Nos ados et nous

Vacances en Bretagne obligent, je suis tombée sur le résumé d’une intervention de Marcel Rufo, dans le supplément fémina du Télégramme du 12 aout.

Cela s’intitule « Comment sortir indemne de leur adolescence » ?

Je ne crois pas que ce soit possible, mais bon c’étaient les vacances.

Il répond aux questions inquiètes des parents.

« J’ai une relation très fusionnelle avec ma fille de 12 ans. C’est mon seul enfant , à cause d’une maladie.Elle est difficile en ce moment. Je me demande si elle n’en joue pas. »

Marcel Rufo :

Etes-vous capable d’un peu moins l’aimer ? On dit souvent aux ados « Je ne peux plus te supporter, mon chéri ». Eux n’entendent que « mon chéri ».

Cette difficulté face à l’enfant « trop précieux » parle , je pense, à beaucoup de parents.

Et j’avoue que c’est une question que je me pose souvent « finalement, est-ce qu’on ne s’occupe pas trop d’eux ? »

Dans mon souvenir, les enfants de ma génération étaient à la fois beaucoup plus contraints (la télé c’était pas pour les enfants, le manteau d’hiver on en avait un qu’on gardait plusieurs années, tant qu’on n’avait pas trop grandi, …) et beaucoup plus libres (pas d’emploi du temps de ministre, le temps de jouer et de rêver, …) Et nous ne sommes pas tous devenus des asociaux psychopathes pour autant, globalement, nous avons évolué, grandi, fait de multiples rencontres qui nous ont modelé, et plus ou moins trouvé notre place dans la vie.

Un autre passage de la réponse de Marcel Rufo me rassure un peu aussi :

« Il faut leur dire : « Tu me casses les pieds », » Je ne peux plus te voir », « J’ai hâte que tu dégages »!  Votre fille est une enfant précieuse et elle le sait. Or plus un enfant a eu une relation fusionnelle avec un parent, plus il est difficile avec ce parent à l’adolescence.

Car j’avoue qu’en ce moment, instinctivement, alors que nos enfants cumulent les chamailleries et petites bêtises diverses, on n’arrête pas de leur dire « L’an prochain, on vous met toutes les vacances en colo , et nous on part en voyage », ou encore, « on vous envoie au lit » ou « chez vos grands-parents », « et nous on fait plateau-télé ou ciné-restau tranquilles tous les jours. »

Evidemment ils protestent « c’est pas juste , ça se fait pas ! « .

Croient-ils qu’on le fera ? Pas à 100%, mais l’once de doute éveillée en eux nous procure quelques instants de tranquillité.

Je crois qu’on ne  leur rend pas toujours service en étant perpétuellement à leur écoute, il est nécessaire de leur apprendre les basiques de la vie en société, et cela passe par comprendre quand on dépasse les limites de ce qui est acceptable pour autre que soi.

Rencontrer des personnes différentes leur permet aussi d’apprendre que ces limites ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

Vivre en harmonie avec les autres, c’est un équilibre entre s’affirmer et faire attention aux autres.

Comment l’apprendre avec des parents qui anticipent tous leurs désirs ? Qui ne disent pas quand ils dépassent les bornes ?

Bon après tout est dans la manière de poser ces fameuses limites, et ce blog regorge de références pour en discuter ;-).

Il y a aussi des ados avec lesquels il n’y a pas de problèmes :

J’ai une fille de 15 ans et une de 11 ans, or nous ne sommes pas vraiment en conflit. Autant vous dire que lorsque vous affirmez que plis les adolescents s’opposent à nous, plus ils nous aiment, cela m’inquiète un petit peu

Marcel Rufo :(…) Je vous rassure , il y a des adolescents très sympas qui ne posent aucun problème aux parents, mais qui doutent d’eux-mêmes.

La réponse donnée ne me convainc pas complètement. Pourquoi veut-on que l’adolescence soit nécessairement un problème ?

C’est aussi une période de la vie formidable , où on se construit, où s’offrent encore de  multiples choix qu’il est beaucoup plus compliqué de faire plus tard. Et il n’y a finalement pas tant de périodes de la vie où on a cette autorisation sociale du choix de devenir soi-même.

Cela ne veut pas dire que ce soit facile, car choisir c’est renoncer. Et aujourd’hui beaucoup de personnes « civilement adultes » n’en sont pas capables, restent dans un « je veux tout » assez infantile, société de consommation oblige.

Marcel Rufo et ses confrères et consœurs sont bien sympathiques, ils nous donnent souvent de précieux conseils.

Mais gardons à l’esprit que leur quotidien est peuplé d’enfants qui ne vont pas bien, et que si notre instinct de parent est bien sûr d’être attentif à nos précieux bambins (sinon c’était pas la peine de les avoir, hein), ne nous prenons pas trop la tête, et ne faisons pas du quotidien une pathologie.

Phypa

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12 réflexions sur “Nos ados et nous

    • Oui absolument, j’adore l’intro (« est-ce qu’on ne s’occupe pas trop d’eux ? ») et la conclusion !!
      Ceci dit, parfois et même souvent, Rufo me fait peur et même me révulse…

      • Chez le plupart de nos « grands spécialistes » de l’enfance médiatisés, il y a à prendre et à laisser.

        J’avoue que j’aime bien le côté dédramatisant de Rufo. Mais bon, je n’ai pas tout lu.

        • En fait, dans le fond je suis souvent d’accord avec lui, plus ou moins…
          Mais je suis révulsée par sa façon ultra provoc’ de dire les choses. Du genre « l’allaitement long est néfaste au développement de l’enfant », « À 3 ans on arrête le doudou net, sans donner d’explication aux enfants », « il faut leur dire « j’ai hâte que tu dégages »…
          Je trouve ça totalement contre productif de s’exprimer ainsi, trop violent, trop culpabilisant, trop facile à attaquer… enfin nulle comme méthode de communication !
          (tiens ça me rappelle une certaine Odile qui a trainé ses guêtres par ici… ;-)

  1. Merci beaucoup de ta contribution!! Là où je rejoins entièrement ta réflexion c’est dans l’idée que peut être, tout à notre volonté de bien faire pour nos enfants, nous oublions trop souvent de respecter nos propres limites, nos propres besoins… J’ai plus de mal avec les propos comme « j’ai hâte que tu dégages » simplement parce que j’ai le sentiment que le parent qui dit ça est déjà allé trop loin vis à vis de ses propres limites et que peut être il aurait pu exprimer les mêmes choses (son agacement, son besoin de se retrouver seul, son envie de voir son enfant plus autonome) de façon plus apaisée… Disons que là où j’ai plus de mal avec les propos de Rufo c’est que j’ai le sentiment qu’il semble supposer encore une fois (je fais le parallèle avec ses propres vis à vis des enfants plus jeunes) le fait que la séparation parent-enfant doit forcément se faire dans la rupture, le rejet, bref… la douleur quoi… Et de cela, je ne suis pas certaine…

    • J’ai eu tout à fait la même réaction que Mme D. : sommes-nous vraiment obligé de dire à nos enfants « j’ai hâte que tu dégages » pour gérer la crise ( si mes parents m’avaient dit ça lorsque j’étais ado, j’aurais sans doute eu beaucoup de mal à m’en remettre) ? N’est-il pas possible de passer par des mots moins violents ? Et puis l’argument « de mon temps, c’était mieux »…J’ai toujours du mal à l’accepter : oui, certaines points étaient positifs, d’autres beaucoup moins ( mes parents m’ont souvent raconté qu’ils n’avaient pas le droit de parler à table : c’était réservé aux adultes, super la communication intergénérationnelle !). En tous cas, merci pour cet article qui nous pousse à réfléchir sur l’éducation que nous souhaitons donner à nos enfants !

      • Bah en fait, je pense que Rufo essaie de nous dire de lâcher prise, que la relation avec nos enfants se construit sur du long terme et par sur quelques paroles malheureuses prononcées sous le coup de la colère… malgré tout, j’ai toujours un peu de mal avec sa façon de présenter les choses :P Faudrait peut être que je me plonge dans son bouquin sur les ados pour me faire une plus complète opinion!!!

      • Très honnêtement, est-ce que cela ne nous arrive pas à tous, de regretter ce temps où les enfants n’avaient pas la parole à table ;-)

        Le verbe haut n’est à mon avis pas une violence. Pour Rufo, plutôt méditerranéen, c’est certainement aussi culturel.

    • Je n’aurais peut-être pas employé exactement ces termes là.

      Mais j’avoue que je ne suis pas outrée par l’idée de les secouer un peu,nos chérubins.

      On ne leur rend pas forcément service en maîtrisant nos agacements, qui font partie de nous, et forcent l’enfant à s’apercevoir que le monde ne sera pas toujours dévoué et béat de sollicitude à leur intention.

  2. Pingback: Du côté des émotions des tout petits et des plus grands [mini-debrief] « Les Vendredis Intellos

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