The New Feminist Agenda, de Madeleine Kunin (en Anglais)

The New Feminist Agenda

Five of us were meeting for lunch and reminiscing about the women’s movement. « I was never one of those angry women », one said. I am still angry, I blurted.

Traduction libre: Nous étions cinq femmes en trains de déjeuner en évoquant le mouvement fénisiste. « Je n’ai jamais été l’une de ces femmes en colère » dit quelqu’un. « Je suis toujours en colère », ai-je lâché.

Parmi les combats féministes, il en est un qui divise: Le travail des femmes. Nous l’avons tous constaté: Il est très difficile pour une femme de cumuler carrière et maternité.

Pour les féministes égalitaristes, la maternité est perçue comme un frein à l’émancipation de la femme, voire une forme d’esclavage, et l’injonction sociale de maternité (parfaite, la maternité!) doit  à ce titre être combattue. C’est l’objet du dernier livre d’Elisabeth Badinter, Le Conflit, La Femme et la Mère,  par exemple.

Pour les féministes différentialiste (ou « maternalistes »), telles que Maya Paltineau, le droit au travail s’est peu à peu muté en devoir sous le joug des féministes égalitaristes, comme une nouvelle injonction sociale de travailler pour être considérée, et c’est le droit des femmes à se réapproprier leur corps et opter pour la maternité qui doit être défendu.

 Madeleine Kunin est un peu l’Elisabeth Badinter américaine, elle a milité dans les années 1970 aux côté des féministes égalitaristes. A ceci près que dans ce livre absolument passionnant, elle réussit la prouesse de dresser un pont entre ces deux mouvements, et personnellement, elle m’a fait prendre conscience de la stérilité des débats entre deux camps qui auraient tendance à mépriser les choix différents du leur, alors que leurs intérêts sont communs. Pour tout dire, j’ai un peu l’impression d’avoir trouvé mon gourou féministe!

Je n’ai pas terminé le livre et donc je ne voulais pas en parler cette semaine, mais je vois que le congé parental est un peu le sujet phare pour cette rentrée des Vendredis Intellos: je vais donc tenter de retranscrire ici ce que dit Madeleine Kunin, et aussi zoomer sur son analyse du système français, parce que là aussi, il me semble qu’elle met dans le mille!

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The new feminist agenda – Les nouvelles priorités féministes

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Maya paltineau le disait sur les Vendredis Intellos: L’allaitement exige une nouvelle définition du travail des femmes qui prenne en compte de façon plus réaliste à la fois leurs activités productives et leurs activités reproductives.  Elle disait également: le féminisme ne serait-il finalement pas la possibilité de faire un choix éclairé? Et bien, pour Madeleine Kunin, non, pas forcément! Je m’explique: La nouvelle priorité du féminsme ne devrait pas être de faire en sorte que les femmes puissent faire un choix entre travail et maternité, mais que justement, elles n’aient plus à faire ce choix. Comme les hommes, they should have it all, dans la langue de Shakespeare (sans que ce soit une obligation, bien sûr!).

Ainsi, le nouveau combat féministe serait de permettre aux femmes d’avoir des enfants, et de s’en occuper comme bon leur semble, sans que cela mette des bâtons dans les roues de leur carrière. Parce que, on aura beau informer les femmes des bienfaits de l’allaitement et du « maternage proximal » (je n’aime pas beaucoup ce terme mais enfin je n’en trouve pas d’autre), beaucoup de femmes concrètement n’auront pas le loisir de se poser la question, si pour mener à bien leur allaitement elles doivent renoncer à tout ou partie de leur salaire, et à moyen / long terme, à progresser dans leur carrière. Même chose du côté des papas: S’ils doivent mettre les bouchées doubles professionnellement pour compenser la perte de revenus de leurs femmes pendant leur allaitement, on voit mal comment on pourrait leur reprocher de ne pas s’investir d’avantage dans leur rôle de père et dans les taches ménagères une fois rentrés (tard) à la maison.

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Que faire pour améliorer la situation?

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MK brosse un panorama des solutions trouvées dans différents pays qui ont les meilleures résultats en terme de politique familiale et d’égalité homme-femme: Elle dégage 3 types de mesure: Les congés familiaux payés alignés pour les deux sexes, la flexibilité au travail (flexibilité sur le nombre d’heures travaillées et les horaires (combien et quand), et flexibilité au regard du lieu de travail), et de bons modes de garde pour les enfants.

Pour implanter ces mesures, elle souligne que certaines conditions doivent être remplies. En particulier, on doit prendre conscience que le soin des enfants et l’incompatibilité travail / famille, n’est pas uniquement le problème des femmes, mais un véritable problème de société. Il est important de bâtir une coalition homme-femme, et d’avoir le support des syndicats. Le monde des entreprises doit (tacitement) soutenir le projet. Enfin, lorsque l’on demande aux hommes scandinaves ce qui a changé les choses, ils répondent que ce sont les femmes politiques qui l’ont permis! La représentation des femmes en politiques et aux postes de direction des entreprises semble un élément primordial. Un cercle vertueux, donc.

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Pour quels bénéfices?

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Madeleine Kunin nous invite à élargir notre vision au-delà de la sphère traditionnelle privilégiée classe-moyenne-couple-hétérosexuel. Parce que dans le cas des mères célibataires, la perte des revenus qu’implique la maternité, ça signifie qu’aux Etats-Unis par exemple (où il n’y a aucun congé maternité rémunéré légal), 30 millions d’enfants vivent au dessous du seuil de pauvreté, un taux de 15% qui place la grande puissance à la seconde place des pays développés!

Ainsi, ce combat qu’il nous faut mener, n’est pas seulement un combat pour l’amélioration de la condition des femmes. C’est bien sûr un combat pour l’égalité des sexes et le droit des hommes à s’épanouir dans leur vie de famille, mais aussi:

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  • C’est un combat économique, parce que toutes les études citées montrent que l’égalité homme-femme, la flexibilité au travail, la présence des femmes dans la direction des entreprises, ont également des bénéfices pour l’employeur. Pour MK:

The benefits for employers of paid family leave and other family / work policies are equally well documented: increased ability to attract and retain the most talented work force, reduced turnover rates, and increased productivity.

If the benefits are clear, why can’t we find a common ground? First the benefits are not widely known, and understood by the business community. Their first reaction is, « this is another employee benefits; it will cost me money which I can’t afford. »

Traduction libre: Les bénéfices pour les employeurs d’un congé payé familial ou d’autres mesures travaille /famille, sont également bien documentés: possibilité plus importante d’attirer et garder des talents, turnover réduit, et plus grande productivité.

Si les bénéfices sont clairs, pourquoi ne trouvons-nous pas un terrain d’entente? En premier lieu ces bénéfices ne sont pas largement connus et compris par les employeurs. Leur première réaction est de dire « Voilà un autre avantage pour les employés; cela va me coûter de l’argent et je ne peux pas me le permettre ».

Or le bénéfice de l’égalité homme-femme (qui ne semble possible qu’avec une bonne politique de la famille), sont réels en termes de productivité si l’on en croit cette étude. La confrontation des points de vue née de la mixité des équipes, la constance statistique des femmes, l’accès à un éventail plus large de compétences, une meilleure compréhension du consommateur, en seraient par exemple tout autant d’explications.  Dans le futur, notre productivité et notre compétitivité pourrait donc dépendre de ces mesures.

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  • Enfin, et surtout, c’est un combat social, pour que chaque famille puisse prendre de soin de ses enfants, pour lutter contre la pauvreté en général et la pauvreté infantile en particulier. Les bénéficiaires seraient évidemment les familles et les enfants, mais aussi, à plus grande échelle, l’Etat. Entre autres, parce que si les parents peuvent prendre en charge les soins aux bébés la première année, alors il y a moins besoin de structures d’accueil pour les tous jeunes bébés. Parce que si les enfants sont moins dans la pauvreté, ils sont en meilleure santé. Parce que les enfants des ménages pauvres ont plus de chance d’êtres pauvres à leur tour une fois adultes. Parce que l’insécurité est corrélée à la pauvreté. Bref, parce que la pauvreté, et négliger une chose aussi fondamentale que le soin des enfants, cela a un prix très élevé pour l’Etat.

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L’approche française selon Madeleine Kunin

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Il m’aura fallu une féministe américaine (et déménager en Angleterre!!) pour me rendre compte de la chance que nous avons en France:

France has the most effective and universal child care policies of any country. L' »école maternelle » (« nursery school ») provide free, quality care for children as soon as they are toilet trained and until they are five years old. Although the programme is voluntary, astonishingly, about 90% of French children over the age of 2 are enrolled, full time or part time, whether their parents are rich or poor, at home or at work. Instead of asking « Why are your children not with you? », the question in France would be, « Why are your children not on l’école maternelle? » (…)

One goal of family friendly benefits is greater gender equality. It works in the Nordic countries, but not in France. French women do not do well on the Economic Forum’s Ranking of the gender gap (…). « French women are exhausted » Valérie Toranian, editor in chief of Elle magazine in France, told the New York Times. « We have the right to do what men do – as long as we also care for the children, cook a delicious dinner and look immaculate ». (…)

Government is not the entire solution; cultural attitudes about the roles of men and women remain paramount.

Traduction libre: La France a le système le plus efficace et le plus universel de tous les pays. L' »école maternelle » est un mode de garde gratuit et de qualité pour les enfants dès qu’ils sont propres et jusqu’à l’âge de 5 ans. Alors que l’école maternelle n’est pas obligatoire, étonnamment, environ 90% des enfants français de plus de 2 ans sont inscrits, à plein temps ou à temps partiel que leurs parents soient riches ou pauvres, qu’ils soient à la maison ou qu’ils travaillent. Plutôt que de demander « Pourquoi est-ce que vos enfants ne sont pas avec vous? »,  la question en France serait, « Pourquoi est-ce que vos enfants ne sont pas à l’école maternelle? »

Un des objectifs des politiques familiales est une plus grande égalité entre les sexes. Cela fonctionne dans les pays nordiques, mais pas en France. Les femmes françaises ne se placent pas bien au classement du Forum Economique de l’écart entre les sexes (…). « Les femmes françaises sont épuisées »  a dit Valérie Toranian, rédactrice en chef du magazine Elle en France, au New York Times. « Nous avons le droit de faire ce que font les hommes – aussi longtemps que nous nous occupons également des enfants, de préparer un repas délicieux et nous sommes impeccables ». (…)

L’intervention du gouvernement n’est pas toujours suffisante, les normes culturelles au regard du rôle des hommes et des femmes demeurent primordiaux.

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Nous râlons beaucoup, en France. Jusqu’à parfois en oublier nos privilèges. Alors certes, les femmes n’ont qu’un congé maternité de 16 semaines mais le niveau de maintien du salaire est particulièrement bon. Certes les papas n’ont que 11 jours. Mais nous avons un congé parental de 3 ans (payé!) et ça c’est plus que partout ailleurs. L’école maternelle et l’école gratuite sont pour nous une telle évidence que nous pensons qu’il y a des équivalents partout. C’est loin d’être le cas. Notre politique familiale (qui comprend de nombreux autres avantages) trouve racine dans les hécatombes des deux grandes guerres, et la nécessité de repeupler la France devenue une priorité du gouvernement. Ailleurs, souvent, l’enfant est considéré comme un bien luxueux, un instrument de plaisir individuel. Il n’est donc pas question que l’Etat intervienne…

Pour autant, le système est loin d’atteindre la perfection et en ce qui concerne l’égalité des sexes, il y a encore du pain sur la planche, et on voit que sur ce point, il semble que nous soyons plus victimes qu’ailleurs  de la norme genrée (de la norme tout court d’après mon expérience en Angleterre!!).

Il me semble que l’amélioration du cadre légal est nécessaire, par exemple sur le modèle du rapport Tabarot, qui propose un nouveau congé familial, partagé entre les parents, plus court et mieux rémunéré. Le congé parental a été réformé en ce sens en Allemagne, et semble avoir beaucoup plus de succès auprès des papas, malgré un modèle familial très conservateur dans ce pays. Le même effet a été observé en Islande. Il semble donc que la perte de revenus soit un facteur important dans le choix des pères. Permettre une meilleure flexibilité au travail est à mon sens également une nécessité. Le modèle suédois pourrait peut-être être servir d’inspiration sur cette question?

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Mais cela est loin d’être suffisant. C’est cette puissante norme genrée qu’il nous faudra combattre. Concrètement, comment?? Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse à cette question!

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12 réflexions sur “The New Feminist Agenda, de Madeleine Kunin (en Anglais)

  1. Bon, je n’ai pas fini de lire ton article, mais je voulais dire que ta façon de présenter les liens (en gras ET en couleur) est super lisible. Je vais te chiper cette excellente idée la prochaine fois.

    Je retourne à ton post qui est passionant.

  2. Merci beaucoup pour cet article qui tombe effectivement à pic cette semaine!!! Et qui va me faciliter la tâche pour la rédaction du plan des débriefs pour lequel j’ai déjà un retard considérable!!! ;)
    Le point de vue qui est développé dans le bouquin que tu cites est vraiment très intéressant, je regrette même de ne pas lire l’anglais aussi bien que je le voudrais pour l’apprécier dans son intégralité…!
    Je suis entièrement d’accord avec les mesures présentées comme efficaces, du moins elles correspondent à mon ressenti personnel… je suis également entièrement d’accord avec l’idée que les femmes ne devraient pas avoir à choisir entre maternité et vie professionnelle!! J’espère donc que notre système français, pas si mal que ça, pourra devenir topissime dans les années à venir par la perception par les employeurs (cela me semble un des freins majeurs) du cercle vertueux que tu évoques…et qu’ainsi plus aucune femme ne sentira dans l’obligation de vivre 3 journées en une pour avoir le droit de faire « comme les hommes »!!

    • Oui, c’est LE frein!! Ca, et la norme…
      Mais bon le fait que le MEDEF (certes sous la direction d’une femme) ait proposé une mesure qui rendrait le congé paternité obligatoire est porteur d’espérance je trouve (même si je n’aime pas trop la mesure en elle-même).

  3. Merci pour cette ouverture sur une conciliation entre deux mouvances féministes que je ne nommais pas mais que je vis au quotidien (ou comment la maternité devient un argument pro ou anti féminin…arrachage de cheveux!).
    Merci aussi de me rappeler la chance que j’ai de vivre en France et d’avoir une école maternelle. Un mini bémol de grosse privilégiée que je suis : en congé parental depuis avril, je ne dirais pas que je suis « payée » (dans le sens du congé maternité, rémunéré à hauteur d’une part conséquente de salaire) mais que je suis indemnisée . Dans mon cas, l’allocation non indexée sur les ressources, donc la même pour toutes les mamans en congé parental d’éducation, correpond à 1/3 de mon salaire, ce qui n’est pas négligeable mais ce qui est dissuasif pour des mamans aux salaires plus importants que le mien.

    • Je suis bien d’accord avec toi: une meilleure indemnisation du congé parental est fondamentale – à mon sens il n’est pas illogique de peut-être compenser une meilleure indemnisation par un congé parental plus court sous réserve que parallèlement plus de modes de garde soient proposés à l’issue de ce congé). Pour le moment, cette indemnisation est insuffisante et ne permet pas à la majorité des femmes de choisir de rester à la maison si elles le désirent, pour des raisons financières. En outre, c’est un frein à l’égalité parce que cela semble extrêmement dissuasif pour les pères, dans une société où il y a une forte pression sur les hommes qui se doivent de faire bouillir la marmite!

      Mais mon point de vue était de dire que lorsqu’on te garde ton poste pendant 3 ans, c’est beaucoup, et que souvent, ailleurs, il y a ZERO indemnisation.

      Je vis en Angleterre, où le congé maternité a recemment été étendu à 1 an. Sur le papier ça a l’air merveilleux, sauf que c’est indemnisé à hauteur du salaire (90% en fait) pendant 6 semaines seulement, puis pendant 6 mois, à un taux fixe (très bas), et ensuite c’est dégressif… Moi j’ai donc travaillé le plus longtemps possible (à un jour près, j’accouchais au bureau!!), et j’ai repris après les 6 mois d’indemnisation maximum, pendant lesquels je percevais (de mon entreprise, pas de l’Etat!!) une somme nette d’environ £105 par semaine (£128 – charges salariales). Sachant que le loyer dans mon quartier de Londres pour un appartement avec 2 chambres (et je ne vis pas DU TOUT dans un des quartiers les plus chers) est d’environ £500 par semaine, juste pour donner une idée du coût de la vie!

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