Inspiration… Expiration… Allez, je me lance dans une première contribution des Vendredis Intellos…

Extrait d’une conversation estivale :

Une tante : – Tu as dit à ta maman ce que tu avais vu ce matin à la plage ?
L’enfant : – Un poulpe et des crabes
La maman : – Oui eh bien  dans #telle ville#, il avait aussi vu des crabes et des poissons qui faisaient dodo
Une tante incrédule : – Des poissons qui faisaient dodo ?
La maman – Oui des poissons qui faisaient dodo sur la glace 
Entre tantes : – Ah oui, des poissons morts…
(suite à venir)

Cette conversation m’a fait penser à plusieurs choses* :

– quand est-ce que l’enfant fait le lien entre ce qu’il croise à la ferme (le blé, le cochon) et ce qu’il y a dans son assiette (le pain, le jambon) ?
– à quel moment l’enfant comprend-il que la viande qu’il mange provient des animaux ?
– quel est le moment le plus judicieux pour en parler ?
– comment trouver les mots ?
– est-ce que mentir pour ne pas expliquer justifie le mensonge ?
– peut-on mentir pour le bien de l’enfant ?
– est-ce que l’apport de connaissance est chasse gardée des parents ?

Sur le quand : Si les parents n’ont pas expliqué et fait le lien d’eux-mêmes, pour enrichir les connaissances de l’enfant, certains doivent poser la question, d’eux-mêmes mais sûrement pas tous.
J’avais lu une maman qui s’était entendu répondre « mais non maman ce n’est pas possible, la vache c’est trop gros« . Une instit proche m’a dit qu’en plus de 30 ans d’expérience, elle n’avait jamais été confronté à ce genre de question. Le sujet dépendra donc des opportunités et de la sensibilité de l’entourage de l’enfant.
Pour moi il n’y a pas de « meilleur » moment. C’est quand l’occasion se présente ou lorsqu’on en a envie, selon ses priorités et les opportunités.

Pour l’anecdote, l’alimentation est un sujet dont j’ai discuté avec une centaine de personnes vers 22 ans. J’ai été assez étonnée de constater que de nombreux copains d’une vingtaine d’années ne faisaient pas forcément le lien entre les « matières premières » et « leurs plats » (« pour obtenir un steak, il faut nourrir la vache par exemple » « ah oui, je n’y avais jamais pensé »).

Sur le comment : Sans tomber dans l’extrême (montrer des images réelles d’abattoir par exemple), il doit être possible d’expliquer, simplement la chaîne alimentaire.
Par exemple avec le livre Le tigre mange-t-il de l’herbe ? adaptation française de Marguerite Tiberti librement téléchargeable sur Calimeo.

[…] La cigogne est la proie rapide du renard […] Le tigre raffole des renards surtout quand ils se sont bien nourris en mangeant  des cigognes charnues qui ont mangé des grenouilles dodues qui ont avalé des sauterelles bien grasses qui, elles, ont bien broûté l’herbe fraîche […]
Le boucle est bouclée […] Tout cela s’appelle la chaîne alimentaire.

 Si les illustrations du livre sont sympa, je m’interroge sur le vocabulaire utilisé :

Pour prospérer il faut donc que toutes les espèces animales coexistent, du grand méchant tigre au gentil petit lapin.

Gentil, méchant… Certes la question récurrente de mon neveu est « gentil ou méchant ? », mais est-ce vraiment les termes qui décrivent le mieux ces animaux ? Peut-on tout simplifier en « gentil » ou « méchant » ? A cet âge là, peut-être…

Sur le qui : l’alimentation, comme beaucoup d’autres sujets (comme la religion), est un sujet qui est souvent abordé à la maison, repas en commum obligent…
Chacun, qu’il soit de la famille, des amis, de l’école, peut apporter un éclairage à l’enfant. Une vision des choses. Un avis… Ce sera sûrement l’occasion d’aborder des notions comme la tolérance et le respect

Sur le pourquoi : On en avait discuté entre nous et on s’était dit que si le sujet venait sur le tapis, on ne rentrerait pas dans ce mensonge « les poissons font dodo » qu’on trouvait « dangereux ». Dire que les poissons font dodo et ensuite manger les poissons pourrait lui faire craindre de dormir, non ?
Au-delà de cet exemple, je me dis qu’il est important de dire la vérité, quitte à la simplifier, plutôt que de mentir**. Des contre-exemples ?

Pour poursuivre l’histoire de mon neveu, on s’est retrouvé à se balader sur le port. Qui dit port, dit bateau (et l’occasion de réviser les couleurs) ; qui dit bateau dit pêche ; qui dit pêche dit poissons…

– Tu as vu ? Qu’est-ce que c’est ?
– Des poissons ?
– Oui, ce sont des poissons, il y en a des petits et des plus grands…
– Ils font dodo ?

Echange de regard…

– Non ils ne font pas dodo, ils sont morts.
– Mort comme pépé ?
Petit silence le temps d’encaisser la rapidité d’intégration des mots dans les neurones de ce bout de chou et de nouveau un échange de regard…
– Euh, oui mort comme pépé. Mais il y a le royaume des humains avec les pépés et le royaume des poissons…

Du coup on a expliqué que les poissons étaient morts et que des gens allaient les manger. Que les poissons étaient gentils et que les gens qui mangeaient les poissons étaient aussi gentils. Bien que végétarienne (ni viande, ni poisson), je m’en suis tenue à l’explication des poissons dans la mer qui se retrouvaient sur la glace pour être mangés. J’aborderai peut-être la question éthique plus tard ;-). D’abord les faits…
On a précisé les différents royaumes pour les pépés pour qu’il ne pense pas que quand on (les humains) mourrait on était mangé…

Pour conclure l’anecdote, lors d’un repas ultérieur où ma grand-mère mangeait du poisson, il en a reparlé : « c’est du poisson mort ? ». Et quand il en a mangé à la crèche et qu’il en a parlé le soir, il a de nouveau précisé… Je ne regrette pas cet « apprentissage » qui n’est que la vérité ! Mais ça risque de surprendre les personnes de la crèche…

Petit aparté sur le lexique espagnol*** : il y a deux termes pour poisson « Pescado » est celui qu’on mange (du poisson – participe passé de « pêché » c’est à dire le produit de la pêche) et « Pez » celui qui nage (le poisson)…

Comme je n’ai pas les réponses à toutes les questions ci-dessus, je vous propose d’aller sur le site vegetarisme.fr qui sélectionne des livres « pour leur approche différente du rapport de l’Homme à la Vie ». Les extraits ci-dessous viennent de l’introduction de la liste de livres :

Se nourrir est une nécessité pour tous, mais le faire sans manger les animaux est un choix, qui intervient parfois dès le plus jeune âge.  En effet, les enfants, bien souvent confrontés à la réalité de la mort par le décès d’un animal, comprennent alors quel est le lien entre la viande présentée dans leur assiette et l’être vivant dont elle est issue. 
S’ils manifestent à cette occasion leur refus de la consommer, ils provoquent  les réactions les plus diverses de la part de leur entourage, allant de la surprise au rejet catégorique. Car revendiquer ce choix, c’est s’opposer aux pratiques couramment admises par le plus grand nombre.
Quant aux parents qui l’ont déjà fait eux-mêmes, ils hésitent parfois à le faire pour leurs enfants, sachant à quelles difficultés ils risquent d’être confrontés dans leur vie quotidienne. Avec un tel enjeu culturel, qui questionne si profondément nos sociétés, ce sujet a certainement sa place dans l’environnement éducatif, en particulier à travers la lecture.

[…] Une des motivations essentielles du végétarisme est la compassion pour les créatures vivantes. C’est pourquoi les livres pour les enfants qui encouragent l’ouverture du cœur et le respect de la vie, sous toutes ses formes, sont précieux et d’une grande importance, car ils marquent de façon durable leur esprit encore souple et vierge.
N’oublions pas que tout ce qui vient des adultes, pour l’enfant, est indiscutable, du moins pour les plus jeunes. Si donc l’adulte lui propose des histoires où la cruauté envers les animaux est présentée sous un jour « normal », voire amusant, ou indispensable, il ne remettra pas ces concepts en question. Pas avant de nombreuses années en tout cas. Pire encore, si sa sensibilité est malgré tout choquée, il se sentira coupable de ne pas éprouver les « bonnes » émotions et apprendra à ne pas leur faire confiance. 

Je pense que même sans être végétarien, des livres qui abordent le sujet de la vie et de la cohabitation humains / animaux peuvent intéresser beaucoup de monde ! Si les mots « marquent de façon durable leur esprit encore souple et vierge » peut être compris comme de la manipulation, je ne le vois pas comme ça. On peut aborder le sujet de la mort des animaux qu’on mange sans cautionner la violence gratuite sur les non-humains.

Des remarques, anecdotes, conseils sur l’appréhension de la réalité de l’alimentation par les enfants ?

Bonne lecture et à bientôt,

Mia pérégrine

* Et je me suis dit que je tenais le premier sujet pour les Vendredis Intellos.
Je ne sais pas si je rentre dans les critères car je n’ai pas trouvé de bouquins ou d’articles sur le sujet, mais je me suis inspirée de la vie réelle et quelques sources Internet… En fait je n’ai pas l’impression que c’est un article « intello » mais il aura eu le mérite de me faire réfléchir sur le sujet !

** Mais je pense qu’il y aurait des sujets qui me feront sûrement changer d’avis !

*** langue que je ne parle pas mais j’ai découvert ça au détour d’un clic lors de mes recherches !