptes rendus de recherche sur le redoublement et son efficacité.
J’ai donc déniché :
-L’étude de Marcel Crahay : « Peut on conclure à propos des effets du redoublement? » publié en 2004 dans la revue française de pédagogie
-Un rapport établi à la demande du haut Conseil de l’évaluation de l’école, publié en décembre 2004
-Un article daté de 2005, visible sur Psychologie.com
-Un texte de M.D.Meuret, non daté (qui a le mérite de donner les principaux arguments en faveur du redoublement, et pas juste ceux contre)
et le support écrit d’un atelier de réflexion sur le redoublement, québécois, publié en 2003
(je vais m’appuyer essentiellement sur le texte de Crahay et de Meuret, sinon, je ne m’en sortirai pas…)

Tous ceci n’est pas hyper récent, j’en conviens. Mais je pense malgré tout que c’est toujours valable.

Le sujet m’a interpellé car, dans mon ressenti, SOS éducation défend le redoublement et le prône comme une punition, pour aider à rassoir l’autorité du prof. (C’est mis au même niveau que remettre les notes de conduite au goût du jour). Ce qui me semble une trèèèès mauvaise idée (à part si on veut braquer les élèves…)

Qu’en dit Meuret dans les arguments en faveur du redoublement :

-les élèves seront incapables de suivre dans la classe supérieure, par manque de connaissances. Cet argument est en quelque sorte le plus ancien : Dans les collèges tels qu’ils se développent en Europe à partir du XVeme siècle, les élèves entrent à des âges très divers. Ils ne sont donc pas regroupés selon leur âge, mais selon leur niveau scolaire, et, par une extension de ce principe, ils ne passent dans le niveau supérieur que quand ils possèdent les compétences jugées requises pour cela. D’où le redoublement (Van Haecht, 2001ii)

– les élèves n’ont pas la maturité suffisante pour réussir dans la classe suivante. Crahay (2003) note, à partir de recherches en Suisse et en Belgique, que les instituteurs utilisent un vocabulaire plus volontiers psychologique que pédagogique pour justifier les redoublements.

– C’est une épée de Damoclès pour les élèves, une façon de leur faire comprendre qu’ils doivent travailleriv. Une autre version de cet argument est que la menace du redoublement fait que les élèves ont intérêt à travailler pour rester l’année suivante avec leurs copains.v

– C’est une façon d’éviter d’avoir des classes trop hétérogènes.

et ceux en sa défaveur :

-atteinte à l’image de soi, et donc à la motivation. Des entretiens avec des doublants montrent de la tristesse («ça voulait dire que j’étais un mauvais élève ). Cet argument pourrait expliquer les résultats de l’étude D. Bain dans le canton de Genève : la plupart de élèves bons dans une discipline et redoublant à cause des autres disciplines ne progressent pas dans la première au cours de l’année de redoublementvii.
– les élèves revoient inutilement des connaissances qu’ils avaient acquises
– recommencer quelque chose qui a échoué ne peut marcher
– nuisible à l’égalité des chances : à niveau égal, les enfants de pauvres reçoivent de plus basses notes, redoublent plus souvent, en sont stigmatisés, cela nuit à leur orientation (Crahay, M., 2000, L’école peut elle être juste et efficace ? De Boeck)
– Les décisions de redoublement sont prises en fonction du niveau moyen de la classe où l’élève est scolarisé. Elles sont donc entachées d’arbitraire. On a montré que les élèves faibles d’une classe forte avaient nettement plus de risque de redoubler que des élèves de même niveau scolarisés dans une classe plus forte (Grisay, 1984). De fait, ce type de remédiation gère seulement l’hétérogénéité au sein de la classeviii.

Je pense qu’effectivement, le redoublement est toujours vécu comme très stigmatisant. Je me rappelle que c’était un peu l’angoisse de certains élèves, tandis que d’autres s’en fichaient car ils ne comptaient pas bosser plus pour autant en cas de redoublement…
On a de quoi se poser la question de l’intérêt du redoublement en effet.

Quand on compare les pays qui font redoubler et ceux qui ne font pas, ou très peu redoubler, voici ce qu’en dit Meuret:

Lorsque le redoublement est rare, la quasi totalité des élèves de 15 ans sont dans le même «niveau». Lorsqu’on peut redoubler souvent, ces élèves sont dispersés dans plusieurs niveaux (en France : seconde, troisième, quatrième). Si le redoublement est utile, si, effectivement, il vaut mieux que les élèves faibles redoublent parce qu’ils ne «pourraient pas suivre» si on les laissait passer, on trouvera que, dans les pays sans redoublement, le niveau moyen est plus faible. C’est plutôt l’inverse qu’on observe.

Crahay, lui, parle de l’étonnement suscité par le fait que certains pays ont réussi à s’affranchir du redoublement scolaire, sans grosses catastrophes dans les écoles :

Le fait même que des pays comme le Danemark, la Finlande (1), la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni, mais aussi la Corée, la Malaisie, le Japon, la Nouvelle-Guinée, etc. aient aboli la possibilité de faire redoubler, est déjà objet d’étonnement pour certains. Cette information constitue en soi une réfutation de l’affirmation de certains enseignants qui proclament de façon péremptoire que « le non-redoublement, c’est impossible » ou d’auteurs qui écrivent que « l’école abesoin de l’échec scolaire » (Milner, 1984). De façon évidente, certains systèmes éducatifs fonctionnent sans échec et, surtout, sans redoublement. Bien évidemment, il reste à savoir s’ils fonctionnent bien.

Il faut donc comparer. Mais Meuret émet une réserve : il faut comparer ce qui est comparable. Ainsi, pour juger de l’intérêt du redoublement, il ne faut pas seulement regarder les avancées d’un redoublant au cours de son année de redoublement ; mais comparé cela aux avancées d’un élève de même niveau initial, mais qui n’a pas redoublé. (histoire de voir si un élève qui ne redouble pas s’en sort beaucoup plus mal ou pas qu’un redoublant, alors qu’ils avaient les mêmes niveaux à la base)

Si l’on compare ce que sait un élève au moment de la décision de redoublement et un an plus tard, après qu’il a redoublé son année, on constate qu’il a progressé, et cela explique en partie l’adhésion des enseignants au redoublement. En apparence, l’élève n’a pas perdu son année. Sur 114 études de ce type, presque toutes ont fait état de progrès cognitifs et socio-affectifs.
Mais peut être les élèves aussi faible que lui, mais promus, progressent-ils aussi ? Que les redoublants n’aient pas complètement perdu leur année est une bonne nouvelle, mais la vraie question est de savoir s’ils ont utilisé leur temps de façon plus productive que si on les avait laissé passer dans la classe supérieure.

Il y a alors une comparaison, dans l’article de Meuret entre études anglo-saxonnes et françaises.
Les conclusions des études anglo-saxonnes sont les suivantes (mais allez lire l’article, il y a plein de détails, de tableaux, j’ai trouvé ça très intéressant) :

Le tableau montre que le résultat moyen de la vingtaine d’études «à niveau scolaire identique » recensées par Holmes est que les élèves qui ont redoublé et ceux qui sont passés réussissent les épreuves de façon identique, que ce niveau scolaire se situe un, deux ou trois ans après le redoublement. Il montre donc que les redoublants ont perdu un an, pour rien.

Outch! Le verdict semble sans appel…
Et les études françaises alors, elles concluent quoi?

Troncin (2004) : Dans 90 cas sur 103, les compétences du promu ont été, en moyenne sur les quatre domaines, supérieure à celle du redoublant. Les résultats de Troncin confirment ceux obtenus par une étude plus ancienne sur un plus grand nombre d’élèves de CP
Grisay, (1993) Apparaît ici aussi un effet négatif du redoublement – les redoublants progressent moins que les promus, à niveau initial égal- mais un peu moins fort que dans les recherches anglo-saxonnes.

Il semble bien que le redoublement ne soit vraiment pas efficace, ni nécessaire manifestement…

D’ailleurs, Crahay souligne que cela fait longtemps que le sujet interpelle, que les études ont toujours montrées les mêmes conclusions mais que l’incrédulité prévaut parmi les décideurs.

Indéniablement, la question des effets du redoublement interpelle le monde de l’éducation depuis fort longtemps. Dans sa célèbre revue de question datant de 1975, Jackson fait état d’une recherche menée par Keyes en 1911 (cité par Jackson, 1975). Bref, il semble bien que l’on s’intéresse aux effets du redoublement depuis près d’un siècle et ceci sans que la problématique soit considérée comme définitivement résolue. Or, sans pouvoir établir une comptabilité précise, il est manifeste que le nombre d’études sur le sujet est impressionnant : plus d’une centaine, estimons-nous. Plus surprenant encore, les résultats engrangés au fil de ces multiples efforts de recherche sont substantiellement cohérents. Rien n’y fait : l’incrédulité du monde de la pratique, mais aussi celle de certains décideurs politiques, semble bien irréductible.

Je vous invite d’ailleurs à lire l’article de Crahay dans son ensemble (moi, je ne peux pas aborder tout ce qu’il dit. Je vais déjà faire un pavé…). Il explique en détail la méthodologie et l’étude des biais possible dans les études antérieures. Il reprend les résultats d’études sur la fiabilité des études cherchant à savoir l’intérêt du redoublement. (Ça devient compliqué là. Mais rassurez vous, il explique beaucoup mieux que moi. XD)

La conclusion des deux articles est sans appel :
Crahay :

Sauf à nier l’étendue des preuves et l’opiniâtreté des chercheurs à trouver la façon la plus valide d’appréhender les effets du redoublement, l’homme de raison doit admettre que les données de recherche ne plaident pas pour le maintien de cette pratique. […] Reste à savoir si, en matière d’éducation, les gens de terrain et les décideurs politiques sont prêts à se laisser convaincre par un faisceau de recherches qui, tout en améliorant significativement leur contrôle des biais de mesure, débouchent sur des résultats convergents.

Meuret :

les élèves faibles sont ceux qui ont besoin de plus de temps pour apprendre. Leur donner, en permanence, plus de temps pour apprendre, en les gardant davantage engagés dans la tâche pendant le cours, en leur proposant des activités de soutien, est donc plus efficace que leur permettre de redoubler. Le redoublement est justifié dans le cas d’élèves momentanément perturbés et auquel le redoublement permet de «repartir d’un bon pied». Mais ce cas est visiblement beaucoup moins fréquent que celui d’un élève «lent ».
Par ailleurs, avec le redoublement, on nie les acquis que même les élèves faibles ont réalisé pendant leur année, et on ne tient pas compte des difficultés spécifiques à chacun.
Enfin, il est probable que, lorsqu’à la fois l’élève et le professeur savent que le redoublement du premier est quasi certain, tous deux, ou au moins l’un des deux, font moins d’efforts, tandis qu’on peut penser que, lorsque le redoublement n’existe pas, l’enseignant au moins fait des efforts particuliers pour amener ses élèves les plus faibles à un niveau minimum avant de les «transmettre» à son collègue d’aval.

J’avoue qu’avant de me pencher sur la question à ce point, j’imaginais bénéfique de faire redoubler un élève qui n’a pas acquis toutes les bases nécessaires à l’année suivante. En tout cas, je pensais ça moins pire que le faire passer et l’envoyer au casse-pipe.
Et toi, tu en penses quoi?

Et on n’oublie pas d’aller voir le programme des rencontres des VI. Et je rappelle l’existence du forum des VI aussi, au passage. ;)

La Farfa

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26 réflexions sur “Le redoublement est il vraiment efficace?

  1. Super article, super synthèse, merci Kawine !
    Rendre le redoublement moins fréquent, oui c’est une bonne idée donc, mais cela n’est envisageable que si l’on « personnalise » plus les parcours scolaires, c’est à dire si les enseignants s’adaptent un peu plus au rythme d’apprentissage de chacun, non ?
    As tu des pistes sur comment cela se passe, dans les pays où le redoublement n’existe pas, lorsqu’un élève est en difficulté notoire par rapport au reste de la classe ? Comment l’aide t’on ? Ne se retrouve t’il pas complètement perdu en passant dans la classe supérieure alors qu’il n’a pas le niveau ?
    Voilà, je m’interroge ;-)

    • Mhm, c’est vrai qu’il va falloir que je me penche sur « comment ils font alors, les ceusses qui font pas redoubler? » ;)
      J’imagine que déjà, moins d’élèves par classe permet de plus facilement faire du « sur mesure ». (après, c’est peut être une idée préconçue que j’ai. ;) )

  2. Pingback: Le redoublement est il vraiment efficace? | MMM maman papa et moi on materne | Scoop.it

  3. Article intéressant et détaillé.
    Pas de redoublement ici puisque les enfants sont instruits en famille. :) Les niveaux ne sont pas toujours hétérogènes, mais l’expérience (personnelle et discussions avec d’autres parents IEF) m’ont appris qu’un enfant peut tout simplement ne pas être prêt à un moment M pour aller très vite lorsque c’est le bon moment pour lui et finalement avoir un niveau équivalent (ou même parfois supérieur si la dose de confiance en lui est maintenu ou simplement dans les domaines où il se sent à l’aise (un des problèmes du redoublement étant d’imposer un doublon y compris là où tout va bien !) aux autres enfants… Ne pas oublier non plus que les notes décident généralement du redoublement. Or une note est fondée sur un moyen d’évaluation particulier qui ne correspond pas toujours au mode de fonctionnement de l’enfant…

    • Disons que l’école ne permet pas de s’adapter à chaque enfant. c’est plutôt les enfants qui doivent s’adapter au rythme de l’école. Ça convient pour la plupart, mais pas pour tous.

  4. J’ai redoublé ma 4ème et cela a été une grande chance: j’avais fait une 4ème déplorable, la deuxième a été un succès absolu qui m’a rendu confiance en moi. Alors, oui, le redoublement est valable.

    • D’après les études que j’ai lu (en partie pour certaines, manque de temps. ^^’), on constate que si les élèves qui redoublent semblent profiter de leur redoublement (si ils l’acceptent, ce qui n’est pas le cas de tous), si on compare à d’autre élèves qui présentaient les même difficultés mais qui sont passés en classe supérieures, on ne voit pas de bénéfice du redoublement. Ca semble étrange mais les résultats sont là, et ce depuis des années.
      Après, comme dit Miliochka, ça pose la question de « comment faire alors, pour que les élèves en retard ne soient pas larguer? »
      Ça, c’est quelque chose qu’on ne maitrise pas encore en France.
      Après, c’est bien si ton redoublement t’as été bénéfique et t’as permis de reprendre confiance en toi. :) Dans ton cas, il semble qu’il est été valable.
      Moi, je m’interroge, c’est tout. Et les études ont plus l’air de prouver que le redoublement n’est pas la meilleure solution.

      • Avant de lire votre article, je lisais le rapport de la concertation « refondons l’école de la République ». Je n’ai lu en détail que la première partie qui fait l’etat des Lieux de l’education Nationale, mais en survolant la deuxième partie qui donne des préconisation pour refonder l’école (d’où le nom de la concertation), il m’a semblé qu’ils préconisent que le redoublement soit utilisé avec parcimonie. J’irai plus loin dans ma lecture demain pour en savoir plus.

        Je pense que dans l’état actuel de l’école, le redoublement est souvent la seule solution, comme l’amputation était souvent nécessaire lorsque les antibiotiques n’existaient pas; le patient y trouvait un bénéfice : entre le cercueil et la jambe de bois, je prendrai le cer euh la jambe de bois !
        Et paradoxalement (pas tant que ça finalement …) , mon mari et moi avons été redoublants et en avons tiré bénéfice. Pour mon mari, cela lui a permis de faire le reste de ses années lycée dans une classe expérimentale dont il garde un super souvenir. Et pour moi, ça m’a permis de me poser, de devenir une très bonne élève (ce qui ne m’était jamais arrivé) et de me sentir beaucoup mieux dans mes baskets. Et nous avons tous deux demandé le redoublement de notre fille en CE2 dont elle a tiré un bénéfice certain, en tous cas les premières années : + de copines, classe à double niveau (CE2 CM2) qui lui permettait de suivre les cours des 2 niveaux et ainsi de ne pas s’ennuyer en classe, la chance de se retrouver avec une maîtresse qui utilisait une méthode qui lui convenait en CM1 et CM2 … maintenant qu’elle a 16 ans, le bénéfice est moins évident à voir … le bout du tunnel lui parait loin ! Elle a hâte d’arriver aux études supérieures, moins scolaires et surtout plus adaptées à ses envies … mais ça il y a
        Mais je suis persuadée que le redoublement n’aurait même pas été envisagé dans un système éducatif plus ouvert aux spécificités de chacun qui n’oblige pas à mettre les uns dans le rôle du cancre, les autres dans la peau de l’intello, les uns rêveurs (et que rêveurs), les autres matheux , des turbulants et des sérieux …. Pour ma part, je suis une rêveuse matheuse et un cancre sérieux … alors allez me mettre dans une case !

        Signé une nouvelle lectrice des VI.

        • Ouitout à fait. Je pense qu’en France, le redoublement est un « pis-aller » car on n’a pas les strcutures pour s’occuper correctement des élèves « à la traine » ou en gros manque de confiance en soi en les faisant passer automatiquement.
          Pour le moment, il faut rentrer dans les cases de l’école. Je pense qu’il faut revoir entièrement l’école, mais c’est un sacré chantier. Et ça couterait surement pas mal d’argent mais sur le long terme, je pense que ça serait payant dans tous les sens du terme. ;)

  5. Très intéressant ; même si ça ne me concerne pas encore, (BB1 a 2 ans), c’est un sujet qui m’interpelle à plusieurs titres.
    En premier lieu, j’ai donné des cours à des étudiants en BTS, et j’ai été estomaquée de constater que certains (qui avaient donc leur bac en poche) ne savaient même pas lire correctement… Et je parle pas de l’écriture, parfois de l’ordre de la phonétique. Pour moi, redoublement ou pas, il y a un couac dans le système !

    Ensuite, j’ai moi-même galéré pendant ma scolarité, même si je n’ai jamais redoublé (c’était ma hantise : 1 an de plus à l’école, non merci !). Un peu plus lente / rêveuse que les autres, moins de concentration… Des heures à faire les devoirs, pour des notes très moyennes… Je crois que ce n’était pas du tout ma façon d’apprendre, en fait. Il faut tout apprendre très vite, sans se poser de question, sans creuser, sans expérimenter…
    Je m’en suis rendue compte en découvrant Maria Montessori. J’ai eu une illumination en voyant le matériel, notamment pour la géométrie. En voyant le cube de perles, j’ai enfin « compris » ce qu’était qu’un mètre cube. Ça semble bête, dit comme ça, mais j’ai vraiment eu l’impression que je « savais intellectuellement », ce qui était suffisant pour passer d’une classe à l’autre, mais pas « physiquement », pas complètement.
    J’ai l’impression d’être restée sur ma faim, toutes matières confondues. J’aurais souvent aimé avoir le temps de me plonger dans le Moyen-Âge par exemple, ou dans certains textes étudiés en français, etc.

    Je me demande aussi si la somme de connaissances à avoir est la même dans tous les pays : pour être allée au Gymnasium en Allemagne quelques semaines quand j’étais collégienne, j’avais franchement l’impression que le programme était beaucoup plus light, et beaucoup plus pratique et utile.

    Je crois que je vais continuer les activités Montessori avec mes filles, même une fois scolarisées !

    • @oops06 J’ai moi aussi l’impression que l’enseignement actuel est un ampilement des connaissance, que ça manque d’expérimentations et que surtout qu’il y en a trop.
      Mon dernier fils (CM1) avait un contrôle d’Histoire l’autre jour sur des dates à retenir. Les dates allaient de la préhistoire à la chute (aïe!) de Napoléon. Il n’arrivait pas à les retenir et je mes suis vite rendue compte qu’il ne savait pas à quoi correspondait réellement les dates. Mon mari lui a donc fait une séance : racontons l’Histoire ! Et au bout d’une heure, il connaissait toutes ses dates (6 ou 7 je crois).

      • Bravo à ton mari !
        Je crois que ça manque de sens, en fait. Et de profondeur.
        A quoi ça sert, tout ça ? C’était une de mes grandes questions à l’époque, elle n’a pas changée maintenant : l’accumulation de données brutes, sans mise en perspective, sans réflexion, sans savoir à quelle réalité elles appartiennent, c’est juste du bourrage de crâne !

        • J’ai de grand souvenirs de cours d’Histoire. Autant j’aimais et retenais bien les cours sur la façon de vivre, les us et coutumes de telle ou telle époque, autant retenir des dates par cœur ne m’a jamais parlé. Ça ne représentait rien pour moi et j’étais incapable de retenir les chiffres.
          Je n’aimerai pas être à la place de ceux qui font les programmes. Devoir dévider ce qui est important à savoir et ce que l’on peut abandonner. Pas évident comme rôle. Malgré tout, les programmes restent très lourds j’ai l’impression.
          Le plus grand exemple de bourrage de crâne pour moi, reste la prépa. Peu importe que tu ais compris, tant que tu peux ressortir le cours par cœur…

          • C’est exactement ça ! Autant la vie des gens m’intéressait en histoire, autant les dates…

            Ça me rappelle une « blague » : quand on demande à des étudiants en médecine d’apprendre l’annuaire par cœur, ils demandent « pour quand ? » A la même question des étudiants de Science Po demandent « pourquoi ? »

            Pourquoi apprendre des dates par cœur alors qu’on la retrouve en un clic de souris en cas de besoin ? Alors que la connaissance de la vie quotidienne des populations passées (comme celle des habitants d’autres pays) nous apporte beaucoup à titre personnel ; en ouverture d’esprit, tolérance, débrouillardise, imagination…

            C’est dans ce sens-là qu’on pourrait envisager d’épurer les programmes : ce qui permet de mieux appréhender le monde actuel et qui peut enrichir (au sens émotionnelle) devrait être prioritaire, le reste c’est du bonus, pour ceux qui veulent approfondir telle ou telle matière.
            Par exemple, on pourrait avantageusement alléger le programme en math (je n’ai aucun souvenir de ce qui se cache derrière une « fonction » ou une « identité remarquable »), au profit du travail sur le « quotient émotionnel », orienter les cours de français pour qu’ils apportent plus d’aisance en rédaction (en commençant par la recherche personnelle de contenu)…

            Ce qui implique de diminuer le nombre d’élèves par classe, et le nombre d’heures de cours dans la journée. J’étais épatée de voir lors de mon séjour outre-Rhin que les après-midi étaient consacrées aux recherches, travaux personnels et devoir, mais aussi et surtout en activités variées et passionnantes (souvent guidées par les professeurs, d’ailleurs). Du coup, je me sentais « en avance » en connaissances théoriques sur mes camarades de classe, mais très en retard en pratique et en autonomie.
            Mais cela supposerait moins de vacances, et j’ai l’impression que ce n’est pas du tout envisageable du côté des enseignants… et c’est de toute façon difficilement compatible avec la poursuite d’une carrière professionnelle pour au moins l’un des deux parents.
            Très compliqué !

  6. Merci beaucoup de ce très bel article!!! Merci d’avoir pris le temps de nous synthétiser en partie tant tous ces textes!
    Je dois t’avouer que Crahay est un peu mon chouchou en psychologie de l’éducation, ceci explique donc peut être cela! ;)
    A lire ta synthèse, il semble clair que l’argumentaire en faveur du redoublement ne se base pas sur son efficacité en matière de lutte contre l’échec scolaire…. Quant à son efficacité en terme de restauration de l’autorité du professeur et/ou de l’institution, j’ai bien peur qu’elle ne puisse valablement jamais être évaluée en tant que tel!
    Un minuscule détail: peut être cela vaudrait-il le coup (même si sûrement que beaucoup on vu passer cette pétition) de rappeler noir sur blanc que SOS Education milite POUR le redoublement.

    Mon opinion personnelle est que nous faisons peut être fausse route, tant en parlant de redoublement en tant que tel, qu’en parlant de « niveau » en tant que tel… peut être serait-il grand temps d’envisager ENFIN la possibilité de décloisonnements pour permettre à tel élève de suivre un cours plus avancé dans telle matière où il excelle tandis qu’il suivrait un cours plus élémentaire dans telle autre où il peine…et à chacun d’avancer à son rythme sans stigmatisation ni jugement…mais bien sûr, nous en sommes encore bien loin!!!

    • Je suis d’accord avec toi Mme Déjantée (j’ai l’impression qu’ici on se tutoie …), si l’école peut devenir plus souple, chacun y trouvera un bénéfice.
      C’est sûr que ça parait difficile à organiser tellement l’école française semble rigide, mais j’ai le sentiment que les choses vont pouvoir changer … ce n’est qu’une intuition … je retourne à ma lecture du rapport que j’ai cité plus haut … et je reviendrai peut-être ici avec une intuition confirmée ou non ?

    • Oui, je vais reformuler ma phrase. En effet, ils défende le redoublement, et en plus, dans une optique de punition, de toute puissance retrouvée du prof envers l’élève (en tout cas, c’est mon ressenti.)
      Je pense en effet qu’il faudrait décloisonner les programmes. Et remettre les formations plus « manuelles » à l’honneur. Avoir une vision un peu moins élitiste quoi.. parce qu’en France, les études courtes sont quand même franchement moins bien vu que les études longues, (le summum de la réussite étant de faire une prépa puis école d’ingénieurs).
      Ne pas stigmatiser les erreurs aussi. (j’ai adoré l’article de Superparents de la semaine dernière. :) )
      Bref, ça demande un changement radical de mentalité donc… ça prendra du temps. ;)

      • J’y pense en relisant ce qui a été dit sur cet article et j’en arrive à la conclusion que défendre ainsi le redoublement c’est vraiment prendre le parti de l’institution (de sa stabilité, de sa reproduction) plutôt que celui de l’élève (de son avenir, de son épanouissement)… Je ne peux pas dire dans l’absolu que ce point de vue est scandaleux (même s’il ne correspond pas à mes idéaux personnels) mais je pense que les gens qui le défende doivent en être conscients…

        • J’ai le même sentiment, surtout après en avoir parlé avec une copine instit récemment.

          J’ai le même rêve : le décloisonnement total, permettant de suivre chaque matière à son rythme, avec pour seule « sanction » à la fin du cycle une évaluation du niveau dans chaque matière, permettant d’être reçu dans les études supérieurs en fonction d’un panel de connaissances (et pas sur un QCM et un entretien qui ne riment à rien pendant un concours).

  7. Pas de redoublement ici non plus, puisque les enfants sont instruits en famille.
    J’observe cependant que la menace du redoublement est très utilisée dans une optique punitive complètement débile puisque ça tétanise les enfants.
    Tout cela est très global. Je ne crois pas que le niveau des pays du nord soit dû à l’absence de redoublement ; il y a aussi l’absence de note, l’absence de devoirs… A discuter avec les copains scolarisés de mon fils (11 ans), je m’aperçois que beaucoup d’enfants sont épuisés et découragés par l’immensité de ce qu’on leur donne à ingurgiter – la menace du redoublement n’est alors pour eux qu’une cravache. De mon côté, à suivre les programmes d’un oeil, je me rends compte qu’il y a énormément de redites et de « révisions »… comme si les enfants désapprenaient tellement vite qu’il faut remettre la même chose tous les 2 ans.
    Le bénéfice du redoublement, ben… je suis dubitative. En même temps, les personnes qui y trouvent un bénéfice disent souvent que ça leur a permis de « prendre une respiration » ; pas de mieux comprendre, juste de prendre une pause. U

    • Je pense qu’il faudrais totalement repenser l’école. Disons surtout notre façon d’aborder l’apprentissage. Il y a plusieurs pistes mais ça demanderai du temps, un certain courage politique et de l’argent pour le faire. Donc c’est pas gagné…

  8. Tu veux mon avis de prof? Je suis contre le redoublement. Dans l’absolu. Mais pour tant qu’on n’a pas trouvé de solution. Moi, j’en ai une. Ce n’est pas moi qui l’aie inventée mais je l’ai vécue dans deux établissements scolaires : les élèves en grande difficulté recevaient dans l’année des cours de soutien dans les matières où ils étaient à la ramasse. Problème : pour mettre en place ces heures supplémentaires (pour l’élève, qui n’a plus d’heures d’études et pour les profs), ça coûte cher! Dans un autre établissement, on pratiquait le redoublement dans quelques matières seulement : l’élève de sixième passait en cinquième, sauf en maths et en anglais par exemple où il restait en sixième. Le problème était qu’il fallait des emplois du temps adaptés et que l’année d’après, il n’avait pas vu le programme de l’année précédente. Aucune solution n’est bonne. L’enfant aura toujours des lacunes. Le problème doit se poser dès le primaire : ne pas arriver au collège sans savoir lire ni écrire. Je suis pour les classes adaptées en primaire (c’est plus facile à mettre en place) quitte à redoubler. Au collège c’est trop tard : on ne peut pas avancer correctement si on n’a pas les bases!
    Pour moi, il faut changer notre système scolaire, il est dépassé!

    • PS : avec la validation des compétences, on supprime peu à peu la valeur des notes (qui rassurent les parents. Oui, c’est étonnant mais les parents y sont plus attachés que les profs) et celle du redoublement : on valide des compétences (je sais lire, je sais dire, je sais écrire, etc.). L’enfant peut passer dans la classe supérieure mais il doit valider les compétences non acquises. On a prouvé l’an dernier que les élèves de troisième qui ne validaient pas la moitié des compétences étaient ceux qui échouaient au Brevet. Ceux qui en validaient les 2/3 l’obtenaient. Donc on n’a pas besoin de tout savoir, mais on a besoin d’un socle commun quand même. Ce socle est hyper compliqué à valider pour les profs et on n’est pas aidé! Ben comme d’hab en fait…

      • Ça, c’est clair que les profs ne sont pas aidés… ou rarement en tout cas…
        La validation des compétences, ça paraît quand même beaucoup plus logique comme solution non? (et c’est peut être plus sain aussi. Je veux dire, ça peut éviter de trop comparer les élèves entre eux (ou qu’ils se comparent entre eux) et donc moins stigmatiser les « mauvais ».)

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