C’est ma rentrée… des VI, mais aussi du bureau (387 emails en retard), de lessive (23,5 paniers pleins), de nouvelle année de crèche (liste de courses de 1,5 mètres de long), de frigo (y a même plus de beurre ni de kiri), et de dodo (la sieste c’est fini *snif*).

Alors je vais faire simple: juste partager avec vous un extrait de ce petit livre, une de mes lectures de métro. Michel Raymond est chercheur en biologie évolutive, et explique, de façon très simple, en quoi nous les humains, nous « sommes soumis, comme les autres animaux, au grand jeu de l’évolution ». Bon, je sais bien que la vulgarisation scientifique peut être parfois un peu simpliste, et j’imagine que certains y trouveraient mille défauts. Mais moi qui n’ai aucune formation scientifique, je suis friande de ce genre de littérature, et je l’ai dévoré goulûment! Pour les spécialistes, toutes les études et recherches qui fondent les réflexions sont citées en détail à la fin de l’ouvrage.

J’avais déjà cité un petit extrait sur les comportements genrés en commentaire de cet article de Phypa… Cette fois-ci j’ai choisi un extrait relatif à l’allaitement (p.43). J’espère vous donner envie d’en lire plus !

La guerre du fer

Prenez un œuf et observez-le: une coquille, le « blanc » et le « jaune », tout le nécessaire pour fabriquer un poussin. La coquille est nécessairement poreuse, pour permettre la respiration; mais cela implique aussi, pour de petites bactéries, une facilité à franchir aisément cette barrière trouée. Or les œufs ne s’infectent pas facilement. Pourquoi? C’est qu’il y a dans l’œuf un système antibactérien très efficace. Les bactéries, pour se multiplier, ont besoin de fer, de même qu’ont besoin de fer le poussin et tous les êtres vivants. Dans l’œuf, tout le fer prévu pour le poussin (…) se trouve dans le « jaune ». Le « blanc », lui, s’en trouve totalement dépourvu et contient en outre une protéine spécialisée dans la captation du fer (la conalbumine), moyennant quoi les quelques molécules de fer  qui pourraient rester dans le blanc sont spécifiquement captées par cette protéine et deviennent inaccessibles aux bactéries. Ainsi une bactérie qui aurait franchi la coquille se retrouverait dans un véritable désert, sans la moindre molécule de fer pour se multiplier correctement. (…)

Femme enceinte et lait maternel

La femme enceinte est dans un état particulier, car elle héberge un corps étranger. Son système immunitaire, formidable machine de guerre contre les intrusions, se mets alors au ralenti pour ne pas se déclencher inopinément contre l’embryon: La femme enceinte est ainsi naturellement immunodéprimée. Pour ne pas favoriser les attaques parasitaires, pendant cette période critique, d’autres types de défense sont alors activés, comme par exemple les préférences alimentaires spécifiques. (…) On observe également chez la femme enceinte, une baisse de fer plasmatique. Actuellement, cette baisse est en général interprétée comme une déficience, et non comme une réponse adaptative: pour contrecarrer cette baisse, on recommande toujours aujourd’hui un supplément de fer. Hormis les cas extrêmes justifiant ce supplément, il reste à en évaluer les conséquences.

En ce qui concerne le bébé, son alimentation doit être pourvue de tout le nécessaire pour sa croissance, fer y compris. Mais apporter le fer tel quel, sans le protéger des pathogènes, serait assez maladroit. Le lait maternel contient des quantités énormes de lactoferrines (20% des protéines totales, 1 à 4 grammes par litre), et cette protéine a la même propriété que la conalbumine de l’œuf et que la transferrine du plasma sanguin: capter le fer et le rendre ainsi inutilisable par un pathogène. Le lait maternel contient du fer, mais ce fer est bien emballé, sans la moindre molécule directement utilisable par un microbe malintentionné. Des expériences confirment que la rareté du fer directement disponible dans le lait maternel serait une adaptation : une injection de fer (10mg /kg) à des nourrissons entraine une multiplication par sept des risques de septicémie et de méningite; administrer un supplément de fer à des nourrissons allaités, âgés de quatre à neuf mois et normalement constitués, augmente les risques d’infection intestinale. (…) Par contre, sous cette forme liée aux lactoferrines, le fer est fortement assimilable pour le bébé; il est ainsi très rare de voir souffrir d’anémie un bébé exclusivement allaité. En revanche, si des aliments extérieurs  viennent s’ajouter à l’allaitement maternel, lait de vache y compris, on constate une très forte baisse de l’absorbation du fer apporté par le lait maternel; d’ou la nécessité de compenser par un apport extérieur. Cet apport doit être massif, du fait de la très faible capacité d’absorption du fer libre par le nourrisson: ainsi est rompu le système, très élaboré, d’apport de fer par le lait maternel, à l’abri des pathogènes.

Drenka