Abstinence ou contraception?

Selon l’OMS,

La planification familiale permet aux populations d’atteindre le nombre souhaité d’enfants et de déterminer quel sera l’espacement des naissances. Elle consiste à utiliser des méthodes contraceptives et à traiter l’infécondité.

Promouvoir la planification familiale permet d’endiguer les maladies sexuellement transmissibles (notamment le SIDA), ainsi que les risques sanitaires liés à la grossesse chez les femmes, de réduire la mortalité infantile, de ralentir la croissance de la population, et enfin d’offrir le choix pour chacun d’avoir des enfants ou pas, combien, et à quel rythme.

A la suite du Sommet Mondial sur la planification familiale qui s’est tenu à Londres le 11 juillet dernier, j’ai vu fleurir à la télévision anglaise de nombreux débats sur la politique à tenir en termes d’éducation sexuelle et de planification familiale. En essence, faut-il promouvoir la contraception, ou plutôt l’abstinence?

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Pourquoi l’abstinence?

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Prôner l’abstinence, au premier abord, cela parait d’un autre âge. Mais Mme déjanté a attiré notre attention sur cet article du journal Le Monde, qui montre que promouvoir l’abstinence plutôt que la contraception semble être le choix qui a été fait par les USA. Ce choix semble d’abord le résultat des lobbies religieux et du conservatisme qui règne outre manche, mais pas seulement. Ce rapport de l’Université de Californie résume les avantages d’une telle politique ainsi:

[These and other] proponents of abstinence-only education argue primarily that sex before marriage is inappropriate or immoral and that abstinence is the only method which is 100% effective in preventing pregnancy and STIs. Many such groups emphasize that condoms are not fool-proof in preventing pregnancy or STIs, and that sexual activity outside marriage can result in “serious, debilitating, and sometimes, deadly consequences.” In addition, many abstinence only advocates are deeply concerned that information about sex, contraception and HIV can encourage early sexual activity among young people.

Traduction libre: [Les] partisans d’une éducation prônant l’abstinence seulement invoquent en premier lieu que le sexe avant le mariage est indigne ou immoral et que l’abstinence est la seule méthode à 100% efficace afin de prévenir grossesses et infections sexuellement transmissibles (IST). Beaucoup de ces groupes soulignent que les préservatifs ne sont pas infaillibles pour la prévention des grossesses et des IST, et qu’une activité sexuelle en dehors du mariage peut avoir des conséquences « graves, invalidantes voire mortelles ». En outre, beaucoup de défenseurs de l’abstinence s’inquiètent de ce qu’informer sur le sexe, la contraception ou le SIDA puisse inciter à une sexualité précoce chez les jeunes.

Outre l’argument religieux ou moral, on peut donc dégager deux idées: D’une part, l’efficacité à 100% de l’abstinence, alors que les moyens de contraceptions ne protègent pas toujours des IST et qu’ils sont loin d’être aussi efficaces. Et d’autre part, le fait qu’informer sur la contraception peut être une forme d’approbation et donc d’incitation à une sexualité à risque. Il est déjà arrivé que des distributions de préservatifs (dans des villages africains par exemple) aient pu avoir des effets désastreux, parce que les préservatifs ont donné l’illusion de la sécurité et ont entrainé une sexualité débridée – mais en réalité, ils n’avaient pas l’effet escompté. Certaines ONG ont par exemple rapporté que les préservatifs étaient parfois lavés puis réutilisés. De plus, qui a déjà utilisé une capote ou une pilule sait que  l’oubli, l’accident, l’échec, ça n’est pas rare!

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Mais pour moi, il semble évident cette politique de l’ « abstinence only », ce n’est PAS la solution. Et la lecture de cet article du monde me conforte dans cette conviction.

Both comprehensive and abstinence-only programs teach abstinence as the only choice that is 100 percent effective in preventing teen pregnancy and STDs. The difference is, comprehensive programs also include information about contraception.

A study by the National Campaign to Prevent Teen Pregnancy found that comprehensive education changes teen behaviors: 40 percent of comprehensive programs delayed initiation of sex, while more than 60 percent reduced unprotected sex

Traduction libre: Qu’il s’agisse de programmes d’éducation sexuelle générale ou d« abstinence only », les deux enseignent que l’abstinence est le seul choix 100% efficace pour prévenir les grossesses précoces ou les IST. La différence est que les programmes d’éducation sexuelle générale incluent aussi des informations sur la contraception.

Une étude menée par la Campagne Nationale de Prévention des Grossesses Précoces a montré que l’éducation sexuelle générale avait pour effet de changer le comportement des adolescents : 40% des programmes d’éducation sexuelle générales retardent l’âge du premier rapport sexuel, alors que plus de 60% réduisait la proportion de rapports sexuels non protégés.

  • L’argument de l’efficacité : L’ « abstinence only » n’a pas de meilleurs résultats que la contraception, au contraire. Je cite un article d’un journal américain (dont je n’ai aucune idée du sérieux mais dont je partage l’avis !) selon lequel :

The truth is that teens (some, not all) are going to have sex even if you tell them not to have sex – expecting anything less is foolish. What society needs to do is make sure those teens are well aware of what the consequences of their actions might be – STIs, pregnancy, etc. (…).

The abstinence-only approach isn’t working. Look at Mississippi’s teen birth rate – the highest in the nation – you don’t need much more proof than that.

Traduction libre: La réalité, c’est que des ados (certains, pas tous) vont avoir des relations sexuelles même si vous le leur interdisez – s’attendre à ce que cela se passe autrement est idiot. Ce que la société doit faire, c’est faire en sorte que ces ados soient bien informés des conséquences que cela pourrait avoir – IST, grossesses, etc. (…)

L’approche « abstinence only » ne marche pas. Regardez les taux de grossesses chez les adolescentes dans le Mississipi – le plus haut du pays – il n’y en a pas de meilleure preuve.

J’ajoute qu’en Europe, où c’est plutôt la voix de l’éducation sexuelle qui est privilégiée, le taux de grossesse chez les adolescentes est bien moindre.

En réalité, pour reprendre l’exemple des préservatifs ayant eu pour effet de contribuer à la propagation du SIDA, je pense que cela n’était pas la distribution des préservatifs qui était en cause, mais justement l’absence d’éducation sexuelle (et donc d’information sur comment utiliser les préservatifs et que leur efficacité n’est pas absolue), avec l’insuffisance  du nombre de préservatifs distribués par la suite,  qui a été à l’origine du désastre.

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En conclusion, outre qu’elle ne soit pas du tout réaliste, ce qui me gène le plus dans cette approche « abstinence only », c’est que sous couvert de moralité, il me semble qu’elle constitue un obstacle à l’émancipation des femmes et donc à l’égalité des sexes. Au Sommet Mondial sur la planification familiale, on est bien sûr arrivé à la conclusion qu’il fallait que les femmes puissent avoir un meilleur accès à la contraception. Mais aussi, que cela est loin d’être suffisant, parce c’est l’éducation des femmes en général, et l’éducation sexuelle en particulier qui conduira à leur émancipation, et donc à leur donner le choix d’espacer les naissances si elles le désirent, et de ne plus être les esclaves de leur propre corps.

On en revient toujours là: priver d’information, c’est priver de liberté. Ne pas informer sur tous les choix possibles, c’est une manière d’imposer un choix. Et imposer un choix sans l’expliquer, je crois que ce n’est jamais la solution.

Drenka

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11 réflexions sur “Abstinence ou contraception?

  1. 100% d’accord avec toi, informer c’est donner accès à la liberté.

    La rendre impartiale, n’est pas simple.
    Moi je suis d’une génération, où il aurait fallu prendre la pilule de la puberté à la ménopause, et enchaîner sur le traitement hormonal de la ménopause, ce qui ne me paraît pas vraiment un choix!
    On finit pas nous faire croire qu’être une femme est une maladie qui nécessite de prendre des cachets toute sa vie ou presque !!!
    C’est certainement plus une victoire du lobby pharmaceutique que de la liberté des femmes.

    Par rapport à ce que tu dis, il n’y a pas que la liberté des femmes en jeu. Celles des hommes aussi. Moi qui vis dans un environnement professionnel masculin, j’entends des hommes se plaindre que leur fils s’est retrouvé père parce que sa copine a arrêté la pilule sans en parler.
    C’est le travers de l’approche purement médicale orientée vers les jeunes filles et les femmes, et pas grand chose pour les garçons.( on a des gynécologues, mais pas « d’andrologues » )
    A rapprocher aussi des recommandations de l’OMS, qui prône une éducation dans tous les aspects de la vie, pas seulement les sciences nat. et le médical.

    Il y aurait de plus une forme d’incohérence à faire l’apologie de l’abstinence, et à accepter l’hypersexualisation des medias, notamment les pub qui banalisent les codes du porno.

    Apprendre à tous à décrypter les montagnes d’informations qui circulent est primordial aussi, et finalement peu abordé.

    Je regrette beaucoup par exemple la disparition de l’émission « arrêt sur image », qui décortiquait la façon dont une même information était délivrée par différents médias. Il y a un site , mais payant, et me paraît moins accessible.

    • Tu soulèves beaucoup de points qui méritent en effet réflexion!
      Attention je ne dis pas qu’il faut inciter à la contraception hein – tu sais ce que je pense des mouvements dénatalistes! Mais donner accès et l’info qui va avec (y compris aux garçons avec les préservatifs), ça me semble vital.
      Pour l’hypersexualisation des médias, je ne sais pas si elle est aussi présente aux US? C’est vrai que ce serait tout à fait incohérent!

  2. Merci beaucoup de ta contribution Drenka, toujours aussi agréable à lire et pertinente!!!
    La propagation du SIDA en Afrique est un problème colossal où les manques en matière d’éducation et d’information (puisque certains pensent encore que le SIDA ne touche que les blancs…) rencontrent l’absence de moyens (outre les différents éléments que tu cites, il faut ajouter que l’inefficacité des préservatifs locaux n’a strictement rien à voir avec celle de ceux qui sont commercialisés en Europe, qui reste elle très très faible…).
    Comme toi je suis de celles qui pensent que l’instruction est émancipatrice, même si comme le souligne Phypa, la vérité n’est pas universelle…

    • Merci!
      Je ne savais pas que les préservatifs étaient différents en Afrique!

      Il est certain que la contraception coûte plus cher que l’abstinence. Mais moins cher que la prise en charge d’une grossesse, d’un avortement, ou d’un malade du VIH. En Afrique on comprends que les coûts puissent être un problème, mais en France, au UK ou aux USA, je ne comprends pas pourquoi la contraception n’est pas 100% gratuite, au moins pour les populations « à risque », les jeunes par exemple. Pour moi c’est vraiment ne pas voir plus loin que le bout de son nez!

      Sinon, pour ma part, ma carrière de coureuse de slips (?) a été bien courte : moi qui ai grandi en plein dans la génération SIDA, je suis infichue d’utiliser une capote (et en plus ma mère qui voit des herpès et des condylomes toute la sainte journée dans son cabinet médical a passé sa vie à me seriner que les capotes, ça marche pas, parce que y a toujours des bouts qui dépassent et des trucs qui débordent (MIAM)). Donc j’ai finalement été contrainte à la quasi abstinence les 3 premiers mois avec la poignée de chéris que j’ai eus avant mon mari…

      • Pour les préservatifs locaux, il est possible que cela ait évolué… mais il y a encore 5 ans de cela, j’avais un ami malien qui les déconseillait formellement car ils étaient connu pour se déchirer très facilement…
        Pour le reste, je suis aussi mal placée que toi pour en parler… sans le vouloir il s’est trouvé que je n’ai jamais eu qu’un seul partenaire qui n’a jamais eu qu’une seule partenaire donc: préservatif, oui au titre de contraception mais je n’ai jamais eu beaucoup à me soucier des MST…

  3. Entièrement d’accord avec ton article. Phypa et mme Déjantée ont déjà dit beaucoup, je ne trouve pas grand chose à rajouter.
    Il faut donner de l’information neutre aux gens (pas qu’aux jeunes d’ailleurs. ;) ) et les laisser faire leur choix.
    Comme dit dans l’article, faut arrêter de croire qu’il suffit de dire aux jeunes « que l’amour avant le mariage, c’est mâââââl » et qu’ils vont s’abstenir… c’est stupide et dangereux à mon avis.

    Je regrette par exemple que ma première gyné ne m’ait RIEN expliqué à ma première consult’, ce qui m’a imposé la pilule finalement. (elle ne m’a même pas posé la question de savoir si je la voulais, c’était ça, ou rien…)
    Qu’on parle donc à nos jeunes et moins jeunes de tous les contraceptifs, avec leurs points positifs et négatifs respectifs et acceptons le fait que le choix leur revient de toute façon, au final.
    (par exemple, montrer des préservatifs masculins et féminins, ça serait pas mal… Plutôt que de parler quasi exclusivement du préservatif masculin…)

    • Merci pour ton commentaire.
      Un autre argument dont use les conservateurs aux US: c’est n’est pas d’informations que les jeunes manquent, mais de moralité. tout le monde sait bien qu’on peut attraper des maladies ou être enceinte en ayant des rapports non protégés!
      Déjà cela n’est pas transposable aux pays en voie de développement (qui était la cible principale du sommet mondial pour le Planning Familial dont je parle dans l’article) où les femmes sont forcées aux mariages et pas forcément consentantes aux relations sexuelles… Dans ce cas l’accès à la contraception est primordial parce que c’est une question de vie ou de mort (vu leur âge) et que le choix de l’abstinence n’est pas possible.
      Mais pour ce qui est de nos jeunes, même si l’on peut considérer qu’ils sont mieux informés sur les différents moyens de contraception et leurs limites, je pense qu’ils ne sont pas suffisamment informés sur la façon de se procurer la contraception et qu’elle n’est pas suffisament accessible parce que trop coûteuse (beaucoup de pilules et autres dispositifs ne sont pas remboursés et l’on ne sait pas forcément qu’il n’est pas nécessaire de consulter un gynéco – i.e. un généraliste ça marche aussi – avec une attente de plusieurs mois et des dépassements d’honoraires qui rendent la consult hors de prix). En ce sens, un rapport a récemment été déposée afin que la contraception soit gratuite pour les jeunes => http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/02/15/un-rapport-preconise-la-conception-gratuite-pour-les-mineures_1643763_3224.html (contraception sous toutes ses formes).

  4. Pingback: Faire des choix en connaissance de cause. {mini-débrief} « Les Vendredis Intellos

  5. Pingback: Et toi, en 2012, Tu pratiques quoi comme méthode contraceptive ? « Les Vendredis Intellos

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