Mère, père, alloparents… {Vacances des VI}

Aujourd’hui (enfin ce soir, vu mon léger retard), c’est l’article Guest de Claude Didierjean-Jouveau que je vous invite à redécouvrir : Retour sur… Mère, père et alloparents.

Parmi les choses sur lesquelles l’auteure attire notre attention, deux « conseils » ont particulièrement fait écho en moi lors de ma lecture. Ces conseils m’ont faite replonger dans les jours et les semaines qui ont suivi la naissance de Pti Tonique (2 ans).

Devenir parent, ça n’est pas se couper du monde (et heureusement !!!)

Claude Didierjean-Jouveau (je me permettrai de l’appeler CDJ ci-dessous) dit donc :

Voilà bien longtemps que je trouve le sort des nouvelles mères, qui rentrent de la maternité pour se retrouver seules en tête à tête avec leur nouveau-né entre les quatre murs de leur appartement, carrément inhumain. Et le conseil que je donne souvent, c’est : sortez ! Voyez du monde ! Allez chez des amies ! Invitez-les chez vous !

Personnellement, j’avais plutôt tendance à vivre l’arrivée de mon fils comme un évènement créant une bulle autour de ma maison, où même si je laissais entrer quelques personnes ou voisins pour la visite réglementaire post-naissance, je pensais que personne ne pouvait réellement comprendre ce que je vivais (sans parler de mon petit baby blues passager) et que je devais donc d’autant plus rester dans mon rythme papa-maman-bébé, en cercle fermé. Et puis un couple d’amis nous a rendu visite, lorsque mon fils devait avoir environ 1 mois. Ils ont mangé avec nous et ont passé l’après-midi avec nous : on a pu discuter, plaisanter, se détendre, penser à autre chose… sans pour autant en oublier mon fils. J’ai tout simplement repris le chemin de la vie quotidienne, normale, mais tout en prodiguant des soins à mon nouveau-né et en le nourrissant, ce qui se faisait finalement très naturellement !

Je me rappelle m’être sentie incroyablement vivante après cette entrevue, j’ai senti que même si mon fils était particulièrement demandeur, je ne devais pas être seulement une mère, que toutes les personnes en moi devaient pouvoir être conciliées, au moins sur certaines périodes, pour mon plus grand bien-être.

Voilà de quelle façon je me suis dit que CDJ avait grandement raison !

Si tu ne veux pas craquer, les alloparents peuvent être là pour toi !

Mais le message de l’auteure qui m’a le plus marquée, c’est celui concernant l’ « alloparentalité ».

En février 2012, lors de la parution de cet article donc, j’étais enceinte et mes souhaits pour cette naissance à venir étaient différents de ceux de mon premier accouchement : parmi ces vœux, figurait celui d’un retour précoce à la maison. Je prenais petit a petit conscience de l’organisation que j’allais devoir mettre en place pour que ce retour reste un beau moment de découverte à 4 et non une période de stress et de préoccupations matérielles, si peu de temps après l’arrivée de mon bébé.

Ce message de CDJ est arrivé à point nommé dans mon cheminement personnel. Pour la naissance de Pti Tonique, j’étais dans une optique très centrée sur ma nouvelle famille à venir, sur le « nous trois » que Mr Sioux et moi allions former avec notre premier enfant, les moments de découverte qui nous attendaient et que je souhaitais ne pas être parasités par quiconque. J’avais donc quelque peu rejeter la « famille », notamment les futurs grands-parents, dont j’avais souhaité la visite à la maternité assez tardive et que je ne voulais pas recevoir chez moi les premiers temps… et j’ai fait un gros baby blues. Le papa était là mais nous vivions des moments épuisants pour diverses raisons, mon moral était très fluctuant et voir la maison en piteux état, ne pas parvenir à cuisiner ni à manger convenablement étaient des choses qui me minaient d’autant plus.

Ainsi, lorsque j’ai lu :

Chez les chasseurs-cueilleurs, on estime que les bébés passent entre 20 et 60 % de leur temps diurne dans les bras d’autres personnes que leur mère (la nuit, par contre, ils sont toujours lovés contre elle), essentiellement des parent(e)s à elle[8].

Comparons cette situation à celle de la mère dans nos sociétés occidentales. Les grands-mères sont souvent loin, ou bien la mère ne leur fait pas confiance pour s’occuper du bébé, car leurs conceptions du maternage sont trop divergentes. Les sœurs, cousines, tantes…, si elles existent, sont bien occupées de leur côté, ou trop loin de la mère pour pouvoir être sollicitées facilement.

Reste… le père, qui fait un alloparent tout à fait acceptable[9], mais n’est généralement présent que le soir et le week-end.

Et voilà comment on se retrouve avec des mères qui n’ont pas d’autre alternative que de rester à la maison pour s’occuper seules de leurs petits, au risque de s’épuiser, ou de s’en séparer toute la journée et les mettre en garde avec des inconnus sans lien avec elles et leurs enfants…

je me suis dit que oui, parfois, le père et la mère ne suffisaient pas. Qu’en rentrant tôt chez moi, avec un premier enfant en bas âge qui aurait besoin d’attention, une maison à tenir, du repos à prendre, Mr Sioux risquait de ne pas suffire – parce que moi, en théorie, je serais censée me reposer et m’occuper principalement du nouveau-né.

J’ai finalement fait le choix de demander de l’aide à ma famille. J’ai accepté d’être non pas « envahie » mais « aidée et accompagnée ». J’ai accepté que les bras de sa grand-mère pour porter ma fille de temps à autre, c’était certainement une très bonne chose dans la mesure où cela me permettait de souffler (de me doucher aussi !), dans la mesure où il s’agissait d’un contact aimant et même où cela pouvait commencer de développer une capacité particulière de « surveillance » chez ma fille (voir « l’école de la coopération » évoquée par l’auteure). J’ai accepté de rester quelques jours les bras croisés pendant que l’intendance et les repas étaient gérés par autrui… et même après le départ des « alloparents », je n’ai, cette fois, pas fait de baby blues !

Même si je vous ai, pour cela, raconté ma vie, j’espère vous avoir fait ressentir ce qui m’avait touchée dans cet article et vous avoir donné envie de le (re)lire !

Madame Sioux (jeune maman bis un peu à l’ouest)

9 réflexions sur “Mère, père, alloparents… {Vacances des VI}

  1. Merci! C’est très intéressant, d’avoir ta vision des choses.

    Ca me rassure pour le prochain :-) … pour ma part pour le premier je trouve ça différent. Pour un 2e, on est déjà mère, et personne ne va le contester, on est mature, on a plus confiance en soi… Je pense que je ferai comme toi pour le second.

    Par contre pour le premier enfant c’est autre chose, laisser entrer une autre femme chez moi au risque de me sentir nulle et incompétente à coté d’une mère déjà expérimentée aurait été traumatique pour ma part. J’avais trop besoin de me prouver à moi même que je pouvais être une maman, d’expérimenter mes choix sans le regard d’autrui, de faire des erreurs sans être jugée, de me protéger moi en fait … car n’ayant aucune expérience c’est trop facile je trouve pour les autres de donner un conseil, de vouloir ne s’occuper du bébé au lieu de la maman… Quand il y a des ainés la chose est claire : la grand mère, par exemple, est là pour s’occuper du grand en général. Mais au premier, il arrive souvent que la grand mère (ou même la belle mère, gniak gniak gniak!) veuille s’occuper du bébé, certaines incitent même parfois les jeunes mamans à abandonner l’allaitement pour le biberon pour pouvoir nourrir elles mêmes l’enfant. Et c’est difficile pour la jeune maman de demander qu’on s’occupe d’elle ou de la maison quand la culture ne le dicte pas. Donc des visites oui, mais pour cette première naissance je n’aurais jamais demandé qui que ce soit de venir plusieurs jours.

    • C’est pour les mêmes raisons que toi que je souhaitais être seule, tranquille pour le 1er : envie de découvrir tout ça par moi-même et de prendre confiance sans le regard d’une autre femme expérimentée qui m’aurait perturbée. Enfin, c’était mon ressenti et même si finalement, je pense que personne ne m’aurait fait de remarque, c’était mon ressenti donc ça devait se passer comme ça, même si j’ai beaucoup repensé à mes choix par la suite.
      Par contre, de l’aide pour la logistique, oui mais pour le bébé, même si c’est fatigant, qu’on le laisse à sa mère : c’est trop important ces premiers instants où tout se construit !

  2. Encore une fois félicitation pour ta mini-squaw!!
    Je dois dire que cela m’avait dérangée de lire dans cet article que le père « faisait un alloparent acceptable ». Euh…. le père c’est un parent, pas un alloparent, non? Mon expérience personnelle, c’est qu’allaitement ou pas, reprise du travail précoce pour le papa ou pas, le père ne se contentait pas de me relayer quand j’étais fatiguée, il avait véritablement un rôle de premier plan! C’est la prochaine bataille féministe, je pense, faire en sorte que les papas puissent être vraiment présents et tenir leur rôle de père les premiers mois de l’enfant!!

    • Je suis d’accord, cette phrase est un peu étrange… ou en tous cas elle date un peu, plutôt de l’époque où on considérait ça comme du bonus (et non la norme) quand le père prenait du temps avec son enfant. Ici aussi, travail ou pas, le papa est impliqué à parts égales car on est 2 à vouloir voir grandir notre enfant et participer à son développement !

  3. Ma BM, que parfois je maltraite (gentiment) dans mes propres articles a été sur ce plan un exemple : elle est venue faire le ménage chez nous deux fois, nous préparait de bons petits plats… mais sans être envahissante. je dois dire que je n’ai pas eu de babyblue’s parce que je me savais entourée. J’ai beaucoup aimé cet article de CDJ, même si la critique de Drenka est tout à fait pertinente. Nos bras ne sont pas les seuls à pouvoir nourrir affectivement nos rejetons, il faut l’accepter. Merci de ton témoignage.

    • Oui, cette histoire de bras, j’y ai pensé et j’ai failli mettre quelques mots là dessus dans mon article. D’un côté je lis beaucoup de choses sur le fait que, quoi qu’on dise, les premiers temps, le bébé a surtout besoin de sa mère (pour le nourrir déjà, quand il est allaité) mais aussi parce que les premiers mois sont le prolongement de la grossesse. Je lis que l’enfant a besoin du contact de sa mère pour tisser des liens, emmagasiner de la confiance en lui, etc. Et en même temps, on me dit (pour déculpabiliser les mères fatiguées parce que leur quotidien du 21e siècle ne leur permet pas de s’occuper uniquement de leur enfant les premiers temps ?) que l’important, c’est que l’enfant soit porté et aimé, peu importe par qui (en gros !). Ca, ça a participé à ma non-envie de recevoir du monde aussi, parce que je ne voulais pas voir mon bébé circuler de bras en bras pour le plaisir et j’étais persuadée qu’il n’avait besoin que de moi pour l’instant (et de son père).
      Pour ma fille, je la « confie » un peu plus… j’essaie surtout de voir comment mon bébé vit ce transfert en fait. Ma fille est plutôt cool, du moment qu’elle est portée alors que mon fils, il lui fallait surtout ses parents : il était déjà un peu sauvage en fait !!
      (bon désolée, je me suis remise à raconter ma vie !! ;-) )

  4. J’avais été drastique pour la naissance du premier… Pas de visite à la mater (je voulais du temps seule avec le papa et le bébé ), on avait reçu ensuite à tour de rôle la famille. Je garde un assez mauvais souvenir de certaines où 10jours après l’accouchement avec une episio douloureuse il m’a fallu cuisiner et recevoir sans autre aide que celle du papa pendant tout un week-end. Je ne m’y attendais pas mais ces moments-là m’ont laissées un peu amère. L’article de CDJ m’avait touchée car il met en avant le caractère contre nature de l’isolement. Reste à trouver le bon curseur pour le 2ème …

    • Oui, trouver le bon curseur, c’est là toute la subtilité du truc ! Sans compter que trouver le bon équilibre, c’est aussi calculer à qui on fait appel pour ne vexer personne (enfin, dans mon cas, j’essaie de penser à l’équilibre parents / beaux-parents), essayer d’imaginer combien de temps on aura besoin d’aide sans savoir comment ça se passera le moment venu… un vrai numéro de devin !
      Cela dit, après y voir un peu réfléchi et mis la chose en place, ça s’est plutôt passé conformément à mes souhaits ici. Je t’en souhaite autant pour la prochaine fois :-)

  5. Merci beaucoup Madame Sioux pour ton article!! Comme vous toutes, j’avais trouvé le concept d’alloparentalité tout à fait intéressant en cela qu’il mettait un coup de pied dans la fourmilière (ou plutôt devrais-je dire dans l’autel de la mère suffisante et parfaite sur lequel nous succombions d’épuisement les unes après les autres) tout en respectant les besoins affectifs et relationnels de l’enfant et des parents…

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