Pour que les maternités écoutent les Bébés [Vacances des VI]

Ce cri d’espoir est le fil conducteur du billet que je vais commenter aujourd’hui dans le cadre des Vacances des Vendredis Intellos. J’ai choisi de revenir sur ce riche billet, que je vous invite à découvrir vivement, d’une part en tant que Maman pour partager avec vous une petite part de mon vécu mais d’autre part en tant que professionnelle de santé ayant été confrontée aux réalités de terrain.

…les pratiques hospitalières sont précisément celles qui font que les bébés ont froid, mangent mal (souvent trop… en particulier au biberon) et n’ont absolument pas besoin, dans l’écrasante majorité des naissances, de ces gestes qu’on leur impose pour les faire s’adapter à la vie aérienne. Nos maternités ne sont, pour la plupart, pas adaptées aux connaissances les plus récentes sur nos bébés, elles n’écoutent pas les bébés. Et, en plus, elles ne font pas confiance aux mères. Il y a donc encore beaucoup de travail…

Du travail, certes il y en a… Et je peux vous garantir que nombreux sont les soignants (sage-femmes, gynécologues, infirmières, aide-soignantes…) qui en sont conscients et mettent tout en œuvre pour faire évoluer les choses au sein des hôpitaux publics. J’ai envie aujourd’hui de donner une lueur d’espoir à tous les parents en devenir en leur assurant que 7 ans ont suffit à faire bouger les mentalités !!!

Pourquoi 7 ans me direz-vous ? Parce que lorsque je suis devenue infirmière, j’ai travaillé quelques mois dans la maternité dépendant de l’hôpital public de ma petite ville pour mon plus grand bonheur. Je nourrissais le secret espoir d’y obtenir un poste et je mettais tout en œuvre afin d’apporter soutien, aide, écoute à tous les jeunes parents que je recevais. A l’époque, j’étais une toute jeune femme sans enfant mais avec un désir grandissant de devenir Maman… Je me souviens avoir été choquée du manque d’information qu’on donnait aux Mamans concernant l’allaitement, les guidant presque à chaque fois vers un allaitement artificiel qualifié de plus simple et plus efficace. Je revois encore les bébés enlevés à leur Maman à peine avaient-ils poussé leur premier cri afin de les laver, mesurer, aspirer. Je me rappelle faire le tour le soir avec mes boissons chaudes comme prétexte à une surveillance accrue des chambres vérifiant que chaque Papa avait quitté les lieux avant 21H00, laissant Maman et Bébé confortablement installés, chacun à sa place dans son lit. Si tel n’était pas le cas, alors je devais remédier à la situation en demandant au nouveau Père de s’éclipser et en recouchant le Nourrisson dans son tout petit berceau de plastique bien à plat sur le dos. Et je ne vous parle même pas des accouchements sur le dos, pieds dans les étriers, forceps à portée de mains pour aider les choses si la durée du travail et les les efforts expulsifs s’avéraient trop long au yeux du gynécologue… Ni de l’absence récurrente des anesthésistes la nuit trop occupés à gérer les urgences du bloc opératoire pour se déplacer vers une maternité trop excentrée… Non, je ne vous parle pas de ça, car avec le recul, je me sens honteuse pour toutes ces Mamans que j’ai guidé pensant bien faire en répondant à toutes les exigences de ma fiche de poste… Car il faut bien l’avouer, sans avoir moi-même connu les joies de la maternité, je n’avais pas le recul nécessaire pour avoir un avis tranché sur les techniques pratiquées. Je faisais confiance à l’organisation du service, à mes livres, à mes acquis scolaires, car si toutes ces pratiques étaient scrupuleusement détaillés dans mon « Cahier de l’Infirmière en Gynécologie/Obstétrique », c’est qu’elles étaient forcément les plus adaptées.

Puis, j’ai continué ma carrière vers d’autres sphères laissant la maternité derrière moi…  Quand à mon tour, 7 ans après, j’ai porté la vie, la gynécologue qui a suivi ma grossesse nous a tout d’abord initié à l’haptonomie, puis nous a sensibilisé à l’importance du peau à peau, de la tétée de bienvenue, de couper le cordon le plus tard possible… Autant de choses qui me faisait écarquiller mes yeux bien grands tant je ne reconnaissais rien de ce que j’avais pu connaître lors de mon passage à la maternité. Quand enfin elle m’a parlé de projet de naissance à  rédiger, je me suis dis : « Comment vais-je évoquer tout cela à la maternité, jamais ils n’écouteront mes demandes… Elle est marrante la gynéco avec ses idées avant-gardistes ! »

Lorsque je me suis rendue à mon premier cours de préparation à l’accouchement dans cette même maternité, j’avais quelques appréhensions. La première chose qui m’a marquée, était la jeunesse de la nouvelle équipe soignante en place, en effet de nombreuses sage-femmes avaient pris leur retraite laissant la place à la jeunesse !!! Dès les premières minutes de ce cours, j’ai tout de suite compris que les mentalités avaient évoluées car nous parlions co-dodo, portage, allaitement maternel, première tétée de bienvenue… Il y avait des ballons, des coussins d’allaitement, des posters de positions physiologiques pour donner la vie…

C’est comme ça que je me suis retrouvée avec mon Petinours, toujours relié au placenta par le cordon et se régalant de sa première tétée, sur ma peau plus d’une demi-heure. Puis au moment des premiers soins, mon Ours a été missionné pour emmener lui même notre petit ange vers les tables de naissance. A 3H00 du matin, nous étions tous les trois ensemble dans ma chambre de maternité pour nous reposer et faire connaissance à 3 sans délai imparti. Certes, j’ai eu le droit aux forceps (alors que… Mais ça, c’est un autre débat !), il a fallu donner des compléments à mon petit, nous l’avons lavé tous les jours… Mais beaucoup de choses ont changé en faveur du bien-être des bébés. Un lit collé au mur pour sécuriser le co-dodo, une alaise en boudin pour rappeler l’utérus de Maman dans le berceau, autant ds petites choses, de petits détails ont prit place dans les habitudes de la maternité !!!

Les mentalités changent, les jeunes se battent pour bouger les choses, les anciennes s’adaptent avec plaisir et engouement, les gynécologues apprennent à lâcher prise… Je voulais donner une note d’optimisme et d’espoir à tous ceux qui ont connu de mauvaises expériences pour les rassurer !!! Il faut du temps pour s’affranchir d’années de pratiques rigides au profit de plus de liberté, d’autant plus qu’en tant que soignant nous sommes habitués des protocoles que nous suivons à la lettre…

Alors aujourd’hui, même si on ne peut pas encore dire : « Les maternités écoutent les bébés », je crois qu’on peut se réjouir de dire : « Les maternités apprennent à écouter les bébés ». Et ça, c’est déjà une grande victoire !

@lly02

Vous pouvez me retrouver sur mon blog personnel : Poupouce, Doudou and Co…

4 réflexions sur “Pour que les maternités écoutent les Bébés [Vacances des VI]

  1. Ton billet m’a donné le frisson ;-)
    Lors de mon 1er accouchement il y a 10 ans, je ne connaissais rien de toutes ces bonnes choses que sont l’allaitement, le cododo, la naissance naturelle, … J’ai eu droit à un accouchement « standard » respectant le protocole d’un hôpital public, un accouchement auquel je me dis finalement que j’ai assisté et non participé, un bébé emmené de suite après la naissance en salle de soins pour être lavé, aspiré, habillé.
    8 ans plus tard, nouvelle grossesse et nouvelle envie : celle d’une accouchement naturel (dans le privé et dans une autre région) au cours duquel le Papa et moi serions acteurs et non spectateurs. Cet accouchement de rêve, nous l’avons eu, vécu (malgré la péridurale, demandée en dernière minute, mais ça, c’est une autre histoire). Quel bonheur.
    Quand j’ai découvert ma 3ème grossesse l’an dernier, je savais que je voulais la même chose (la péri en moins). Mon accouchement n’a pas été aussi merveilleux que le 2ème à cause d’un c*** de gynéco pour qui « je ne rentrais pas dans le protocole ».
    Les mentalités changent, c’est certain. Les maisons de naissance se développent, les gynéco et autres SF semblent moins réticents aux accouchements naturels, j’entends de plus en plus parler autour de moi de projets de naissance, d’accouchement à domicile, de peau à peau, tétée de bienvenue, …
    Comme tu le dis si bien, c’est déjà un grand pas que les maternités (font fait) font en apprenant à écouter les bébés.

  2. merci pour ce billet plein d’espoir !

    oui les choses bougent, je l’ai constaté aussi, et ce qui était regardé il y a quelques années comme une « bizarrerie » voire de l’extrémisme ne l’est plus. Par contre il reste des maternités ou des gynécos complètement hermétiques à ça malheureusement, et il y a encore beaucoup à faire également, mais c’est en bonne voie !

    Merci à tous les personnels médicaux qui font que ça bouge et qui savent remettre en cause ce qu’ils ont appris initialement, et aussi à toutes les mamans qui leur ont permis de voir les choses autrement !

  3. Merci beaucoup de ton article Ally!!! Clochette a dit le mot: il nous donne de l’espoir!! Pour moi aussi ma première grossesse remonte à 10 ans et j’ai vu les choses bouger… J’espère sincèrement que le mouvement va perdurer pour nous, nos enfants nés et à naître…

  4. Pingback: Accoucher "autrement", mieux accoucher ? | Pearltrees

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