Faut-il limiter le nombre d’enfants?

Lorsque j’ai lu cet article de mamanpsychomot il y a quelques semaines sur les courants dénatalistes, j’ai franchement été attérée. Je comprends parfaitement que l’on puisse prendre la décision de ne pas avoir d’enfant. Mais de là à prôner une limitation du nombre d’enfants applicable à tous, que cela soit sur la base de considérations économiques ou bien écologique… Je suis peut-être trop sensible sur le sujet compte tenu de mon expérience de la souffrance que peut-être le mal d’enfant, mais il me semble que cette idée manque totalement d’humanité, et en outre, je doute de son efficacité et de sa nécessité.

Et puis je suis tombée sur cet article, paru dans The Guardian le 16 juin 2012:

3 Chinese officials suspended over forced abortion
China suspended three officials and apologized to a woman who was forced to undergo an abortion seven months into her pregnancy in a case that sparked an uproar after graphic photos of the mother and her dead baby were circulated online.

The moves appeared to be aimed at allaying public anger over a case that has triggered renewed criticism of China’s widely hated one-child limit. Designed to control the country’s exploding population, the policy has led to often violently imposed forced abortions and sterilizations as local authorities try to meet birth quotas set by Beijing.

Feng Jianmei, 23, was beaten by officials and forced to abort the baby at seven months on June 2 because her family could not afford a 40,000 Yuan ($6,300) fine for having a second child, Chinese media reported this week.

Traduction libre:

3 Officiels chinois suspendus à la suite d’avortements forcés

La Chine a suspendu 3 officiels et s’est excusée auprès d’une femme qui a été forcée de subir un avortement à 7 mois de grossesse, dans une affaire qui a suscité un tollé après que les photos  de la mère et son bébé mort aient circulé en ligne.
La décision semblait viser à apaiser la colère de l’opinion publique sur une affaire qui a relancé la critique de la politique de l’enfant unique, largement détestée en Chine. Conçue pour contrôler l’explosion démographique chinoise, cette politique a souvent conduit à imposer par la violence des avortements et des stérilisations, les autorités locales tentant ainsi de parvenir à respecter les quotas de naissance définis par Pékin.
Feng Jianmei, 23 ans, a été battue par les officiels et forcée d’avorter de son bébé à sept mois le 2 juin dernier, parce que sa famille ne pouvait pas s’acquitter des 40,000 yuan ($6,300) d’amende pour avoir un deuxième enfant, ont reporté cette semaine les medias chinois.
Je ne savais même pas que cette politique chinoise de l’enfant unique était toujours en vigueur tant elle me parait d’un autre âge. Mais l’article m’a donné envie de me pencher sur la question: Oui ou non, la limitation du nombre d’enfants est-elle nécessaire, efficace, et quelles sont les dérives d’une telle politique?

Pourquoi contrôler la croissance démographique?

La nécessité de contrôler la croissance de la population est prônée par l’économiste Thomas Malthus dès le XVIIème siècle. Malthus côtoyait la pauvreté, et avançait qu’elle était due au fait que la population croissait plus vite que les ressources alimentaires. Il en déduisait que pour éviter la famine, et rétablir l’adéquation entre les ressources et la population, il fallait limiter les naissances (et accessoirement ne pas aider les nécessiteux).

Pour Malthus et aujourd’hui des mouvements néomalthusiens, le risque est l’extrême paupérisation en raison de la surpopulation, voire une disparition de l’espèce humaine (entre autres espèces!) après que les ressources de la planète aient été épuisées.

Cette théorie est aujourd’hui en plein cœur de l’actualité, et de nombreux mouvements (écologistes mais pas seulement) tirent la sonnette d’alarme. Dans les pays en développement, la crainte est la famine à court terme en raison d’une explosion démographique difficile à contrôler, en particulier lorsque les religions sont prégnantes et la naissance « un don de Dieu ». Et dans les pays industrialisés, si le nombre d’enfants par femme est plus bas, le problème se situerait dans l’empreinte écologique (ou empreinte carbone) de chaque individu. Selon Jonathon Porritt, président de la Commission du développement durable en Angleterre :

Selon une étude récente, chaque bébé né en Grande Bretagne, brûlera, pendant sa vie, la quantité de carbone équivalente à Trafalgar Square

Le fait que notre civilisation soit complètement dépendante de l’énergie fossile non renouvelable (en particulier pour la production agroalimentaire) dont le tarissement est inévitable à moyen voire court terme, est également une préoccupation majeure.

La méthode

La méthode chinoise, mise en place en 1979, est drastique et extrêmement coercitive: une limitation légale à un seul enfant pour la grande majorité de la population, et des sanctions très dissuasives, en particulier, une « amende astronomique, une pénalité salariale, voire la perte de son emploi » – sans oublier l’absence de couverture sociale pour tous les soins relatif à la grossesse et au bébé. Si la famille ne peut pas payer, les autorités peuvent imposer un avortement (parfois très tardif, par injection létales), ou encore la destruction du logement et la saisie de tout le mobilier.

Heureusement, les mouvements dénatalistes, dans la plupart des cas, ne sont pas pour l’application d’une politique aussi sévère. D’autres méthodes pourraient consister en une politique à base de récompenses ou d’incitations: la fin des avantages fiscaux calqués sur le nombre d’enfants et au contraire des avantages accordés aux célibataires et couples sans enfants par exemple. En Inde, il y a quelques années, on offrait un poste de radio aux hommes qui acceptaient de subir une vasectomie!

Mais surtout, ces mouvements semblent prôner une responsabilisation individuelle des couples. C’est par exemple ce que dit Christine Overall, professeur de philosophie à l’Université du Queens, dans cet article: « having children has impact far beyond the family circle », avoir des enfants a un impact qui va bien au-delà du cercle familial et dès lors, chaque couple devrait bien « réfléchir avant de se reproduire ». Les néomalthusiens font ainsi de la limitation des naissances un droit mais surtout un devoir moral humain.

Les effets pervers

Dans le cas de la politique chinoise de l’enfant unique, outre une augmentation remarquable du nombre de stérilisations et des avortements – consentis ou forcés – cette politique a eu des effets dramatiques sur le plan humain. Dans ce cadre de société patriarcale et patrilinéaire, elle a notamment provoqué un véritable génocide des filles, par avortement sélectifs (à l’aide de l’échographie notamment), infanticide, abandon ou absence de déclaration des filles les privant de toute existence légale et donc de tous droits sociaux. Aujourd’hui il y a 117 garçons pour 100 filles en Chine et leur raréfaction, loin d’améliorer le sort des femmes, entraine toutes sortes de trafics, enlèvements, et mariages forcés.

Mais n’y aurait-il aucun effet pervers dans le cas d’une politique simplement incitative ou basée sur la responsabilisation individuelle ? Pour ma part je pense que si. Car si dans ce cas, il n’y aurait plus de sanction pénale concrète, il y aurait cependant une sanction beaucoup plus insidieuse, sociale. La culpabilisation par l’établissement d’une norme stricte et la stigmatisation ne me semblent pas non plus un sort enviable pour les couples qui auraient vocation à avoir une famille nombreuse.

En outre, alors que cette politique promettait une émancipation des femmes, qui ne seraient plus enchainées à leur foyer, elle a au contraire en Chine eu pour effet une régression des femmes sur le plan social. Les femmes n’ont plus le contrôle de leur fécondité, et la mainmise de l’État sur leur utérus est en réalité une forme de domination :

Finalement, la femme chinoise est réduite à une fonction de mère porteuse. Porteuse d’enfants, elle est porteuse de l’avenir de la nation, porteuse de modernité. Elle est porteuse d’enfants mais d’un minimum et, si possible, des mâles. Elle porte et c’est tout. On lui dit combien, on lui dit quand, on lui dit quoi ; elle ne décide de rien. Elle supporte toute la responsabilité de la limitation des naissances et toutes les contraintes qu’elle impose simplement parce que c’est son corps et lui seul qui est en mesure de donner la vie (extrait de ATTANE I., Une chine sans femmes ?  p.211-212, Ed. Perrin, Paris, cité dans ce mémoire) .

Ainsi, ce sont les femmes qui doivent prendre une contraception, se faire stériliser (les hommes ont peur d’y perdre leur virilité), subir des avortements même très tard dans la grossesse, peut-être au prix de leur vie. Comme parallèlement, puisqu’officiellement la contraception est une affaire privée, aucune mesure n’est mise en place dans le domaine de la santé maternelle, les femmes paient en définitive un lourd tribut à la limitation des naissances sur le plan social et de leur santé.

Résultats

Les résultats des politiques de limitation des naissances sont délicats à commenter parce qu’ils reposent que sur des prévisions démographiques dont la fiabilité est incertaine. Ainsi, à première vue, le résultat semble incontestable en Chine, puisque le taux de fécondité a baissé de 6.06 à 1,73 enfant par femme toujours selon ce mémoire. Mais en réalité, la même baisse a été constatée d’autres pays asiatiques (Corée du Sud, Malaisie, Singapore, Thaïlande) qui ne pratiquaient pas de politique de limitation des naissances…

Et est-ce que cette politique a permis d’éviter l’inadéquation des ressources et la paupérisation? Ce n’est pas certain. Même si la Chine, en plein boum économique, a réduit de façon remarquable le taux de sa population vivant en état d’extrême pauvreté, la répartition des richesses très inégale a laissé en marge de la croissance une partie très importante de la population. La Chine est l’un des pays où la fracture sociale est la plus profonde.

Tout comme le faisait Malthus, les néomalthusiens appuient leurs théories sur des prévisions démographiques et écologiques alarmante. Mais les prévisions de Malthus ne se sont pas réalisées. Révolution industrielle puis révolution verte, et transitions démographiques grâce à l’éducation des femmes et leur accès à la contraception, ont fait en sorte que les catastrophes malthusiennes annoncées nous ont pour le moment épargnés. En fait les prévisions démographiques se sont presque toujours révélées fausses, et aujourd’hui beaucoup de démographes s’accordent à dire que la « bombe P » – bombe démographique – n’explosera pas. Dès lors, comment ne pas remettre en question des conclusions qui s’appuient sur des données sur lesquelles nous n’avons pas de certitudes?

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En conclusion, j’entends les préoccupations écologiques. Je ne conteste pas que la baisse des naissances est nécessaire dans les pays en développement, ne serait-ce que parce que la possibilité pour les femmes d’avoir le contrôle de leur fécondité me semble être un droit fondamental. Mais je continue de penser qu’une politique dénataliste n’est pas la solution, même si elle est simplement incitative, et surtout pas si elle consiste en une responsabilisation individuelle. Je crois que dans les pays en développement, c’est l’accès à la contraception et l’information qui permettra une transition démographique telle qu’elle a déjà eu lieu en Asie. Je crois que dans les pays industrialisés c’est la lutte contre le gaspillage, plus que la décroissance de la population, qui est la solution. Je ne crois pas qu’en limitant les naissances en dessous du seuil de renouvellement (2,1 enfants par femme), on puisse garantir sa survie, au contraire. Ma crainte est inverse. Au Japon, le suicide démographique semble déjà être en marche, et dans tous les pays industrialisés, la fertilité est en déclin. Enfin, je suis peut-être trop optimiste, mais je me plais à penser que nos enfants trouveront des solutions, créeront leur propre révolution verte, sauront comment s’adapter.

Alors, quand les néomalthusiens dénoncent l’aveuglement, ou le refus délibéré de parler de limitation des naissances parce que c’est un tabou, je pense qu’ils se trompent. En tout cas, moi qui, instinctivement, étais contre cette thèse,  j’y ai bien réfléchi, et je peux me tromper, mais je ne crois toujours pas que c’est une bonne idée!

 

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37 réflexions sur “Faut-il limiter le nombre d’enfants?

  1. Merci pour cet éclairage, Drenka. Je croyais moi aussi que cette loi de contrôle des naissances (comme c’est poliment tourné, n’est-ce pas !?) était encore en vigueur : j’en ai mal au ventre !

  2. Je ne parlerais pas de la politique chinoise qui est honteuse, affreuse, et je pèse mes mots; j’ai le ventre noué quand je pense à cette pauvre maman forcé d’avorter !!!
    Je parlerais seulement de la limitation du nombre d’enfants, je ne sais pas si ça sauvera le monde (d’abord, il faudrait que les gens prennent conscience du problème) mais c’est une question que je me suis posé quand je voulais être enceinte du 3° : mon choix n’était ‘il pas égoiste de mettre un enfant de plus au monde sur une terre ou il faut vraiment qu’on commence à faire gaffe à son empreinte carbone ? Est-ce raisonnable ? Je n’en sais rien, je me suis dit que ce troisième enfant pourrait aussi être le sauveur de l’humanité et que donc il serait dommage qu’il ne naisse pas !!!
    Les autres espèces qu’elles soient végétales ou animales savent contrôler leur reproduction en fonction des ressources naturelles, mais nous non, alors est-ce qu’un jour une telle loi sera obligatoire ? Peut-être !!! J’espère juste qu’on sera trouver et appliquer les solutions pour ne pas en arriver là !!!
    Après si certains ne veulent pas faire d’enfants c’est leur choix, mais qu’ils laissent tranquille ceux qui en veulent !!!
    Merci pour cet article !!!
    Bonne journée !!!

    • juste pour ce dernier commentaire : beaucoup d’espèces ne régulent pas leurs naissances a priori, non c’est l’absence de ressources qui limite la fertilité de la mère (en cas de famine c’est vrai aussi chez nous) ou la mortalité, les maladies… ce qui ne manquera pas de nous arriver un jour. Notamment avec la grippe, qui pourrait atteindre beaucoup plus de monde qu’en 1918 par exemple. Les spécialistes sont assez d’accord que, au vu des échanges (avions, déplacements) et de la population actuelle, une pandémie a de bonnes chances d’arriver dans les années à venir. Vu les mesures prises par certains responsables politiques (du genre celles prises ces dernières années : rendre les fosses communes obligatoires dans toutes les communes, donner des consignes aux responsables d’université au cas où ils doivent rester chez eux en cas de pandémie, demander aux habitants en Suisse d’avoir chez eux en permanence des réserves alimentaires pour un mois…) c’est une possibilité à ne pas exclure…

      A mon avis la population se régulera si les ressources sont trop faibles par rapport au nombre d’individus, mais par contre ça serait une catastrophe humanitaire ou sanitaire… faut il laisser ceux qui risqueront d’y être confrontés vivre ça (et éventuellement inventer des solutions), ou faut il empêcher cette catastrophe d’advenir? Bonne question…

      Je me suis aussi posé la question avant d’avoir des enfants : qu’est-ce qu’ils risquent de vivre à l’âge adulte? Est-ce que je suis prête à ce que mon enfant vive peut être des choses difficiles, parce que nous n’avons pas anticipé les problèmes écologiques?
      Et puis, faut il s’abstenir d’avoir des enfants qui pourraient, du fait d’une éducation respectueuse, aider l’humanité à résoudre ses problèmes sans violence? On ne transmet pas que ses gènes à ses enfants, on leur transmet aussi notre culture… si tous les écolos renonçaient à avoir des enfants, ça réduit les possibilités d’avoir des gens qui prendront leurs responsabilités écologiquement à l’avenir (parce que c’est pas sûr que les autres diminuent leur nombre d’enfants parallèlement). Ça veut pas dire qu’il faut en faire quelquechose de militant, mais à mon avis la question a aussi du sens.

      Et de toute façon, vu que la norme dans nos pays c’est plus ou moins 2 enfants (merci la télé !), je crois qu’on n’a pas trop de souci à se faire. L’occidentalisation de beaucoup de cultures aura peut être le même effet…

      • Le risque d’une pandémie est réel, c’est certain. Mais est-ce que c’est vraiment la surpopulation qui la causerait? En 1918, la cause de l’épidémie de grippe (et surtout de sa gravité) était plus liée à l’état d’épuisement général après la guerre qu’à une surpopulation, je dirais?
        Après, mettre un enfant au monde, c’est sûr que c’est accepter de vivre avec la peur au ventre de tout ce qui pourrait lui arriver… Et je suis d’accord sur ton dernier point, je pense que la surpopulation n’est pas le plus inquiétant.
        Par contre je ne suis pas certaine que s’arrêter à deux enfants, ce soit une question de norme, parce cela semble se retrouver dans différentes cultures dès que les femmes sont éduquées et ont accès à la contraception. Je ne me l’explique pas vraiment. Peut-être qu’au-delà de deux, le désir d’enfant est suffisamment comblé pour que les paramètres raisonnables prennent plus de place dans le choix d’avoir des enfants? Critères financiers, d’espace, de renoncement à la liberté? Peut-être qu’on en bave plus à la seconde grossesse au niveau physique (toutes mes copines semblent s’en plaindre!!) et qu’on estime qu’un petit dernier, ce serait trop demander à son corps?? Bon sauf quand on a un corps de rêve comme Mme Déjantée bien sûr!

    • Je souhaite juste réagir à ta phrase: « Après si certains ne veulent pas faire d’enfants c’est leur choix, mais qu’ils laissent tranquille ceux qui en veulent !!! »
      Si l’on regarde globalement, les plus « mal vu » sont généralement ceux qui ne veulent pas d’enfants, pour l’instant (par exemple » tu changera d’avis » = avoir un enfant est normal, tu reviendras dans la norme)
      Personnellement, je suis pour le respect des choix de chacun – et c’est encore mieux s’ils sont fait en conscience bien sur.

    • Merci pour ce commentaire!
      Je crois sincèrement que la solution n’est PAS d’avoir moins d’enfants! Si le problème est l’empreinte carbone par enfant, alors il faut réduire l’empreinte carbone par enfant, pas le nombre d’enfants?

  3. Merci Drenka pour cet article passionnant…
    Moi aussi le post de Mamanpsychomot m’avait fait réagir !

    Plusieurs éléments pour alimenter le débat : d’abord, il faut rappeler effectivement que les prédictions de Malthus ne se sont pas réalisées, donc ceux qui continuent de s’appuyer dessus se fourrent le doigt dans l’oeil jusqu’à la clavicule ;-) Dans beaucoup de pays en développement, le développement justement a conduit a une réduction de la natalité très importante, et ce en l’absence totale de politique de réduction de la natalité, ça se fait « naturellement » si j’ose dire. Voir ici un doc des Nations Unies très intéressant à ce sujet. Il y a même des pays où l’on est passé en dessous du seuil des 2,1 (seuil de renouvellement de la population) et cela inquiète.
    http://www.un.org/esa/population/publications/completingfertility/bulletin-french.pdf

    il faut envisager aussi qu’autrefois les enfants représentaient une certaine « ressource » (ou richesse, selon la vision de certaines religions), notamment en terme d’aide pour les travaux agricoles. Aujourd’hui ce n’est plus le cas, et avec l’amélioration de l’hygiène et le progrès médical, le ratio nombre de grossesse/nombre d’enfants arrivant à l’âge adulte a considérablement évolué.

    Pour moi, le débat « réduire la natalité pour sauver la planète » est un faux débat si l’on raisonne à l’échelle du globe, car les situations sont bin trop diverses d’un pays à l’autre (suffit de regarder la situation en Allemagne quoi estime désormais avoir besoin de 300 000 immigrés par an pour ne pas disparaitre tout simplement, et vient de lancer une campagne massive pour « recruter » des immigrés !!)

    Enfin, j’ai comme toi lu l’article de Christine Overall, dans le NY Times. Il m’a beaucoup plu… Si la question écologique n’est pas au coeur du débat, j’aime beaucoup l’idée qu’elle avance, à savoir que c’est plutôt les couples qui décident d’avoir un enfant qui devraient se poser la question du pourquoi, et éventuellement se justifier face à la société, plutôt que ceux qui décident de ne pas en avoir… Je me suis gardée cet article de côté, et je compte bien en faire un post pour les VI la semaine prochaine !

    • Pour moi la question du pourquoi est piégée d’avance… d’abord par ce qu’on expose une partie très intime de nous même et qu’en définitive, toutes les « raisons » de faire un enfant sont réfutables…!! Après tout Epicure prescrivait bien au nom de la tempérance (des émotions) de s’abstenir de faire des enfants!!

      • Absolument d’accord avec toi, n’empêche, cette idée que finalement ce serait plutôt à ceux qui décident d’en faire de se « justifier » (ou disons plutôt de se questionner) au lieu de ceux qui n’en font pas, m’a pas mal fait réfléchir ! Alors c’est décidé, je prépare un truc là-dessus pour la semaine prochaine…

        • Pas si sûre que ça que ceux qui décident de ne pas en faire ne soit pas soumis à de très nombreuses pressions… le « fais-en un d’abord » ne pourrit pas que la vie des couples infertiles!!

          • Je suis assez d’accord avec Mme Déjantée: Le fait est qu’aujourd’hui, ceux qui font le choix de ne pas avoir d’enfants doivent toujours s’en justifier, ce qui est un total manque de respect et une forme de pression.
            Mais enfin, pas sure que ce soit une raison pour que ceux qui décident d’avoir des enfants aient à leur tour à se justifier?

              • En fait c’est pas se justifier, non ça il en hors de question, en tout cas pour ma vision de la société. C’est plutôt se poser des questions, s’interroger…
                Quoiqu’il en soit, on constate en réalité, et Mme D le souligne à sa façon, qu’aujourd’hui toute personne qui sort de la moyenne (en gros 2 mômes espacés de 2 ou 3 ans, ce que certains se plaisent à voir comme la « norme ») doive se justifier : pas d’enfants, plusieurs enfants rapprochés, des enfants naturels ET adoptés, des adoptés alors qu’on est fertile… Toutes ces situations amènent des questions, plus ou moins bienveillantes ;-)

                • Bin oui, s’interroger OK, mais quand Christine Overall dit qu’il faut s’interroger sur les répercussions de la décision d’avoir une enfant en dehors de la sphère familiale, je ne suis pas sure, moi?

    • Oui, il semble qu’en Allemagne et au Japon, même combat: D’après Elisabeth Badinter, (entre autres facteurs) comme les femmes sont enfermées dans un rôle très traditionnel de la mère sacrificielle, elles renoncent tout simplement à la maternité… d’où une baisse inquiétante de la natalité!

  4. Ah oui, et puis un autre truc aussi, la politique de l’enfant unique, ou de réduction de la natalité, conduit aussi à un terrible déséquilibre du ratio hommes/femmes !
    Le chiffre de 100 millions de femmes manquantes dans le monde, principalement en Chine et en Inde, est ainsi régulièrement cité.
    Par ailleurs, le Parlement Européen vient tout juste d’adopter un résolution qui dénonce la politique chinoise relative aux avortements forcés :
    http://www.genethique.org/?q=content/une-résolution-du-parlement-européen-dénonce-la-politique-chinoise-relative-aux-avortements-

  5. Est-ce la politique de réduction des naissances qui est en cause, ou la façon de l’appliquer, et surtout le contexte culturel qui donne plus de valeur à un enfant garçon qu’à un enfant fille ?

    Aujourd’hui la politique des nations unies, est plutôt de favoriser l’éducation des femmes, c’est le facteur de développement et de limitation des naissances le plus fiable.

    Parmi les programmes de l’unicef celui de la promotion des droits des femmes est majeur, car permet d’accéder au « double dividende ». Quand les femmes vont bien, les enfants vont bien, les conditions de vie de tous s’améliorent.
    cf notamment http://www.unicef.org/french/sowc07/docs/sowc07_fr.pdf

    « D’innombrables études nous ont appris que l’autonomisation des femmes
    est le plus efficace de tous les moyens de parvenir au développement. » extrait de l’introduction par Kofi Annan

    • Pour moi, on ne peut pas poser des quotas aussi drastiques (avec probablement des sanctions pour les autorités locales s’ils ne sont pas respectés) et ensuite s’etonner que de tels drames se produisent. Et comme le fit Fyfe plus bas, la politique se traduit aussi par nombres de garçons qui ne sont pas déclarés, donc privés de tous droits, ce n’est donc pas seulement une question de contexte culturel de la supériorité des garçons.
      Evidemment, la Chine ne se démarque pas par son action en faveur des droits de l’homme et les répercussions dans ce pays en sont sans doute aggravées. Mais une loi à ce point contre nature et privant les individus d’une telle liberté ne peut, à mon avis, que causer des souffrances, à divers degrés.
      Comlètement d’accord avec toi (et Kofi) sur l’éducation des femmes!

      • Juste un point : je n’ai jamais voulu dire que j’approuvais la politique chinoise. Faire avorter de force une femme est une forme de torture, contraire aux droits humains les plus élémentaires.

        Dans le contexte historique et économique de la Chine, on peut comprendre la nécessité de limiter l’accroissement de population, dans le but que tous mangent à leur faim et accèdent à l’éducation.

        Et comme toi et Fyfe le dites bien, le moyen choisi – la limitation forcée du nombre d’enfant – a plutôt les effets inverses de l’objectif visé.

        • Oui, mais en lisant ton commentaire j’ai compris que tu disais que peut-être, mise en oeuvre dans un autre pays, une politique de limitation des naissances n’auraient pas des conséquences aussi dramatique. Je suis d’accord dans le sens où en Chine, ils n’ont pas du tout la même conception que nous des droits de l’homme. Mais je pense que si une telle politique était mise en place, disons en Angleterre (où on en parle!), et bien je crois qu’elle aurait aussi pour conséquence de causer de graves souffrances.

          Par ailleurs, pendant longtemps en Chine, on a considéré que limiter les naissances était une abérration:
          « la forme la plus précieuse du capital de la Chine est sa vaste population,
          qui lui garantit un avenir radieux et ne peut poser de problème, puisqu’il est impossible que le chômage apparaisse dans un pays socialiste » et la limitation des naissances est considérée comme « une pratique réactionnaire, capitaliste, et un moyen de tuer le peuple chinois sans répandre le sang ».

  6. Merci beaucoup Drenka pour cette très intéressante contribution!! J’avoue avoir un peu le ventre retourné par les pratiques liées à la politique de l’enfant unique en Chine… j’aurais fini au fond d’un cachot c’est sûr!!
    Comme je disais en commentaire de celui de Miliochka, je ne sais pas s’il existe aujourd’hui de vraie bonne raison de faire des enfants ; je ne sais pas si c’est un désir/un projet égoïste ou non ; personne ne peut réellement prévoir de quelle façon l’humanité succombera (car elle succombera tôt ou tard, c’est une certitude, et bien avant que le soleil nous engloutisse (n’en déplaise à certains documentaires de la BBC!!!)). Ce que je pense c’est qu’avoir des enfants, lorsque cela correspond à un projet souhaité, nous rend plutôt meilleur, nous donne l’occasion de prendre soin d’autrui, nous donne l’occasion d’ouvrir notre coeur, nous donne l’occasion de nous montrer sous un jour nouveau en rêvant à l’avenir que ces petits représentent. Je pense aussi qu’il nous est possible, lorsque nous n’avons pas ce désir d’enfant, de réaliser ce dépassement de soi au coeur de bien d’autres situations, bien d’autres relations…
    Finalement, ce qui compte est moins la question de faire ou non des enfants que de faire en sorte que le choix de chacun puisse être respecté sans nuire au choix des autres… c’est en cela que je respecte entièrement le projet du mouvement dénataliste (même si je me questionne sur ses fondements idéologiques) autant que je condamne la barbarie de la politique de l’enfant unique.

    • Oui j’avais prévenu sur FB que c’était un article hardcore… les images qui ont circulé étaiet absolument insoutenables.
      D’accord avec toi, le choix d’avoir des enfants ou pas est intime et personnel et les raisons ne devraient pas avoir à être données…
      Pour ma part, je respecte les mouvements childfree (qui visent à défendrent la liberté de ceux qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfants) mais j’ai plus de mal avec les dénatalistes (qui prèchent pour que le nombre d’enfant soit limité). Pour moi rien ne devrait être imposé, de quelque manière que ce soit.

      • Oui, tu as raison de souligner la différence entre childfree et dénatalistes… d’autant que je dois confesser un indécrottable côté libertaire de ma personnalité qui ne seraient pas trop compatibles avec une telle politique…(quand je te dis que je finirais au cachot, je ne blague pas!!)

        • Moi aussi je me sens aussi assez tigresse sur le sujet! Peut-être que mon infertilité m’aurait sauvée?? Ou peut-être qu’en ayant grandi en Chine, nous serions conditionnée pour penser qu’il en va de notre devoir civique et que nous nous plirions à cette politique comme de douces brebis?

  7. Il me semble que la loi s’est assouplie en Chine. D’après ce que j’avais compris, les femmes peuvent désormais avoir plus d’un enfant SI elles sont elles mêmes enfant unique… Voilà qui alimente tes arguments sur le poids de la contrainte sociale (la « faute » se répercute sur ses propres enfants !).
    Par ailleurs, quand je travaillais dans des zones très rurales en Chine, un autre effet pervers existait : les familles avaient un premier enfant, qui allait à l’école (et sur lequel, sans doute, reposait la responsabilité de la réussite scolaire et sociale pour le compte de la famille), puis, parce que la précarité étant une réalité dans les campagne chinoises, un second enfant (garcon toujours : plus utile !) non declaré, pour aider dans les champs. Une paire de bras privée d’école, d’instruction, et d’existence légale.
    Je me demande ce que ça donnera dans le futur, économiquement et ecologiquement…
    En tout cas, comme tu le démontres admirablement, la dénatalité est une utopie (ou un cauchemar, selon le point de vue)…

    • Ah ça me fait plaisir de te lire ici!
      Oui, elle s’est un peu assouplie et je crois qu’il est question d’élargir les assouplissements – mais enfin pour le moment la loi s’applique à 90% de la population!!
      Une utopie, je ne sais pas, mais une mesure que je ne crois pas être nécessaire, donc vu le lot de souffrance qu’elle implique…

  8. Pingback: E si on faisait… un enfant ? [mini-debrief] « Les Vendredis Intellos

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    • I respectfully couldn’t disagree more… C’est ce que j’explique dans cet article, en quoi non seulement c’est humainement inconcevable tant c’est une atteinte terrible à la liberté, mais en plus complètement inutile puisque l’histoire chinoise nous a appris que c’est inefficace, même dans un pays à forte croissance démographique. Alors dans un pays occidental ou le problème est de péniblement atteindre 2 enfants par femme…

  10. Ca marche très bien , la dénatalité. Avec moi ça a très bien marché…. Il suffit d’envoyer des flics ou des médecins, chercher les gens chez eux, pour leur couper les couilles. Avec moi ça a marché très bien… Donc, ça marche.

    • A l’évidence, vous tentez de formuler une critique. Si elle pouvait être plus explicite, je ne doute pas que nous pourrions débattre de façon constructive…

      • Ce que je veux expliquer, c’est une histoire aussi vieille que le monde tel que les hommes le connaissent. Une histoire simple qui dit que les pires des fachos sont ceux qui s’ignorent.

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