Neuroner, oui mais pourquoi faire?

Voici une question qui revient souvent par ici. Les Vendredis Intellos invitent tout un chacun à la lecture, mais aussi à la réflexion, au débat sur les questions d’éducation au sens large. Et au final, ça sert à quoi?

A être de bons parents?

Honnêtement, je ne le crois qu’à moitié, voire pas du tout. Croire qu’il faille lire pour être parent, c’est un peu aussi absurde que de penser qu’il faille un médecin pour accoucher. Les femmes accouchent, les parents maternent/paternent et ce, dans la majorité des cas sans l’aide de personne. Alors bien sûr, on peut évoquer les troubles de la fonction parentale, mais il ne s’agit que de phénomènes isolés. Les livres peuvent bien sûr nous aider, à un moment ou un autre, à prendre un peu de distance ou trouver de l’information face à un problème rencontré ou une situation difficile. Ils peuvent nous aider à nous sentir moins seuls, mais en définitive ils ne nous donneront jamais l’intelligence du coeur, la seule dont nos enfants aient réellement besoin.

Alors quoi? Lire sur l’éducation ne servirait donc à rien??

Je ne le crois pas non plus! A titre personnel, lire m’a souvent permis d’inventer un nouveau possible pour ma vie de famille, un possible dont je n’appréhendais pas l’existence. En bref, je dirai que lire m’a donné des idées pour changer mon quotidien. Je pense en particulier aux lectures liées à l’éducation non violente, qui nous ont en partie permis de mettre des mots sur des principes importants pour nous mais que nous n’osions revendiquer en tant que tels et qui nous ont aussi permis de questionner certaines de nos pratiques.

Mais surtout, lire et s’informer permet de se forger sa propre opinion. Parce que nous ne sommes pas les seuls à avoir une mission d’éducation envers nos enfants, la société toute entière (via l’école, la protection maternelle et infantile mais aussi les institutions de santé, culturelles, sportives) partage aussi cette mission. Du point de vue sociétal, pas question d’instinct ni de compétences innées, les décisions sont prises sur la base d’études (plus ou moins) scientifiques, par des experts variés. Du point de vue sociétal, l’éducation est affaire de spécialistes, de professionnels, et donc pas de parents! Il s’agit donc pour la société d’encourager les comportements spontanés de parents jugés souhaitables et de corriger ceux qui le sont moins.

Comprenons-nous bien, nous sommes à peu près tous d’accord pour dire que ce regard sociétal est bien souvent utile, indispensable même. Il n’empêche que les décisions qui sont prises dans l’intérêt de la collectivité ne sont pas parole d’évangile. Elles sont avant tout basées sur des présupposés idéologiques, plus ou moins largement partagés par la collectivité ou certains sous groupes influents de celle-ci.

Tout ça pour dire que lire et s’informer dans le domaine de l’éducation nous permet avant tout d’être en mesure de se forger une opinion personnelle sur la diversité des propositions éducatives publiques comme par exemple : prendre du recul face aux exhortations péremptoires d’un Rufo, d’un Naouri ou d’une Halmos ;  argumenter/proposer/questionner face à l’instit/la puéricultrice de la crèche ; décoder certains messages publicitaires et médiatiques ; demander un deuxième avis de pédiatre ou de psy quand on a le sentiment de ne pas avoir été compris/respecté…. bref, prendre sa place de citoyen de façon éclairée dans le débat public.

Je vous raconte tout ça parce que il y a quelques jours, a été posté sur la page facebook des Vendredis Intellos cet appel à candidatures émanant de l’INPES. Cet institut cherche actuellement à constituer un groupe d’expert sur la parentalité dans le contexte suivant:

Le champ de la parentalité suscite depuis une vingtaine d’années l’engagement des institutions (européennes et françaises) et des associations dans un large panel d’interventions destinées aux parents (actions de soutien à la parentalité, renforcement des compétences parentales) et/ou aux enfants (renforcement des compétences psychosociales, protection de l’enfance, renforcement des liens d’attachement).
En effet la parentalité est un des facteurs déterminants de la santé de l’enfant, et les conditions de vie dès la petite enfance, notamment le contexte familial, influencent l’état de santé de l’enfant et également du futur adulte.
L’Inpes s’est donc investi dans ce champ, notamment dans la rédaction d’ouvrages de soutien méthodologique pour la mise en place de projets de soutien à la parentalité, une revue des interventions validées, et la participation à diverses interventions pilotées par la DGCS (brochure et site internet dédié aux parents notamment) ainsi que le soutien pour l’évaluation de recherche action.

Dans le cadre de la programmation de l’Inpes, il est nécessaire de s’appuyer sur un groupe d’experts multidisciplinaires afin de construire une stratégie sur le long terme.

L’absence totale de représentation dans ce groupe des parents, non-chercheurs et non-professionnels (mais pour autant fortement impliqués, via associations diverses et réseaux sociaux, dans le débat social sur Internet notamment) a rapidement suscité des réactions. L’idée a donc germé de proposer en masse des candidatures symboliques de parents, tels que vous et moi, afin de sensibiliser les pouvoirs publics sur la nécessité de renouveler leur façon de penser la parentalité en incluant notamment le point de vue des acteurs de terrain que nous sommes.

Pour ce faire, je vous propose ICI un modèle de lettre de motivation. Il s’agirait pour chacun de la personnaliser rapidement avec ses propres éléments biographiques et de l’envoyer à l’adresse indiquée sur l’appel à candidatures (parentalite@inpes.sante.fr) et ce AVANT LE 27 septembre. Il faudrait également diffuser le plus largement possible cette information via les réseaux sociaux et pourquoi pas si le coeur vous en dit, en faisant des billets sur vos blogs persos pour développer votre point de vue sur la question (pensez dans ce cas à m’envoyer les liens vers vos billets afin que je puisse les relayer).

Bien entendu, chacun est libre de se reconnaître ou non dans cette bien modeste action. Les réflexions que nous menons depuis maintenant plus d’un an me conduisent à penser que laisser aux seuls professionnels le soin de réfléchir sur ces questions de parentalité et d’éducation c’est prendre le risque de voir (de façon toujours plus accrue) la parentalité définie par des normes strictes dans lesquelles beaucoup d’entre nous peineront à se retrouver, et donc génératrices de culpabilité et de perte de confiance en notre capacité d’être tous des parents « suffisamment bons ».

11 réflexions sur “Neuroner, oui mais pourquoi faire?

  1. Oui la lettre est très bien…

    Mais est-ce que l’INEPS n’est pas là hors de ses missions qui concernent surtout la santé publique ?

    Il y a déjà le réseau Ecole des Parents et des Educateurs …
    http://www.ecoledesparents.org/
    Et pourquoi pas une participation de l’asso des VI au colloque de l’Ecole des Parents de décembre, si quelqu’un parmi nous est dispo pour ça ?
    http://www.ecoledesparents.org/event/34

    Déjà qu’être une femme , c’est quasi une maladie, alors maintenant, être parent nécessite un accompagnement de santé publique ???

    • Je suis d’accord avec toi, le fait que ça émane de l’INPES est interpellant. Je pense précisément que ta dernière phrase traduit la pensée actuelle de certains pouvoirs publics, d’où à mon sens aussi l’utilité symbolique de cette action.
      Et pour l’école des parents, pourquoi pas le colloque effectivement mais plus largement la prise de contact avec ce réseau pour présenter notre projet fait partie des trucs que je projette de faire cette année.

    • Déjà qu’être une femme , c’est quasi une maladie, alors maintenant, être parent nécessite un accompagnement de santé publique ???

      Haha, ça résume assez bien!! As-tu lu « La revanche du rameur »?

      En tout cas, c’est bien pour ça que je trouve la démarche de Mme Déjantée légitime!! Il est nécessaire de faire confiance aux acteurs de terrain (aka, nous les parents) et de les intégrer dans les décisions qui les concernent!

  2. Coïncidence : je viens de commencer Dialogues avec les mères de Bruno Bettelheim et ses propos sont très proches des tiens ! Je cite : « on ne peut pas dire aux parents ce qu’ils doivent faire ou comment ils doivent le faire. Mais on peut les aider à voir de plus en plus clairement ce qu’ils désirent pour leurs enfants et les amener peu à peu, par leurs expériences quotidiennes, à faire de ces désirs une réalité. ». Et pour lui aussi il est clair que les théories et les conseils ne suffisent pas… Et puis les experts, y en a un peu marre non (ça c’est de moi !) ?

  3. Pingback: De l’utilité de neuroner -mini debrief- « Les Vendredis Intellos

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