Carrière : les mamans peuvent-elles tout avoir ?

Après avoir démissionné de son poste de  directrice de l’équivalent de notre ministère des affaires étrangères aux USA pour s’occuper de ses ados, Anne-Marie Slaughter a écrit un long article intitulé « pourquoi les femmes ne peuvent-elles toujours pas tout avoir ». L’article original, paru en juin 2012, est accessible ici.

J’ai été surprise de voir qu’une femme qui semblait « tout avoir » (un poste avec Obama et une famille) décide de renoncer… alors voici un résumé succinct et librement commenté et traduitde l’article.

Le titre, pourquoi les femmes ne peuvent toujours pas tout avoir, est un clin d’œil à une conférence de Sheryl Sandberg qui explique comment elle a réussi à être DG de Facebook  tout en quittant le boulot tous les soirs à 17H30 pour s’occuper de ses enfants  :

Sa solution miracle N°1 : Pour faire carrière, les femmes doivent être  engagées, et avoir de l’ambition !

C’est VRAI : pour réussir une carrière, il faut s’en donner les moyens, en vouloir, et faire savoir qu’on en veut. Il faut oser être ambitieux pour soi-même,  sans se dévaloriser (spécialité de beaucoup de femmes !)

Néanmoins, Anne-Marie apporte quelques petites nuances qui ont le mérite de déculpabiliser celles qui sont loin d’être dans le top management malgré leur engagement  !

  • Celles qui arrivent effectivement « au sommet » sont souvent des super héros (par ex. cette même Sheryl Sandberg est sortie classée dans les 1èr des étudiants en économie de Harvard…).
  • Parmi elles,  beaucoup sont célibataires et sans enfant (ce qui est injuste quand on réalise que la très grande majorité des hommes arrivés au même niveau de carrière ont une vie de famille et des enfants).
  • Par ailleurs, pour les carrières internationales les femmes sont pénalisées car elles ne peuvent /souhaitent pas voyager enceintes ou avec des jeunes enfants.
  • Même si aucun fait scientifique ne le démontre, Anne-Marie observe que les femmes se sentent en général moins à l’aise que les hommes à l’idée d’être loin de leurs enfants.  Pour elle, les hommes sont plus susceptibles de choisir leur travail au détriment de leur famille (et ce choix sera valorisé par la société) et les femmes sont plus susceptibles de choisir leur famille au détriment de leur travail, en se posant la question « qui a le plus besoin de moi ». Faire un choix contraire est perçu comme égoïste par la société.
  • Un corollaire d’avoir de l’ambition, c’est « choisir le bon mari »,  c’est-à-dire celui qui est capable de s’investir à la maison et s’occuper des enfants à part égale avec vous. Bien sûr, cela facilite immensément la vie ! mais toujours pour la même raison (les femmes sont moins à l’aise avec l’idée d’être loin de leurs enfants), même si le mari est présent pour s’occuper des enfants une femme accepte rarement d’être en déplacements à outrance.
  • Enfin, on observe encore beaucoup trop de conflits entre les horaires scolaires et les horaires de travail. Malgré toute l’ambition du monde, 17h, c’est déjà une bonne heure pour quitter l’école, mais c’est vraiment trop tôt pour quitter le boulot … Et il y a donc un problème de garde des enfants qui se pose.

Solution miracle N°2 : Vous pourrez tout concilier si vous le faite dans le bon ordre (vous pouvez tout avoir, mais pas tout à la fois).

Cette idée est très répandue. J’ai moi-même suivi un séminaire il y a quelques années qui conseillait d’accepter de mettre sa carrière en retrait le temps d’avoir / élever ses enfants, quitte à revenir en force 10 ans plus tard. C’est sûr qu’on ne peut pas tout avoir à la fois, et qu’il semble indispensable de faire des choix à certains moments de sa vie, de renoncer à une promotion le temps d’élever un enfant quitte à l’accepter un peu plus tard.

Mais cela ne résout pas complètement le problème :

Avoir ses enfants tôt (par exemple, à 22 ans : cela signifie qu’à 40 ans on est libre de reprendre une activité professionnelle très exigeante) est contraignant car cela signifie études moins longues et potentiellement moins bon diplôme, moins bon premier emploi et donc moins de revenus pour payer une aide à domicile et passer du temps au boulot … c’est le cercle vicieux ! Et il est très dur d’entrer réellement sur le marché du travail à 40 ans.

Avoir ses enfants plus tard (35-40 ans), c’est tout d’abord prendre le risque de ne pas réussir à en avoir ou d’y passer de longues années. C’est aussi rater toutes les opportunités intéressantes qu’on a en fin de carrière (vers 50 ans), celles qui vous permettent d’accéder à la direction par exemple. Et il ne faut pas oublier qu’un enfant adolescent requiert une présence aussi importante, voire plus, qu’un bébé. (réflexion personnelle :on parle beaucoup du congé parental pour les 0-3 ans, mais est ce que tout se joue entre 0 et 3 ans ? n’y a-t-il pas d’autres étapes clé dans le développement d’un enfant (je pense à l’entrée au CP, au collège, l’adolescence, le choix de l’orientation professionnelle…) qui exigent une immense attention et présence de la part des parents ?)

Les nouvelles solutions miracle

Anne-Marie Slaughter propose plein de pistes concrètes pour faciliter la tâche aux business women :

1/ Changer la culture de la présence physique

  • Faire passer le message dans l’entreprise qu’un bon employé est celui qui travaille efficacement (et pas celui qui reste tard le soir)
  • (Faire) accepter le télétravail
  • Avoir du super matériel de téléconférence pour éviter au maximum les déplacements
  • Etablir et dire que la présence physique aux réunions est requise pendant les heures scolaires, alors qu’en dehors des heures scolaires les téléconférences sont de mise.

NB : le fait de dire est très important : c’est seulement si un message fort descend de la direction de l’entreprise que ces règles commenceront à être appliquées…

2/ Redonner de la valeur aux valeurs familiales

Le fait d’avoir une famille n’est pas très valorisé aujourd’hui. Un simple exemple :

  • Quel regard va être porté sur un collègue marathonien qui court 2h tous les matins ? (quel homme ! quelle volonté !! = admiration)  Et quel regard sur une mère qui passe deux heures le matin à s’occuper de ses enfants / les déposer à l’école ? (elle est à l’heure ? c’est normal –  elle arrive essouflée ? elle est mal organisée)

Redonner de la valeur à la famille, reconnaitre les qualités d’organisation, de gestion des RH, de créativité des parents, est essentiel !

3/ Repenser ce qu’on entend par « succès » dans le cadre d’une carrière (et j’ajouterai, oser s’affranchir des normes)

  • Accepter une carrière non linéaire
  • Valoriser les gens qui ont choisi des voies différentes
  • Parler (de temps en temps…) avec fierté de ses enfants au travail pour faire reconnaitre leur existence
  • Travailler son « projet de bonheur » et se demander ce qu’il inclut
  • Cesser d’accepter le comportement des hommes et des choix masculins comme la valeur par défaut et l’idéal.

Pour moi si je peux juste réussir à faire passer le message qu’en partant à 18H30 sans avoir fait de longue pause clope ou discussion avec les collègues, je suis aussi efficace que ceux qui restent jusqu’à 21H, je serai heureuse !

Paloma

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8 réflexions sur “Carrière : les mamans peuvent-elles tout avoir ?

  1. Dans mon entreprise, un homme qui voulait partir tôt pour aller chercher ses enfants s’est vu répondre par sa hiérarchie  » l’entreprise ne t’a pas demandé de faire des enfants »

    Les femmes ne sont pas les seules à qui on demande de la présence plus que de la compétence.

    Il y a du boulot pour changer les mentalités !

  2. Je pense que cela dépend aussi beaucoup de la profession de la maman. Je suis infirmière à l’hôpital pour le moment et mon mari travaille dans la restauration, lorsque nous aurons un bébé je devrais changer de poste, je le sais. Mais en fait, on devrait aussi se poser la question: les mamans veulent-elles tout avoir?
    Est-ce que j’ai envie de passer plus de temps à mon travail avec les enfants d’inconnus (je travaille en réa néonat’) qu’avec mes enfants? Non.
    Dans mon monde fantasmé il faudrait avoir la possibilité de garder ses enfants avec soi au travail au moins tant qu’ils sont bébés, et alors on pourrait tout avoir: carrière et vie de famille. Mais bon, ça relève de l’utopie pour la plupart des métiers ;-)

    • Oui, et je crois qu il y a aussi des professions pour lesquelles il est plus facile de prendre un congé parental sans être déclassée, c’est à dire en étant sûre de retrouver un poste équivalent et d être toujours aussi compétente à son retour…

  3. Merci beaucoup et bravo pour cette première contribution!!! Encore une fois je te souhaite la bienvenue parmi nous!!! J’avoue que je suis un peu sceptique avec cet article (je parle de l’article initial hein, pas de ton commentaire !!) … pour moi le problème est qu’on essaie de faire coller les normes du monde du travail (basées sur le modèle de l’homme sans charges familiales) avec la venue d’enfants (dont on souhaite s’occuper un minimum)…sans qu’à aucun moment (ou presque) on se pose globalement la question de remettre en cause ces normes… Il me semble donc clair dans ce cadre que la solution ne peut reposer seule sur un effort supplémentaire demandé aux femmes pour se tordre les neurones afin de faire au mieux possible comme-un-homme-sans-enfant (quitte à ne le faire qu’une partie de sa vie) mais sur un partage des tâches hommes/femmes de façon à ce que ces questions ne soient plus que des problématiques féminines mais entrent dans le cadre d’une réflexion sociétale plus globale sur la façon dont on envisage la nécessité simultanée de soin aux enfants et de développement professionnel…

    • Oui tout à fait d accord ! Et c’est bien un des points dénoncés dans l’article initial, quand elle dit d’arrêter de prendre le modèle masculin comme la valeur par défaut. À nous tous (hommes et femmes) de réinventer un modèle « mixte »

  4. Pingback: Fille, mère, salariée… la femme en marche [mini débrief] « Les Vendredis Intellos

  5. Pingback: Maternité-travail | Pearltrees

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