Jusqu’à quel âge éduque-t-on son enfant ?

Mes enfants sont tout petits mais il m’arrive déjà de me demander comment ce sera quand ils seront grands, adolescents puis adultes. Je vous rassure, ma réflexion ne dure pas longtemps (impossible de réflechir sur ce qu’on ne connaît pas). Mais ça m’amène à me poser une question plus générale : jusqu’à quel âge doit-on éduquer son enfant ? On reste père ou mère à vie, c’est évident, mais combien de temps notre rôle est-il prégnant, indispensable ?

J’ai trouvé une piste de réflexion dans mon livre de chevet du moment Nos enfants sont des merveilles : Les clés du bonheur d’éduquer de Denis Marquet.

L’initiation de la mère consiste à lâcher progressivement l’enfant, selon l’évolution de ses besoins de maternance et de Désir d’autonomie. L’initiation de la mère consiste à accepter d’être de moins en moins une maman.

Etre une maman est une fonction qui n’est fondée que dans le besoin de l’enfant : on est maman tant que celui-ci a besoin d’une maman. A mesure qu’il gagne en autonomie, il en a de moins en moins besoin. (…)

A mesure qu’il grandit, un enfant est de moins en moins dépendant ; il a donc de moins en moins besoin d’une maman. En revanche, il aura toujours besoin d’une mère. (…)

Le chemin de la mère est d’être de moins en moins maman pour, un jour, ne plus l’être du tout, lorsque l’enfant est devenu capable d’orienter sa vie en fonction de son élan propre. Faute de vivre ce chemin, la mère risque de maintenir son enfant en situation de dépendance. (…)

En matière d’éducation, c’est le besoin de l’enfant qui crée la fonction.

Cela vaut, bien entendu, pour les deux parents :

 Quand cesse-t-on d’éduquer son enfant ?

On peut rappeler un principe : l’éducation, c’est l’art de reconnaître ce qui n’est plus bon. Un jour c’est la relation éducative elle-même qui cesse de l’être. Elle est terminée. Le parent sent qu’il cesse d’être un parent, tout au moins dans le sens où il l’a été jusqu’à alors. Il sera toujours le géniteur ou la génitrice, et il peut entretenir une merveilleuse relation de respect, d’amour et de partage avec sa progéniture. Mais la relation d’éducaton n’a plus de sens.

Peut-être qu’une éducation réussie se termine beaucoup plus tôt  qu’on ne l’imagine. Dès l’âge de onze ou douze ans, on peut ressentir que l’essentiel de l’éducation a été donné.

L’auteur raconte ensuite sa propre expérience avec son fils et conclut son livre ainsi :

 Une relation d’être humain à être humain, où la transmission père-fils relève plus du partage d’une expérience de vie que d’une pédagogie. (…)

Une relation d’adulte à adulte d’où toute fonction s’est retirée.

Ne laissant qu’un amour à nul autre pareil.

J’imagine que cela prend du temps pour comprendre qu’on en est arrivé là et qu’il est difficile de lâcher prise mais c’est une nouvelle relation qui s’installe. Au bout du compte, c’est celle-là qui dure le plus longtemps.

Clem la matriochka

12 réflexions sur “Jusqu’à quel âge éduque-t-on son enfant ?

  1. Je réfléchissais au sujet récemment à l’occasion de l’enterrement du père d’une amie. Il avait encore des enfants à charge (12 et 15 ans). Et je me suis rendue compte que ce qui me touchait le plus, c’est qu’il n’aurait pas terminé sa « mission » d’éducation.
    Et je me suis rendue compte que pour ma part, j’ai le sentiment que mes parents ont terminé avec moi vers mes 25 ans.
    Bon, c’est l’âge où je me suis mariée, donc ça reste une vision petite-bourgeoise et terriblement vieillotte. Mais, c’est aussi l’âge où j’avais fait mon choix de travail, de vie familiale, j’étais dans ma réalité, mes parents avaient terminé de m’accompagner sur les rails.

    Tout ça pour dire que cette idée de fin d’éducation à 11 ans, ça me choque un peu.

    • Je réponds avec beaucoup de retard pourtant j’avais bien lu ton commentaire !
      Je comprends bien ce que tu ressens, moi aussi j’ai trouvé ça un peu tôt au départ mais je pense aussi que c’est parce qu’on ne met pas forcément la même chose sur le terme « éducation ». Quand je réfléchis à mon expérience, je n’arrive pas à trouver le moment (mais je sais que c’est fini) parce que ça a longtemps été houleux entre nous…
      Quand sa fille a eu 11 ans, il n’a pas cessé pour autant d’être son père. C’est un équilibre qui a changé je pense. Je n’ai mis que des extraits aussi… Je pourrais donner le passage entier pour plus de clarté.

  2. Ah c’est bien complexe comme question, mais tellement intéressant ! Mes poulettes sont bien trop jeunes pour l’instant (6 et 2 ans).
    Mais pour ce qui est de mon expérience perso, je dirais que cela s’est terminé au milieu de l’adolescence, vers 15-16 ans, quand mes parents n’ont plus décidé à ma place mais m’ont laissée faire mes choix, et les assumer ! Alors s’est construit entre nous une très belle relation de personne à personne (je dirais même qu’avec mon père, cela a commencé beaucoup plus tôt, vers 11-12 ans justement…)
    Paradoxalement, il n’en est pas de même entre mes soeurs et mes parents. Bien qu’elles soient mes ainées et aient plus de 40 ans, l’une a encore une relation très « enfant-parent » (elle est pourtant elle même en pleine transition maman-mère avec sa fille !) et l’autre est perdue entre les deux. Je veux dire qu’elle n’a plus un papa et une maman, elle les rejette même, mais dans l’incapacité totale de construire une relation de personne à personne avec eux… Pas simple hein…
    Comme quoi, tout dépend aussi de l’enfant !

    • Je réponds avec beaucoup de retard pourtant j’avais bien lu ton commentaire !
      Ton expérience est très intéressante. On voit que cela change selon les enfants et les parents, il n’y a pas de règle. Mais c’est une question passionnante en effet. J’aimerais en savoir sur l’auteur et sa fille de 12 ans mais je perçois quand même ce qu’il veut dire : la relation a changé, sa fille n’a plus autant besoin de lui, en tout cas pas pour les mêmes raisons. C’est assez beau je trouve !

  3. Merci beaucoup de ta contribution!!!! Elle me parle énormément à titre personnel… Je m’entends souvent dire à mes enfants que je serais leur maman toute ma vie. Pour moi, cela ne veut pas dire qu’ils seront toujours dépendants de moi, ni que j’aurais à redire sur leur choix mais simplement je veux qu’ils sachent que je serais toujours là pour les accueillir bras ouverts en cas de pépins (même quand ils seront eux même adultes). Je reste néanmoins prudente: ma propre mère a eu beaucoup de difficultés à décider du moment où elle devait arrêter de m’éduquer (alors même que je le réclamais à corps et à cris), j’espère prendre ce virage plus sereinement quand mon tour viendra…

    • Je réponds avec beaucoup de retard pourtant j’avais bien lu ton commentaire !
      Effectivement, on reste le parent toute la vie mais la relation évolue et tant mieux, bien sûr. Il faut savoir reconnaître les besoins de notre enfant, en fait, c’est cela dont parle l’auteur. J’avoue que le passage n’est pas assez développé à mon goût pour bien comprendre ce qu’il veut dire car tout est question de ce qu’on met derrière le terme « éducation » aussi…

  4. Pingback: Être parent, oui, mais jusqu’où ? {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

  5. Pour moi, l’éducation ne se termine jamais : on apprend toute sa vie, tout le temps, de tout ce qui nous entoure, de tout ce que nous vivons.

    Alors l’éducation « classique » = par le contrôle se termine assez tôt, oui c’est sur. Certains enfants cessent de se soumettre très vite, genre vers 3/4 ans, parfois même avant. La plupart la rejette à l’adolescence – 10/12 ans actuellement environ.

    Par contre, une éducation basée sur le développement de l’autonomie, de l’écoute, non basée sur le contrôle mais sur l’influence – cf « Eduquer sans punir » de Thomas Gordon – dure toute la vie !
    Et elle ne vient pas seulement des parents mais de tout ce qui nous entoure.

    Sandrine

    • On ne cesse jamais d’apprendre en effet, mais là on parle de la relation éducative parents/enfants. Je peux t’assurer, puisque j’ai lu tout le livre, qu’il n’est justement pas question ici de l’éducation « classique » à laquelle tu fais référence.

      • Alors je ne comprends pas trop sa façon de voir les choses.
        Pour moi, ça dépend vraiment de ce qu’on entend par « éduquer ». Il en dit quoi lui ?

        Tu vois par exemple quand il dit « on est maman tant que celui-ci a besoin d’une maman. ». C’est quoi une maman pour lui ?
        Parce que moi, je pense qu’on a toujours besoin d’une maman ;-) … Ou en tout cas qu’une ou plusieurs personnes remplissent ce rôle : prendre soin de nous, nous écouter, nous entourer, nous soutenir, … (à condition que ce soit bien là ce qu’on appelle une « maman »).

        Donc je suis assez perplexe sur son approche à vrai dire (du moins sur cette partie de son approche).
        Ce livre fait partie de la bibliothèque volante ? Si oui, je vais l’emprunter je pense ;-) !

        Sandrine

        • Il fait la distinction entre « maman » et « mère » en fait, je n’étais pas forcément d’accord d’ailleurs mais ça explique la suite.
          Il ne fait pas partie de la biblio non, malheureusement. Pourtant, c’est pour moi un livre atypique que j’ai beaucoup aimé.
          Sinon j’en ai parlé ici aussi, pour te donner une autre idée : https://lesvendredisintellos.com/2012/09/21/le-bonheur-deduquer/
          Je vais me replonger dedans pour mieux te répondre ;-)

          • Oui l’esprit a l’air chouette mais certains concepts ne me paraissent pas clairs ;-).
            Faut que je le lise pour me faire une idée (mais j’ai déjà 4 bouquins en retard donc je ne vais pas l’acheter tout de suite !)

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