Pour moi, la question d’avoir ou pas des enfants ne s’est jamais posée. Du moins pas en ce terme, tellement c’était une évidence, et ce l’a toujours été. Pourquoi ? Ben parce que, point barre. La question c’était plutôt « vais-je trouver avec qui ? » J’ai eu de la chance, parce que 1/ je l’ai trouvé pas trop tard et 2/ finalement il m’a dit « oh ben si je devais en avoir, pourquoi pas avec toi… » (vous la sentez la conviction dans sa réponse ?!) Et aujourd’hui nous sommes les heureux parents de deux chouettes poulettes (et si on n’écoutait que lui, on ne s’arrêterait pas là, comme quoi finalement !)
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Autour de nous, il y a des copains en couple, et des célibataires, des hétéro et des homos. Indistinctement il y a ceux avec ou sans enfants. Dans la première catégorie, ceux qui les ont eux par choix, par accident, quand ils l’ont voulu, des années après avoir émis le vœu d’en avoir, un peu trop tôt, naturellement, grâce à la médecine, par adoption, seul, en couple… Tous les cas de figures ! Et nous avons aussi des amis qui n’ont pas d’enfant, par choix, parce qu’ils n’ont pas trouvé la bonne personne avec qui en avoir, par qu’ils ne peuvent pas, parce que pas-encore-même-si-c’est-déjà-trop-tard… Là aussi, beaucoup de situations différentes. N’empêche, à bien y regarder, je réalise que pour la plupart de nos amis sans enfant, je sais peu ou prou « pourquoi », alors que ceux qui en ont, ben finalement, on n’en a jamais parlé.
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Voilà, aujourd’hui, j’ai envie de parler de cette fameuse question de « en avoir ou pas, pourquoi ». Pour plusieurs raisons, notamment parce que depuis quelques temps sur les VI, certaines d’entre nous on commenté le débat actuel autour de mouvements écologiques qui prônent la régulation des naissances comme moyen de sauver la planète (c’est raconté ici par Mamanpsychomot et par Drenka). Mais aussi et surtout, parce que récemment MmeD a attiré notre attention sur un article, d’ailleurs cité par Drenka dans son post, qui m’a tout d’un coup amenée à considérer la question sous un angle totalement différent de celui qui était le mien jusqu’à présent.
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L’article s’intitule « Think before you breed » (Réfléchir avant de se reproduire), il a été écrit par Christine Overall et publié sur le site web du New York Times, rubrique Opiniator, en juin dernier. Il est résumé ainsi par son auteur :
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Ceux qui choisissent de ne pas avoir d’enfant doivent souvent justifier leur décision. Les gens qui procréent, non. Mais ce devrait être l’inverse.
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Voilà, ces deux phrases m’ont fait beaucoup réfléchir, et évoluer….
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Christine Overall est professeur de philosophie à la Queen’s University de l’Ontario (Canada), elle est la mère de deux enfants et l’auteur d’un livre largement commenté outre-atlantique qui s’intitule « Why have children ? ».
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Voilà quelques idées qu’elle développe dans cet article du NY Times :
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C’est une rude décision d’avoir un enfant car on ne peut pas savoir à l’avance quel type d’enfant ce sera ou quel genre de parent on deviendra. On ne peut pas imaginer ce qui est bon ou dur dans le faite de procréer et éduquer avant d’avoir soi-même un enfant. Et c’est un choix irréversible qui va changer votre vie pour toujours. Comparé à des choix réversibles tels que les études, le travail, le lieu de vie, les histoires d’amour, cela a des implications éthiques bien plus importantes.
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Mais elle souligne aussi que le choix d’avoir ou pas un enfant n’est pas le genre de décision digne d’être analysé ou même que l’on en soit capable… Puis elle développe le fait que dans notre société actuelle, toute personne en âge de procréer mais sans enfant est forcément vue comme égoïste, infertile ou simplement n’ayant pas encore eu d’enfant. Et que du coup, elle doit se justifier. À l’opposé, il ne viendrait à personne de demander aux parents d’un nouveau-né « pourquoi avez vous choisi d’avoir un enfant ? » Or de nos jours, dans les pays développés, grâce au développement de la contraception, à la légalisation de l’avortement mais aussi aux progrès formidables de la procréation médicalement assistée, avoir un enfant relève réellement d’un choix. Même s’il est implicite, non formulé, ce choix existe pour la plupart d’entre nous.
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Par ailleurs, ce choix justement a de nombreuses implications, et notamment d’ordre éthique. Parce qu’il s’agit de donner vie à une personne qui n’existe pas et qui donc par essence ne peut pas donner son opinion sur le fait de venir ou non au monde ! Et par ailleurs, cela a des implications au delà des parents, du cercle familial, cela a des conséquences pour la société tout entière (en terme de système éducatif et de santé, d’emploi, d’agriculture, de croissance démographique, disponibilité des ressources…).
Peut-être les gens ne voient pas le fait de procréer comme un choix éthique parce qu’ils l’envisagent comme l’expression d’un instinct ou d’un fondement biologique, comme l’attraction sexuelle ou le fait de tomber amoureux. Mais quels que soient nos penchants biologiques, beaucoup d’êtres humains prennent le contrôle de leur fertilité, grâce à aux moyens modernes de contraception et d’avortement. Le taux de natalité en déclin rapide dans la plupart des régions du monde en est la preuve. Alors que choisir ou non d’avoir des enfants peut implique des sentiments, des motivations, des pulsions, des souvenirs et des émotions, il peut et doit aussi être un sujet de réflexion attentive.
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Si nous ne parvenons pas à reconnaître que la décision de devenir parent est un véritable choix qui a une importance éthique fondamentale, alors nous considérons le fait de procréer comme une simple expression de notre destin biologique. Au lieu de voir le fait d’avoir des enfants comme quelque chose que les femmes font, nous allons continuer à le voir seulement comme quelque chose qui arrive aux femmes, ou comme quelque chose qui est simplement «naturel» et animal.
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Enfin Christine Overall rappelle que son but n’est pas de juger les raisons pour lesquelles on décide d’avoir un enfant. Elle en appelle juste au fait d’y réfléchir, murement, profondément, car c’est un aspect fondamental de notre vie qui revêt une dimension éthique considérable. Et elle ajoute, enfonçant le clou une fois de plus, que
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La charge de la preuve – ou tout au moins la charge de la justification – devrait donc reposer principalement sur ceux qui choisissent d’avoir des enfants, non pas sur ceux qui choisissent de ne pas en avoir.
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Voilà, je réalise maintenant que je ne me suis jamais vraiment, profondément posée la question de pourquoi j’ai voulu avoir des enfants avant de les faire… Ce que je sais c’est que je n’ai jamais considéré ça comme un prolongement de moi-même, et encore moins un prolongement de mon couple (pour moi, mais ce n’est qu’une opinion personnelle hein ;-), aimer un homme et avoir des enfants sont deux choses distinctes), peut-être ai-je un peu envisagé ça comme une façon de laisser une trace de moi sur terre après (hum hum, vision un peu égocentrique n’est ce pas !) mais j’ai aussi considéré que c’était une chance extraordinaire qui s’offrait à nous, la chance de pouvoir donner la vie et construire une relation unique avec cette nouvelle personne. Ce que je sais aussi c’est que j’ai eu la chance de rencontrer un homme que j’aime ET qui a bien voulu faire des enfants avec moi, la chance que cela arrive à peu près au moment où on l’a décidé et le plus simplement, facilement du monde. Ce que je sais enfin, c’est que je n’aurai jamais eu le courage d’avoir un enfant seul, ou de faire appel à la médecine pour cela. Mais au fond, qui sait, si ma vie avait été différente, peut-être n’aurai-je pas fait les mêmes choix, peut-être aurai-je trouvé le courage, la détermination, ressenti le besoin d’avoir un enfant à tout prix ? Mais c’est une autre histoire…

Miliochka
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