Le couple après la naissance d’un enfant (Les vacances des VI)

En cet avant-dernier jour des vacances du vendredi intello, je vais revenir sur le billet de Clem la matriochka, Le couple après la naissance d’un enfant. 

Dans ce billet, Clem la matriochka revient sur ce phénomène tabou : la séparation des couples après la naissance d’un enfant. Elle met en avant ce chiffre que je trouve personnellement effrayant : 20 à 25 % des couples se séparent dans les mois qui suivent la naissance d’un enfant. Ce chiffre n’est certes pas officiel et pour cause il n’en existe aucun. On manque d’informations et cela est bien regrettable, car on ne peut nier le bouleversement causé par la naissance d’un enfant et le rééquilibrage plus ou moins long nécessaire au couple. Comme le dit Clem la matriochka « Avant d’avoir des enfants, je ne comprenais pas comment il était possible de se séparer peu de temps après la naissance d’un bébé. Maintenant si. » L’arrivée d’un enfant est un tsunami, et il n’épargne pas la vie conjugale .

L’auteur du billet met en avant une interview de Cécile Ensellem, sociologue à l’Ecole des parents et des éducateurs.

 » Remarquez-vous de plus en plus de séparations qui interviennent très rapidement après la naissance ?

Cécile Ensellem : Oui. C’est en augmentation et c’est surtout le père qui part.

Peut-on expliquer sociologiquement le fait que l’enfant puisse séparer un couple ?

C. E. : Nous sommes dans un contexte où il y a de plus en plus de naissances hors mariage. Ajouté au fait que l’on a des enfants bien plus tard et que le projet parental se dessine également bien plus tard qu’avant, souvent après une longue cohabitation, l’enfant peut jouer un rôle de séparation, de défusion conjugale. »

Ce qui me frappe dans les propos retranscrits c’est le fait que le recul de l’âge pour avoir son premier enfant, qui est donc un fait sociologique avéré et qui s’accompagne souvent (mais pas toujours) d’une longévité du couple « pré-enfant » plus importante, puisse avoir une influence négative sur la façon dont le couple va vivre naissance. Cela me frappe car j’ai justement connu la situation inverse. En effet, notre couple avec barbe de 4  jours était « vieux » de seulement 7 mois lorsque notre puce a été conçue. Or j’ai trouvé beaucoup d’avantages à faire un enfant tôt dans la relation. Biensur il ne s’agit que de mon expérience personnelle, mais je me rappelle m’être dit après la naissance de minicap qu’il était bien agréable et utile d’avoir gardé dans notre couple cette fraicheur du début, sans rancœur, la passion intacte et la naïveté préservée. Je ne dis pas qu’après 10 ans de vie commune il ne reste plus rien de cette candeur, mais seulement que dans mon cas, vivre le ras de marée de la naissance dans ce contexte de jeune couple m’a bien aidée et pour avoir été dans d’autres relations plus longues, je suis persuadée que cela aurait été plus dur pour moi de retrouver un équilibre dans une relation très installée, des habitudes et des petits défauts trop connus et avec en prime quelques petites rancœurs accumulées. Je comprends donc que le fait d’être en couple depuis très longtemps puisse conduire à effectuer un virage parfois délicat dans le mode de vie. Même si cela ne concerne pas tous les couples. Bien évidemment chaque situation étant unique, chaque couple vivra les choses à sa façon.

Si de nombreux couples se séparent après la naissance de leur bébé, c’est aussi  d’après Cécile Ensellem pour des raisons de définition floue du rôle de chacun.

 » On parle de parité homme-femme. Est-ce que nier la différence des sexes peut être un facteur aggravant ?

C. E. : On est dans ce contexte des “nouveaux pères” où les jeunes couples peuvent vivre dans un idéal d’égalité. Mais l’égalité homme-femme doit composer avec la différence biologique des sexes. Il ne s’agit donc pas de nier la différence des sexes, mais de la penser autrement pour ne pas banaliser le départ ou la fuite des pères.

On dit souvent : l’instinct maternel. Non seulement on ne dit pas instinct paternel, mais en plus, on sait que certaines femmes souffrent de cette idée quand elles se retrouvent face à des angoisses et des ambivalences à l’égard de leur grossesse et de leur bébé. Du coup, c’est très culpabilisant pour elles. Les spécialistes de la périnatalité (comme les Ecoles des parents et des éducateurs) le savent bien.

D’ailleurs parfois, les dissensions, les conflits peuvent être liés à l’incompréhension des futurs pères à l’égard des angoisses ou ambivalence de la future mère. »

Il est vrai que la question est complexe. J’entends autour de moi beaucoup de divergences de points de vue sur la façon dont le père et la mère doivent s’impliquer, la répartition des tâches de chacun ou la place de la fusion entre l’enfant et la mère. Combien de fois entend-on que la mère doit laisser sa place au père ? Ou que ce dernier doit intervenir pour défusionner la mère et le bébé ? Comme si le rôle de chacun devait nécessairement se définir en opposition à l’autre. Je trouve cette optique peu productive et source de tension. La question si elle est sensible et aussi extrêmement liée à notre histoire. Il est difficile de prévoir à l’avance, me semble-t-il, la façon dont on vivra sa parentalité. Je suis une mère différente de celle que je m’étais imaginée être. Comment dans ce cas prévoir ce qui va se passer et accompagner son conjoint dans ce chemin où soi-même on marche à tâtons ?

La question intéresse puisque les internautes n’ont pas hésité à laisser des commentaires suite au billet de Clem la matriochka. Ainsi plusieurs femmes font part de leur expérience. Marine laisse l’adresse de son blog où elle a écrit sur le sujet, on peut y trouver une série d’observations personnelles. Enfin Fabienne nous parle de sa détresse, son mari ayant profondément changé de comportement après la naissance de leur enfant.

En effet, si le couple semble touché, au delà de la question du simple emploi du temps à remanier, il semblerait que parfois il y ait tout un travail individuel à faire sur soi pour trouver son propre équilibre avant de penser à celui de son couple.

Clem la matriochka propose quelques conseils aux jeunes parents pour tenter de préserver leur couple.

« – C’est normal d’être perturbé par tous ces changements et de se disputer plus que d’habitude. La fatigue en est en grande partie responsable.

– Essayez de prendre du temps pour votre couple : une ou deux heures en tête-à-tête de temps en temps.

– Parlez ! Communiquez ! Dites ce que vous ressentez avant que ça n’explose et que l’autre, se sentant agressé, ne puisse rien entendre.

– N’oubliez pas que vous vous aimez !« 

J’ai l’impression qu’il faut  se donner du temps, qu’il joue en faveur du couple, que la venue au monde d’un enfant est vraiment tout sauf banale et que par conséquent il faut se donner le temps de la vivre, de s’habituer, de trouver ses marques. D’un point de vue personnel, j’ai réalisé que la parentalité toute neuve faisait ressortir ce qu’il y avait de meilleur et ce qu’il y avait de pire chez soi et chez l’autre (le manque de sommeil y contribuant fortement). Au couple de composer avec cette découverte des extrêmes  en puisant, dans leur réserve, toute la patience nécessaire.

Home Sweet Môme

 

4 réflexions sur “Le couple après la naissance d’un enfant (Les vacances des VI)

  1. « J’entends autour de moi beaucoup de divergences de points de vue sur la façon dont le père et la mère doivent s’impliquer  »
    Cette phrase me fait réagir. Est -ce qu’à force de réfléchir à ce qu’on « doit » être on finit par ne pas accepter les personnes telles qu’elles sont et inventer la vie qui va avec ?
    On parlait d’enfant, parents rêvés / réel. Il y a aussi couple rêvé / réel ;-)

  2. Merci beaucoup de ton article!!! J’ai dans l’idée que tout comme l’épuisement parental, le bouleversement qu’implique l’enfant dans le couple est une chose relativement taboue, ou du moins souvent traitée avec force de stéréotypes sans liens avec la réalité et pour lequel les parents ne sont pas préparés et pas accompagnés… Au delà de ça, je partage assez l’avis de Phypa, car au fond ces tabous vont de pair avec l’idéal de la mère parfaite, du parent parfait et donc du couple parfait…!

  3. Oui, je suis d’accord. Il y a derrière les injonctions et les opinions que beaucoup aiment à exprimer sur le rôle de chacun quelque chose de l’ordre de « l’idéal » à imposer aux autres. Et la période de la naissance étant très sensible c’est encore plus difficile de faire face et de faire la part des choses et d’inventer sa vie comme le dit Phypa.

  4. Pingback: Pour le meilleur et pour le pire | Home Sweet Môme

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.