Faire garder Bébé…c’est d’un banal ! Certes, pour « la société » c’est banal mais pour le bébé en question et pour ses parents, c’est loin d’être banal et simple…

Pourquoi vous parler de ça en été ? Et bien, tout simplement parce que j’y ai été confronté…et plus largement car cela englobe les clubs-vacances…etc.    Et aussi parce que  j’ai cherché pas mal de docs etc.  et j’avoue que quand même j’ai galéré à trouver des informations pertinentes  sur ce sujet…heureusement, il y a le petit ouvrage de Nicole GUEDENAY  (ref à la fin de l’article)…

Un bébé ou un jeune enfant a besoin pour se sentir en sécurité d’avoir des repères fiables dans son environnement : ses parents, les personnes proches, et des lieux habituels.  C’est d’autant plus vrai pour le bébé de quelques mois qui ne se différencie pas de ses parents et qui pense que ces derniers sont en quelques sorte une partie de lui…c’est bien connu, au moindre geste ou pleur du bébé, les parents accourent…  En grandissant, en développant ses compétences psychomotrices et en se confrontant à des réponses  » moins rapides et moins parfaites » de ses parents, le bébé chemine tout doucement vers le sentiment d’être une personne unique et différenciée des autres.

La fiabilité de l’environnement humain et matériel permet la mise en place d’une « sécurité de base » qui lui permet ensuite de se séparer sereinement de ses parents car il a en lui-même l’assurance que ses parents seront toujours là pour lui.

 » Lorsqu’il est en sécurité, le bébé se sert de sa mère comme d’une « base de sécurité » : il s’en éloigne pour explorer le monde. En cas de stress, l’enfant va revenir vers sa mère qu’il utilise alors comme un « havre de sécurité ».  »  *

Donc pour Bébé, la séparation d’avec son parent ne va pas de soi….et se révèle très angoissante si elle n’est pas préparée et parlée.  Et c’est pour cela que lorsqu’on cherche un mode de garde régulier, on « doit » faire une période d’adaptation qui permet à Bébé de se familiariser  et de trouver des repères dans ce nouveau lieu et avec ces nouvelles personnes de manière progressive et de façon la plus sécurisante possible : première fois avec Maman ou Papa sur un petit temps, puis tout seul peu de temps…et petit à petit un peu plus de temps jusqu’au maximum de temps de garde demandé. Souvent, cette période s’étale sur une semaine…mais actuellement la réflexion des professionnels accueillant les enfants demande un allongement de cette période à deux semaines…et certains établissement s’inspirant de la « philosophie » d’Emmi PICKLER  demandent une période d’adaptation de six semaines.

En tant que parent, on peut trouver ça long et fastidieux, surtout si on a déjà repris le travail ou si on a une organisation familiale déjà complexe. Mais pourtant, c’est tellement important pour  Bébé !

« La majorité des enfants confrontés à l’inconnu se rapprochent instantanément de leur figure d’attachement. Un enfant qui doit quitter sa figure d’attachement pour aller à la crèche peut résister à la séparation et pleurer, s’accrocher et protester. […] Il pleure pour signaler son malaise et pour appeler à l’aide. L’enfant qui a peur tend les bras vers sa figure d’attachement. L’enfant qui a du chagrin demande à être tout proche de sa figure d’attachement pour être consolé : ce n’est ni un caprice ni du cinéma. »

Et en plus,  cette période est aussi importante pour les parents qui apprennent progressivement à accepter cette séparation, à connaître les personnes qui vont garder leur enfant et à leur transmettre tout plein d’éléments importants sur les habitudes de leur enfant, son caractère, ses goûts, ses besoins etc.

« Un aménagement et une prise en compte des temps d’accueil des enfants le matin, aussi bien que des temps de retrouvailles avec les parents le soir, sont tout à fait nécessaires. Un effort particulier de lien entre les caregivers et les parents, et pas seulement autour des repas et des petites maladies, permet de créer une certaine continuité des expériences de vie de l’enfant, qui favorise aussi son sentiment de sécurité. » *

Une adaptation vaut pour un endroit avec des personnes précises et n’est pas utile pour d’autres séparation….Pour Bébé (comme pour nous tous) les personnes auxquelles nous sommes confrontées ne sont pas interchangeables et les espaces où nous évoluons non plus…alors attention aux « nouveaux » modes de garde…

… Voila le grain de sable dans notre organisation bien huilée…congé de la nounou, fermeture de la crèche, vacances avec besoin de faire garder Bébé…et là, avant, j’étais la première à me dire : « Bon, ça va, Petit Baroudeur a l’habitude de la collectivité, il n’aura aucun problème à s’adapter à un endroit du même type avec les mêmes rythmes….etc. »

Et pour bien faire,  j’ai mis en pratique…cet été, la crèche ferme pendant 3 semaines…argghhh, après moults réflexions, je sollicite une autre crèche… »Ok, c’est possible…à condition de faire une période d’adaptation sur au moins  une semaine »… Me voila rassurée pour la garde mais un peu embêtée, « ils me cassent les pieds avec leur période d’adaptation, de toute manière il a l’habitude »….et puis surtout, quelle galère pour gérer une adaptation crèche alors que je travaille : coupures au boulot, heures à poser, négociations avec la cadre de service…ppfff

…Pas d’autre solution sécurisante et adaptée pour Petit Baroudeur, alors on se lance !

1er jour d’adaptation, nous voila ! 1/2h avec Maman et 1/2h tout seul…quelle rigolade ! Moui, sauf que Petit Baroudeur s’est agrippé à moi un petit moment puis a été en effet explorer les jeux et la salle...trop fort, non?… et sauf que…quand je lui ai dis que c’était le moment où il restait sans Maman….il a pleuré beaucoup beaucoup beaucoup….snif !

Et tous les autres jours de la semaine, la séparation a été vécue dans les larmes aussi…avec des petits coups de cafard par moment  pendant les temps de garde. Et j’ai appris que c’était la présence des autres enfants qui le rassuraient…plus les enfant arrivaient dans le groupe, plus mon Petit Baroudeur se montrait souriant et avait envie de jouer…C’est vraiment quelque chose que je n’avais pas perçu chez lui avant…

Quand la fin de la semaine est arrivée, je me suis dit que en fait c’était plus que nécessaire cette période d’adaptation , et que oui deux semaines d’adaptation ça aurait été bien aussi ( sauf pour mon job, bien sûr!)…et que oui c’est valable pour chaque nouvel environnement de « garde » même si on a déjà eu des expériences positives de baby-sitting et/ou de garde régulière…

Maintenant, on est dans la phase où ça roule parce que ça y est, il a pris ses marques et il est en confiance avec enfants et adultes ( d’ailleurs, je trouve que l’attitude des professionnelles est remarquable : prévenante, douce, accueillante, empathique, réconfortante, et structurante …    Bravo!!).

En en parlant avec la directrice de la crèche, et  d’autres parents…je me suis vraiment questionnée sur les difficultés de séparation (et surtout sur ce que l’enfant peut ressentir à ce moment là…) et aussi entre autres sur le service des club-enfant dans le lieux de vacances….Je crois que je n’y aurais pas recours au vu de cette expérience personnelle toute récente dans le sens où je ne vois pas comment sur un temps de vacances permettre à mon fils de s’acclimater en douceur ( les vacances seraient finies au moment où il commencerait à s’y habituer…et là bof !)…et j’ai entendu de nombreux témoignages de parents comme quoi leurs tout -petits ne l’avait pas bien  vécu … Belles vacances pour eux :(  ….

« Les besoins d’attachement varient également,  quelles que soient les nouvelles capacités cognitives de l’enfant, en fonction de l’état de l’enfant et des conditions environnementales auxquelles il est exposé. Un enfant malade, fatigué, ou dans un environnement  inconnu, aura besoin davantage de  la proximité de sa figure d’attachement pour se rassurer,  que lorsqu’il est chez lui, en pleine forme et où la seule accessibilité de sa figure d’attachement suffira pour le rassurer complètement. »*

Bien sûr, tout cela dépend de chaque enfant et de son âge…si l’enfant est demandeur, bien sûr il est positif d’accepter sa demande…et pour un petit, rien n’empêche de faire un essai sur un temps très court, s’il s’y plait tout de suite alors oui, en effet, ça peut être sympa pour lui d’être avec d’autres enfants… Mais dans le cas inverse, il est aussi très important d’entendre que notre enfant peut se sentir en insécurité ou mal à l’aise dans ce lieu inconnu avec des personnes inconnues aussi…Et dans tous les cas, un temps de garde « modéré » paraît plus adapté qu’un plein temps où finalement parents et enfants partagent peu de temps ensemble.

Maman psychomot

* Nicole GUEDENAY, auteur de L’attachement, un lien vital, ed° Fabert, paru en 2010