Je n’ai pas eu le temps de faire cet article la semaine dernière, mais puisque personne n’a pris le sujet, je m’y mets cette semaine.
Grâce à Madame Déjantée, je suis tombée sur cet article du journal Le Monde. Petit listing des différents cours de « morale » et leur intitulé, depuis 1968.

1968 : La mise en place du collège unique puis les « événements » de mai ont raison de l’enseignement de la morale à l’école. […]
Les enseignants n’ont plus cru à de larges pans de la morale qu’ils étaient censés enseigner. Au même moment, dans la société civile, s’est développée une critique des institutions trop sûres d’elles-mêmes

1985 : Le ministre de l’éducation, Jean-Pierre Chevènement, inscrit l’éducation civique au programme de l’école primaire, « pour permettre à l’élève de devenir un citoyen »

1995 : François Bayrou définit les finalités de l’enseignement de l’éducation civique : « comprendre le monde contemporain et agir sur lui en personne libre et responsable, être présent et actif au sein de la cité, exigent la connaissance du monde dans sa diversité et son évolution ».

1999 : Le ministre de l’éducation nationale, Claude Allègre, et Ségolène Royal, déléguée à l’enseignement scolaire, créent un programme d’éducation civique, juridique et sociale (ECJS) pour les lycéens

2008 : Xavier Darcos remplace l’éducation civique par de « l’instruction civique et morale » dans le cadre des nouveaux programmes du primaire. […]
« découvrent les principes de la morale, qui peuvent être présentés sous forme de maximes illustrées et expliquées par le maître au cours de la journée : telles que ‘La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui’, ‘Ne pas faire à autrui ce que je ne voudrais pas qu’il me fasse’, etc. Ils prennent conscience des notions de droits et de devoirs.

2011 : Le 31 août, le ministre de l’éducation nationale, Luc Chatel, annonce dans un entretien au Parisien le retour des leçons de morale à l’école primaire. « Pas forcément tous les matins, mais le plus régulièrement possible, le maître va maintenant consacrer quelques minutes à un petit débat philosophique, à un échange sur la morale »

2012 : Estimant qu’« il y a eu beaucoup de petits dispositifs », le ministre socialiste de l’éducation nationale, Vincent Peillon, annonce le 29 août vouloir harmoniser l’enseignement de la « morale laïque » et « créer un consensus car cela va très au-delà du clivage gauche-droite ».

On constate qu’en fait, on ne sait pas trop quoi mettre exactement là dedans.
Et avec autant de changements, les profs doivent finir par avoir le tournis…
Je me rappelle avoir eu des cours d’éducation civique. J’avais trouvé intéressant qu’on nous explique le sénat, l’assemblée, le droit de vote etc. Mais c’était des sujets dont mes parents parlaient déjà à la maison, et j’étais donc déjà sensibilisée au problème.
Car le souci principal, à mes yeux en tout cas, c’est que cet enseignement ne peut pas se faire que par les seuls professeurs. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment leur rôle, mais plutôt celui des parents. Seulement les parents sont parfois (souvent?) débordés, manquent de temps, voir parfois s’en contrefichent totalement.
Comment apprendre la notion de respect des autres à un jeune dont les parents dénigrent régulièrement les profs (et tous ces fainéants de fonctionnaires)? Comment aborder le sujet avec des élèves en révolte contre leurs parents, leurs profs, le système tout entier? Comment peut on espérer apprendre le civisme en 2heures par mois, à partir de 15 ans?
La morale laïque, ça ne me parle pas trop, je préfère parler de civisme. (« morale » pour moi, est trop rattachée à des concepts religieux. c’est donc un peu antinomique avec « laïque », de mon point de vue en tout cas.)
Or le civisme, ça s’apprend dès tout petit, de pair avec la politesse. Et ça ne concerne pas que l’école mais l’ensemble de la vie de l’enfant. Donc si à la maison, ça ne suit pas….
Autre aspect du problème : on ne peut pas imposer aux autres le respect, surtout si soi-même, on ne les respecte pas. Or il y a encore beaucoup de profs qui n’écoutent pas les élèves, par manque de temps, parce que quand il y a plus de 25 élèves par classe, ça relève de l’impossible aussi. Et aussi parce que certains pensent que leur statut impose aux élèves de les respecter, qu’ils les prennent de haut. Les profs qui méprisent les élèves, ça existe. Il n’y en a peut être pas des masses, mais ça n’est pas un mythe pour autant, et c’est très destructeur pour un élève fragile.

Bref, comme souvent, il n’y a pas vraiment de solution miracle. Il faut que certains parents apprennent à ne pas dénigrer à tord les enseignants, à ne pas laisser leurs gamins faire n’importe quoi (et ce, bien avant les 15 ans du jeune…), et même comme ça, il y a des parents qui soutiennent les profs, qui font de leur mieux et ne sont pas démissionnaires, mais qui ont en face d’eux, des ados en rupture pourtant. Et je n’ai aucune idée de comment on en arrive à des situations pareilles…
Et il faut aussi que certains profs se remettent en question, apprennent que le respect, ça va dans les deux sens, et que leur statut d’enseignants ne leur donne pas tous les droits pour autant (notamment, ça ne donne pas le droit d’humilier publiquement un élève fragile, un bouc-émissaire). Parce que si il y a des parents démissionnaires, il y a aussi des profs au comportement répréhensible. Il faudrait que ces profs acceptent de reconnaitre « Oui Jordan, j’ai eu tord, je n’aurai pas du dire que tu n’étais qu’un fainéant, bon à rien, qui finira préposé aux poubelles chez Prisunic. »

Il faut aussi rester conscient que malheureusement, on n’arrivera pas à créer le monde des Bisounours et qu’on n’éradiquera jamais la violence de ce monde, et qu’elle risque de rester aussi présente dans les écoles. On ne doit pas l’accepter, on doit lutter contre la violence (et notamment dans les écoles) mais on n’arrivera pas à l’éliminer entièrement. (Oui, je suis parfois pessimiste. ^^’)

NB : Il ne s’agit pas pour autant de tolérer n’importe quel comportement de la part des élèves. On n’insulte pas, on ne frappe pas un prof. (et c’est valable pour les parents aussi d’ailleurs…) Seulement, quand un élève en arrive à insulter un prof, peut être devrait on se demander comment il en est arrivé là? Parce que si le prof vient de le traiter de gros nullard bon à rien, ce n’est quand même pas la même circonstance que si il lui avait juste demandé « d’arrêter de parler avec le voisin parce qu’il y en a qui essaient de suivre, Kévin! » (Mais ça ne justifie pas la violence pour autant, juste admettre que le premier agressé n’était finalement pas le prof.)
Puisque, le fond du problème, c’est la violence, la montée de la violence chez les jeunes. Je reste persuadée cependant qu’on n’arrivera à rien en utilisant QUE la répréhension, et si on essaie pas de savoir pourquoi, et comment, on en arrive à des situations parfois tragiques… Mais pour ça, il faut aussi donner la possibilité, le temps, les moyens aux enseignants de pouvoir faire autre chose que de la sanction.

Un « petit » article un peu décousu et qui part dans tous les sens, mais le problème est complexe, vous l’admettrez. ;)

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