L’alimentation de l’enfant selon Emmi Pikler

Je vous cite un passage du livre « Loczy ou le maternage insolite »  qui me fait rêver…!!!

« Dans ces groupes E(23-30 mois) et F(33-42 mois), les repas sont rapides, on note huit, dix, treize minutes, un quart d’heure maximum. Ils se passent dans le calme, chacun mange de bon appétit, bavarde assez peu, parce qu’occupé à ce qu’il fait. Tout est là, sous la main, pas d’attente et pas d’énervement. Ce n’est pas un moment de plaisir intense ni d’animation, ni de contact très proche avec la nurse, comme le sont le bain, le change et la promenade. C’est plus une routine importante qui se déroule comme allant de soi. Les enfants anorexiques sont totalement inconnus. »

 Ce livre relate les observations de 2 psychologues au cours d’un séjour à la pouponnière de Loczy, en 1971, à Budapest, alors dirigée par la pédiatre Emmi Pikler, dont les observations sur la motricité libre du jeune enfant on été présentées ici et par muuuum, et là aussi par mamanpsychomot.

Chez nous, quand nous sommes à table, mon mari et moi, avec notre poussin de 3 ans, les repas finissent très souvent par haussements de ton et chantage :o/, après que Mr Poussin, s’il a bien voulu manger 3 grains de riz, joue avec sa nourriture, attrape un jouet à proximité, fait de la musique avec ses couverts ou les envoie valser par terre… ><

Mais comment font-elles à Loczy ? Donnez-nous leur secret !!!!!! lol

De secret il n’y en a point, ça se saurait ;o), mais une organisation, un comportement avec les enfants, un aménagement de l’espace, qui font que les repas se passent comme cela…

On va retrouver au niveau des repas, les bases du fonctionnement de Loczy : Observation, Référence, et Activité libre.

–> L’Observation :

Le rythme de l’enfant est en permanence pris en compte grâce à l’observation, que les nurses mettent en commun au cours de réunions régulières.

La règle « pas une cuillère de plus » est absolue ;  par contre, un supplément est donné, jusqu’à satiété, si l’enfant a encore faim une fois son repas terminé, et ce, dès le plus jeune âge. On lui fait confiance pour savoir les quantités dont il a besoin.

–> La Référence :

Pour les plus petits , c’est toujours la nurse référente de l’enfant qui le nourrit ;

Pour les plus grands,  la référence est aussi représentée par la régularité des horaires de repas, qui va notamment permettre à partir d’un certain âge  l’anticipation, mais on prévient de toute façon toujours les enfants avant l’heure du repas, ou de tout autre soin, que ça va être leur tour.

–> L’Activité Libre :

Les enfants sont laissés libres de manipuler biberon, cuillère, verre quand ils le souhaitent, aidés au minimum par la nurse. Cela est fait encore une fois en fonction du rythme d’évolution de chaque enfant, et jamais au-delà de ses capacités. Si un enfant ne sait pas faire, on ne fait pas à sa place, par exemple, s’il ne sait pas dénoyauter les cerises, on lui donne les fruits en compote, mais on enlève pas le noyau à sa place.

Elle va amener à l’autonomisation progressive des enfants, qui, plus grands, participent aussi au service.

Il ne faut pas oublier que ces observations ont été faites dans une collectivité d’enfants, et que cela n’est peut être pas aussi simple à extrapoler à la maison, où d’autres facteurs, d’ordre affectif et émotionnel notamment, rentrent en ligne de compte.

Ces observations ont donc été reprises, plus adaptées à l’enfant dans sa famille, dans le livre « L’éveil de votre enfant » de Chantal de Truchis, avec les mêmes grandes lignes :

* Préparer le moment du repas :  en mettant en place des petites routines qui permettent à l’enfant d’anticiper.

* Nourriture affective et psychique :

–> calme et régularité des repas : moi je l’entends (pour nous) comme pas de télé en mangeant, et horaires à peu près réguliers des repas…

–> continuité du lien affectif : c’est un repère important pour le petit bébé que ce soit le plus souvent possible la même personne qui le nourrisse, et il n’a pas forcément les moyens de montrer que ça ne lui convient pas de passer dans différents bras à chaque biberon …

* Participation active du bébé :

–> initiatives du bébé au cours du repas : « Quand vous voyez naître une possibilité, laisser la se développer en aménageant ce qu’il faut autour », tout ça au rythme du bébé,  par exemple quand il commence à attraper sa cuillère, prévoir un environnement lavable tout autour ^^

–> Bébé sait s’il a faim : alors que c’est naturel au sein, même quand il est nourri au biberon  » laissez-le régler lui-même la quantité de lait et de nourriture qui lui est nécessaire, à l’inverse, arrêtez de le nourrir quand il vous fait comprendre qu’il n’en veut plus « 

J’ai vu plusieurs exemples de cet ordre là chez des bébés nourris au biberon, qui réclamaient plus que les quantités recommandées par la médecine, et qui, quand on les a laissé faire, se sont régulés naturellement en quelques semaines, et ne sont pas devenus obèses pour autant…

Alors je suis OK avec ça pour les petits, mais passé 1 an grosso modo, , l’alimentation devient aussi un moyen d’agir sur ses parents, parfois je ne mange pas, non parce que je n’ai pas faim, mais parce que j’ai un message à faire passer, et là ça devient plus compliqué…

J’ai lu ailleurs (dans une des newsletter de Véronique Darmangeat, consultante en lactation),  que la capacité d’estomac d’un enfant est variable, et que certains troubles alimentaires peuvent être régulés au contraire en fractionnant l’alimentation. Ces deux approches me semblent un peu contradictoires au premier abord, et je ne sais qu’en penser….à creuser.

–> l’envie de jouer avec la nourriture : « Les expérimentations périlleuses durent peu chez la plupart des enfants si on leur signifie clairement que ce n’est pas ainsi qu’il faut faire (…) d’autant plus qu’on leur laisse en parallèle tenir le verre, manger des morceaux avec les doigts etc… »

Permettre de faire de la « patouille » en dehors des repas  peut aussi participer à combler le besoin de découverte tactile du bébé avec autre chose que de la nourriture !

* La composition des repas

–> Un enfant doit-il manger de tout ?

Ici le message est : « goûter ou pas, à chacun de voir… » et « les goûts de l’enfant évoluent avec le temps ».

A ce sujet je me souviens des études citées dans la thèse Geneviève Dulude dans l’article « Finis ton assiette » de nadinbox, qui disent qu’« un enfant à parfois besoin de 15 contacts avec un aliment avant d’accepter d’y goûter », alors peut-être qu’un peu de patience…

En tout cas, Il parait indispensable que l’enfant ait le droit de dire « je n’aime pas ça « .

* Les horaires

–> faut-il imposer les horaires de repas ?

« Entre la rigidité qui consiste à régler le bébé parce qu’il est l’heure, et le libre choix complet où rien ne peut être organisé dans la journée parce qu’on ne sait pas à quelle heure il va se réveiller et manger, il y a sûrement de la place pour une troisième voie où les horaires sont prévus, avec une certaine marge, mais prévus quand même. »

« Il paraît logique, vers 4-5 mois(ou avant, c’est à vous de voir), de considérer les horaires que l’enfant choisit le plus souvent et ceux qui vous arrangent, vous, puis de fixer ces horaires. »

–> entendre les messages de bébé :

– pour qu’il se sente bien au cours du repas

– pour que ses initiatives soient prises en compte

Quand je vois tous les effets positifs de la mise en oeuvre des observations d’Emmi Pikler sur la motricité libre du jeune enfant sur mon fils et d’autres enfants autour de moi, je me dis qu’il y a aussi un paquet de bonnes choses à prendre (et à faire passer) dans sa façon d’aborder l’alimentation ;o)

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9 réflexions sur “L’alimentation de l’enfant selon Emmi Pikler

  1. C’est justement parce que les repas peuvent devenir un enjeu dans une lutte de pouvoir qu’essayer d’imposer quelque chose dans ce domaine (manger plus, manger moins, manger ceci ou cela) est a priori une mauvaise idée.

    Une relation saine à la nourriture me semble être de manger quand on a faim et de s’arrêter de manger quand on a plus faim (la satiété étant procurée par la diminution du plaisir gustatif et non par la sensation de remplissage). Les nourrissons sont tout à fait apte à fonctionner comme cela dès la naissance et gardent cette faculté s’ils ne sont pas « pollués » par d’autres enjeux justement.

    Un peu de lecture sur ce site : http://www.gros.org, qui est très intéressant sur le rapport au corps et à la nourriture, et aussi le fameux livre « Mon enfant ne mange pas » de Carlos Gonzales apportent bien des infos à ce sujet !

  2. Merci pour l’article! je savais pas qu’elle avait théorisé aussi sur la nourriture :-)

    ici on n’a jamais réagi à ce que mangeait ou pas mon fils, et aujourd’hui ben il mange sans problème, de ce qu’il a besoin (et pas forcément d’ailleurs ce qu’on lui propose). Souvent il va sur le balcon et grignote de la salade ou du persil à même le pot, mange des fruits qu’il prend dans le panier, des carottes dans le frigo, ou des oléagineux. Et d’autres jours il n’en veut pas, ça dépend. Et il n’aime pas les légumes cuits en général, mais en mange pas mal crus. Bon, c’est pas une preuve que ça fonctionne :-p

    Je donne par contre les féculents en dernier quand je peux – quoiqu’en ce moment il boude le pain – (et pas de sucreries en général, ni de gateaux, ni de yaourts ou crémes, ce genre de choses sucrées – uniquement à certaines occasions). Je mets à part ces aliments car notre corps n’est pas tellement fait pour se réguler de lui même pour ceux là, ils sont trop récents dans notre alimentation. Alors aux rencontres parents enfants je passe souvent pour une marginale avec mes fruits entiers, mes noisettes et mes tranches de pain (toutes les autres mamans apportent compote et gateaux), mais bon…

    Pour moi on a faim, on mange, on a pas faim, on mange pas. S’il ne mange pas ben… c’est lui qui aura faim, pas moi… Il sait mieux que moi de quoi il a besoin à chaque instant. Je lui propose juste des aliments variés et bons pour lui, il choisit. Si il a faim entre deux repas, je lui donne des fruits, légumes à croquer ou des fruits secs.

    J’ai vu trop de conflits parent-enfant autour de la nourriture, j’en ai énormément souffert enfant , j’ai mis des années à récupérer ma capacité de satiété et ma confiance en mon corps… c’est très difficile de ne pas contrôler quand on a connu ça enfant, mais leur faire confiance est un beau cadeau je trouve.

  3. Ton article me parle beaucoup….et comme tu le dis, je pense qu’en effet il faut fournir à l’enfant des repères et des petits rituels tout en gardant de la souplesse pour s’adapter à l’enfant au moment présent.
    Et quelque part, je me dis qu’il faut être soi-même assez à l’aise avec son rapport à l’alimentation pour amener ça le plus sereinement aux enfants, et pour que le repas prenne réellement sa place socialisante tout en gardant sa dimension essentielle de plaisir.
    Et pour finir, en lien même si pas exactement le même thème, dans le magazine parents de ce mois ci, il y a un article sur  » les tout petits et la malbouffe » issus d’un forum animé par un psychologue et un nutritionniste, avec des parents.

  4. Merci beaucoup de ta contribution!!! Et bienvenue officiellement parmi les neuroneuses!!! Merci aussi de toutes ces suggestions pour faire en sorte que les repas se passent au mieux… Ayant été moi-même un bébé « très difficile » (mon carnet de santé faisant état d’anorexie à 1 an), j’ai vu rouge quand l’APA a commencé à bouder systématiquement la nourriture vers 2 ans… A l’époque, je n’étais pas aussi informée qu’aujourd’hui: on s’est donc contenté de lâcher du lest sur la nourriture, sans pression, sans chantage, sans aucune obligation de quantité ni d’ordre des plats… Pendant quelques temps nous lui avons donné ce qu’il aimait (pâtes/jambon!!!) quasi exclusivement et au final tout est rentré dans l’ordre!! Je dois signaler également le côté positif, dans son cas du moins, de la collectivité sur ce point (alors qu’il ne mangeait rien à la maison, il dévorait à la cantine…)

    • Ah bin c’est rassurant! Pour mon fils pareil, il boufferait des tripes à la mode de Caen à la crèche mais à la maison c’est pates au pesto (ou pates bolo) ou rien – par contre il se réveille 4 fois par nuit et réclame des bibs de lait!

  5. Pingback: De nouvelles pistes à explorer pour le bien de nos enfants {Mini-Débrief} « Les Vendredis Intellos

  6. Merci pour ton article et bienvenue parmi les neuroneuses ! J’ai un fils de trois ans qui mange très bien, de tout, et avec plaisir, je croyais savoir faire. Pas de bol, les choses sont complétement différentes avec son petit frère : on le laisse manger seul, les quantités qu’il souhaite, mais il finit bien souvent par piquer une colère, colère dont je peine à identifier la cause. Un vrai mystère, vivement qu’il parle qu’il puisse nous expliquer ce qui ne va pas…

  7. Pingback: Le Béluga, de 6 mois à 1 an | Végébon

  8. Pingback: Emmi Pikler | Pearltrees

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