Récemment, les services de la PMI ont procédé à la fermeture d’une « crèche clandestine » à Marseille. Pourtant, ce mode de garde est loin d’être exceptionnel, même si les conditions d’accueil sont très différentes d’une « structure » à l’autre (et pour cause, il n’y a pas de normes, si ce n’est le bon sens de la nounou et l’exigence des parents). Comme cela est souligné dans l’article du journal Le Monde, « il manque entre 300 000 et 500 000 places d’accueil pour les tout-petits et les grandes villes sont toutes confrontées à la pénurie ». (A Marseille, une « crèche clandestine » accueillant 26 enfants fermée par les autorités, Faïza Zerouala, Le Monde, 16/07/2012)

Ainsi, malgré les efforts consentis en matière d’accueil de nos bambinos ces dernières années, qui ont permis de réaliser des progrès sensibles, ce problème reste prégnant, et la question de la garde des enfants, que ce soit des tout-petits ou en périscolaire reste particulièrement épineuse pour bon nombre de parents. J’en fais, comme beaucoup, l’expérience.
Pourtant, je n’ai pas l’impression que le sujet préoccupe plus que ça. Il me semble même que le manque de place en prisons ait autant, si ce n’est plus, d’écho médiatique (sans toutefois que cela permette de résoudre le problème) !
J’en viens alors à me demander pourquoi les choses n’évoluent-elles pas plus rapidement. Après tout, une ribambelle de parents est concernée, et ça pèse quand même un peu électoralement (ce qui est d’ailleurs moins vrai pour les repris de justice…).
Peut-être est-ce parce qu’on connaît la solution « miracle » : réduire ou cesser l’activité d’un des parents. C’est en tout cas cette voie qui semble privilégiée par les pouvoirs publics, et qui s’impose bien souvent. Et pour cause, cela est grandement favorisé par le fameux « complément de libre-choix d’activité » de la PAJE, versé par la CAF en compensation de la perte de salaire occasionnée par le temps partiel ou le congé parental.
De fait, cette prestation remplit pleinement son objectif : permettre à un parent de réduire son activité pour s’occuper de son ou ses enfant(s). En effet, elle est très incitative, surtout pour le temps partiel : en plus de faciliter – en général – la question du mode de garde, l’opération est dans 99% des cas gagnante financièrement, dans la mesure où le montant de la compensation est fixe (et non pas adossé au salaire – comme les indemnités journalières par exemple), et où les frais de garde sont diminués. Sans compter, bien sûr, le temps gagné avec les petits…
L’hypocrisie est que, légalement, cette prestation peut bénéficier tant à la maman qu’au papa : formidable, vive l’égalité des sexes ! Pourtant, combien d’exemples avez-vous où c’est monsieur qui joue la nounou pendant que madame est au bureau? Là encore, au-delà des « considérations sociales », le système est incitatif, puisque plus le salaire du parent qui réduit son activité est faible, plus c’est intéressant financièrement. C’est donc, dans la grande majorité des cas, les mamans qui mettent entre parenthèses leur carrière professionnelle, avec les conséquences que l’on connaît sur la suite de leur parcours et sur leur accès aux fonctions d’encadrement et de direction. Pire, en affectant leur employabilité, cela les fragilise, y compris dans leur rapport avec leur mari, en augmentant à terme le risque de dépendance financière.
Au total, cette prestation, de prime abord bien sympathique, me semble être un joli piège pour les femmes : c’est une sacrée trouvaille qui permet de les renvoyer, de leur plein gré (c’est le génie du truc !) la femme dans leurs foyers et de calmer quelque peu leurs ardeurs professionnelles et sociales. Vive les « Desperate housewives » !
Aussi, si on veut que le choix soit un peu plus libre (je ne me fais pas trop d’illusions), c’est-à-dire davantage fondé sur les aspirations personnelles, et non pas sur des considérations matérielles, alors il conviendrait en parallèle d’investir encore plus dans des solutions de garde des tout-petits et en périscolaire, que ce soit en termes de places que de plages d’accueil.
Ainsi, alors que les discours mettent en avant la nécessité de favoriser la conciliation entre vie professionnelle et vie de famille, force est de constater que certains pans de la politique familiale, pour généreuse qu’elle soit, peuvent être, au final, en contradiction avec cette noble cause, et que tout n’est pas mis en œuvre dans ce sens.

Lololescargo