Les limites des conseils en éducation avec « Eduquer sans punir » de Thomas Gordon

Plus je lis des manuels d’éducation, moins j’aime ça. Je ne parle pas des ouvrages autour des enfants, il y a moult sujets et certains ne traitent que peu l’éducation en elle-même. Mais dès qu’on parle d’autorité, de punition (ou pas) et de gestion de crise, je suis perplexe.

 

C’est bien ainsi que je me suis sentie après avoir lu Eduquer sans punir de Thomas Gordon. Loin de moi l’idée de tout rejeter en bloc mais j’avoue avoir été passablement énervée à certains moments. Avant de vous faire part de ce qui m’a gênée, voici les passages que j’ai trouvé intéressants :

 

  • la résolution de conflit sans perdant : chercher des solutions ensemble et trouver celle qui convient à tout le monde. L’idée est de ne jamais rien imposer à son enfant et de toujours faire en sorte de le laisser régler ses problèmes tout seul.

Quand un conflit survient entre un adulte et un enfant, l’adulte demande à l’enfant de participer à la recherche commune de solutions acceptables pour l’un et pour l’autre. Chacun peut suggérer des solutions, qu’on évalue alors ensemble. Les deux parties choisissent la meilleure solution, puis décident comment l’appliquer. Il n’y a ni contrainte, ni rapport de force.

 

A côté de ça, certains passages m’ont agacée, voire choquée. Je trouve que la marge de manoeuvre laissée aux parents est vraiment faible. Son idée générale est qu’il ne faut pas chercher à contrôler son enfant mais à l’influencer. Avec les punitions, les récompenses et même les compliments, on cherche en réalité à contrôler son enfant, or il faut l’amener à changer en l’influençant, en le laissant s’auto-discipliner. Si le concept est intéressant, je ne suis pas sûre que les moments de contrôle ou d’influence soient si faciles à distinguer. Il faudrait vraiment être dans la tête de l’adulte au moment où il parle pour être sûr qu’il ne fait pas « mal ». Je le mets entre guillemets parce que justement, je lis beaucoup de jugement dans ce livre, des vérités assénées sans beaucoup de preuve. Sur la quatrième de couverture, il est expliqué que l’auteur s’appuie sur de nombreuses études mais les références ne sont pas dans l’ouvrage et je pense qu’on peut interpréter à son avantage les conclusions. Mais j’ai sûrement moi aussi ma propre interprétation et des jugements faussés, je le reconnais. J’ai quand même voulu aller jusqu’au bout du livre malgré mon agacement. J’ai bien fait puisque certaines parties m’ont plu et m’ont apporté des solutions dans la gestion des crises, comme je vous le disais plus haut.

 

Mais certaines assertions m’ont laissée perplexe parce que soit elles n’étaient pas prouvées (pour moi), soit elles ne correspondaient pas à mon ressenti. Exemples :

Les enfants soumis à l’autorité parentale se transforment souvent en délinquants rebelles à l’adolescence : ils réagissent agressivement face à toute autorité adulte et n’ont aucune maîtrise de soi ni discipline intérieure.

Cette phrase arrive dès le début du livre et sonne comme une menace. Comme cela intervient au début du livre, on n’a pas encore pu comprendre toute la théorie de l’auteure et je trouve dommage de commencer par de telles généralisations.

Les louanges peuvent aussi faire en sorte que l’enfant se sente inférieur à l’adulte, qu’il se sente jugé. Par expérience, je sais que lorsque j’assume le rôle de juge et d’évaluateur dans une relation, c’est qu’au fond je me sens supérieur à l’autre personne. En fait, j’affirme que je suis plus avisé et plus sage. Si je dis à ma fille : « Chérie, tu as bien joué au tennis aujourd’hui », je sous-entends que je suis qualifié pour juger sa performance, en tout cas plus qu’elle. Mieux vaudrait que je dise : « J’ai dû déployer beaucoup d’efforts et faire preuve de génie pour jouer contre toi aujourd’hui ».

Pour comprendre comment le compliment place son auteur au-dessus de son interlocuteur, imaginez que vous venez juste d’entendre jouer un célèbre violoniste alors que vous n’avez jamais touché un violon de votre vie. Vous vous couvririez de ridicule si vous lui disiez : « Votre technique était irréprochable et votre interprétation des plus brillantes. » Tout comme moi, vous ne feriez jamais ce compliment, sachant que vous n’êtes pas qualifié pour juger un violoniste mille fois plus doué que vous. A ce message, préférez celui-ci : « J’ai beaucoup aimé votre concert ce soir » ou « Je suis plein d’admiration pour votre talent.

Si je comprends l’idée que le compliment n’est pas toujours innocent, je ne suis pas convaincue par cet exemple. D’abord, à la lumière de la deuxième partie, on pourrait en conclure que le compliment du père à propos du tennis a lieu d’être puisqu’il est vraisemblablement plus doué que sa fille. De plus, je ne suis d’accord avec le fait qu’on ne puisse pas apprécier ou juger quelque chose qu’on ne pratique pas soi-même. Je fais du chant mais je ne suis pas une chanteuse lyrique professionnelle, pourtant je sais reconnaître le talent de l’une et les défauts de l’autre ; pas aussi bien qu’un professionnel, c’est certain mais j’ai une opinion et des goûts personnels. Pour en revenir aux compliments à son enfant, je ne vois pas la différence entre « tu as bien joué » ou « j’ai dû déployer beaucoup d’efforts » : pour moi, les deux peuvent être un compliment, les deux peuvent être un jugement. Je ne suis pas tellement d’accord avec cette idée qu’il vaut toujours mieux dire « je ». J’ai l’impression que le parent ramène tout à lui et ne considère donc pas l’enfant pour lui-même ni pour son propre talent pour lui-même.

Situation : votre fils de 12 ans range la maison après la fête donnée pour son anniversaire. « Tu as été très gentil de tout nettoyer après la fête. » (compliment). « Je suis très soulagée de voir que tu as tout nettoyé. J’aime une maison propre. Et maintenant je peux me reposer. (message « je »).

Je n’arrive pas à saisir la différence entre les deux, ça ne me parle pas, personnellement. Je ne vois pas en quoi le deuxième ne comporterait pas de jugement ni de prise de contrôle sur l’enfant pour le changer.

 

L’auteur aborde également l’intêrêt du silence attentif :

Une autre façon de montrer à l’enfant qu’on l’accepte consiste à demeurer silencieux pendant qu’il exprime ses sentiments ou expose son problème. On se montre attentif en adoptant une posture ouverte et en le regardant d’un air intéressé. Le dialogue qui suit illustre cette méthode :

Enfant : On m’a envoyée chez le directeur aujourd’hui.

Parent : Ah ! Oui ?

Enfant : Oui. Parce que je bavardais pendant le cours.

Parent : Je vois.

Enfant : Je ne peux pas sentir ce vieux fossile. Il reste là assis à parler de ses problèmes ou de ses petits-enfants et il s’attend à ce que nous soyons captivés. C’est d’un ennui mortel, tu ne peux pas savoir.

Parent : Mm…mm.

Enfant : On ne peut pas rester là à ne rien faire ! On devient fou. Jeannette et moi nous racontons des blagues pendant qu’il parle. C’est le pire professeur que tu peux imaginer.  Cela me rend furieuse quand j’ai un professeur nul.

Parent : (Silence)

Enfant : Je suppose que je ferais mieux de m’y habituer parce que je n’aurai pas toujours de bons professeurs. Les profs nuls sont plus nombreux que les bons et si je les laisse me démoraliser, je n’aurai pas les notes qu’il faut pour être admise dans une bonne université. J’imagine que c’est à moi de me prendre en main.

L’enfant en question est plutôt sage pour arriver à une telle conclusion sans aide. C’est une méthode parmi d’autres certes mais ce que je trouve dangereux, c’est d’en faire un exemple ou même une preuve alors que c’est fictif ici ! Personnellement, je n’apprécie pas tellement ce genre d’écoute, j’ai besoin qu’on me parle. Je suppose donc que cela plaît à certains mais pas à d’autres.

 

On prend ce qu’on veut dans un livre, bien entendu mais je n’apprécie pas les jugements et les menaces sous-jacentes (si vous faites autrement, vous ferez de votre enfant un délinquant). J’y ai certes trouvé quelques méthodes intéressantes mais aussi des arguments non prouvés. Je pense qu’il oublie que chaque relation parent-enfant est différent, que chaque personne est unique et qu’on ne peut pas appliquer la même méthode à tous et à toutes les situations.

 

Voilà mes sentiments face à cet ouvrage mais je suis tout à fait prête à discuter. Si vous en avez fait une autre lecture, n’hésitez pas à partager votre impression ! 

 

Clem la matriochka

24 réflexions sur “Les limites des conseils en éducation avec « Eduquer sans punir » de Thomas Gordon

  1. J’ai cette ouvrage au fond de mon placard. Je pense y avoir comme toi y avoir trouvé des formulations et des exemples pour le moins maladroit. Mais je pense cependant en avoir compris l’esprit et j’ai tenté de m’y conformé autant que possible. Que ce sois en ce qui concerne l’écoute active, les compliments ou les messages « je » ou les 3 à la fois.
    Mais j’aime aussi beaucoup l’épisode de « Malcolm » ou la psy puis la maman donnent des exemples de l’utilisation de ces fameux message-je ou cela en devient ridicule et totalement inefficace.
    Concernant les louanges, personnellement je suis très sensible à leur mauvaise utilisation. L’exemple du tennis est effectivement mal choisi, il y a bien plus à dire vis-à vis des parents qui complimentent leur enfant à la moindre production pseudo-artistique par exemple. Pour ma part mes phrases types utilisaient le « Tu » pour décrire le dessin: « Tu as fais un grand dessin avec plein de couleur, tu as dessiné un animal, ici? Tu t’es appliqué pour ne pas déborder,etc… » c’est vrai que ça aide à montrer à l’enfant qu’on s’interresse vraiment à ce qu’il a fait par contre pour donner une opinion, le passage au message « Je » me semble indispensable: l’appréciation d’une oeuvre est très personnelle.
    Dans l’exemple du fils qui range , les phrases données sonnent très artificiel. Personne ne parle comme ça. Moi, j’utilise pas mal le message je quand je suis débordée alors qu’avant j’avais tendance à m’en prendre à tous ceux qui m’entouraient. et ça m’a bien aidé.
    Quand à la dernière discussion effectivement rien n’empêche de faire un peu plus interactif avec des « pourquoi? » des « comment » des « et si tu avais été à sa place, tu aurais trouvé ça comment? » « après réflexion, il n’y avait pas mieux à faire? » , tenter de trouver ensemble d’autres solutions, raconter ses mésaventures dans des situations similaires ou celles de connaissances. Bref l’écoute c’est bien mais le partage c’est bien aussi.

    • Je suis bien d’accord avec toi : l’idée générale est tout à fait intéressante et je l’utilise aussi (même si c’est ailleurs que j’ai lu ça) mais je suis loin de tout apprécier. Je pense juste qu’il faut nuancer certains propos. Effectivement, les compliments peuvent être mal utilisés ou aller dans le mauvais sens.
      Je préfère ta vision du silence attentif avec quelques questions ;-)

  2. Le coup du « je » à tout bout de champ me laisse en effet fort sceptique… À entendre un parent dire je je je, ça me donnerait l’impression, à la place de l’enfant, de ne devoir surtout pas déranger le « grand » et d’être là pour le satisfaire… Si ça c’est pas du conditionnement !

    • J’imagine que c’est comme tout, il ne faut pas trop l’utiliser… En fait, pour les disputes, je trouve que le « je » est très bien (au lieu de dire « tu as mal fait » mais « je ne me sens pas bien quand tu fais ça », exemple par terrible mais tu vois l’idée je pense). Pour les compliments, je ne m’y fais pas.

  3. J’ai lu les 3 livres de Gordon « Parents efficaces », « Parents efficaces au quotidien » et « Eduquer sans punir ». Je n’en retiendrai qu’un, c’est le 2ème : « Parents efficaces au quotidien ». Je suis tout à fait d’accord avec toi pour dire que dans « Eduquer sans punir » le message c’est un peu « si vous n’appliquez pas la méthode avec vos enfants, ils vont devenir ceci ou cela » assez culpabilisant comme approche. Et pourtant je suis complètement convaincue par la méthode. C’est la manière de présenter les choses qui m’a dérangée, dans le 1er bouquin c’est à peu près la même, avec en plus, une traduction très canadienne qui n’aide pas…

    Mais le 2ème livre est très intéressant. Beaucoup plus objectif (les exples sont, par contre, toujours plus ou moins les mêmes), les auteurs reviennent sur la méthode et sur ce qui a parfois été mal compris par le public (vu que la méthode a quand même un peu de recul dans le temps par rapport à la pratique).
    Je conseillerais donc ce livre à lire, soit après une première lecture sur Gordon, soit directement pour appréhender la méthode car je n’y ai pas ressenti cette « menace » comme tu dis, de faire de nos enfants des délinquants si on n’applique pas la méthode à la lettre ;)

    Par rapport au fait que les parents n’ait pas beaucoup de marge de manœuvre, il explique assez bien que ce que tu ordonnes à l’enfant ne restera pas dans le temps une fois l’autorité passée. C’est pour ça qu’on en revient à l’influence et aussi au fait de se dire que l’on ne peut faire « que » ça, le reste, c’est à l’enfant de faire son choix. J’ai envie de citer un exple que je trouve très beau (je dis beau parce que je trouve que ce père a « lâché » beaucoup de ses préjugés sur l’autorité et sait que son rôle ne peut aller plus loin que l’influence, je n’en serais sûrement pas capable aujourd’hui ;))

    « Mon fils avait décidé de faire pousser un plant de marijuana avec deux copains du voisinage. L’un d’eux en avait déjà cultivé à plusieurs reprises ; il a des problèmes affectifs sérieux. Un jour, et ce jour-là seulement, j’ai fait part de mon sentiment à mon fils : ‘je pense que ta décision de faire pousser de la mari reste ta responsabilité, aussi longtemps que ce n’est pas sur notre propriété, où nous pourrions avoir des ennuis. Et tu dois savoir que si ce garçon est pris, tu pourrais être impliqué. Il est plus que probable qu’il va en vendre pour se faire de l’argent, et cela pourrait ainsi te compromettre en tant que « trafiquant », ce que la loi punit.’ C’est tout ce que j’ai dit, une seule fois, directement et fortement, comme je le sentais. Je n’en ai soufflé mot depuis. Je ne sais pas ce qui est arrivé ; tout ce que je sais, c’est que j’ai fait mon boulot de consultant, et c’est à peu près tout ce que je pouvais faire. Avant, je l’aurais harcelé à mort là-dessus… »

    Je ne pense pas que l’interdiction pure et dure, avec la possible rupture de dialogue qu’elle peut engendrer, aurait donné de meilleurs résultats, même si c’est la première chose qui vient à l’esprit parce qu’avec ce genre de sujet, on ne rigole pas, on flippe juste !!!

    Voilà, j’avais envie de partager ça, cette lecture m’a apporté beaucoup sur la vision de l’enfant, de sa liberté, de son individualité mais aussi sur mes besoins en tant que mère ou en tant que femme. Ca m’a énormément recentrée sur mes besoins bizarrement, alors que l’on pourrait se dire que le livre est tourné vers l’enfant. Je trouve que les besoins des parents sont en filigrane tout au long du livre et ça fait du bien de lire, qu’effectivement, nous aussi on a des besoins. Reste à les identifier clairement, ce qui permet de délivrer des messages « je » clairs et précis à l’enfant.

    • Merci beaucoup pour ton commentaire ! Je pense que je vais suivre ton conseil et lire un autre ouvrage de Gordon pour voir si finalement j’adhère. Je te dirais !
      Je suis d’accord avec toi, ça permet aussi de ressentir ce que NOUS voulons réellement même quand on s’adresse à notre enfant. Pour ça, c’est intéressant en effet.

  4. Je me rappelle ma perplexité quand j’ai trouvé sur internet pour la première fois des comparaisons entre les messages « je » et les « tu ». J’avais l’impression de lire 2 fois la même chose, en alambiquant un peu le propos quand on passait au « je ».

    Néanmoins, j’ai commencé à comprendre leur intérêt un jour où j’ai explosé : « aaaaaaaaaaaah ! mais tu es insupportable !!! tu m’emmerdes ! » (Progé avait 2 ans et demi. Ahem …).
    J’ai réagi que ce n’était pas elle qui était insupportable, mais moi qui avait ma limite plus basse que d’habitude. J’ai alors reformulé en centrant mon discours sur moi : « J’ai besoin de calme. JE suis fatiguée ce soir et J’ai besoin que tu joues un peu seule quelques minutes. ».
    Comme le dit Fabyrose, cette idée de phrase-JE m’a permis de de formuler mes besoins à moi.

    L’exemple de la maison rangée après la fête me titille : le parent ne dit même pas merci, quelque soit la phrase présentée ! Punaise, mais si mon môme de 12 ans range la baraque, moi je lui fais la danse du ventre !

    Je n’ai pas encore lu G&M, mais en te lisant, je me demande s’il n’y a pas surtout un souci de traduction, tellement ces phrases sonnent faux…

    • Effectivement, je ne parle que message « je » pour les compliments. En ce qui concerne la colère, l’agacement, etc… je trouve ça excellent et je l’utilise aussi ! Mais ce n’est pas chez Gordon que je l’ai découvert.
      Effectivement, pour un compliment, tu peux dire « je » ET merci ! ;-)

      Pour le problème de traduction, je ne sais pas… Il faudrait avoir l’avis de quelqu’un qui l’a lu en anglais.

  5. Merci beaucoup Clem de ta contribution!!! Je partage globalement votre sentiment à toutes, d’abord sur les apports du bouquin et aussi sur certaines choses formulées (ou traduites?) d’une manière assez étrange…
    Comme toi Clem, je n’aime pas qu’on assène des menaces (si vous ne faites pas ça, votre enfant va sombrer dans la délinquance) ni qu’on culpabilise les parents sans qu’on sache exactement sur quoi on se base (et je dirai même que même en possession d’études reconnues comme fiables par la communauté scientifique, on devrait s’abstenir de jugements de valeur généralement contre productifs). A la décharge de ce bouquin, je fais l’hypothèse qu’il s’est agit pour les auteurs de répondre aux menaces identiquement proférées par les partisans du « camp adverse » (si j’ose dire) à savoir: ceux qui prônent le retour du parent (du père essentiellement d’ailleurs) tout puissant, répressif et intransigeant comme remède universel de la société post-soixantehuitarde dénoncée comme étant en mal de repères. Dommage cependant que les arguments n’aient pas été plus convaincants que ceux qu’ils dénoncent!!
    Quant à la nocivité des compliments formulés comme des jugements, je ne crois pas que la question soit réellement de savoir qui du parent ou de l’enfant est plus performant pour juger la prestation de ce dernier, la question est de savoir ce qui est le plus efficace pour permettre à nos enfants d’être fiers de leurs réussites et de chercher à perfectionner leurs défauts… Sceptique comme toi au début, j’ai testé la méthode de compliment proposée par Faber & Mazlish (qui se rapproche de ce qui est décrit ici) sur ma soeur qui me présentait une de ces réalisations plastiques Et tandis que mon père lui faisait son habituel compliment  » mais c’est très beau ma chérie », je m’appliquait à décrire son dessin de façon détaillée sans pour autant émettre de jugement de valeur. Elle m’a dit ensuite qu’elle avait eu le sentiment que je m’intéressais réellement à son travail là où le compliment plus classique de mon père lui avait plutôt donné l’impression de détachement…J’avoue que ça m’a convaincu de l’efficacité de la technique!!!

    • Ah oui, si c’est une réponse au camp « adverse », c’est effectivement à prendre en compte !
      Dans ton exemple, je ne sais pas si c’est parce que tu n’as pas donné de vrai compliment ou si c’est parce que tu as discuté plus longtemps avec ta soeur que ton père. En fait, il me paraît logique que ta soeur ait plus touchée par une longue conversation et une explication que par quelques mots de compliment. Le problème, à mon sens, n’est pas le compliment en soi mais l’attention que l’on donne en même temps.

      • J’oubliais de dire que le compliment en question lui avait aussi permis de retravailler son oeuvre de manière plus autonome et sereine: je n’avais pas émis de jugement de valeur donc elle ne retouchait pas pour me faire plaisir ou avoir mon assentiment… juste parce que mes remarques lui avaient donné de nouvelles idées, qu’elle ne pensait pas que tel ou tel détail serait perçu ainsi, etc… mais tu as raison bien sûr, la qualité de présence est un facteur essentiel pour faire un compliment juste!!

  6. Alors je n’ai pas lu Gordon, et ça m’embête de voir ces formulations agressives, ces exemples mal choisis, pour défendre des idées qui me tiennent tellement à cœur :P
    Je les ai découvertes avec Faber & Mazlish puis Fiolliozat et un peu Montessori aussi. Je ne saurais pas parler aussi bien qu’elles… Mais si les idées au font t’ont plu, je pense que ce sont des lectures qui peuvent t’intéresser.

    Ce que j’en ai retenu au sujet des louanges c’est que
    – « c’est bien » ne veut pas dire grand chose, n’est pas suffisant : qu’est-ce qui est bien ? qu’est-ce qui t’a plu dans ce que j’ai fait ? qu’est-ce que je peux reproduire exactement ? Alors que : « toute la vaisselle est propre et rangée, le sol est nickel, le salon est rangé il n’y a plus rien qui traîne…  » Ca montre qu’on a vu l’ampleur du travail accompli, qu’on le remarque, et que tout ce qu’on cite sont des choses qu’on apprécie et qu’on appréciera de voir refaites.
    – trop de louanges tout comme trop de critiques peuvent finir par enfermer dans un rôle. Présenter toujours son enfant aux personnes qu’on rencontre en disant c’est le meilleur en maths, ça fait plaisir sur le coup, mais au bout d’un moment ça peut finir par mettre un stress pour la prochaine interrogation. A l’inverse, si nos parents parlent tjs de nous en disant qu’on est un indécrottable bordélique, ça ne donne pas envie de faire des efforts puisque de toute façon, on est indécrottable.

    C’est vrai que notre niveau dans un domaine va influencer la façon dont on apprécie un travail. J’ai des copines très douées en couture mais je n’y connais pas grand chose, du coup c’est sûr que je ne fais pas parler de la façon dont le point à été choisi ou le tissu tendu ou je ne sais quoi. Mais ça vient naturellement, et ce n’est pas parce que je ne m’y connais pas que je ne vais pas me priver de dire que je trouve ça beau…

    Disons que commencer la phrase par « je », d’une façon générale, c’est la garantie de ne pas se planter, parce qu’on ne pose aucun jugement sur la personne, on dit ce qu’on pense/ressent à un instant T. Bien sûr parfois la nuance est super-fine, mais j’ai l’impression que c’est un réflexe intéressant à prendre. Notamment pour les disputes, que ça soit avec les enfants ou dans un couple ou avec un ami, un collègue, un chef, quand on commence par « tu », ça met l’autre sur la défensive, on arrive facilement à des sentiments d’agression. « Tu es insupportable, tu me fais chier, va dans ta chambre » me semble différent de « Je n’en peux plus du bruit, je veux du calme, va dans ta chambre ». Il n’y a plus de fautif, il n’y a pas de tord, il y a une personne bruyante et une qui a envie de calme, et c’est tout.

    Quant au silence attentif, je suis aussi un peu perplexe, mais je n’ai jamais testé. Je relance plutôt : tu as dû ressentir ça, moi à ta place ça m’aurait énervée, et qu’est-ce que tu as ressenti, et qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? Pour inciter à parler, sans proposer de solution si c’est un moment où la personne semble avoir besoin d’exprimer qqchose.

    Voilà j’espère que je ne trahis pas mes propres lectures en interprétant de travers, et j’espère que cela te semble plus parlant ainsi ?

    • Merci beaucoup pour ta volonté de m’éclairer ! En fait, j’ai déjà lu ces thèses ailleurs et je les ai trouvées bien plus intéressantes (chez Filliozat).
      J’aime beaucoup tes explications !

  7. Pour ce qui est de parler en « je » plutôt qu’en « tu », il s’agit surtout d’assumer sa part de responsabilité dans la communication : ce n’est pas l’enfant qui est pénible, c’est nous qui ne supportons pas son comportement ;-) … Et si personne n’aime se faire traiter de pénible, la plupart des gens réagissent positivement si on leur dit qu’on a besoin de calme, d’aide, ou autre.

    Je compare souvent à des situations de vie professionnelle car le mécanisme est le même : si votre supérieur vous dit « tu es incompétent ! », vous allez probablement vous braquer si vous pensez qu’il a tort … ou vous effondrer si vous pensez qu’il a raison.
    Alors que s’il vous dit « sur tel dossier, j’aurais apprécié plus d’implication (ou plus de précisions ou autre chose », vous aurez plus de facilité à entendre ce qui est à améliorer pour la prochaine fois car vous ne serez pas – ou moins – émotionnellement atteint.
    C’est une question de pragmatique ;-).

    • Je suis d’accord avec ça quand on parle avec colère et quand on souhaite dire ce qui ne va pas, le « je » est essentiel est beaucoup plus constructif. Mais là, je parlais du message « je » dans les compliments, je ne suis toujours pas convaincue. D’ailleurs, dans ton billet sur ton blog, tu ne dis jamais « je » quand il s’agit de complimenter ta fille qui s’habille toute seule. Ce serait assez étrange d’ailleurs.
      Je le dis dans tous les commentaires mais je le répète : je suis une adepte du message « je » en général mais dans les conflits, pas pour les compliments.

      • En fait, il y a différents types de situation pour complimenter …
        Dans les exemples de mon blog, je complimente ma fille sur des compétences concrètes qu’elle a mises en oeuvre.

        Le « JE » s’utilise pour les compliments quand on veut juste communiquer à l’autre que ce qu’il a fait nous a fait plaisir, nous a rendu service, qu’il n’y avait pas spécialement une compétence nouvelle mais simplement une attitude aidante de sa part.

        Dire « tu es gentille » peut mettre mal à l’aise parce que l’enfant peut se penser « pas gentil » parce qu’il a fait quelque chose de « pas gentil » juste avant ou l’a simplement pensé.
        Donc relier au contexte et parler de ce que MOI je ressens est beaucoup plus juste.

        Mon enfant n’est pas « gentil », il a fait quelque que j’ai trouvé gentil, c’est ça l’idée ;-).
        On sous-estime souvent la difficulté que peut représenter pour les enfants le fait de gérer l’ambivalence. Certains sont très mal à l’aise avec le fait qu’on leur dise « tu es gentil » alors qu’ils viennent juste d’avoir une pensée malveillante.

        D’où l’intérêt d’utiliser ce genre de message-je qui évite justement cette ambivalence.

        Une anecdote qu’une maman m’a racontée : elle est dans la voiture avec son fils de 5 ans. Ils ont une discussion intéressante et son fils lui montre des raisonnements très élaborés. Elle lui dit « waouh, tu es intelligent dis-donc ! ».
        5 mn plus tard l’enfant fait l’andouille dans la voiture. Sa mère lui dit « mais arrête, tu es bête ou quoi ? » et l’enfant répond : « mais alors je suis bête ou intelligent ? »
        Je trouve cette réponse très révélatrice de ce que peut vivre un enfant à qui on fait des compliments « classiques ».

  8. et je finis sur le silence attentif : évidemment qu’il convient mieux à certaines personnes qu’à d’autres … mais je pense qu’il est parfois important de laisser l’enfant faire son chemin tout seul. Et dans ces cas-là, le silence attentif est un outil extrèmement important qui permet à l’enfant de prendre conscience qu’il est capable de réfléchir seul, même s’il est agacé de n’avoir pas de réponse immédiate sur le moment. A long terme, cela lui donne la conscience qu’il est capable de résoudre ses propres pb tout seul.

    • Je n’ai effectivement pas rejeté la méthode en bloc, ce que j’aime pas ici c’est que d’un exemple fictif, il fait une théorie qui lui semble LA meilleure. Or les enfants sont quand même différents, les situations aussi. Cette méthode a son avantage c’est certain (encore que le silence total me gêne vraiment) mais l’exemple donné n’est à mon sens pas une preuve de son efficacité, c’est ce que je voulais dire.
      Globalement, les méthodes données me semblent intéressantes, ce que je n’ai pas aimé dans cet ouvrage, c’est le ton péremptoire (et presque menaçant) et les exemples pas toujours bien choisis.

      • pour les compliments F&M est plus percutant je trouve : ne pas porter de jugement, décrire longuement ce qui a été fait, et éventuellement (seulement) dire ce que ça nous fait. C’est surtout ça qui porte ses fruits : montrer qu’on y accorde de l’attention, qu’on voit les détails et les efforts qui ont été faits..

        Pour la différence entre « bien » et un message-je, je trouve que rien ne vaut de l’expérimenter soi même dans un situation qui nous touche (réalisation qu’on a faite)… car par écrit c’est difficile.
        Et dans un groupe (si on leur fait faire un dessin par ex) il y a toujours des gens qui y réagissent vivement, d’autres à qui ça ne fait strictement rien. C’est donc tout à fait possible que ce soit ton cas, mais les autres peuvent réagir au « bien » parfois assez mal. Les exemples des ateliers F&M sont mieux choisis je trouve.

        C’est pareil pour l’écoute silencieuse : ça convient plus ou moins bien selon les personnes. Une petite mémé à chat n’aura aucun problème à continuer à débobiner ce qu’il se passe pour elle ;-), et certains enfants le font très spontanément (même mon fils de 3 ans le fait de temps en temps). D’autre auront besoin d’un peu plus d’aide. Gordon met cela en avant je pense pour inciter les parents à avant tout se taire, car le plus difficile c’est justement de ne rien dire, pas de conseil, de jugements, etc. Après, à chacun de prendre ce qui lui convient, et laisser ce qui ne lui convient pas, c’est aussi l’esprit de ces méthodes.

        Je n’ai pas lu cet ouvrage, et j’aime beaucoup aussi les « parents efficaces », en particulier le 2e. Pour les menaces je n’en ai pas vu dans ceux ci. Peut être est il un peu optimiste en disant que les ados élevés comme ça ne sont pas en conflit avec leurs parents pour des relations de pouvoir. Je ne sais pas si ça se vérifie dans tous les cas. Il y a de toute façon tellement de gens qui pensent faire de l’ENV et qui ne le font pas vraiment que c’est sans doute difficile de discriminer j’imagine.

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